‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 481 sur 494 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

siècle, par quoy, qui ne sçaroil la cause de l'œuvre et la condicion de Vouvrier avec son intencîon bonne, porroit eslre le dit livret imputé à charge au facteur , et avoir esté contamine ur du glorieux throne fra»çoh, dont envis porteroie le tiltre , et plus encore le délit:

Pour ceste cause » é£ aflin* que les cuîdans estre injuriés par ma lettre peussent retourner à leur appaisement de cuer , par leuf donner le vray enlendement de mes cscrips, ensemble et la fin en may préentendué ; et aussi que revoquier nepovoie ne annichiler ce qui tant estoit divulgué et espars -, ains me délitoie à parmainlenir la vérité estroite de mon œuvre , tant pour justification de mon maistre et prince , le duc innocent et proud'omme , comme pour réduire , par argfumens véritables , à la voye de raison saine , les desfoiéi^dont intencion ukîme estoient paix, et félioité ^ aoiibs grâce et wiÊOm de Dieit ;

Tendimt à laissier en perpétuelle dorée cesub Hrret , ensemble 1» très haulte et très «ngaKèfe yertii , fMroad'ommie , léanté , gkÀn et spteiHletir de mon dk maistre et jprince y cyne François en celt temps , pop enfie de sa ctorlé excelse et de sa très kaufte fortune » faéeient ; et moy ^ povre homme^pro- .férew dio' vérité sainte ^ m'accneillèrent en indignation à sa cause : Ay composé ce livre eni prese^^Ott le premier Uvret , fait poétiquement eor mètres , est eempri» dedetis y de lettre à lettre , sons riens mucier ne recopper

de roriginal , dont la mesveillance me fut causée.

Dont , et aDin qu'il appère quel en est le tiUile y qtiélle la matère subgecte , quelle fa fin dfe Faucteur , et quelle la cause de Tœuvre ; le tiltre «n est : Les Exposicions dé Gêétga^ àHf ^rM ihal-prise ; la matère subgecte en est le livret rimé ; la fin préentendue, c'est durée et stabilité de ce noble royaulme, soubs divine protection : et la cause de Tœuvre, remonstrance à chascun de son droit et de son tort , avecqnes justificacion de celui qui innocent est et plain de haultes glorieuses clartés et des grâces de Dieu , humble et léal envers Dieu et homme, là où il doit.

Si prie à tous voians et lisans iceloi , qu*en considéracion de ceste très dangereuse matère , droit cy aherse , pour fin de bien, et que , plain de passion amoureuse , ay intencîon de dédtiire estroîfemeut entre deux parties discordantes , sans foteur et ^ns ilatérfe, eofnme vérité me donne ent^dre, teidtevit di^ensfer , là où besoing sera , en Tsigmté de nies temres , et là 06 corf osifvefé aocone se troovera en ma tractaciom non agréadMe à chascun, qne icelle venllent (yhis hsiptitefi b nature du temps , ceK de aîors , qne à la per verate et oblique intenciott de ra'octenr, qtA son œuvre a proporcïomiëé à là qualité de^ cmses qui Font fait escrîprd, et dont fes déclaraeions cy après assonfif ont et donhmt

contentement aux Hsans , qtle Dieu mainé i saint I

EXPOSITION

DE GEORGE CHASTELLAIN

SUR

VÉRITÉ MAL PRISE

Comme n'a gnières séisse en mon estude , tt o(i , en diversité de matères à moy pr^sonlécs , me prindrent diverses ymaf^iniiciom '. fiioult parfondcs, et pour tes aucunes d'îcellt's JfaetirG en escript, je préisse la plume entre tes dois et disposasse tourner mon entendement il tnbeur , comme qui très haulles el très 8snj;ereuses mntères avoie entre mains, et ftincîpalemeirt louchant cestui très noble ei il^s glorieux royanlme dont , indigne hysto- Ho;;i-3phe , voudroie bien garder l'onneur de IMeu el des personnes, et, sans flecir ne louriier n faveur , garder propre honneur et saint; en qnoy toutevoies, comme je considérasse b difficulté de l'oeniTe, et que , tenant la plume en suspense, je pensasse en ma maière subgecie que moutt je pesoie , et qu'en icelle je trouvasse dillicnltés maintes moiili dures à desnoer , et dont l'atteinte du vif n'esloit pas legière , et plus encore la délerminacion dangeretisc : pensant ainsy solitaire , et pesant à la balance l'onneur , la gloire et la hanlte re;;nacîon des roys et des princes crestiens , ensemble les glorieuses opéracions et natures des nobles chevaliers . barons eï vassnuh d'au-jour d'ui et de mon temps , entre les quels par guerres et divisions ont peu estre congrues Iiaynes et mauialens, el sourses purciales afTeclions et controverses , dont le fardeau très pesant s'estoit venu plongier sur mes espanles jusques à durement ressongnier comment je me cheviroie du portage, là où je

ploioin dessonbs et soubs lequel sentis nalnra aucunement restiver à rencontre par une mollette paour prise soudaine, que , par trop espelucier parfont les choses secrètes , ou par estre trop véritable ou trop précis en escripi'Cf j* n'aquisisse haynes envers muy et mesveillance , et qu'en mes labeurs et saioes inlencions ne fusse maintenu à suspect , et pcusso cbeolr finablement ù icelle cause en aucun infortune , qui dès mon jeune éage toutevoies avoie quissongnensement la grâce des princes, et pour icewlx distinguer et congnoîstre visité et perquis diverses régions, dont en-core l'afieclion ne m'estoil amendrie : comme lors je séisse en cest estât , ei variasse entra faire el laissier, entre accuser et parer, et que le percogiter tout et comprendre me donnast de'soussi beaucop pour en faire bien soudainement : lors , |comme se le tonnoire chéist du ciel , vindrent h la croisure de mon estude crier quatre impérieuses voi<c moult aguës; et disant icelles: «Ouvre cy! ouvre!" fellement frapèrent sur huys et fenestresqui toutes churent du cop ; et y entrèrent quatre dames moult espoentables en regart. Lesquelles, aveques horrenr de figure , me donnèrent fremison aussi en leur survenue , jusques à reiraire tous mes esperis emprès le cuer , et laissier le corps privé de ses motivemens , fors seulement de la veue , laquelle arrcsdiement se contint en icelles. Maia alTitiaui vers la famnsJe s'esmcrveilloit toute

EXPOSITION

de rîntencion de ces quatre et die la cause de leur survenue si impétueuse , nonobstant que la semblance de leurs personnes démonstroit assez la faculté de leurs natures, qui toutes se présentoient f elle s et prestes à injurier qui que fust.

Lors, moy surpris en ce point, comme homme à demi mort et qui n'avoîe riens en vigueur , fors seulement la fantasie ou tout je recueilloie , et la très estrange babituacîon d*icelles, et la très horrible ostencion foraine aussi de leurs contendances , ensemble autres grans 'mislères qui servoient à leur personnage et à noter bien dignes , commençay à fichier mon regart en icelles , et à noter leurs semblances et coroposicions moult estranges ; car , avoit la première les oreilles bouciées tant estroitement que à nulle rien , foi^s qu'à propre affection, ne voloit donner ascout ; portoit Testomac hault et enflé , col tors vers la main senestre, regart envenimé, la veue creuse et parfonde dedens la teste, de laquelle, en regardant les hommes, les sembloit trèsperchier; sembloit estre merancolieuse en ses manières , grave en parler et tardive , mais despite mortellement en couvert , jusques à Tescrenement du sacq , là où toute se deslioit; avoit Tune] des mains torse en arrière , et d'icelle faisoit signe de despection , et en l'autre tenoit ung glaive dont la pointe mordoit à dens , et sembloit qu'en icelui aguisoit son venin. Dont , comme je regardoie le front d'icelle et que durement m'espoentoie de son estre, je y perceus en lettres de couleur de souffre ardant escript : « Indignagion suis-je. »

Si me tins à moult aise d'en savoir le nom, quand par icelui je povoiejugierplus proprement de son affaire. Dont retirant mes yeulx d'ensus pour aprcndre des autres, tantostles geliay en la seconde , qui se presenloit en semblant pour moy donner à assavorer de ses œuvres, et pour spéculer bien et comprendre la diversité de ses formes.

t Geste dame, droit cy se monstroit avoir les condicions sures, raisons moult aguës et mordantes ; grîgnoit les dens , et machoit ses lèvres ; niquoit de la teste souvent -, et monstrant signe d*estrc argucresse, sauieloit sur pies et tournoit Tun costé puis çà , lautre

costé puis là ; portoit manière d'impacience et de contradiction ; le droit œîl avoit clos et Tautre ouvert ; avoit ung sacq plein de livres devant Iny, dont les ungs mist en son escours comme cÛéris, les autres getta au loings par despit ; deacira papiers et feulles ; qoayers getta an feu fâomiement ; rioit sur les uns et les baisoit ; sur les autres cracha par vilonnie et les foula des p\és ; avoit une plume en sa main, plaine d'encre, de laquelle roioit maintes escriptures notables qui ne lui tournoient à gré et les mist en desprîs. Lors quant aux antres, donna tiltres et voies d'exal • tacion très hautaines et les juga recommandables, d'une esponge aussi noircissoit aucunes ymages , autres esgratinoit aux ongles et à granhes , et ,les tierces rasoit toutes aa net , et les planoit comme pour les metu^ hors de mémoire , et se monstroit dure et félle ennemie à beaucop de gens de bien, plus volontairement que par raison.

La quelle, quand bien l'eus avisée, et noté

ses manières , dont |le nom , comme il me

sembloit, devoit bien ensievir semblable à ses

meurs , et que moult desiroie à savoir icelui ,

vis en l'emplastre de son front conune pur

manière de tiltre qui disoit : a Réprobagoii

suis-je. » Lequel mot leu , dis à par moy

mesmes : « Voirement es tu bien baptisée eo

celui nom, car moult en est la significacion da

terme propre à la réalité de ta condicion ; et qui

autre te vouldroit donner plus honneste , don-

roit parement et tiltre non dignes à ta nature. •

Si me tanai de l'avoir regardé autant;

et plain de hide et ,de l'austérité des deux

et de leur injurieux semblant , tournai ma

veue en la tierce , laquelle vestae assez hon-

nestement et plus quoye en apparence , pom

gros roUes d'escriptures dessoubs son bras ;

et iceuls desveloppant , là où il y avoit plui-

seurs choses mises par répertoire, aucune

fois monstroit les articles au doy , autres fois

mettoit le doy sus, et puisa cop retirant icelui,

reféri dessus de ^toute la main par semblait

d'aucun ayr , comme s'elle voulsist monstrer

injure ou blasphème en iceuls , ou à aucuna

personnes là ramenteues donner charge.

