‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 427 sur 494 · CHAPITRE CLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLII

Comment lesno1)les et les estas de France , après avoir oy la relacion du roy, débattirent les conséquences et dangiers qui en pooient venir. .

Geste remonstrance ainsi faite par la bouce du roy requérant avis , tous les princes et seigneurs, jà par avant informés de la nature du cas et conclus , nient-moins en responce pesèrent moult ceste maière ; et considérans à tous les grans dangiers qui y pendoient , misrent leurs contraires difficultés en balance de long jugement , premier qu entrer en Testroit. Véoient la léauté que dévoient au roy et à la chose publicque de ce royaulme pour le premier tiltre. Véoient à Taullre lez Taffection et le bon amour que porter dévoient à monseigneur Charles, frère du roy, et apparant héritier de la coronne , et de qui ils dévoient vouloir Tavancement et pervencion à ses bonnes fins. Véoient en oultre', et pouf le tiers point , la' grande et forte adjonction qu'il avoit en confort de sa cause des ducs de Bourgogne et de Bretaigne , et par lesquels , qui ne le contenteroit en ses dciiandes en son plein appétit, il s'efforceroit encontre le roy , son frère , de s'en mettre au dcsseure réalcment et de faicl. Et puis finabloment regardolent , se ceste séparacion de la ducié de Normandie et de la coronne se faisoit, ce

pooit tourner à grand grief et plaie à la royale magesté pour le temps à venir, et en contraire des anciens estatuts fais et gravement conclus pomr Tuniversel salut de France , qui jamès ne se doivent rompre. Parquoi , tout considéré et tout argué et pesé , et venans à l'estroit de la vérité et de preudomie , sans faveur et sans haine , conclurent et respondirent tous ensemble : que nulle riens sous le ciel , ne faveur ne affection fraternelle , ne obligacion de promesse , ne opportunité de donnison, ne de pourvision , ne peur ne menace de guerre , ne regard à nul temporel dangier qui sourdre ne mouvoir se peust à ceste cause , le roy ne devoit ne ne devroit acquiescer ne condescendre en ceste séparacion de la ducié , ne en son transport en main d'omme vivant que la sienne ; ains devroit plustost mettre et sa propre personne et tout son royaulme en la disposition occulte de la main de Dieu et de fortune, premier que le faire ne consentir , pour maintes grandes et évidentes causes qui là estoient déclairées et produites , non replicables ne rebontables. Dont , et pour tant mieux donner au roy courage et ferme adhésion à leur tel conseil et avis^ lui certiffièrent tous d'une affection et dune bouce, que mesme eux tous ensemble, et distinctement chacun en son endroit , pour donner effect et vertu à ce que portoit leur avis , eulx ils s'exposeroient et le serviroient de corps, de puissance , et d'avoir , de leurs femmes , de leurs enfans, et ne l'abondonneroient ne pour mort ne pour nul encombre de fortune ne de terrien dangier , quelque il peust estre. Si en fut le roy moult joyeux , et fort reconforté , comme raison le devoit bien ; car ce lui estoit une ferme seure potenté , pour soi reposer dessus à celle heure. ,

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