DE CHARLES LE HARDÏ
VIVAHT.
Ici après que Tancteur a faict mention da père mort, en semblable parle du Ûls/ivant et commenceant en son règne.
Oray descrit le père mort , et faict revivre en autmy papier , et par emprunt en autruy clarté Tay ramené au throsne du fils , pour honorer Tun Tautre. Par avant sa mortdilectioQ m*a peu donner abus , ;et me peut avoir amour esté cause souvent de parler plus qu'en mesure. Si en ce j*ai erré par ci devant en mon histoire , trop à lui donné , et à aultruy tellu , je m'en reprens. Par temps ci après de sa clarté je ferai à point; je retondray le superflu, et au jugement de ma raison et de son condigne luidonray siège. Le corps en a esté clair; rame est hors de ma congnoissance.Mais parce que j*ai congoeu la personne en vie , la mort de luy m'a fait relever sa gloire, droict ci escripte. Si Tay assis droict cy au throsne de son fils , et en la marge de sa splendeur , •clair avec clair, clair fils avec glorieux père. Pour parement d'ambe-deux si sera grand honneur au fils, qui grand est, d'avoir le parement de si grand homme au commencement de son livre , et debvra bien tendre aux fins de mesmc , dont le commencement est si noble. Gomme doncques le père m'a esté en cœur, et qu'au fils qui est une mesme chose je dois le parjsil , et non moins ay assis mes yeux en luy qu'en son père jadis, et le porte escript en mon courage , et sa viveté totale en mon entendement, et te désire à servir et à luy valoir, et de mon arbre et de mon temps lui apprester fruict, comme qui m'est
fondement désormais et matière de mes hbeurs, miroir de mes conceptions, et spéculatives , et qui, en équité de service faict et àf^ire, encore me doibt vie et entretenement , recongnoissance et provision pour met vieux jours , m*a semblé honneste , que plus est nécessaire de le paindre droict ci emprès son père , tout vif; et du tout et du peu que j'ay de congnoissance de sa noble personne , de It mettre sur le banc du père par osten* tion sempiteme.
Grandes causes et justices concoorentà ceci, et lesquelles esmenvent ma plume ; car pour* roit venir le temps que légères bouches et venimeuses s'assayeroient de mordre en luy, parce que chascun, à la (jualité de son courage, peut avoir diverses inclinations et mœurs. Dont se en telles et si [faictes ne plaisent k toutes gens , plaisent toutefois à Dieu , qui les congnoit bonnes. Pour ceste cause et que je sens matière droict cy de labeur digne , et que je désire obvier à ce qui est de danger , et à mettre vérité avant par preuve , loner l'homme en ce qu'il a de bon , et Texcuser en accusation faulse , je meltray droict cy les conditions et mœiu*s de ce duc Charles , h forme et viveté de son viaire et de ses vertus et naturelles inclinations, et les concordances et différences de son père et luy en vertus et en vices. Dont, se les recommandations sont plus qu'au mérir , c'est contre mon cuidier ; et se Texcusement en est plus qu'au vray, si cuidé-je avoir bien faict. J'ai appris du père par longue nourriture , et du fils par inspection secrette et bien profonde.
DE CHARLES lE HARDY.
