‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 418 sur 494 · CHAPITRE CXLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXLV

Comment Tauctear dist que , en la magnificence et grandeur où estoit le duc , il eust plus tost perdu la vie que les pays qu'il tenoit du royaulme. . .

Se je doy doncqucs^ et s'il me loist vérité dire , en son temps et à celle heure encore que j'escrivis cestui chapitre, qui estoit la seconde année de son règne , n'avoit priace en lerre de telle inagnificence ne de tel appareil. Bien toutes-fois est et doit estre une maison de France trop plus grand chose que d'ung ducdeBourgoigne; mais la grandesse ne faict point tant comme la manière du faire , qui est practiquée et mise en sa forme par avis. Dont , et comme je dis que la magnificence estoit grande ea ^ttlcuQ$ eadroilai ai e»

toitaussi sa fortune jusqu'à ce jour, qui passoit, pour trois ou quatre ans , tous les roys cbrestiens , par batailles et victoires obtenues , et par avoir donné peur et fréeur à toutes nacions voisines. Ait Dieu volu et souffert qu'il ne s'en soit de riens enfiéry , et qu'il lui en ait rendu grasces à l'avenant de la gloire qu'il en a receue ! Mes moult mal furent venus et vindrent en périlleux temps ensemble le roy Loys et luy , [qui tous deux faisoient à craindre en leurs meurs , et malement tard coucordablespour vivre paisibles ensemble. Tous deux estoient princes de fais et de sens ; et n'y avoit cely qui ne fust bien pour tourner son contraire par puissance, qui estoit ma* tère souveraine aux Franchois de haine contre ly , pour ce qu'il estoit si fier et si puissant , et qu'à nul appétit il n'estoit à ployer, si non à son singulier bon et à son plaisir, qui estoit toutes -fois subject de la maison de France , et estoit Anglois et Franchois ainsi qu'il lijd plaisoit; et obéissoit quand il vouloit, et quand ne voloit si demora-il ainsi. Tenoit une grand'part du royaulme énonglée et conquise par armes , à ly transportée depuis par don du roy; laquelle, qui l'eust volu ravoir, elle eust esté dangereuse à lui esrachier des mains. £t meismes ainsi le porta-il en ses paroles , qu'il eust plus tost perdu la vie que les terres.

Parquoy , quand je regardoie les matères estre teles entre les deux personnes et de tel dangier tous deux , peu m'estoit autre espoir, sinon d'avoir rumeurs et turbacions pendant leur vie ; de quoy pourtant l'issue pend en Dieu , à nulluy cogneue , fors quand le point vient.

En ceste gloires doncques et victoires que ce duc Charles avoit obtenues et acquises en quatre ans, ilresplendissoit, comme j'ay dit, par toute la terre; et n'y avoit ne roy pe empereur qui n'en feist ung grand pois , ne nacion loingtaine ne [pays qui ne le doubtast et crainsist par les expériences passées. Et pour ce ai-je dit et narré, qu'il avoit volu affecter la magnificence d'ung singulier estât, aveucques la clarté et magnificence de lu fortune ; car avoit bien pourquoi l'entretenir et pvr^ >M^ fflieuU encore s'il eust

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