Geste dame icy, à ce que je vis de semblait en elle , porta bien la mine de non estre Ihci juste en conscience et de semer voleutiers dit-

SUR VÉRITÉ MAL PRISE

copdocoiiveptemenicmrclos hommes; sembloii I parnature aussialTcctereiquiirirvolciiùersIes [ ixeillesdespriaceg et des gens enaucton(é,lù où , usant de sa propriété , condeinpnoit hommes et semences, noircissoil querelles, etconvertissoit les boones en mauvaise ioterprétacioDidoDt, à si peu que pcrceu m'estoie de son estre et que je consîdéroie bien là où liroit sa nature, HUrvisen son front aussi le tilire de son nom ; et disoit i > Accdsacioh suis-Je. "

Coucié à demi lors et demi assis gisoie à l'envers, privé de parolle ; et n'y avoit mouvement en moy fors des yeulx, aiixquelsdarnîôrement] se vint présenter l'autre quairîesme, qui toute elTuriée en semblant, et comme s"elle me voulsist inférer mort, vint félonnement jusques au plus près de mon vis, et portant une espée hideusement sanglante, la quelle avoit tournéejpour férir , d'estoc , la vint branlant furieusement sur moy, et faisoit semblant d'eu, férir. Dont la liide me prist telle, et la'paour tant extrême qu'en icelle ne m'esioit attente que de la mort ; car m'esloit sa menace etturiée aussi mortelle en semblant comme cust esté la percussion de sa main par réal efl'ect.

Ceste dame iey n' avoit desfigurement autre, fors qu'elle roulloit les yeulx, qui luy estoient gros et estincellans ; avoit la bouée de travers; le bas et le hault d'icelle contraire l'un de l'autre; avoit le visage enflé et tout rouge; vaines engroissies et plaines de sang, et les mains criminellement sanglantes et mortelles. El non mort encore , mais assez près , réservé que les yeulx tousjours me prcstoient service pour faire vivement comprendre ma vision , geitai icculx, comme autres avoie fait, en son front ; et lors me perceus de son liltre qui disoit : " VtNniCATioK suîs-je. i>

Lors quand cesqualre femmes droit cy hideuses et espoenlables s'esloienl présenlêes devant moy, démonstrant chascune l'office de son personnage , toutes quatre en renc se contindrent devant mes yeulx en le! ordre que je les ay nommées. Et non aians encore levé nuls languaiges devers moy, si non largement grimaces et ireux semblans qui valoienl paroles, commença la première, qui se Dommoit Irdignacion , à dire ainsy :

a Traylre homme mauvais injuriée

fuulx liommc plain de venin , digne de mort et d'esquartelure, digne de mort immortelle et de tourment non lerminable , faulx traytre pervers, digne de toute despection humaine ! or as veu nos personnes'; or as sceu et congnue nos noms et les condicions de nos affaires. Chetif ! mais tu ne scés pas pourtant dont est aostre production, ne de quel lieu nous sommes mcues pour venir droitcy, ne qui est la cause de nostre présent survcnement devers loi. Fol oultrageux ! nous venons et sommes parties de la très glorieuse maison deFrance, de la très excelse et béatifiée maison crestlenne du ihrone des honneurs et des dignités du monde , du ciel impérial terrien, qui seul resplend sur les hommes, qui seul tient règne et dominacion sur lesgénéracions universes, qui seul encerne et circuit la seigneurie du siècle, qui seul est paradis des humaines voluptés, tlironede super-éminont gloire, soleil de justice et de noble vie, fontaine d'onneur et de science, sourgon de vertu et de félicité, mère de clergie et de la sapience du monde, région de chevalerie, royne de proesse, minière de précieusetôs, tirmament de salut et de vraie foy, que Dieu a rempli de grâce , nature de loule sa prestance, et fortune de tout son entremettre. Menteur pervers! de tel lieu sommes-nous parties; de là sommes-nous venues droit ci par devers loy, qui le palais du Irimnphe du monde, le ihrone de netteté et de gloire incomparable as volu ordoier et soullier par tesescrips; et toi boutant en présompcion excessive, as dégoutté ton venin et lancié jusques il la royale magcsté injuriée durement par ton desgorgier présompcieux. Fol arrogant, esclisce de venin, menteur injurieux, rempli d'esloffe pire que souffre ne poye d'enfer, et extraict de la généraciou maudicte, ce crois-je, de Dam, de ûoth et de Magot, dont la semence puist faillir entoy (et Amen), traître faulx homme, organe de l'ennemi, plus criminel que escorpion ne tareute, et comment as eu ne pris le hardementde mettre avant les injurieux et cuisans termes , les agut's et mordantes paroles qui n^ guièressont espurses parmi ce royaume , portées et semées entre toutes condicions et facultés d'om- '«<-. le noble royal sang, avec .

'tueuse chevalerie fraa-

ijie

EXPOSmON

çoiae, 8*eD sentent bteciés, et ^ toy impulanâ cliai^e de malice, crieal vengence sur ta faulse liérélique personne, dont l'injure ne le venin ue sont ù sotill'rir, corallien que lu l« fondes et contics sui' les mai-ches où lu l'embuchcs, et là ou lonmuislre, ton duc, te donne part et garant et est peut esire cause de ton parler. Langue d'aspic et denture de lygre , louve engloutisseresse de l'onneur des François, commoveresse de san;; et de felunnie , presenlncle de Uoote el de lougissure, quelle chose te petit avoir meu ou causé d'avuîr produit les felles, liorrililes et s us pi cables sentences, comme lu as fait retentir jusques uux portes de nos oreilles, et des quelles non pas nous tant seulement , mus loute la générutité de nosire tbrone ed commeue el en rumeur. El n'est sang en la plante des pies qui n'en monte au visaige des liauliL hommes, à l'un par vergongne, à l'autre par ire et appétit de vengier. Car ne fui oncques le Uirone françois si injurié que par (oy, ne onques sa mageslé excelse ne receut lésion si griefve que prestement de ta main; dont louiesvoies tes causes sont faulses, tes mouvemens îuiques et pervers, tes foadacions injustes, eiiesproductionsdespeclueuseset mençongièresi et en doivent redonder en toy mesmes obprobrieusement les quarreaui que lu nous eo as tirés, faul\ murtrier inhumain 1 El nous t'avons donné aulrefois nourrilure emprès nous, t'avons recueilli et leceuen service, donné procliaineté à nosire ombrage, hantise el Irequeutacion clère avec nous, inspection et cognoissanca de nosire giron; et tu, en récompense de bénéfices receus, en rendicion de gruiuiié obtenue plus que à ton appartenir, ingrat envei-s ta bonne fortune et ceuls qui te ont bien fait, tu payes sucre par venin, tu payes batsors par morsures, tu payes acolemens p»r plaies mortelles , lu rens mal pour bien , ut mort pour vie.

"Or çal et se l'eure n'est encore permise que je m'en puisse vengier, el que fortune ne m'est si propice que de povoir evécutcr mon courage, au moins m'est l'espoir de te moostrer une fois ton més-us, et de te faire sentir am^ement lesouirages; car ne moiiiTUs jamais, n<i nioy aussi, que mon ire et ma fureur, mon sang el mu cuisauce ne te pei'ccai ei

deveureut , et descirem et 'desrompeatij desmembrenieicliurpisscut, et lefaceocfoe- ' dre et poudroîer en Utrre, char et os&emens, et ton nom esuindre ep lamemoire des bomcnçs«

itaf- "

A testes tant aisgrcs et injurieuses paj me convenoit hvrer ascout, et ne m'ostoît aisance nulle de respondre ^ rencontre par la paour qui me teitoil lors empescié la parole. Dont se le regard de Tymaige m'uvoii donné terreur grande en son survenir, inainiçnanlla me renouveloit parcenidoubles.Ën la felldé de son injure parloit loutevoies bassement ceste dame entre ses dens et d'une voix cassée, comme se ii dangier vuidoit son estomac, cl qu'elle ue voulsîst point qu'en public or la jugeasi telle comme elle esioit en cuer. M'avoit fait des grimaces hideuses , et manières de despections les plus terribles qu'oncques véisse; êsquelles tant me trouvai confus, Inni au bout de' mon sens et entendement, que bras et pies tous eslendus, comme d'un corps mort, â paines meremanoit enranie vertu aucune né opéracion, que lotit ne s'esvauopit et s'en allastpourla fuir. Mais pris en celui point dernier, me vint aherdre la seconde, qui s'appeloit Kepbobaoon , et me alla dire uimi :

RBPR0BAC105.

Malcuieus liomme , tu t'abuset bien.

des-lu ja avoir tait de nousi'cuidos-Uijà quicte de nos mains, qui tant avons justes ses et actions en toy pour te pourboBilir.'' nennyl non ! lu y es encore et y sarat famguement, car n'en partiras jamais qa« tle toipi'emit:rememn'ayoosân.l''uulvAScripvaii, folâtre homme de povre et de peiîle clergeau contrefait \à oii il n'y a scicMM clergie. ne lecture, ne auctorité , 6t nos titude de supersticieu&es invencigni el fo- Iroulles que lu vas quérnni et par les quaUtt iu entnieutes les vreiUi^s des ignorao» swi fols que toy, et uiy mesuies en tus fiA{t glorifies! Cu(|uart, maistrc vergaul (|nt i clijtse en l'enteDdement, et mesmes ne nois el veuls jugier aultrui. Que fer» 1' tes csci'iplui-es, do te* frivoles et învciaoiiMi ItUdengiuscs que tu ai fuit dovolcr par ce

m tnai I neaeàom '

SUR VÉRITÉ MAL PRISE

ttfS

royjutme, coniraircs toulesvoies de la vérité, coDlruii'i^ à hunneur ei di-oiture, eL tourluiiiies à dure lésion et scandale à la chose puLili(iue, mesmes jusques i tourier à la face royale , à la spleudeur et neuelé delà couroDue inviolée que tu semblés voloir leiuirel desiîjiurer par ta plume ? IU;iuvuis liunime iujurieux, pervers eu coucepciou et lé|jier eu tou juycmeut , se tu as cooseues aucuue pas* sious uoa opjiortunes en l'eslal de tou niuistrc à qui lu es, et eu aucuues mutèresqui le semlilcnl estre rigoreuses de sa pan et procluiiies de péril, et èsquelles lut niL'suies deusi remédier et prêveuii- par seus aliu d'éviier propre meschief, coavient-d pour tam par t£s luoati> quos ùpitiious qu'en embelissaut la cause par buui'des, lu accuses et laideii(;es les justes et faaulies clèrespersouues par cliarges, ceulx eucore ou celui à qui doy nul ue duit luucier, et devant qui et le nioude et les hommes, et les ptusemeus doivent frémir et trembler premiers que y oser mettre maiu.Dout je m'amire en moy-mesmc et me sens luule ellioniée de liide^ comment oucques eutra ea lui le tui'dejBicnl que j'en ai veu ne la presooipciun de l'uuuageque je y ai trouvée. Et coQVÎent bien certes i|ue la bonté royale soii bieu giande, quand do si haut injurieux attemptemcui seuffre ei dissimule.