]' En landis doncques que j'ai | la plume Jit père en main et que le Hls est mortel, comme le père, je le yeux droict cy descrire et peindre pour tout temps futur et présent; et en parleray comme en temps passé, qui servira à lousjotirs. Ce duc Charles droict cy estoit un prince non si haut que le père ; mais estoit corpulent , bien croisé et bien formé ; fort de bras et d'escliine : un peu grosseties espaules , et baissoil eu avant : portoit bonnes jambes et grosses cuisses, longue main et gent pied : n'avoit en lui rien trop de chair , ne peu d'ossemens; mais avoit corps alaigre H légier, et bien disposé ù toute force et travail : avoit tournure de visage un peu plus ronde que le père , mais estoit de clair brun : avoil uns yeux vairs et rians , et angeliqueme&t clairs, lesquels quand il musoit pensant, il sembloit que le pèrey fust dedans tout vif; avoIl la bouche du père grossette cl vermeille : le nez tractif , cl brime barbe : porloit un vif teint, clair brun, beau front cl noire ciievelure espesse et houssue , blanc col et bien assis, et en marchant regardoit vers terre : u'estolt point tout si droict que son père : mais bel prince estoit, et de belle présentation. Avoit faconde ; telle fois fut en commencement de sa raison empeschié à la bouter dehors : mais mis en train fut très éloquent. Avoit beau son et clair, jsinon en nmsique , dont il avoit l'art : estoit sage et discret de son; parler, orné et compassé en ses raisons beaucoup plus que le père : parloit de grand sens et parfont, et continuoit longuement au besoin : esloit chauld néantmoins en sa cause , et bouillant en son mettre avant : dur en opinion , mais preud'homme et juste : en conseil estoit agu , subtil , et lost concevant. Entendoit à autruy raison , et louoit les bonnes; et telle fois les siennes conclurent tout. Entendoit fort il son affaire ; estoit actif , laborieux par trop , et plus qu'il ne séoit à tel prince : soir et matin toudis en conseil : toudis en soin d'aucun grand cas, ou en finances , ou en faict de guerre , ou en provision du bien public. Perduii peu d'heures , et travailloit fort gens : mesme soy se travailloit par oulirage. Aîmoit fort ses serviteurs : estoit commun assez avec eux : bon h ser boQue nature : mais aigre ea t
telle fors agu en ses mois. Esloit de long souvenir et de longue reienance : congnoisseur d'amis et d'ennemis pour rendre en temps : en couroux estoit périlleux , et en amour de bon espoir : et diÙTéroit .vengeance telle fois par soy remordre. En tous cas sei,s dominoiien luy : maisclialleur^naiurellel'impugna fort, et perceut-on la luicte en luy souvent de nature et de sens pour obtenir lieu; maïs sens maistrîoil. Naturellement îl estoit bien doué de sens et de nobles mœurs : estoit Ical et entier homme : véritable et ferme en son dire : aimoit honneur et craignoit Dieu : esloit dévot à la vierge Marie , observoit jeunes : donnoit largement aumosnes : cremoit la mort et la courte vie. Comme grand prince qu'il fust, si considéroii-ii ce inonde transitoire , et sa haute domination et gloire, rien estre que vanité , et pugnie de vent : vouloit toutefois maintenir le sien , et le lenir aux ongles : ne craignoit elTort d'hommes, ne le fer de nul roy : esloit fier et de haut courage : asseur en péril , sans peur et sans hide; et si oncques Hector fut vaillant devant Troyes, cestuy l'esloit autant. N'esloit rien moind'e du père en vaillance ne en liardement , lequel toutefois fut clamé le meilleur chevalier du^onde en sou temps ; cestui l'ensuivit tout près ; mcnoient l'un l'autre en main par égal : estoil (ce sembloit) né en fer , tant i'aimoit : se délecloit en armes et en champs floris de hamas : ne surqueroit nulluy toutesfois : mais constraint entendoit it l'euvre. Il aimoit fort l'art et le jeu des échets ; jouoit k sort, et à l'argent : couiTOit aux barres et lianioit musique ; visoit fort au sien et aimoît profil fi ses amis : mais tenoil fort , cl en con- U'atre du père se délectoit plus en argent, qu'en pierrerie : estoit coinl toutefois en sft veslure , et volontiers riche ; vîvoit plus chastement que communément les princes ne font, qui pleins sont de volupté : si estoit-il fort et puissant par nature , maisse rompit par vertu etparcremeur de Dieu, et estoit seigneur de soi-mesme. Beuvoil peu vin, si l'aimoit-il naturellement : mais par sens le laissa , pour ce qu'il lui engendra fiebvre -. si but de l'eau colorée de vin pour attemprer sa collère , "nent estoit chauld. N'estoil enclin ik es ne Jascivelcs : esloit tout fl
ÉLOGE
labeur et à dor, et trop à sens et à peine , à Theure encore de mon escrire : mais comme en aullre cas son sens toudis a dominé sur luy jusques à présent , espoir m'est , qu'en allant avant en son règne, son sens aussi mettra modification en telles labeurs qui ne lui sont séantes.
