CHAPITRE CLXV
Comment le comte d*Erminac , ponr refus qne loi fit le duc lui domier sa niepce , se retourna contre la maison de fiom'goigne.
Le comte d'Erminac aussi , qui avoit esté de la ligue des aultres, et avoit esté à Gonflans le plus de tous mal appointable , icely estoit jù tout retourné et cbangié de corragO;
par argu et par indignacion contre la maison de Bourgogne, pour cause que le duc Philippe , jà trespassé , lui avoit refusé sa niepce damoisclle Jehenne de Bourbon , belle-senr au comte de Gharolois; et lequel, en pareil cas , en fit refus aussi , nonobstant toutesfois que la ducesse de Bourbon, sa mère, et son frère le duc de Bourbon , le voloient et le désiroient. Et à ceste cause avoient envoyé notable ambassade devers le duc, et non moins devers la damoiselle , pour l'enborter et informer de leur voulenté ; laquelle oncques n'y voult condescendre pour se voer plustost à Dieu , en religion , toutte sa vie. Meismes le duc 'son oncle lui avoit dist qu'il la mettolt purement en son franc arbitre , do faire et de lessier , et d'obéir à père et à mère , et qu'en rien ne la voloit rompre; mes feist d'elle ce qu'elle voulsist ; mes de son gré ne par ses bienfaits , elle ne l'aroit jamès ; mes par faire à son gré et par son conseil , et demorant par de chà, il pourverroit d'elle si bien que pour suffire. Si en respondi la damoiselle si sagement et bien au gré du duc et du comte son beau frère, qu'ils en eurent joie , et elle honneur ; et les aultres ftirent ' tous confus. Et en à part tanchèrent la damoimoiselle , et lui dirent des dures parolles , auxquelles elle n'accontoit gaires; car elle se sentoit avoir bon garant ; et pour morir , ce disoit bien , ne le prendroit. G' est ici doncques la cause pourquoy le comte d'Ërmignac se'monstra animé vers la maison de Bourgogne , laquelle il menaça depuis de mainte felle menace , reniant Dieu à bras tournés , qu'il venroit courre le pays de Picardie et de Haynaut, piller, rober, et bouter feu, pren-dre et tuer et mettre tout à sang , jusques aux portes de Flandres, en despit de tout homme. Mà8 en son dire n'avoit pas tant de péril ne si grand , fors comme à le mettre à effect. Aussi les menaciés par de çà n'en firent gaires grand pois , si non de rire ; et le menaceur savoit peu et mal cognoissoit ce dont il se vantoit. Toutes-fois^ s'il eust pu mal faire^ et que le trouble f ust allé avant , ainsi qu'il se disposoit, il se fust monstre dur ennemy , et eust fait da mal ce qu'il eust peu , que Dieu touteft-ibis ne souSKl prâii pour celle heure, etn^A
GEORGE CHAStELLAIN.
^ Ainsi doncqncs, comme j'ay dicl par 'cydevant que tous les princes de France , par ceste année de soixante-huict, cstoicut tons entrepris el perplex diversement en ceste discorde qui esloit entre le roy et son frère pour la duclé de Normandie , et entre leroy et le duc Charles pour cause des terres sur Somme lesquelles il voloît rappeler, [mesmement et pour ce que le duc Charles adhëroit et confortoit son frère , monseigneur Charles, et esfoit le bras de son orgueil et de son fort , ce lui sambloit , en son contraire ; ainsi doncques le roy estant fort , et les deux autres parties fortes et flères, et que le moyen ne se pooit trouver de nul lez pour y mettre accord , ne resloit, ce sambloit , fors que Tas- •amblcmont se fist de quelque maie aventure, là où toute la gloire de ce royaulme feust tombdc en confusion par bataille , et dont le yainqueur, quiconcques eust esté cely, eust porté meismes la malédiction de sa bonne aventure. N'est pas de merveilles doncques, se les nobles princes dessusdits , mesmement tous les aultres vaillans et preud*ommes de ce royaulme , voyans telle bruine sourdre et de telle grîève importance que est congneue , avoieni les cucrs estrains de peur et de seing, là 011 de tout le sens qui estoit en ce royaulme, ne se pooit trouver ne ouvrir voie par quoy la peur du mal à venir en eust esté dehors , sinon par Dieu seul.