, Déu! tu n'es pas celui qui digne soies de desstmulacion ; tu u'e« pas tou inaislrc , le duc de IkiurgoDgue, à qui il y peutavoir loi aucune de BoulfriTi tu n'es pas son cliunceber qui est homme grave et prudent; tu n'es pas son premier ciiamberlen , qui est preud'omnie ; ne lu u'es pas de la secte ne vocucion par quoy tu doies avoir aveu de là, ue de i;h support i car tu n'es sage ne de nul prix , ne de uullequelconque provectioo à dignité , si ntm à faire et à «scripre fatras, multitudes de folies et de vauilés, qui toutes ne servent nu ne pouililent, mes endorment les fols leviers esprits et les bons et les notables ayrent. Donques , puis que lu n'es autre homme et que lesescrips ue pi-ovicmumi point, ce peut sembler, de la gravité cl prudence des suges hommes de ta maison qui nous sont bien coii{;nus, et que ton maistrc aussi n'est pas legier parleur mais bien pondereux, il coovieni donques que lu, de propre malice, de propre envenimé couruge et

pourri estomac, de la malignité de tn racine, pourenveuimeret enfellir, nous autres, poi>r autrui aussi envenimer envers nous, lu oscevy mis aviint, ou que tou inaigtre faisant l'ignorant el le non-y-tonce s^iit esté content secrètement de un faire. Su tu, d« propre et priv4 malice l'as fuit en toit propre privé conseil, Cf tuyscul en doit redondir lu pugnicioQ ; cl «e pdf conseil et aveu d'autnû, en uuiri^i sens auwî et gravité il y siet deliber:u:iou p|)js meure ( car là gist le foi-t el l'cfitroii du ueif que ciaprès esclurcirus, se tu scrà. Miiîs dont qit^ procède, ne de quelii^oiuin, lu (wungUcc injurieux fol eiung instrumcut trôs purilleux, du quel , comme les opéiacîous tu sont diispuclucuses, pareillement est la personne de povre et de petite value, quand l'œuvre desoi-mesnies dénioBSlre la qualité de l'ouvrjer.

Jorge ! Jorge , les fuiis de ce royaume ne de ton duc ne se vuideronl pas par parvles ; il conviendra fais et n'aulx eQ'ccts. 6i l'abuses bien , quand tu penses que ptiur tes esu'ips nous nous duions ciiuiigier à Ion appétit , ne plier nos haultes querelles à tes deœon- Etrances, qui savons f^ire et dire et eutendre inieulx que nuls par devers vous. Uais n9 vous prisons point tant , mesmes ne nous diù^ gnei'ions liuil abaisserquu d'yexposcr sulug» Car esto-uvre de femme de c;iqueter moult | I et chose de vertu et de grand pris l'aire dit J fait.Ki que, ton œuvre et ta personne, luulfli mis en despris devers nostre scignuurie ; IWl blasmeset laideugcs sont surpensées jusqueS j ùheuredeue-, tes buulx présompcioux hugotr J ges réputés sans foudement; les deuiouslraj^ | ces et doctrines contées à frivoles i et bricf, a^ 1 toy et Ion fait, et ton esci-ipre et ton liintasier, tout ne nous est rien an ne poisu, louluo u meut ne ne change, excepléque uaefois,avi^:1 vous autres dont nous nous chcvirous biOfly 1 m'en rendras compte.

N'avoit f-iieoie le mot hors de la bouca à ccste dame que la tierce, soy haWantdo parler» I ne lui vint rompre la queue da sa raison -, ^ fl kl faisant gu^cir un pou du bras pour nvfljf ^ lieu eu mesyeulx.eommençaùdire:

" Jjiyveu pieça et visité tesescrips.quisoml pleins de sedîcion et de mauvaise glose: al I conviisnl que tu soies homme plein de ma^-^ J

EXPOSITION

vaiavoloîrei de perverse inclioacion , ou que tu nous ouvres tes seuiences et exposes, en autre entendement que ne savons comprendre; rartoui sonne injurieux, loul sonne en blasphème el vitupère l'e que nous y v(5ons, et tout tourne eu reproce el dépression de l'onoeur générale de France, avec vuntise el présompcion sur tcelle, el qui plus est, avec altcmpiemenl en la royale magesté particulière, laquelle, de par Dieu! ne gistpas en ta reprebencion, ue chiel pas à estre corrigée ne reprise par toy qui n'es que un povre nient, nng povre ver de terre très misérable , ung povre homme de peliie vocacîon, de petit sens et de povre. eslîme , et eu qui, quand lu uroies beaucop brassé de mal , mis le monde endesvoyel mescliief, n'y aroît point de recœuvre, et n'y aroîl à qui se plaindre, forsd'un meschantfol escervelé, plein d'outrage et d'arrogance, qui se présume de ce que n'entend et se mesle de ce que point ne lui alGert. Si seroit bien le monde payé lors, quand après gransmeschiefs avenus par si faitesbesongnes, on IpreodroitJ vcngence d'un tel cLélif et le getteroit-on en la rivière en un sacq. Par Dieu '. sire, qui m'en croiroit, l'attente ne seroit point jusqu'au meschief avenu ; mes tu mesmes corn mène eroi es £i gouster le mescliief, et se commenceroit enta personne, cartuvaulxque tu boives de l'eaue de Seine ou de Loire plus que ton soûl, ou que tu lasacesespuisier toute par boire sans noier.

" Comment déà|! et il semble que tu faces la figue avec François ! il semble que tu les prises ne ne poises , et que ce n'est rien de leur fait, foi-s chose doubieuse el variable , chose de mobile fortune non fixe , là où beaucop de vices, beaucop de vanités et de passions se tressent parmi, et à cause des quels poins tu les sers d'împropère , tu les touces et agraves de cuisans tillres, et ton parti et Ion maistre (u exloUes et eslieves en hauttes loenges.

■ nDéa! pourtant, setu'prises Ion fait beaucop, et que les gloires et félicités de ton duc tu reputes'excelses, n'en sieui pas que nous, que tu n'aimes point, doions tollérer tes parolles envenimées, ne concéder tes sentences csti-e véritables, quand, au p^^iint où elles sonl corrosives et de mauvaise digeslrou nous y mettons contredites. Peut-esUe qu'eu autrui œil

tu vois la bnrlietie petite, mais ao lien propre tu ne Vois pas le sommier bien gros que tu y portes. Toutcsvoies tu le cuides avoir net et lout eler ; mais ce te fait ignorance , ce le procède d'aveuglement , de raison et de conscience cruemeiitesamînée;car3mieftaitcresse fortune longuement possesséenaturcllcoienl est nourrice d'aveuglementetdevertu endormie.

» Se gloire doncques et félicité par devers toi sont grandes, loes en Dieu ; mes n'ont h compaier pourtant les nosircs la dépression de la langue, qui sont telles que Dieu nous a souffert acquérir en labeur , et les tiennes telles que tu les as , et qu'on en poiTu veoir l'issue. Si est folie en toi grande de condempnernulluipourtoi glorifier en ta propre forlunc qui ne t'est estable ne que à autre , car là où tu mesmes t' eslieves , tu le ravales, et là où aultrui tu déprimes, tu mesmes le condeinpncs. Aussi ton livre venimeux, plain comme il yperi de crime en la magesié.ceslui là le condempne et juge ; cestui là te prononce et demonstre qui tu es, et par (es mesmes et propres sentences très rigoreuses te reprent et accuse , disant et déclarant que tues plein de mauvais fiel, de mauvaise et in* jurieuse conception , de mordantes vdaines morsures, de présompcion et de fol oulirage, dont la malignité et le mcsus demandent pagnlcion, non pas tant seulement à Dieu, mais auroy, et à nous aulires tous en général qœ tu as blecié, Parquoy moy, ayant parvîsilé tout au long les fais , les quels en usant de mon office je déleste et agrave, je demaode sentence et jugement aussi sur ton corps , et que à l'avenant de ton demérir soil exécuté par justice ou par voie de fait autre, tant que mort s'en ensieve."

A ce mot s'avança la quatrième qui se nommoît ViNDicATioN, et sembloit enitanibée par dedans, comme se ce fust ung esprit mauvais ; mais ne disoit mol, fors tant seulemeoi, «tue,tue,lue, à lamort« ,el routlant les yeulx assez espoentablement pour faire morir gens sans férir, vint de tout impétueux air atout son estocq cuidant le ficher parmi dqoj ; lit où de la volenté de Dieu ou de mon bon eur ne sny comment, se trouva j-eienue purdarricre; ne pooit marchier avant jusqu'à moi. Dont ellm-iée et passant louie impaciencc , cuida

"sur vérité mal prise.

désespérer et soymesmes occire par despit ; Pt gettautfeu par les yeutx, ronfloit des narines et braioit par foursenerie si horrîb'emeul, que certes, qui n'avoic espoir nul en ma vie dés le commence meul de leur venir , maintenant ne avoie autre recours qu'en Dieu pour lui recommander mon amc , au quel laisumment et par seule pensée j'envoyai ma prière, là où tout espoir temporel m'esioil delailli, et me avoit relenqui tout humain confort, es mains de ces quatre. t

\ Dont comme en cestedure perplexité eusse este aucun petit temps, non pensant que si eu ■ reux fuisse que ma prière deust estre exaulcée devant Dieu, ne qu'envers moi tel pécheur sa miséricorde se deust ploier si à cop, prestement s'apparut à moi une ymuge dont la beauté en sou survenir me donna esblouJssement parce que cli^re esloit et d'angélicque semblant, mais ne s'en monstra riens que le vis, le quel par le survcoir commença àrasseurer ma paour et ù mettre en estât mes naturelles puissances eslongiées de leur venu par fraeur prise ; et declinaut son regard envers moi par semblant d'aulcune affection proféra ces mos , disant :

" Homme, repreu seurté en loi et corage ! rend grâce à Dieu et resvertue ton esperit ; car . quoique tu soies accueilli 'de menasce, n'es en péril pourtant ne en l'abandon de fortune , parceqDeDieu,où toutes chosesse présentent, congnoit ton fons meilleur que ne font les hommes; si ne te souffrira en dungier, là oii tu mesmes te voudms aîdîer et prendre aux dens le frain de ton oportun besoing. "

Et alors moy, qui songneusement enlcndoie à CCS paroles et ne savoîe qui feust cesl ymage, m'enhardis de lui enquérir qui elle estoit, ne dontestoit sa production.Ktelle, non lente do respondre, me dici. - Je suis créature de Dieu, clère comme tu vois et noble créacion, mais soulliéc laidement par tes mesfais, et infuse en toi et donnée inséparablement, si non par mort. Suis ton ame raisonnable, qui te donne estre el «vre, parler et entendre, et viens par la divine pourvisron devers toy, moy remonstrercomme lumière et cluricde ton corps, conduitresse et conseillère de tes affaires, là oii, quand tu obdis à l'empire de ma raison, je te uioinlieu cler el loublu ; et quand moy me |

siipploie à les appelis sensuels, moi mesmes je me destigure. Mais pour ce que n'estdelu spéculation présente d'entrer en ces termes, fors en tant qu'il loucc ta présente perplexité oii il te besongne secouis, lesserai couler tes offenses diverses par les quelles tu m'as mise en péril, et vendrai à aucunes bonnes inclinacions naturelles en toy qui en la miséricorde de Dieu, espoir, sont regardées, et èsquelles ne te souffrira périr, mais que te parsevères; ' cl pareontendcs plus et plus à fin bonne et & l'obtenement de sa grâce, qui onques n'eus en toi une seule pensée bonne, une seule gouielelte de frnclueuse intencion, que tout n'ait esté vcu et regardé de ses yeux, et tout mis en la conserve de sa bonté, pour l'en rendre rétribucion une fois condigue au cas et à l'avenant du mérir, par équité telle que tout Lien fait est rémunéré également , comme le mal fait pngni. ■

, l'acteur.

