‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 431 sur 494 · CHAPITRE CLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLV

CkNMMiit le due Cbarlat estoit fort désirant de jangler avec ledit connestable après son retour de France pour apprendre de ly toutes nourelles de par-delà, et comment ledit connestable arriva à Bruges à grand prèiumpcioQ.

r Le duo Charles , doncques , sachant ledict eonnestable estre retourné de Tours , et séjournant jà près de ly à Bohain , non merveilles s'il désiroit bien à veoir ledict connestable , pour apprendre de ly toutes nouvelles de par-delà , et du roy et du royaulme , et de toutes les dispositions de paix et de guerre : car n'y avoitau monde homme en qui tant il roist foy et crédence qu'en cestui connestable , ne aussi qui plus au vif lui en peust parler ; car c'estoit (e seul bras de&tre du roy , et le vrai coffre de son secré. Dont com plus le roy y mettoit sa confiance , com plus aussi ledict connestable se devoit sagement conduire au les de par-dechà, afin que le roy n'y prist malvaise note. £t en effect , ledict con • nestable de soy-mesmes n'eust jamès osé venir çà envers devers le duc , sinon du gré et ordonnance du roy , qui jà maintesfois le y avoit envoyé depuis qu'il Tavoii fait son connestable. Et savoit bien aussi que , honneur et serment sauf, le duc Charles de Bourgoigne estoit cely du monde que ledict con* nestable amoit le plus, pour les raisons dessusdictes. Mes nient-moins si ne lui v6loit-il gréer l'allée devers ly , sinon pour ses affaires, en publicque bien des deux ; cl avoir raison. Or advint que , comme le duc Charles avoit lain et grand désir de veoir ledict ronnestuble M de ravoir en devises , au roy prist fain aussi

de l'envoyer devers le duc à Bruges ; et le requéroient bien les affaires du temps qui alors estoit. Dont, com au roy et au duc prist ung désir tournant en ung homme, cestui, à la tierce main, se trouva en désir aussi d'avoir conunissien de venir à Bruges , pour certains regars qu'il avoit en son couvert corrage, et lesquels il déûroit à monsurer et à faire cognoistre. Si fîiult savoir que ce comte de Sainci-Pol , connestable de France , estoit ung très-bel et exquis chevalier , fier durement et de hauU corrage ; et à Tadvenant du lieu dont il esloit| il avoit les meurs tout de melsmcs ; comme ung grand homme et fort , désiroit gloire et exaltacion de fortune, et souverainenieiit en la maison de France , pour cause qu'en la maison de Bourgoigne il avoit porté longues repuises du duc Philippe , à la cause de ceux de Croy : parquoy , par l'espasce bien de vingt ans , et parce qu'il avoit grandes alliances en France , il avoit béé et entendu à estre connestable ; à quoi toutes-fois oneques n'avoit peu parvenir du temps du roy Charles. Or estoit advenu qu'au voyage de France , que cestui comte de Sainct-Pol fist aveucques cestui duc Charles à Mont-le-béry, par le moyen dudict Charles, comte de Charoluis , il lut faict et créé connestable à Conflans ; et depuis monta encore si haut, que le roy , poiir l'avoir enticremeqt devers ly et hors de la maison de ce duc Charles , lui donna en mariage la seur de la royne, aveucques grande et haulte pourvision sur les deniers du royaulme. Orestoii-iletse trouvoit en Tonneur et exaltacion que longuement avoit désirée. Et comme en France il avoit quia sa gloire et sa promocion , es pays et es marches aussi du duc, souverainement en Flandres et là entour , tendoit et désiroit à y monstrer sa glorifiance ; car savoit bien qu'il y avoit des envieux sur son honneur : parquoy tant plus il avoit affection de leur croistre leur envie.

