‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 453 sur 494 · CHAPITRE CLXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXVI

Comment le temps estoit fort plavienx , et fut le doc ooQstraiiit à changer son parc.

Durant le temps que le duc se tenoit en son parc , il fesoit si pluvieux que merveille seroit h conter comment ne ly ne ses f^ens s'y pooient tenir ; car aveucques ce qu'il fesoit moite par desseure , si estoit la terre si enfondrée que nul ne s*cn pooit ravoir. Tout homme y alloit jusqu*à demi-jambe en la boe, et n'y avoit ne cheval ne homme , tant feust-il {îrand , qui se peusl logier à sec; et n'y avoit tente qui ne feuit traspercée et toute pourrie d'caue , et ne corps d'omme qui ne feust en dangier d'eslre perdu par maladie ou par mort, du mésaise ; et tellement que la duc se trouva constraint, par la clameur qu'il en oyt, de se lever et de changier lieu plus au couvert , ou il ,eust mis toutes ses gens en péril de mort, et ly-meismes en grand dangier. Mesmement les capitaines le lui disoient , que force estoit de ce faire ou de tout perdre ; et, quand il vouldroit user de sa teste tout seul , il se trouveroit tout seul ; et ly tout seul , ce n'cstoit que ung homme comme les aultres. Parquoy , quand il auroit perdu ses gens, par quérir en eulx plus qu'on ne doibt , ne que nature ne peult , si annoy lui en venoit après, ly seul scroil cause de sa foule. Si se conclut enfin de deslogier ; et crut conseil ; et s'en alla logier à Léons en Santers , atout sa bataille , et l'avant-garde logea à (1)...., et Tarriere-garde à (2)...., chacun au mieulxetau plus bel qu'il pooit.

» Dont , toutes-fois, pour en conter à l'onneur du duc et de son grand corrage , c'estoitdatnaîge que fout le temps que le duc estoit en armes, qu'il ne pooit persévérer en cestuy parc ; car c'estoit la plus fiére chose du monde et la mieulx ordonnée. Et sembloit estre une grande puissante cité , que de Tassamblement des tentes qui là se véoient entassées et assises en fachon de rues longues et croisées, cl à grans carrefours et places pour faire

(i) Lacune dans le manuscrit.

(2) Idem.

convencions et marchandises, et là ob tous ouvriers et marchanset marchandises te trou-' voient, et tavernes et cabarets, comme en Paris. Et la muraille du dehors du parc , c'estoient chariots et engins tous estoffés et efliMtés, et si fièrement et puissamment assit, et si bien gardés et munis de gens deffendeurs à grosses plommées, que de nul effort d'homme n'avoit garde, et n'estoit de nul lez approchab!e. Parquoy n'est pas de merveilles te le duc s'en partist à envis , quand , par en partir, il délessoit ce qui lui donnoit gloire de haulte fierté, et à aultrui espoentement; qui est chose que ung hault fier prince quiert et désire. Mé^ encontre l'importance dn temps et des fortunes delà haut, nulle humaine dé* llbéracion ne haulte volenté d'orome ne peut tenir.

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