0 dame, ce dîs-jc alors, estes-vous donc l'amede mon corpsFEsles vous celle cnquije , m'utlcnds sauver présentement à l'eBCOutre decestes felies et inhumaines damesdroil cjr. qui tant me coniempnent et înjuricntque la mort ne me porroil estre plus aigre que leur parler 'f ^,^

Oy voir, ce suis-je ; je suis le fruit de toB i expectation.

l'actsuh.

Loé donc en soit Dieu et bénoite soit l'eurO ^ de ton apparoir. Dont et se par toy doy estre relaxé de la charire de mes mérancolies, te 'i prie que tu veuilles faire revivre aussi mon esperit tout circui de ténèbres, ullin que pur clêre congnoissance prise de toy je me puisse réunir avec toy en amour, qui ne tecongnois ores que confusément et en ay oublie les propriétés el vertus. Si que , je te prie, faveur moy et m'accorde mu peticion ; et qui t'es nommée lumière et conduitresse de ma vie , paroffreioyjeiepiàecliarilableexposeressede naon salut. — ■• Voleniiers , ce dit alors l'ame, et je leferay." lit moy, quiavois subtile l'oye,

EXPOSITION

respondî prestement : Voire mes me seras tu avocate féaLle après et défenderesse en ce qui mebesongne ? Qui non lente enresi)ondrc, dit : « Oy , mais ce ne sera point en la samblance que lu ores me perçois , mes en aultre résolucion de personnages que tu con^^oistras ci après, et qui avec moi , sont une mesme chose et essencei el à toi d'une mesme administration et service. Si saces et enten bien, qu'en ensiévant ta peticion faite, je suis^ comme je t*ai dit, ton ame raisonnable, créature formée à limage de Dieu et de son semblant , à qui, après les angels et célestes créatures , nulle rien terrienne n est semblable, nulle de telle dignité en créacion , nulle de telle adopcion en la divine amour , nulle de fcUe coocepcion sublime, nulle de telle su:»cepcion de grâce comme de vei-tu , comme de scicucc , comme decoDgnoissance et discrecion , et comme de toute capacité de chose intelligible et compréhensible, avccques vie éternelle el joyeuse fruicion de la vcue de Dieu , lors, quand par labeur et vertu me serai cxercitée pour y parattaindre. £t ceci dts-je quant au regard de mon estre et du lieu dont je viens. Mais quant au regard de ta personne privée, à qui je suis enjointe pèlerine, mise en ce volage d'embas pour y. cueillier fruit , pour y messonner et semer, pour y rassembler trésor de méri le pour y faire planter et florir œuvres vertueuses , certes , je suis celle qui duile de ton bon ange , regardée de la boulé du liauli sire de lassus, après ton enfance , passé de sept ans et mis à puérile escole , te fis comprendre ta première liçon ^ et toy ayant fait sage de Icttrure, te bailla y en reloncion la palrenoslre. ]>onl plus et plus par succession de terme tu convaloies et croissoies , et en renforcement d*éage et de corps tu acquéioies plus et plus impression de science, jusques à largement en avoir conceu, premier que lu me retirasses arrière do la perfection et priocipal-r ment de mon salut.

w Et alors comme je te véisse, par conseil non sain, distrait des oscoles , et (|ue non tenant conte de ta première noutreture enfantine, tu t'envoloppoios es affections mondaines, tu l^abimoies de vanités tempon^lles, lu t'adonnoies tout à délis el désirs <:liaiiu»ls, dont

oncquos puis tu no fis retraite, et qu en cui- i noble et hauU homme.

dam prospérer ton chemin, féliciter ta Vve et ta fortone, ta quis les variables et périlleuses habitaciofis de dame court , les mendiques et fallacieuses hantises des princes , o lesquels tu te pensoies grandir^ o les quels tu te pensoies sourdre et monter, comme rien ne te sembloit telle félicitécomme fréquentacion de seigneur, lors moi, obéissant à ton erre^ en vis toutevoies et à regret , pour première recepcion de doctrine conceue en moy, je te ramenteus estre nécessaire pourfinablement,îà soit ce que par longues estorses, venir abonne fin^ servir, amer, craindre et honnorer Dieu sur et devant tout, et que sans avoir icelui tousjours devant Toeil , tout ton contendre , tout ton acquerre et ton délicativement vivre, tout seroit povreté et malcur, tout seroit ombre et nuée de mort , cas de confuse expectacion , de petite durée et de dobreuse issue , qui , coimne le vesseau qui naturellement retient en loi le flair de la première liqueur qui y est imbue, tu ainsi, par vertu d'aucun pou de science comprise en toy adolescent, m'cnsievis en conseil , et te submis volontiers à mes enseignemensi lors on toy ayant tiré à celle vertu qui esloit souveraine, je m'assayai après à te induire encore en une autre non moins à perfection pourfitable : c'estoit que , avec amer et craindre Dieu, tu amasses vertus et bonnes meurs, contemplasses tondis les bons et lem*s exemples , et les mauvais abhominasses et fuisses en leurs œuvres.

» £n quoi aussi, toi trouvant libéral assez et prest , et qu'en longues contraires impugnacionset adversités chéant el relevant, où Dieu t'a esté clément et piteux , je me suis tenue ferme et constant en te ramentevoir toudis les poins dessus dis ; toi, venu par éage robuste à meurisson et gravité plus et plus parfaite, je t'ay conseillié dicter et mettre par escript tes concepcions , selon Foccurence des temps : une fois, par amoureuse jeunesse , loenges et glorificacions des dames ; autrefois par affection à la gloh*o du siècle , cantiques el exullacions des nobles humaines chevaleries. En quoy,iu legier encores et volage, passant ton temps vertueusement, non en oiseuse, tn t'es acquis famé assez moyenne, graceeon?eweoie et fertile, et habitude etcoyucJMdt

tWVÊffltt''an. MfsE.

>' Dont depuis, comme l'on de de l'un ii l'autre , et que les esperîs se ouvreul et csclarcisscnt, les fautusies s'espardenl et amplient, les coucepcioQS s'a;;uiseiit , lesju{;emens se meurisseat et poinlùreot, ei que les expi^-ricDces des choses immaiues plus et plus s'assaveurent et se coajjnoisseut , après avoir veuei leu histoires et livre5divcrs,pi'is dilcclioB grande et faveur en leur contenu, ainù tus glorieux et liaulxliauimes de jadîs,coiidolu leur inréliciléparlbrtuae.gloriËiileurviepurnoIjte' ment vivre , e( toy mesntes , voîunt et considérant L' estât de ce^siiïcle, je t'ai Tuit ouvrjr l'entendement en iceluî. Je t'ai Tuit vuljtor la pensée et circuir en la rondeur de la terre, lit f;inliisie en sa circonscription universe, cl pris et recueille bcaucop çà et là. Coiuine tout ne se peult enualioinineci>niprendi'u, |e t'en ai fait vuidier tes méditations ; je t'en ai fait mctlie par escripl las coacepcions, et fait conip:iscr livres ei traitiés, plus à l'utilité al salut du monde que à propre (trivée gloire.

« Dont, en cusievaat mon conseil dq vieil temps, et pour toi faire acquérir mérite en lal>eur,jc t'ai fait empreudre l'iusccucipu de ce noble et ingénieux bomoïc Iktcace (1), etdereduireà mémoire, dei>uis le roy Jehan où il tina, /h Itaalx et glorieux homirw du la terre taoeombéi en fortuite venu* A puvre tt dolanait tei-minaciont dont loutevoius le nombre est grand, la haullessede leur estât dangereuse, et la tractucion de leui- mort et infortuue à rout le monde plorable ; considéré encore les très baultes et très escellenies personnes rois et princes de nostre tems qui y sont comprises, ei dont les matères bien truittes effaceront toutes recordactons anciennes.

"T'ai faitemprendre en outre eentepiitfe»{%) oii l'univers estât du monde est comprisdeilens, et en quoi ciiasiun homme oti femme, detfuelconquc coodicion ils puissent estre, tiouveroni alloculiou.

•' T'aifaitemprendre aussi lu tractacion des r ieux fUiditèt, |e livre de iroii dîner» noble», lé hUvrecfec humnine» graves, le liyie 4'^/>érîlidu

> CGvrgc Ciiaitellam , a écrit » l'imiuiiou de l'oujmge lie Itococc , •'f Caiifiv Ftionm el fœminarum am . un [«lil iraili ipû en Ml la toDliiinalion. flfoye)! mn Notice.

1 tï) Je M les ai \>n reiruuict.

Si5

monde, le livre du père à son fil», le livre dufavx amoureux, lequel rouvcdc deux dames, laisse la motlleitr et la plus belle pour adhérer h celle qui lui est irailre et conlruire : le livre du l» conrlichn dp fortune, ieViyra de la eaii4e de»infortunm, le livTe de»'jibuiemen» de aourt, le li\Te rfe In tranquililf de* coiiraigeil^l). Cl plusieurs aullres, Ips quels, se vie t'est permise et conjonciionavec moi pjirnulcun temps convenable, à l'aide de Dieu te ferai mener jusques au parfait, sans encore la tn'» ressongnablo charge d'escripre tous les haulx el urans fais d« la cliresiienié , souverainement de le nobl» royauJme , et de ses dépendances , dtpaii l'an tiinsljuiqa'sàmainleiianl[1i,\ii où, a\ecin&llilé de lahenr, convendra aussi avoir multitude de grandseniiei de seing pour justement en ouvrer. El le doit bien frémir le cuer à l'enconire, attendue la diflicuUé seulement de ccste irèa liaulte mqlêrc sans Tons et sans Qa, cominent lu t'en chcviras. Maïs en loo);uc vie et diligente bbeurn'est rien qui q^semaincùrhief, quand bon voloir s'y ajousle.

