‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 422 sur 494 · CHAPITRE CXLYIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXLYIIL

Le nombre des morts de chevaliers de l^ordre, et com^ ment à cesie feste se trouvèrent ensemble les am« bassadcs cy en bas nommées.

Depui$]^la feste tenue à Sainct-ODOer par le

■isa

GIOUCE CHASTELLAIN,

duc Piiilippe , furent moris des clievaliers de l'ordre six, et desquels se fit ici le service. Le premier des morts Fut le duc d'Orlieos-, le second , le seigneur de Villerva! ; le tiers , le seigneur de Roye ; le qualriesme , le comte

d'Ariane ; le cinquîesme (1) et

le derrain , le duc Philippe de Bourgongne , celi qui'promler institua l'ordre.

A ceste feste , qui ricbe esloil et solemiiel!e, se trouvèrent tous ensemble , et assis par ordre el par degré, les ambassades icy dénommées.

Premièrement et en front, ung ambassadeur de nostresainci père, au plus liautbout. Eu après, de ce mcisme reng.àla droicte main, un;; ambassadeur du roy d'Angleterre -, liercement l'évesque de Verdun et le seigneur de Alalîcorne ; et du duc de Normandie , messire Charles de France, avencijues sa sieule, qui estoit gr.mde et notable ; et qnartenient, l'ambassade du duc de Calabre, qui estoit notable aussi et (le bonne estofTe.

A la main sénestre, séoiten front ungcbevalier de Valence , ambassadeur du roy Jelian d'Arragon ; et en après séoit l'ambassadeur ■du duc de Bretaigue, mou't noble aussi, cl bien esloffce de grans gens, comme de l';ibbé (i). . . . , ung vaillant clerc , et du président de Brélagne, aveucques un mont d'autres gens de grand estât et de grand monstre , et lesquels n'avuieul jaraès veu Ceste feste tenir , ne les cértimonies d'icelle , mes moult la loèrent et eu firent grand estime. ) Et furent tous festiés ce jour, après la messe dite, en la maison du duc, magnifiquement et en diverses chambres, cbacune ambassade en lieu à part, et à privé; et tous, après le disncr , furent menés en la grand salle où séoil lo duc à table aveucques ses frères en son itirone, et là oii furent monstrécs divers liaulles magnificences , et lesquelles ne besougne à mettre par escripl, parce qu'elles se donnent à entendre à pari elles, par espécial en césiui jeusue prince en qui avoit la lacultû et le pooir d'en faire autant que le cuer lui en pooit dire. Car en clnislicnlé à celle heure, u'avoit, ce croy-je , qui tant feust

(1) Licuuc dans leiuaausci'il,

(2) UiJ.

plein et dru de tous biens, comme ly , par succession de son père.

Se conlrelint toutes-fois en excès de boubans à ceste feste, et ne monstra pas ses races trésors ne avoirs, queson père autres-fois avoit monstres â fcstessamblables ; car approchoit lo jour de ses nopces , là ou le despîoy et te tout monsirer avoit lieu trqi plus licitement que icy ; combien que ce qui s'en monstroit estoit si grand , que ailleurs ù peine en nul royaulme on ne (rouvast si bien ne mieulx.

Longuement tiudrent chapitre ces chevaliers de l'ordre sur les colliers qui è'sloient à donner, et sur lesquels multitude de hauts et de vaillans chevaliers s'atlendoient, et trop plus qu'il n'en besoignoit : car n'en y avoit que seipt vaccins : et en trouvoil-on bien, par bon juste conte, une cinquantaine qui tous le vabient , et qui en estoieut dignes. Car à merveille y avoit alors de beaux personnages et de graus seigneurs et de bons chevaliers; messire Philippe de Savoie , ftère à la royne de France , estoit l'ung des csleus , et lequel par mal content du roy Loys de France, dn mortel dangier en quel l'avoit tenu longuement en prison, s'estoit entièrement rendu et adjoint^ à ce duc Cbniics, pour .vivre et morir aveucques ly , et pour estre de sa maison. Si en fit le duc graud feste , et, s'en lenoit à bien paré ; car estoit chevalier de grand vertu et de grand fait , et le seul de la maison de Savoie digne [do réputacion. Le seigneur de Montagu, et Toyson-d'Or aveucques ly, lui porta le collier, qui, hauliemeut le recheut et à grand honneur. Pareillement en portaledict seigneur de Montagu deux autres en Bourgoigne, h deux seigneurs, l'ung au seigneur de Conces, ung vaillant noble chevalier et de grand maison , el ung aulire à messire Jelian de Damas, seigneiu- de Clessy, ung bel jeusne chevalier bien adressié et de bonne parade ; mes n'y avoit pas tant de mérite jà acqnis pour si hault avenir, comme il y pooit avoir d'espoir sur le temps futur de lionne chevalerie : car jeusne estoit et n'avoit gaires veu encores. Mes son personnage le fit avancier , aveucques faveur que le duc y avoit mise, et que l'apparence y estoit grand en lomme, aveucques bon sens. Encores en rcsioit deux aulires à donner : mes eucore on

les tint secrets ; et ne sçavoie à qui , à Teure de ceslui escrire ; parquoi je n'en parle plus avant, de peur que je ne iaille, et qu'il ne loist soy fonder sur opinion non attainte.

Page 1