CHAPITRE CXLVII
Comment le duc Charles tînt sa Tojson k Bniges , la première depuis la mort de son père en Tesglise Nottre-l)ame.
Le buitiesme de mai , par un dimence , ce duc Charles tint en sa ville de Bruges , en régli!ie Nostre-Dame, la feste et solemnité , la première depuis la mort desonpère^ de son ordre du Toyson- d*Or . Et s'y trouvèrent ensemble, ly compris dedens eulx , quatorze tant seulement de chevaliers à ceste feste. Dont, hormis six qui estoient allés de vie à trespas^ depuis le derrain chapitre tenu à Sainct-Omer, les autres tous envoyèrent ici leurs procureurs, les uns pour leurs grandes affaires et léales essoines, et les autres pour occasion de maladies et de vieillesse. Le duc de Glèves , pour ce temps icy , et le duc de Guéries, frères de Tordre, estoient en mortelle guerre ensemble. Dont, à cause de leur enemisté et pour ce qu'ils ne se vouloient entre-accorder ne se conjoindre, furent receus en leur procuration par procureur. Le roy Jehan d'Arragon , pour dignité de sa couronne et pour la grande distance du lieu aussi , et de json vieil éage, n'en fut pas requis aussi d'y comparoir^ sinon par procureur. Pareillement le duc
d'AloAcboa fat excusé, pour cau^e de sa vieil- 1
lesse et de l'indisposition de ce royaume , qui , en ce temps alors , portoit et causoil divers dangiers entre le roy et la maison de Bourgogne ; dont à ccstui d'Alenchon , il convint obtempérer par bon sens partout. Le comte d'Ostrevant estoit impotent de tous ses membres; et ne se pooit tirer de ly fruit ne parement en telle assemblée , sinon par ostension du tableau de ses armes. Les deux frères de Groy et cely de Lannoy, s'estoîent présentés à firuges , huit jours paravant , par les lettres du duc, pour ester en justice devant ceux de Tordre, là où eulx oys et accusés de plusieurs cas de par le duc , partirent enfin désolés, ne justifiés ne condamnés; mes ne les voult le duc oncques rechevoir pour estre 'à sa feste, ne par procureur ne auUremcnt; souffroit tant seulement que leurs tableaux présentassent leurs personnes absentes , et que Toyson-d'Orallast pour eux à l'offrande. Le comte de Nevers, qiii soloit estre de Tordre , icellui par aucunes lettres de semonce qui luy avoient esté envoyées de par le chapitre , de venir respondre à plusieurs grands et infamieux articles , avoit jà paravant renvoyé son collier, et ce, par un officier d'armes etung clerc, assez irrévéramment.
Dont, à cause de ce et de son pécbié prouvé, son tableau, à Theure que Toyson-d'Or le devoit appeler à Toffrande, icellui Toysond'Or le alla lever hors de son lieu , le rua à ses pieds ; prjst ung autre tableau noir. Là avoit escript dedens la récitation de son cas : ' comment il avoit esté semons authentiquement; comment il n'avoit volu comparoir pour res- ' pondre; comment et en quoi il avoit abusé encontre son honneur et encontre la dignité de la foy chrestienne. Et lisoit iceslui Toyson-d'Or ceste escriplure toute en hault, oyant tout le monde ; et tout tellement escript , mist ce tableau noir au lieu de Taultre, là où tout le monde après en pooit prendre coppie.