» Je t'ay fait cotitempter aussi mainleTois leschoses glorieuses et excelses, réciter delitamment les vcriucnses, plorer en coragQ celles de tribulacion et de ruîue , souvcraioi^ ment du présent temps , au quel les rois e| princes de lu terre sont divisés ensemble, froi^ eu amour , nou cliailluns en devoir , purcsseux au fait de la chose publii|ue, sougneuK en affeciioR privée , plains de vanité , plains 4p murmure, plains de couvertes envies, plains d'afl'eclions terriennes, plains de dcstcgler mens , plains de vices el de povres coiulicions , ut cliaulx el boubos en leurs propres el privées querelles , par lesquelles menacent le monde elle font ticmbler.hiissent la querelle de leur créateur, l'expeiiciou de la vraie foi suinie, en quuy Dieu se pmoit contenter d'eulx cl crestieulé ressourdre, qui maintenant va vaucrant et chancellaiil dtiscouforiée , criant hnultement devant les portes des royaulx palais , devant lus foitesues de?

il) Jcneconnais aucun mmuscrit deçà* dire» m- \i»$ei. J'indique dani uiJi Kolice ceux que j'ai pu rf-

(21 C'cvt h cliroiiii|iir rliiiil j'ni tclroiité Its itîvcnet pfirliesA Arrns et A Vnih. cl i[iTi i^sl piildtto ûam ce volume l>our ï» prciuièi'e fois cb sou pulier.

su

EXPOSITION

prélats cras el replès , en plaiii consistoire aussi des gens de conseil enivrés en auciorité ; mais ne trouve que cuei-s endormis , natui-es appress<ies, affeccïons refroidies, amour petite , dévocion sobre , compassion nulle ; et ardans en convoitise cl vaine gloire, exposent seulement et appliquent delectacioa en chose terrienne, comme non en ung ne en deux, mes en toute la pluspart crealicnne appert et est manifeste.

" Cecy avec plusieurs autres matères semblables t'ay fait concevoir souvent ; l'ay donné méditacîons et pensées , dont les concepcions aucimes fois bien amères l'ay fait convenir en pleurs , et îcelles mettant par escripl remplirla plume de propres termes. Si ne le dy pas pour toy traire à vanité ne à jactance en ton fait , mais adn que Dieu soit preuve et tesmoînf; de la cure et sollicitude que lu portes en laféliciléetlribulaciondesliommes."

Dame, moult ay oy enteuiivcment le recort que tu m'as fait; et m'a esté solas très grant d'avoir eu le rafreiscissement de mon éage passé, duquel loutesvoies plusieurs menus arlicles droit cy recités me esloientesvanuuispîeçà, et ne m'esloit ores nul souvenir d'iceulx, par la multitude des diverses fortunes à raoy survenues depuis, et par la longuessedu temps passé qui peut causer l'oubliancc.

Mais quand j'ay oi tout Ion recort , tout le renouvellement de ma povre vie passée , de matrèsmisérableetchctivevocacionexercitée par toy, stérile toulesvoics et non fructueuse, non d'aucune utilité et faveur , non d'aucun pris ne de los , mais grosse toute et rurale , simple et' de rude substance, si ne t'ay je point oy faire mencion aucune particulière de la cbosc du monde seule dont autrefois et encore tous les Jours lu m'as ptusdonné de passions, plus de pointures en mes entrailles, et plus de tristes et de dures merancolies eu mes pensées: c'estde la rumeur et fiMiideurquî règnententredcux les plus glorieux princes de la terre, les plus plains des dons et haulx bénéfices de Dieu , les plus exaltés en la roe de foilune, les plus béaiiliés eu gloire et eu splendem' terrienne, tous deux d'un ventre cld'tm

troncq, d'un nom et d'une'origine, d'ui région conscripte , parens prochains , frères par alliance,, rejoins par nature et par grâce; et par rancunes et querelles non nécessaires, partiltresnon honnestes, par passions vicieuseî et de grand péril , fioids et deHidens l'un de l'autre , s'estordans de la voie de nature et d'amour deue , s'enaigrisscnt l'un eavers l'autre , murmurent ensemble , grongnenl et ajTuisent leurs dentures pour mordre , sont felices tous deux, mais tanés de félicités, par samblant menacent le monde et l'cspoeoient pour infclicitcr eux mesmes. Si scés Liea que rien n'est que tant j'aime que leurs personnes , que tant je exalte ne glorifie que leurs regnacions , que tant je parfonde et enseiie que leurs nobles et glorieuses vies , leurs liaulles et vertueuses condicions, leurs trésexcelses et très solempnelles victoires el iriumphes, par lesquellesilsresplendent et survolent tous ceulx de leur temps , tous ceux de leur éage passé, souverainement l'un comme cbief ou monde ; mais ennemis, bêlas aujourd'lini à propre félicité , à propre privé salut, à propre gloire obtenue et acquise, et retenduns par apparence à ruine et confusion à opprobre et injure en l'un l'autre, en.servitude et faumiliatiiHi soubs fortune , tiennent le monde en perplexité , l'église de Dieu en balance , creslienté en trouble, la foy en décadence el en diminucion, et les ennemis de Dieu infidèles, par obéir et entendre à propres privées querimonies et vanités, en orgueil et convalescence. Dont tu , ame raisonnable puisque tu m'a* bouté en ces termes, m'as donné maintes parfondes pointures de roerancolie, maintes doloreusesvuidances de soupirs, èsquels passionné et percié souvent en cuer , m'as fait lîitre livres et escrips , et dressant mon œuvre ii la nature et qualité de mes passions, m'as fart asseoir ma plume en matère odieuse, en matèrc où se quieri le venin et s'y juge, posé qu'il n'en y ait point , et pour laquelle cesies horribles et espoentables femmes droit ci quatre sont venues devers moi , moi menaçaDt de mort, de honte elde mauvaise tin, et toutesvfjios ce qui y est est par toi : dont , so aultre part et tousjouis tu m'as conseillé le plus sain , le plus honorable et le plus utile , conmic mesmes lu m'as dicl et ra-

SUR VÉRITÉ MAL PRISE

»Sâ

menteu droit cy, et maînlenanl lu m'as fait follifif el légièreinent emprendre , mettre avant œuvre coutagieuse et mauvaise , en lieu encore où je veuls honarer cl amer, reposer et prendre ombrage, durée et termiDacion. et lu ne m'en fais recort ne rameutcvancc , non plus que se tu ignorasses le cas et voulsises laver tes mains du mcsctiicF, certes, je me devroie bien plaindre de toi, et loy impropérer, se', au fort et au jjrand besoingetdur dcsiroit où j'en suis, tu ne me viens à secours; et confessant le cas que de toy vient comme aullres, tu ne me bailles conseil et doctrine pour m'en parer au vrai et à l'équité de ma boime intenciou, de Dieu cangneue. ,

Déa!monami,se tu n'asesté siconstantque jusqucs à p.iroyr ma récitation, n'ai pas esté oublieuse 'pour tant de faire fin telle qu'il me scmbloit expédient. Commencier et coclurre sont en moyen une mesmes liberté. Etcomme Tanche suis en pooir parler ou non, je suis fr.mctie aussi en pooir taire ou non taire. Je l'avoie jà ramenteu moult de choses passées, non pas tant nécessaires comme fructueuses parce que tu y as repris vigueur ; dont se l'ay fait ung commencement de remonslrance àloy utile, est vraisembbblcaussi que mon prétendre si estoit de faire lin pourfitable. Mais t'avoie or-ains dicl que, soubs forme etcsptVe de unité où tu me vois présentemeul, ffuiéres longuement ne te tendrole parole i mais soubs unetrinitc nouvelle, une mesmes vraie chose avec moy, et moy avec elle, et à toy d'une mesme administracion , je te feroye, service : or as lu loucié celui point auquel la nécessité cxpële mon assister, et te besogne de me congnoistre en autre vertu. Si que, non desavoant riens de tes œuvres , non plus les nouvelles que les vielles premières , mais promettant vertueuse deflension en toutes pour la personne , me besoogne changier personnage maintenant! par quoy, moy reveue , seras encore plus joieuxet mieu\ it ta paix.

! Lors en l'inslant avec le mot s'esvanui ; et en l'instant arrière soudainement, sans temps entre deux qui portast mesure , se remonstra en lu iriuitc que ni'avoit pioiuisc. Et

mirent devant moy (rois personnes , dont l'une si estoit en forme de jouvencel aagélique, riens tenant de terre ne de matère corruptible , lequel , de tout le corps, csioit cler comme de cristal de la (este en dessoubs ; et s'y povoient par semblant imprimer toutes choses en tend i blés et sensibles, sans fin et sans nombre; et se nommoît en celui endroit Entendement Possible. De la teste en dessus estoit en regard , comme ung escharbouclc, rayant, geltant ses rays contremont du ciel dont rcccvoit sa clarté, et en dessoubs au crisialîn corsage donnoil lumière ; dont se nommoit en celui endroit Eutetide-

UENT BES0NGI4ANT.

Les deux antres personnes' esloient féminines dames, moult belles et de noble nature, ce sembloit. Si estoit l'une en son esire blancc comme noif (]) pure, plaine de diverses paintures et d'impressions infinies, sans que lieu y remainsist encore sonflisant pour y en mettre des autres cent mil foi* tant. Et estoit vestue cesic dame d'un manteau tant délié que, sans descoumr riens du corsaîgc,toutdece dessoubs se pooit congnoistre légiéromeni par dehors; et se nommoit ceste dame Mëhoire.

La tierce si estoit une dame moult spécieuse, toute vesiue de pourpre. Porioit cepire et royal veslemenl ; et décoréede couronne luisant , usoit d'empire comme cmperéis ['l) sur les autres; et se nommoit cestc dame Vo- LEMÉ.

Moult certes m' estoit chose délectable veoîr ces [rois nobles pcrs<mncs , et cliose de grand réconfort sentir emprès moi leur assistcnce. Si dis lors -. que bien m'avoit accompli -s:i promesse la dame qui s' estoit csvanouie de moy, et qu'en lui certes avoil fidéliit^ grande et bien approuvée.

Et lors, comme ne povoie saouler les yeulx en les contempler, et que mes fraenrs premièrement eues m'estoient toutes esvanouies, comme se rien n'en fnst avenu , me perceui que les quatre mes ennemies de commencement commencèrent ù reculer ung pclit ea arrière , et prenant une manière rassise en elles, plus qae au premier, changèrent

iralrlce.

EXPOSITION

coulenr toutes qdalre. Et sembloit que paour aacnnemeDt les surpréist de ces (rois, et que redoublassent leur venu. Pourquoi elles, traiant ensemble en manière de conseil, et percevans l)ienque lieun^aroientd'estre oyes ne d'arguer à Tencontre » irouvèrent ung personnage d'une dame nouvelle ; ne sai où elles Tavoient embucée ; et icelle ordonnèrent pour tenir leur lieu , et pour mettre avant en termes ce à quoi dès le commencement estoit leur prétendre. Et tant apris lors de son estre que

je Toysr nommer aux autre» Ymaginagion Françaisb.

l'acteur.

