CHAPITRE CLVI
Comment le dac Charles fit faire une grande exécution d*uiig fils bastard du seigneur de Ja Haroejde, et comment ses paréos se vinrent roer devant le duc pour miséricorde.
Ne me loist couler maintenant sans faire record d'une exécution de justice: que fit faire ce duc Charles en ce pendant qu'il sér journoit à Bruges, surattendant la seur du roy Edouard d'Angleterre, sa femme à venir. Si est vrai que ung jeusne fils, de l'éage environ de vingt-quaire ou vingt-six ans , nommé Hernoul , fils naturel de messire Uernoul de la Uameyde , seigneur de Condet , estoit détenu en prison à Bruges ; et l'avoit fait prendre le duc et mettre en la porterie en la main de son portier, par daim et à la requeste de partie qui là l'estoit venu poursievir , pour
GEORGE CHASTELLAIN
nng leur frère que cestui jeusne fils avoit mis à mort assez piteusement , en Gondet meismes , ville et seigneurie de son père ; et de quoi , comme la pacificacion n'en avoit esté faicte , mes la Guidant porter oultre par haulteur et par puissance de ses amis , n'avoit daignié à peine d'en réparer Toffense. Parquoi , les amis Yenus]à ^ruges devers ce nouveau duc , lequel , par renommée , savoient estre prince de justice et de radresse, se vindrent ruer devant ses pieds, lui priant pour justice et pour réparacion du piteux* grief commis en leur frère. Si leur jura le duc , par Sainct- George! que si feroil-il, et qu'il en feroit bonne punicion. Et prestement, comme ce jeusne fils ignoroit la plainte faite , et ses ennemis si près de ly , soy 'promenant et devisant emmy la court aveucques les aultres gentilshommes , fut appréhendé et mis en la porterie , sous bonne et forte garde , estroitement recommandé de la bouce du prince. Si en vint prestement la voix au seigneur de la Hameyde , son oncle , et à plusieurs aultres seigneurs, ses parens, qui là estoient en grand nombre, et lesquels pesans le fait, quel il avoît esté et non pacifié , pesèrent aussi le criminel dangier en quel estoit leur parent, par la cognoissance [qu'ils avoient de la rigueur du prince. Si se boutèrent tous ensemble hastivement; et par conseil pris, une partie de eux s'atourna envers la partie poursievant, et Taultre, la plus principale et la pesante, se vint ruer devant les pieds du duc , lui priant cl suppliant qu'en recognoissauce et retribucion du service que fait lui avoient en maint moriel dangier aultres-fois), et en grandes missions et peines longuement continuées , il lui pleust à estre piteux et miséricordieux envers leur nepveu, et de mitiger sa roide justice envers ly , parrecognoissance aussi du service que le jeusne homme lui avoit faict à Mont-le-béry , là où il s' estoit vaillamment porté et liionslré par jugement de bcaucop de gens; parquoy, se sa grâce se pooit eslendre jusqu'à en avoir mémoire, la faute de son pécbié et de sa bouillante jeunesse en poroil estre tant plus aucunement supportée. Si fut la requeste belle et piteuse à oyr en face de toutes nobles gens , en pleine •aile , là où le duc se rendit ententif à les
bien entendre, et pour tant mieulx savoir respondre à poinct, car avoit la chose fort i cuer. Si respondit et dit :