Avoit toutefois des poincts en lui , par les-: quels diverses gens en divers regards le pourroient reprendre , souverainement François qui lui impuloient ralliance angloise , et icelle lui vouldront tourner à charge , disans qu*en ce il se desnaturoit du tronc dont il esloit, en adhérant aux ennemis du sainct lieu de sa naissance. Dont, pour Texcusation de cccy , et pour le parer en son honneur de si grand cas, je prononce pour lui, et dis manifestement : que c'est erreur, et quemesme les François ont esté cause de ce de quoy Taccuscnt. Et que ceci vray soit , le ciel y la jieiTe et tous les élémens, sans les hommes encore , le preuvenf et crient ainsi ; et se treuvera escrit en la région de Tair mille ans après : que François en ce temps ont quis les Anglois, levLvs mortels ennemis et anciens dévoreurs, d'avoir leur amour, leur adjunction et confort, et à leur propre honte et foule et donunage, pour desfaire la maison de Bourgogne , et principalement pour mener ce jeusne prince à confusion y leur propre sang, leur propre frère et parent, le plus bel ester de la couronne, par envie. Cecy est vray , et temps le m'a rendu tel. Se taisent doncques de leur accusation, et je metairay de la repreuve , qui en vient d'eux. Leurs obliques voyes, et telles que Dieu congnoist de long-temps, sur le père et sur le fils ont donné au père pauvre amorse d'y meture grand amour : mais l'ont compellé, et consiraint secrettement d'entendre à soi , et de quérir garant. Si n'a-il rien fait toutes-fois contre son honneur; rien en préjudice du noble royaume; ne rien engrief de la couronne desfleurs de lis, laquelle il honore et grandit et extoUe jusques au ciel; et se répute heureux et très honoré d'enestre issu : mais bien s'est fortifié contre ses ennemis, privées personnes, et en son corps deffendant , et en particulière question , et en quoi raison et sain jugement labeurent , qui le doibt et qui le peuli faire. Quand le temps
fera ses ennemis retourner à recoDgfnoisnaice de leur tort , sa conscience le fera reyenir i Tostention de son debvoir. II est prince chrestien ; il a Dieu en ses yeux , et équité en courage : il a les fleurs de lis en son front, et en esl font surfondu : il ne monstreroit jamais son dedans contraire à son dehors : mais d*nn aubergecm d'emprunt s'arme-l-on bien aoavent , el laisse-l-on le sien sur la perche , à feinte , et tousdis vient-on Jbien^à temps pour le reprendre. L'alliance qu'il a fûele a esté forcée , et pour un mîevx , la foveur qa'ik y a eue est naturelle ; il en est du sang : mais des deux choses aymées , et de toutes deux bonnes , la meilleure fiert m cœur , et se pare-1-^n dlcelle. Ou l'accuse aussi d'avarice et d'aymer argent, et d'estre plus tenant et clos qu'à son appartenir. Dont du sens de sa propre bouche , je veux faire le parement de ceste accusation, voire ea l'équité du droîct qu'il y peut avoir : car ne pourroie louer en nul si haut homme , que sa main close , qui est le vray contraire de principale perfection. Son argument estoit, etaccusoit soy mesmes, contestant que vwe aymoitnl l'argent , et en fesoit danger pour les temps qu'il véoit disposés d^avoir beaucoup d'affaires encontre François et aultres teodans à sa foule. Dont, comme argent est le soverain moyen par lequel on se pent nranir et garantir contre telles doubtes , soy mettre sus , et s'essourdre deffendeur de son bonneor, avoit gens d'armes h prompt et à tost : un denier en coffre vaut droict , si se dit trois ea bouche d'autruy. Et en prévient-on en temps à son meschief , et en sauve-1-on son honneur, et son propre : ce que faire ne se pourroit, qui en seroit sans, et qui en seroit enantmy danger. Par considération doneques de cecy, et qu'il* estoit prince de courage fier et de liant cœur ^ et non appris de porter foule ne le vouloir, prisoit et louoit avoir argent et de le garder et tenir à cher , non pour le bien de luy mais pour le grand fruict qui s*en ponvoit traire en temps opportun. En cest endroit sa considération faict à louer : son aymer argent est de vertu et de prix. Et n'est point'tant réputer avarice ceste manière de faire, comme claire et ouverte, prudence pour le temps futur; et fin bonneste et utile. Natu*
DE CHARLES LE nAP,T>Y.