Si advint maintenant que , ainsi que le roy l'envoya à Bruges, en ce mois de may Tan soixante-huict, et que le duc alors estoit en grande magnificence et en Imult estât , la ville pleine de nobles gens et de divers ambassades de plusieurs régions, cestui comte de Saiuct- Fol , comiestable de France , vint et arriva à Bruges , entra par la porte de Saincte-Cfoix ,

vint fendant toat le travers de la ville et parmi le droict ventre du beau marchié , à six trom* pcttes sonnans devant ly et tous leurs blasons; fist porter Tespée devant ly tout ainsi comme le prince du pays , et en multitude de chevaliers et de nobles gens, six pages darrière ly ; et à grand sieute fit tout retentir de son bruit , et hommes et femmes corrir par les carrefours pour en veoîr l'affaire : car estoit cas de nouvelleté , ce leur sambloit , le plus que jamès véissent. Si en sourdit grand murmure et e^trange manière de parler , entre diverses gens , qui à dur le portoient et qui le cognoissoiept de fons et de lait , et le savoient estre subgcct quement et serviteur du prince du pays ; par quoy taa( plus se îndignoient contre ly à cause de cette arrogance monstréa , et laquelle ne lui apparu tenoit , ce disoient. Toutes-fois , ledict connestable n'accontant ne à parole ne à murmure , ne à bien pris ne à mal pris , toujours fendant les rues en son arroy , vint descendre en son logis envers la porte du Dam , menant grand chière et degois de sa fiëre entreprise , non jamès monstrée paraultre. Et en effect jamès n^avoit esté veu aussi qu homme y fist le samblable. Si en furent en Tinstant portées les nouvelle^ au duc , qui durement s'en esmerveilloit; et de fait, de felle cuer tout animé, s'en indigna contre ly et le porta à très aigre* Et comme par avant il avoit fort désiré aa venue et de le veoir , maintenant , quand il oyt conter cest orgueil et ceste arrogance mal assise, le contempna en son ayr, et tourna son cuer envers ly en toute froidesse , jurant Sainct-George qu'il lui remonstreroit son oultrage. Et combien que ledict connesr table pensoit à venir le lendemain devers Ile duc lui faire la révérence , toutes fois le duc lui signifia et lui fit dire qu'il ne venist pas, car ne lui seroit pas bien venu. El de faict le lessa sincq jours et sincq nuicta qu'oncques ne le voult veoir , ne que Taultro aussi n'y osa venir; car savoit le courroux que le duc avoit contre lui. Nientrooins, à ceulx qui l'allèrent veoir, comme le seigneur de La Roce, le seigneur d'Aymerics, et auUres, il s'excusa et para (jracicusement ; et remonslra par points et par articles , que faire le pooit et devoit par tout le royaulme de France ;

mesmes en la ville de Paris , le roy y estant dedens, si le pooit-il faire « et*ravoict hicii par quoy en Bruges , qui estait du royaume , il le pooit faire aussi , comme oonnestable ^ France ; et n'estait point .caly honneur k ly oomme conte de Sainct-Pol, mes comme sou-» verain officier de la coronne. Et ainsi , par belles remonstrances qui furent nipportéep au duc par les ungs et par les aultres , le duq enfin se lessa ; approchier , et se mitigé, jk'^ soit ce qu'en leur convenir ensemble , le duc ne se pot oncques contenir qu'il n'en paplasf fièrement audict connestable. Et disoient anU ouns qu'oncques il ne l'eust osé faire ne pensef du temps de l'aultre duo, s'il eust i^escUt Aultres disoient que si enst, et qu'il l'enst aussi bien peu de l'ung comme 4e l'aultre i mes il l'eust lessié par révérence de son bnull glorieux nom et règne. Toutes-fois , fust qp'il le pust ou non , le peuple estait tellement esmeu en Bruges en eestui cas de nouvelleté, que ce fut mille contre ung qu'il n'en advint des grands meschiefs et des dangiers en ni personne, tant que le hardement n'estûit point en ly , que d'en partir en la manièrt^ comme il estoit venu. Mes faingni d'aller en pèlerinage à Herdenbourg , en privée sfn^ple maisnie; et fit trousser trompettes et bliMni en malles , et s'en alla à Temblée,

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