‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 454 sur 494 · CHAPITRE CLXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXVII

Comment le duc estoit résolu à ce que de toutes set demandes qu^il avoit fait , ne Icsseroit couler point une qu*il ne les eniporlast.

Moult se donnoit de peine le comte da Sainct-Pol , connestable , en cestui parlement, afin de les unir ; et jour et nuit alloit et ve<» noit entre deux , puis devers l'ung , pnis devers l'autre; rompoit h tous lez etamolHssoit à ton povoîr ce qu'il y avoit de dur entre eux, souverainement du costé du duc. Là avoit fort à faire; car pour toutes conclusions, le duc s'estoit déterminé et résolu à ce que, de toutes ses demandes et plaintes , il n'en lesseroit couler une qu'il ne les emportast, pour non jamès partir de là sinon par mort ; car les maintenoit et démonstroit raisonnables et droiturières et non jamès répronvablet , vérite bien oye. Aussi elles estoient fondées anthentiquement , tant sur la paix d'Arras faite entre le roy Charles et le dnc Philippe , comme sur celle qui fut faite à Gonflant par ravis de tout le sens de France, qui n'estoit pas chose pour ronipre. Parquoi, et comme ce duc ici se trouva frustré et repincié en l'une et en Tautre , et que le roi s'estoit essayé de le traitier autrement qu'en raison, maintenant, quand il s'est veu en lieu là où son droit pooit maintenir par force , il

a mis avant sa coinplaiotc en forme propos de la faire bonne , non prenant liltre pourtant contre le roy ne contre sa coronne, par action qui regarde samagesté, mes tiltre seulement sur son droit cl sur le lûrt tpie le roy lui voloit faire , ce que ne devoit, et lequel tort il ne voloit tolérer ne porter. Se doncques , entre gens de tous divers degrés il y a des grimoires et des doléances tous les jours de droit et de tort , et que chacun en son endroit volenliers veut et peut maintenir et delTendre sa querelle pour la débattre devant juge ou autrement, par la mesme raison de condicion humaine les puissans et forts princes, de leurs difliciles questions qu'ils ont aucune fois ensemble et des quelles ils ne se veulent attendre à jugement d'iiomme , ne de eux mesmes souvent ne veuUent faire raison, il besongnebien doncques et est excusable, que celi qui se sent le plus grevé, qu'en nature et autorité de prince , et à qui il duit rebouler force par force et '.oppression par puissance, qu'il mette sa cause aussi sur la pointe de l'espée, là où force lui fait foule. Dès le commenchemenl du monde, tous les grnns princes ont esté tels : ils ont fait leurs insurrections les uns sur les autres pour mien et pour tien. Le ibrt n confroissié le folble, et souvent le moins apparant le plus grand en nombre; et là où le plus grand aulcune fois pone foule et repincement sombs son moindre, et convient qu'il l'endure.

De si fais exemples toutes mémoires et tout livres en sont pleins; cl tant que le monde durera cestui usage et manière de faire se trouvera entre les princes, auxquels ce qui est non loy est loy , et ce qui est non licite à autrui ce leuresl équité volunlaire. Comme doncques cesie maison de liourgoigne, en ce temps ici et jâ longuement continuée jusqu es à la quarte généracion , estoit liaulemenl es- Icvée et tant qu'à paine u'avoit sa pareille , bors-mise la couronne de France, et qu'en armes et en victoires et en toutes autres gloires que fortune envoie , elle resplendissoit , et de père en Kls toujours cruissoit et uiuldplioit , et en roideur s'espanouissoii , non mervdlles que, veues et considérées Ii-s causes Fondamentales qu'elle a voit acquises en bon tiltre, et qu"après guerre autrefois portée

justement encontre la couronne, elle esLoït rentrée cl revivée sainctemcnt aveucques elle en paix et en amour, par satisfaction licite, que licitement aussi maintenant, quand on l'a volu frustrer en ses prérogatives et dignités acquises vertueusement , elle n'a'deuetpea deiïendre son droit, et le procurer «n la mesme forme qu'elle l'avoit acquis, ou ait moins de s'en mettre en puissance par umtes et par puissance. Comme ce que j'ai dit devant, icelui usage est de tout ancien temps entre les hauts princes qui leurs causes font apparoir par orgueil et leurs questions par menace.'

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