Gomme doneques ces quatre premières dames droit cy^ à d^mi rebontées, se tenoient ung pou plds loignet de moy que ne seloient, et que leur semblant portoît de non me oser approcier mes , par la vertu des autres que je perceus bien que moult ressongnoient, vis partir de lenr tropeau ceste dame Yma- QiNACiON , portant en sa main ung livret ; et icelui présentant à mes yeulx tout ouvert , commença à dire :

TMAGINACION.

Homme! de ce livret qu'en dis-tu? l'as-tu vu autrefois , et es-tu de riens recors de son contenu?

Et moy respondant que oy et que j*en avoîs congnoissànce assez, m'en renforça sa demande disant :

YMAGIlfACfON.

Et dont vient que ton congnoistre en est si expert, et que encore ne Tas veu. ne manié entre mes mains ?

l'acteub.

Beau l'ai congnoistre , ce dis- je lors , car ce l'ut une fois ouvrage de mon engin.

TUAGUIAGION.

Et comment a-il bien le bardement en toy deregebir que c'est de ton œuvre ?

L^ACfÈM.

Quéllei milité me inthni dé lÉier ^e doat h preuve dut contraîirei me todrneMl en confusion ? La riière ùé peut nier ste fruit, ÈètÊOf ne puis nier ce livre. La ftièi^ à paM soi enfàiit eu son vjèmré, H tnd ai pcnrté œslei en mon [aine. Sott, s'il y 3f rtenê qm smme àigré et qui cuise à bMiiifear par Pinlerpreler att pire, tez-ifte^ sftbnlis à l'intei^étaH cion dTFTrE^Kttirr, et âe ces dMx cbmet JttxoiRÊ et YoLKHtÉ, en 4in maons «I dSAlinetlon clef e je me ose bien fier de mat testence ; at^^ y a en elles drohiire et éqiUté^ aiine conception ettrtti jugement; et ne se desroie* roient ne pour toy ne moy de la voie véritable.

TMAGUIACiOK.

Et comment ! fault-il tant de personnes poor te défendre, qui as esté seul à la composition de ton livre ? ne iault mie trois avocas pour ung seul corps garantir? Respons, et sauve de propre estomac ce qne de propre eslOAac ta as mis avant.

l'Acteur.

N'ai advôcat nul droit cy qni ne me soit propre et qui tenu ne soit de moy servir, comme qui ne puis vivre ne avoir estre saos leur assister. Ce sont celles et celui qui ont esté inséparablement avec moy au secret de mooa ouvrer, là où j'ai composé ce dont j'ai ei cremem* longue d'en avoir assault, et laquelle cbose, jà-soit-ce que je l'aie mook redoubtée, et que l'estroit de l'examinacion m'a esté une dure attente par la /diversité des corages, toutevoîes loè-je Dieu del'eure qui est venue maintenant , quand assegié de tous les de vous et d'autre, je me trouve en point de respondrc,'soubs la prestance toutesvoies de ces inris, affin.d'cn esure quicte une fois, juste et proud'omme , ou d'en estre à la condenpnacion demérie.

YHAGINACION.

Homme , tu paries baudemeiif } <

SUR VÉHITÉ MAL PRISE

qné bien petf ta prises eesttii affaire. Mais scès-tu bien c(uel nom j'ay et de quel lien je suis venue pour venir droit cy.

J'entens que Ton t'appelle Yhiaginactou Fbançoise, et qui es celle qui as tourné et viré ce livret de feuille en feuiRe ; et le lisant et espeluçant par jour , de lettre à lettre, par nuit Tas ruminé entre courtines closes, et y quis le goust du vrai entendre , là où souvent, à le machier, la saveur te sembloit amère.

TVAGINACION.

Et te semble-il que, par ces trois qui te assistent droit cy , tu me doies donner goust autre que celui que j'ay pris , et que par leur parler je doies tourner mon jugement contraire de mon assavourer ! Nenny voir ! si que ne sai à quoi te servira la fiance que tu y as, ne à quoi te vendra à pourfit leur entremettre, qui me semble aussi peu fructueux comme nécessaire, quand ce qui est fait est fait enta personne et en ta personne , comme Jorge , tu le deusses respondre, non pas en ces personnages que tu nous vas quérant droit cy. Au fait , pour venir à nos fins , entrons en commencement; et se tes assistans y ont lieu, me iacent entendre quel et comment , ou tu en leur nom ; et me déclarent leur estre et condicion, par lesquels droit cy doivent estre appelles ne creus de porter la raison pour toyy^qui ne congnois que ta personne et tes œuvres, et non pas les leurs.

i'acteur.

Dame , je ne prye fors que oys soient , et que prestance leur soit faite de parler, qui prestement enfonceront ung tonneau, dont , ce qui en vuidera ne court pas à broce commune , mais te donraassagissement beaucop de tes questions, premier que tu y entres. Si te prie , sire En tirobment, et vous , mes dames, qu'en ensiéyant l'exigence dacas, droit cy veuillez esvertaer vos telles comme MitWôl tftf

TvAGfif ACfoif' FiuNCO^SE comme vous avez grand tiltre et intérest d*e$tre tenus droit cy en ma deffence ; car ce fait , IM sera deschargé beaucop mon cuer, et ma cause plus embellie.

ENTENDEMENT

Dame , ne te semble-il qtie nous soions convenables avec cest homme, qni en sa seule personne a concité toy et toute la greignenr part de France contre luy, soubs espèce toutevoies de bien et de bonne intention , qui autrement a esté tournée? Doncques, qtri seul est encontre une telle généralité ennemie , fol n*est pas , s*i1 a frère ne sœur qiii soient une mesmes* chose avec lui , s'il les maine à jour de sonchampier pour conseil, là où il pense à trouver dure bataille? Ainsi est-il droit cy, dame. Nous trois nous lui sommes frères et sœurs; une mesmes chose, une mesmes nature avec la sienne ; qui nous entr'amons tellement que nous sommes inséparables de lui , sinon par séparacion de vie. Dont, se tu quicrs à congnoistre mon estre, ne à enquérir la cause pour quoy icy je me ingère, regarde vivement en moy, et avise se je ne sers moult à Facteur et se je ne suis Entendement Humain, en similitude d*un coffre ouvert , là où toutes choses , selon ce que elles se présentent aux sens extériores et aux puissances de Tamc, par dedens se recueillent, se conçoivent et se logent; et là, visitées par la lumière ^Entendement Besongnant, se poisent et sont agoustées en la discursion de Raison Vive , qui en tire ce qu'elle y conçoit : des bonnes, bonté ; des mauvaises, savetir contraire ; comme qui autre riens ne peut traire, des choses, fors ce que leur nature preste.

Dame , en vérité de ce nom Entendement, qni mesmes le suis , j'espécule les choses célestes ; etconçoy par grâce ce que par sentimens je ne puisaltaindre; et parviens jusqu*à la congnoissance de Dieu et de ses œuvres, et à la conception de choses invisibres là hault, là où œil ne monte ne sentement. En vertu de ma nature aussi je fais d^enfans petiots bealt glorieux clers , plains de sciences, ^^^lains de soins et de haultes doctrines , par

S28 EXPOSITION

ce qu'ils m'ont ouvert et disposé à concevoir | je y treuve, avec fresce concepcioD , j*«IÇay

diversité de matières, les unes spéculatives , les autres morales , autres de pratiques et de diverses fins; lesquelles toutes se trouvent en moy, quand d*aventure on touche à la serrure du coffre ; car à légier se trouve , ce qui est quis là où il est.

I. Or suis-je de telle nature que tel queVomme me quiert avoir , ou riche ou povre , tout tel je me présente à lui. Et tel qu'il me aura entretenu et fait à son plaisir,*il me trouvera tel et non autre quand lui sera besoing. Se d'aventure il est convoiteux et qu'il donne seing de mettre beaucop en mon estny , beaucop y recouvrera ; et tant plus y recouvrera à son recours. Dont se pou y met, et que pou acconte de tel amas, par vice d'oisense et de négligence , pou trouvera de ricesse et de noble aquest; et sera ung homme abject et povre , inutille à soy mesmes et à autrui.

Dame , tu entens bien qu en uhg cuer nonchallant, en ung homme qui de riens ne fait pois, nulle rien ne lui est grande; et que les corages qui se disposent à vivre comme non hommes, ne resongnent événemens mondains nuls , ne que bestes mues , qui buvans et mengans le morseau entre les mâchoires , ont le mail sur la teste souvent ; dont n'ont paour, par ce que n'ont sentement de leur mort.

, 0 dame, entens droit cy : se l'acteur que tu assaulx m'eust mis en non chaloir , comme gent telle, n'eustmie incorporé ceque[après , par consentement de raison, et par l'excès du remplagequi y estoit trop, il m'a fait vuidier, et de quoi maintenant tu t'eslcves en son contraire ; car cust dormi peut-estre et se feust teu, comme qui de riens n'eust sceu ne volu faire pois , et se fust aussi légèrement passé de parier aigrement, comme légièrement il se fust passé de concevoir les aigreurs qui qucurent. Car , qui n'acoute ne entend , et qui ne scet n'assavoure. ; ^ Or queurent choses hideuses, et dures choses qui espoentenl hommes et pensemens, toutes distraites d'onneur, lointaines de salut, et proçaines de misère et de tribulacion; les ^quelles conceues en Vacleur, les a boutées ^ jBion coffre, lu où j'en ai tiré la saveur qui

n est amère. Dont , du mauvais goust que

fait prest jugement, et ai recracié debcurs ce qui m'assavouroit mal.

Dont, se j'eusse esté non challant de bi chose publique , et que des choses humaines ne m'eust esté riens , alassent bien alassent mal , et que l'acteur , mon maistre , m'eust donné ce repos , ne fust ores riens de ce passage estroit où tu as enclos l'acteur et moy, pour traire de nous l'interprétacion que tu quiers et les causes de nos rigoreux escripts, qui ne sont toutevoies autres que les fais que nos sens nous ont fait concevoir. Si me souffist t'en avoir dit autant pour l'eure , pour donner lieu à Mémoire , ma seur , qui plus vivement parlera beaucop et plus à l'attainte du cas, pour plus te donner conception de ton tort et de l'équité et bon droit de nous autres. Si que , MiiioiRB , dame , parle maintenant et descouvre ce qui estdetoy; et se tu as riens qui peut embellir nostre matière , fai monstre de ce que tu as en trésor. Peut-estre que ta descouvriras choses qui porront bien estre recongneues et jugiées de grand pois.

MÉMOmB.