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I rellcment Tai-je veu autrefois cl en moindre I estât larfj^e et libéral : donnoit à double main I et se délectoit en pouvoir donner ; avec ce I sçavoit qui avoit pour luy et dont jamais à la î fin venir ne pourroit. En mutation doncques I de seigneurie n'a point de mutation pourtant
I en la personue : si nature lui bailla libéralité
II à son naistre , la haultesse de sa fortune ne I lui doibt tollir pourtant les grâces de la ;! nature : mais le soin de ses grandes affaires r en nouvel estât peut bien avoir restraint la \ voye du temps passé , où nature le vouUoit I traire.
>' Estoit aussi accusé de chaleur , vray est : mais sens donnoit dessus ; et en bastiveté le disoit-on périlleux , mais si n'estoit-cc qu'en espèce de bien. Aucuns aussi le disoient dur à ses gens de guerre et de peu d'espargne ; mais ce fit-il en ensuivant le lieu, qui à dur et sans espargne de corps se veut maintenir par les hommes. Et autres le disoient mortel pour peu de cas : mais c'estoit pour faire observer ses dicts. Ne donna peine toutes-fois à autruy que luymesmes neprist pareille : n'attemptement de péril là où il ne fut au mesme. Menoit ses gens en vrai duc , et en prince redoutable , et eu (capitaine par effet : les arrangeoit en bataille, les visitoit de bout à autre, et les reconfortoit : les apparloit bel , et les induisoit à bien faire : leur promit gloire et proufBt et soy mesme mourir entre eux. De victoire il usoit courtoisement , et usoit plus de mercy que de cruauté après vaincre. Estoit tout propre et tout digne pour mener grand ost , et né, ce sembloit, pour tirer victoire de ses emprises : ne failloit fors que tiers se présentast et tiltre pour emprendre , que tout
ne lAnj^M %mA^ (ny f^*r j^ir* é4 yf^ Hi4'êé' , il estoit de iHi\\U\f94^u% %'4U{^^ . H iU huMêtyLÀ lieu, et de leur» linn IiimM o^oi^^t, 1^ sienne tierce &<; tira non nioiri'lii* (4pmi9êl avec son père en vaillance , en fli?rr/« , H m hautesse de cœur : convint avec luy on ntilurif victorieuse en armes : convindrent enscmblo en noble et eslevé courage , et en non souffrir nul tort : convindrent en léauté , et en vérité de bouche, en prend'hommle et en netteté d'honnenr*, et en boo et natorel sens , tous deux tournés à bien; conriodrent ea servir et honorer Dieu caneoseseat. et à Tadvenant des éages et des ump^ de Pai et de Tantre : conviodrest tm^OÊàA» <» tdoce honnesteté et mœors q» ài prâee mmc * Différoient aussi en aocHM e» . et étmt b différence toutefois ne porte pMt et éeé/m. : Tun estoit froid, et Taiitre f ailiaff T» long à menreilles , Taotre actif et fvwjK . Tun négligent do sien, VvÊtn dB^piK ^ aspre : différoient en le«r% r«fA» pm Vm% H par brief , et en di\eniîi de rjMfnté^ *m $ftM lieu : différoient en Tolopc^ &t b dbur ym plus et par moins, et eo UêMm^w/t ^wjysêe par trop et par peu : âJÊerfÀ^m e» wwiwn par cure et non core, et e» dr«en wuim ^m humains sont : nm» de UmH *Jt 1914» éaHiMi de perfection an père ^ de m^^mm: ^ ymr^ 'i^c^ fils; et tant que de b cbrlé dti liU ; k pM^ ne doibt avoir honte. Vm%. ^^^nn s««li^îiii soient ensemble , s'eiilre-j;n«iAdi%^u«*4iit *ii <;ki rifioient Tun l'autre : s'ewlre^t^M mviuHÏk révérence et honoeor ; %viA fmr éffM$% , imuit ^ main : et Dieu, s'il ïuv yic^X, §0^ <:(;ak bénédiction sera leur i>im4iimm em à<Mii|/i temelle gloire*
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EXPOSITION
DE GEORGE CHASTELLAIN
SUR
VERITE MAL PRISE (i).