CHAPITRE CLXVI
Commenl le duc Charles assembla gens el les niist devers SainctQuen tin.
/ Comme j ai dit doncques, toute ceste année se continua pour la plus grande part en mnrmurcs et en menaces , tant de çà que do là ; et en hongnant et grognant , chascun se pourvoyoHde son affaire, et n'y avoit nul qui se loast l'ung de Taulre ; car tous deux se tenoient à foulés, le roy et le duc; et barguignans Tung Taultre , chascun craignoit son compaîgno», le roy le duc Charles pour ses alliances aux Anglois el au duc Breton, el le duc Charles le roy pour sa puissance, qui
de lui dépend d'avoir toute France en son contraire. Car à bien peser le cas , quelque alliance que ung duc de Bourgogne, ou aultre prince , poroit avoir pour mener guerre à ung roy de France , si est-ce chose difficile et dangereuse de Temprendre, et non pas sans lo peser beaucoup, considéré encore en ce temps là , là où 1 effet de la guerre des gens d'armes de France gisoît tout en rîègle et en ordre praticque, avec continuel exercice et continuacion du mestîer. Or avoit le duc Charles de longue main pourveu en son fait ; car savoit bien que armer lui convcnoit sur la fin de Testé , tant pour soi munir contre l'invasion du roy, comme d'entretenir et mettre à effect sa promesse à monseigneur Charles de France , et le duc de Bretaigne. Si avoit parlé de bouce à pluiseurs de ses principaux capitaines , affin de eux pourveoir de gens ; et auxabsens avoit envoyé mandemens de eulx mettre sus, et à aulcuns de eulx mettre sur les champs , et de eulx logier et traire devers Sainct*Quentin ; et de quoy ceulx aussi de Sainct-Quentûi condampnèrent et cioyrenc toutes leurs portes, réservées deux^dela peur que en a voient; car ne se sentoient point en grâce du duc. Si en ' eurent telle crainte qu'ils ne savoient que faire ; et souverainement pour ce que la voix portoit que toute l'assamblée se devoit faire entour leur ville. De ces gens d'armes doncques , qui te* noient les cliamps longuement devant que le duc mist sus sa grande armée , et dont les UDgs estoient et logoient du costé de deçà Somme, et les aultres dedelà, comme en frontière encontre les gens du roy qui là gisoient près aussi , le peuple et le plat pays autour avoit beaucoup à porter et à souffiir , et s'en doloient fort povres gens des champs. Mes les matcres de Tannée portoient ainsi que faire le 'convenoit ; et souffrir en failloit pour plus grand mal éviter ; car mieulx vaut porter et tolérer plaie sanable et particulière , pour temps et terme , que générale et non jamès garissable,[et dont la perte dure à tous jours*
et lonulx ou 'non , demorèrent sur leur fumier, et firent paix et compaet avcucques le roy , tout à par culx , exclus encore cely qui se mettoit en dangier pour eulx et à leur rc-» queste. Car ne cessèrent d'envoyer cop après aultre devers te duc Charles tous les jours ambassades, aveucques ce quils avoient ré-sidamment par deçà aucuns qui à peine n'en bougoient , comme Thomas de Loreille, bailly de Gaen , et Tévesque de Verdun , qui tou* Jours solliciloient le duc Charles, ou pour argent ou pour gens d'armes, et finabicmenti pour consurreclion faire ly-meismes en sa personne. Parquoy il appert que ce que ca duc Charles se mettra sus tantost en fier apprest, tendant aller en France à la requeste et poursieute de monseigneur Charles , frère du roy , ce ne sera point à volenté malvaise encontre le roy, ne pour sa particulière cause ; mes ce sera pour accomplissement de foy et de promesse , en quoy il se sentoit lyé dès le traictié de Conflans , et de Taveu et consen-tement mesmes du roy et de tous les princes qui en ce se concordoient : que se le roy n*entretenoit ce que là estoit promis, il s'a^ gréoitet le consentoit que ils se pussent entreaidier et entre-secourir Tung Taultre Jusques au parfait de son promettre.
Or avoit esté le roy faillant à son frère \ parquoi le duc Charles , requis de son frère, lequel toutes-fois n'y obtempéra point pour la première requeste , ne légierementl ne tost , ains y différa deux ou trois ans, nécessairement enfin et pour son honneur garder en foy promise audict monseigneur Charles, et non fouler aussi honneur envers le roy par la vertu du traictié , il se mist sur les champs envers Taoïist, à intencion tele, que ceux pour qui il se mettoit en ce dangier, se disposeroient au mesmes et au pareil faire , en commun salut de tous deux'.