Que diroie-je, Entendement? se ung nouveau vaisselet emboit par nature la première liqueur qui y est conceue , et la sent tout viel et à tousjours? Ma patrenostre m'est aujourd'ui aussi fresce comme le premier jour que je la coucous enfant. Je fus créé avecqne^ cest homme, etnaquismes nous trois ensemble avecquesluy.Dont, en réaged'enfont, soupple à doctrine, me furent présentés plusieurs livres dont j'ay aucunement recort du contenu. Et en ay mis en conserve ce que j'ay peu , par plus par moins , comme par plus ou moins avoic affection aux matères et à les bien emprandre ; dont les unes m'ont esté nécessaires, autres utiles, autres glorieuses et loables, autres amères et de]maulvais goust , pourfilablés toutesvoies quand bien se trouvoient espelucécs. Les nécessaires ont esté celles qui me servent à salut, articles de créance, congnoissance de Dieu par doctrine, par foy et par espérance, sans les quels poins, n'est sauvement ne salut nul. Les utiles, ce sont esté scieuces^et disciplines, visitacion de livres et

SUR VÉRITÉ MAL PRISE

de IiauUs escripts , qui parfoBt romme et le mainent en la congnoissance de Dieu et de soy mesmes , le font sage et elervoyant, éloquent et subtil , et prompt pour discerner entre mal et bien, entre vérité et mensonge. Les autres qui sont glorieuses et loables à Tomme, ce sont lectures fréquentes et visitacions d'histoires des nobles dicts et tractacions non communes des anciens philosophes, des poêles ,. des orateurs et des historiographes qui traitent des faits, des meurs ^ des laudacions , des glorieuses vertus et haults tilures des nobles de jadis , roys , empereurs , ducs et barons en tous éages et en toutes lois, dès le principe du monde jusqu'au présent ; car en icelle se treuve le miel et le sucre , delectacion d'ame et contemplacion souveraine de noble engin ; là se treuve le miroir par lequel on s'adresse ; là se treuve Vexemple par lequel on s'amesure , par lequel on se règle et atourne, et par lequel, prenant exallacion en choses honnestes, on enlaidist et fiiist on œuvres ténébreuses et malsaines. Y a encore une autre manière de matères que je compte de mauvais goust et amères; ce sont celles qui en vraie description racontent les opprobres , les reproces , les confessions , les infélicités et escandres d'aulcuns hommes et haults princes et barons du monde passé , d'aulcune noble généracion , à qui il peust estrc mesavenu , d'aulcim glorieux royaulme, d'aulcune cité noble, d'aulcune singulière personne notable, qui se sera mesfaite ou que fortune ennemie aura mené à fin triste. Si en sera la concepcion amère parce que noble nature se deult volentiers du mesavenir d'aultrui noble. En peut pourfiler toutesvoies la lecture , en tant que le lisant et qui le met en retencion s'en préavise et préserve , et fait aullrui préaviser et préserver de non encheoir en semblable ne par fortune ne par propre faulte , comme toutes fins se traient de Vune de ces deux ; les quelles toutesvoies , quand on les prévient par sens , n*ont point d'efficace en Tbomme par quoy on lesdoye craindre.

Dame, et avec ce que jeusne et en succession d'éage j'ai peu lire et apprendre moult de choses par livres , si ai-je peu avoir congnoi^^aace aussi et impression d'aultres beau-

cop, que les sens exteriores, comme la vue et Toye, m'ont rapportées , et qui en ont mises les réalités en la conserve de mon clos , là où souvent je les manie et reliève , je les songe et digère selon leurs qualités et circonstances; entre les quelles les unes peuvent estre délitables et de grand fruit, et les aultres merancolieuses et tristes, moult dures ea digestion. De cestes deux manières de choses avenues, dame, ay- je tout plain mes coffres, ay-je tout plain mes armoires et custodes , non pas par doctrine d'escole , non pas par lecture en livres , ne par recitacion unie de bouce ; mais par réale vision et expérience des cas en bien et en mal. Toutes me gisent imprimées si très au vif , que riens n'est qui les puisse traire dehors de moy pour les me faire perdre, et qu'elles ne demeurent fresces et vives en mon regard, autant celles de dix ans que d'aujourd'hui.

Datee, et s'il te plaist que de cestes choses ainsi veues et connues par sentement je déclaire ung peu les particularités aulcunes , tant pour ton propre contentement comme pour preuve de ma parole, je te veulx ramcntevoir premièrement aucunes de celles qui me sont délitables , et qui à la matère présente que j'ay à déduire en faveur de l'acteur me sei*ont serviables et de grandi fruict; car partie seront matère subjecte et grand fondement de nostre œuvre. Dont parce que nous devons entrer en contentioa toy et nous , pour cause de cest homme , et que tu es mue de France pour cy venir en ces marches basses impropérer ungj povre cscrivain qui ne te hait; doncques, parce que tu es de France et que tu en représentes la nacion , toutes les matères bonnes et mau-* vaisesque je tirerai démon recort en France, seront prises et sur icelle fondées , comme qui par aultres ne te peus assoufire ne faire approce. Dont et pour ce que cause principale de ta venue droit ci est l'acteur, et à l'acteur la cause de son escripre est le desvoi de ta nacion, les François, te veul donner à entendre sur quoi l'acteur principalement a fondé son œuvre, et pour quoy il s'est meu si aigrement à rencontre de ta nacion , et premièrement notant la personne de ton maislre en qui il congnoit

toutes bontés manoir , et aultrui avoir receu

VSÙ

EXPOSITION

Bniatfl haiilt bénéfices de sa main , maintes nhibicionsd*onneurs et d'nmilitës monstrées par dhrers temps et lieux , non rétribués coniJBgnement. Toutesvoies, pour et en nom de celai acteor^ contens à déclarer iceulx, et en après Tenir à la fonce des (pierdons qni en sont rendus , comme qui tout Tirement Tai en mon coilre, là ou Tacteur Ta puisié et a esté qnerre comme pour fondement de son crarre.

Dame, comme une seule personne est cause aux François de leur envie , une seule personne aussi sera cause à moi d^impropérer iceulx par sa bonté ,Ma quelle a esté congnne en lui dés son enfance, et dont encore j'ai reeort Yif , car est né le plus vrai François des vivans. Dont , posé que Tinfortune de vous auhres et vos propres causes lui ont fait autresfois desguiser sa nature , si Ta-il fait à regret et est demeuré invariable en racine , comme tout jeune délibéra à monstrer, lorsqn*en k journée de vos plours , à Azîncourt , pour soy y trouver à heure, contre le commant de son père se embla ccléement pour vous droit là venir deffendre ; et dont la perte après loi donna telle douleur que 'se toute Tinfortune eust redondéen lui seul. Y perdit oncles et parens grand nombre ; y perdit propres vasaanlx et subgets , nobles infinité. Estimoit le moins sa perte privée toutesvoîes, mcsploroit amèrement la désolacion commune, et qu'en b main des vieux CDnemis du rovaulme , les kifesteurs des François, les buveurs de leur sang , le noble parentage royal et le tbrone d'icellui estoit chcu et succombé si très lamentable. Nasquit hayneux encontre le sang anglois , et ne vcsquii oncquos heure qu'il y eust amour vive. Dont jà-soit-cc que après, par les choses avenues non renouvelables, il en prist Talliancc , le contendomcnt de vous aultres , qui mcsmes les quésistcs en son contraire, lui en esloit plus cause que constrainte nulle pour avancement do sa querelle, quand, après injure inférée assez griève, vous le tendiez à pardcsfaîrc par ceux dont il fil sens de les vous soustraire ci dcî mesin(»s s'en deffendre. Sinedy pas ceci, dame, pour reliùvement de nulle chose passée , mais pour approbacion de sa bonté invariable , si non par conslraintc , COfluno on dit vulgairement que : de Taignel

on en fiait devem'r loup par le'trop Et que cecy vray soit, appert par ce que, après longue confédéracion mamtetme avec kenk contre vous , piteux envers vostre affictioi dure , et recordant quel il estok en foas , retourna par devers vous tout léal et rompi k fhiel de vos ennemis par moitié ; où l'ccuvre, deson principe jnsqn^à la fin^ compris to«t ce qui en fnt, se povoh pins répater diviiie qie bnmaine, quand nulle pins noble ne M oncqnes^ ne digne de pins grand los. 5r B*y est mie aie à feinte depuis ne à ref^rè^ mais s'est trouvé , comme fils très bonible Mkh sant à père, comme serviteur très petiot à soi souverain sire, par toutes les €lîlectioos,^h(» neurs, révérences, présentacions, fidélitésqt cuer noble et véritable peut traire de m fous. Dont ung ne deulx exemples se domM alleguier droit cy, mais mil s'en porroicM mettre en conte dont nul ne seroit repugisble. Quist en forme de ceste vraye bodté, (t pour la consolider entre vous et lui, la nobk

et la très haulte alliance de la fille du rof

pour son fils , la quelle, après longue norriture, venue à sa fin , condoint amèrement la per dre. Soubs au vivant loutesvoics se tronn grevé assez et vexé de vos gens ; que veriuensement tolléra sans y monstrer dêsvoy . Dont comme s'ostoit retourné servitear et ami loyal, devint dur ennemi à ses relençvis; ec en avanconent de vos ressourses, misi siège à Calais. Dont posé que fortune n'en souffnst aveiûr lors point de fruit , si !m en dimm gloire toutesvoies très haulte la haultesse dis Tent reprendre, quand senl le pensa mener à chief et tout à par lui. Dont encore , et pow plus monstrer sa léaulté vraie*, et recordant comment le noble royal sang François gîseit en captivité en Babylonne , et qne Ih mes^ tout jeune y languissoit tout gris clienu , sV visa, de noblesse de cuer, de le traire* debers, et de le racheter des mains de Pharaon, lors quand autres ses plus prochains n'y acontoieitf. ^'c |lc fist mie toulevoics à vaine gloire; et ne le dis point aussi à fin de repreuve , mais à preuve el exallacion de sa bonté qui droit ci requiert d'estre remonstrée très à précis. Que fist lors après cestui prince, dame? quand la division première s' ourdi entre le rny et son fiU) lorsque plusieurs princen finuicaif

SDR VÉRITÉ MAL PRISE

M êstoient joints avecqnea le fib contraire da pdre , ei que tribulacions k tous lez renais soient en France à ceste cause, ne se monstra lors ce dac ung noble singulier homme ^ ung prinee de divin estomac, quand, tout plain de larmes et de douleurs , plain de regrets et de compassions vraies , an seeu de ceste division dist : « 0 bêlas! je voy bien que ce royaubne est perdu à jamès , et que temprement et à nos yeuh il se veult'perdre et finer, quand vuidié d^ung meschief il reciet en ung anltre, et se veult pardesfaire et porterminer en division comme du père contre le fils J et de Fung membre contre raukre. 0! et que pîté en puist prendre à Dieu et que sa grâce' y veulle pourveoir bientost! » Si fut tellement men avec ses paroles , et si 'au vif toucié es parfondes «Btrailles, qu*il varia longuement de monter à cheval à privée nainîe et da aller devers le ray en personne pour obvier à cest escandre. Dont beaucop le looient en son hault coraige et en celui hardement, mais dirent que ce ne lui eust été sens de le faire. Aussi s'estoitron as^ aez parceu par avant et depuis de maie m^ sure ;^par quoy la diflkulté n*y esCoit point mal séant. Laboura toutesvoies constantément et sur tous les autres de France en la pacifieacion ; et tellement que le discort fut remis en nature par son pourehas. En faveur encore d'aucuanuy , dame, et pour monstrer son faum^ Bité, n*a4l restitué franc etquicte pour néant, qui par infortune de son prisonnier lui estoît mis en main gagière , qui non ayant quis son détenu pour lui inférer grief , deffendenr de sa terre , le vainquit en bataille , lui courant sus. Dont k détention en avoit esté tant plus juste , et la rédempcion tant plus de gravité digne. En outre, dame, n'a-il quicté libéralement en foveur d'aocunnuy toute la seigneurie de Milan que le duc Phelippe lui voloit transporter en maiu et le faire son fils d'adopcion ; et lui en fist presse et prières très iongaes ;qtte ne voult accepter touies-voîes, pour dilectîon d'aultrui, et pour donner à entendre : que plus lui estoit auEiour envers sen sang que multiplication de terres, 'non justement possessées. Refusa' pareillement 'et en ce mesmes tiltre la seigneurie d'Espinay et de Metz ^ et qui plus est la seigneurie de Gennes , au temps

4» Mi lèMmités s p^^rcç que ne v^uUri^s

emprendre sur vous autres qui autresfois Taviez tenue en vos mains.

Dont, après vous avoir fait tous les honneurs du monde , toutes les bonnes et joyeuses • récepcions , donné de ses biens largement et offert, vous présenté assistance et service à rencontre de vos ennemis , à rencontre des Infidèles, à rencontre de tout le monde, et soy monstrant le scabeau de vos pies, tant, en fait comme en parole , et préavisant la félicité de ce royauûne et sa longue duracion , et que division en peustestre extirpée et gettée dehors , a refusé mariages du nuHide uni* vers. Et pour donner règle et ploy à son fils, tel qu'il désire que par lui maintenu soit » et de peur que par conseil senestro ne quésist alliance^* à vous non saine, lia son fils à sa propre niepce, fille desaseur, à vostre sang propre , afin que parti à intencion de soy trouver en bataille contre les Turcs, se fortime lui eust gardé sa fin pour morir là , H eust peu morir plus asseur et mieux reconforté, pour avoir obligié son fils en celui sang dont il estoit venu ; et lequel, contraire de son coer toutes-voies et d'aultrui avec, il lui avoit donné et lessié par testament , par aigres et très estroites paroles , pensant non jam'ès le reveoir, si non à grand adventure. Dame, 'et ne prises-tu ceste œuvre? et ne te semble-elle de grande et de haulte laudacion digne, quand lui voyant son fils traire à affection oblique Fa lyé pié et mains pour le faire tenir joint emprès vous; qui n*estoit mie diseteux de mariages toutes-voies, quand les plus hauts de la terre se ployoient envers ly. Si ne s'est mie monstre moins léal, quand vostre héritier prochain, Texpectant de la couronne, dechacié d'envers vous, il a receu entre ses bras pou|r ung meilleur, et pour honnonrer ce là où il a amour vraie. De quoi toutesvoies la hay^e qui est fresce maintenant s'est congrééc toute envers lui par vos injustes et vicieuses suspections que vous maintenez 'en celui làjou encques n'entra chetiveté. Dont ceulx q|^ les nourrissent et leur donnent cours , sept moins vertueux et lui plus cler et {dus glorieux en ses tillres,

Ay-je dit maintemant et remonstré ses bontés et ses léaultcs et preudonunies envers vous?^

EXPOSITION

pour caiiscr cloncf|nM l'ouvrage de cesiuy auteur, qui toutes ces clioscs a reviseiées en moa coffre, et en a veu les retribucions povres, coiivieutbiennarreraprès,etfaire «ne briefve discursion sur les choses que ]'ay veues en vous, noD bien faites et non de mesmes à ses bontés. Et tout premier me recorde de maintes rudesses et ennemîsliés qui loi ont éslé monstrées depuis par vos gens d'armes , qui du temps dcs'gucrres à paines ne furent oncques monstrées autant -, que loutesvoieg en vertu et pour bien faire il a toléré pacient. Sont venus Anglois et François joins ensemble , pour le fouler, qui, ennemis l'ung à l'aul- Ire, firent COTipaer pour fouler vostre ami, qui, pourveu de Dieu et de bon droit , avoit honneste occasion de soy deffeudre. N'ont de tout temps ceulx du parlement et aucuns du hault conseil royal , contendu à faire ployer rigor eu sèment sa personne , de l'asservir et humilier par roideur , de le rongier en sa gloire et regnacion , de le restraindre en sa seignoune f* Dont les fais sont avenus si clers parfois, que les doléances à son lez en estaient bien dures. Ne vint mie une fuis ung huissier de parlement à Gand atout ung m;indemei)t pour l'adjourncr en pci'soune , ensemble son nepveu le comte d'Estampes , et une grande part des nobles de Picardie, pour et à cause d'un Dimencc do Court , bomnie de non {P'and estime? et celui huissier gardant son exploit jusques au jour saint Andrieu, le jour principal de ta feste de son ordre, que lui, le duc d'Orléans et tous les chevaliers de la Toison d'nr estoient en leurs manteaux , en lu gloire et solempnité do leur estât, en sale non d'unduc, par semblant, mais d'un empereur, tout prêst de asseoir à table et en point de prendre séance, vint icetlui tout délibéré et à întencîon d'esvergonder la compaignJc, ne sai de qui instigné ou non; et soy ruanl à genoux le mandement en sa main , fist son exploit et sou adJDurnement en sa noble personne, en son nepveu le comte d'Estampes, et toute la haulte baronnie là estant, comme pour donner ù entendre : " vecy le Raye! de vostre extoUacion 6ère que vous avoK prise, qui vous vient cerrigier droit ci et pincier, et vous monslrcr qui vous estes. " Dame Ymaginacion, le semble-il que ceci procedast

oncquesdc bon fonds, ne qu'en unj» leV cas se peust entendre aullre chose, foi-s que hauttaine envie et venin de cucr -, nennf certes.

Pareillement se peult dire d'un aultre le quel cestui prince, estant en sa ville de Lille, vint ù marteaux de fèvre rompre les prisons d'icelle ville , pour tirer dehors ung prisonnier, sans avoir onques daignié demander ouverture à icellui.Dontesmeu durement de l'escandre et de la clameur du peuple , ea plainmidiconstrAintfutdevuidier de sa maison, lui quatriesme, pour venir k eestui {;p*acieux exploitant qui tou'iours mailloit et frappoît, et avoit ji rompu les serrures et grosses bures. Mais pris es son oultrage , se tronvi tout esbahi quand le selj^neur vit si près de lui , qui oncques toutes-voies ne se deslia en parler, jà-soit ce que emprès lui en aVoit snlcuns qui voleniiers l'eussent lancié en la rivière qui esloit là près ; que oncques ne voutt souffrir, pour révérence du roy. Mais ne fui ce point ung excès de justice, une très ouitRigeuse et despite haultaine nionstrée et faicle à ung tel prince , à ung toi chief en la teiTe, si glorieusement régnant, si puissant de villes et de pays , si assisté de conseil « de sage conduite, et de soy mesme prince de justice et d'équité, sans que ses villes d'cllrt mesmi*s soient les inieulx polict-os de dhmm aulti'es, et très rigoreuses corrigicresM» des mauvais par loy en vray saîii jugemuiL Quans en est-il fait d'aultres, datm;. que je racontei'oie bien , se ne fust pour bricfié ei pour non tout mouvoir ce que je ponrroie bien i' Quans est-il de venimcuxianguaiges, «a esté depuis vingt aus en ça, deceulxdc^-oslir route envers ceste de deçà? Qaans mespris ci ravalemens! quantes fiertés et haultaine mouirées, là où on tordoit les cols vers cculx qô, vous recevans en leui-s girons , vous ont banouré les pieds, en humilité vous oni baisté ei esiT'atnt , vous ont presié yeulx et cncrs favorables, conjoyset solempnisés par contemplucion , par révérence et amour , par revvy l'ung sur l'aullre? Dont loulesvoies la mémoire s'est trauvée eslainte lantosi , et esva* uouie, avec le lourde vos tuions. Déa! et qtie ta ne penses, dame, que j'udevinnePdesmaniènB de delà, 5uis-j<^ 39^2 expene.ctdcslaDguagcs

SUR VÉRITÉ MAL PRISE

non moins ? et combien qae Tbonneur et savoir du monde, la gracieuseté et courtoisie reposent au giron François, au sain de Tenvoisée royale court, ne s'y ireuve dileclion nulle toutesYoies envers ceulx de deçà ; ne s'y peut trouver amour radical. Mesmes semble estre chose naturelle et honneste , une chose ap« partenantetdroiturière, que tout ce quicroist sus ^ homme et femme, tout ce qui entre en auctprité clère et noble , doie contempner et tordre le col à npus aullres. N'ay je veu hommes et oy dire : que plustost iroient en la deffence des Sarrasins que des Bourguignons, et s'armée se faisoit contre ung et contre aultre, iroient plustost contre les Bourguignons que contre les Sarrasins . Dame, j'ay moult de choses en mon recort qui à ce povre acteur droit cy ont esté cause et matère d'ouvrer. Dont des vieilles je me passe pour ung mieulx et viens à celles qui encores sont fresces, et qui principalement ont commeu l'acteur et mené jusques en ceste aigreur , depuis la journée de yendomme,là où l'ambaxade de ce duc estoit tramise pour obéissance au roy, là attendant son* plaisir, et par intention aussi de donner secours et intercession de prière à ce povre infortuné duc, à ce misérable desconforté royal sang d'Alençon, que cestui prince Bourguignon , par affection et devoir de nature , par obligacion aussi et constrainte d'onneur en une religion d*ordre, avoit tant longuement pourchassié , avoit tant humblement requis et poursievi que traitié feust en pité, et que recongneus enfeussent les services et léamés de ses pères , et le sien vice dispensé miséricordieusement, en leurs mérites; qui oncques toutesvoies , à l'eure de la très maleurée et misérable sentence d'ung si noble sang , ne fut oncques ramenteu une fois qu'en faveur de lui on feist riens , fors seulement en faveur du duc de Bretaigne , pour qui amour on lui remettoit la vie conditionnellement. £t battu droit là devant , ung lion gros convint estre deshonoré , et porter pugnicion scandaleuse le noble royal sang , le parent de tous les royaulx , le compère du ceptretriumphant, le parrain de Thérilier de la courone ; el;5oy coppant mesmes le nez duvisaige, destituer, desgrader, desveslir et estre despouillié d'armes, de seignourie , de dignités , de prérogatives à

tousjours mes, et séparé avec ce misérablement du monde , mis en prison plus mérancolieuse que mort, et plus dure que cop de douloire par non povoir 'digérer son ennui. 0 comme doloreux exemple à ceulx qui firères avec lui d'ordre se trouvèrent, constrains d'y enire-estre et de veoir respandre sur eulx une telle nuée , une telle inondacion d'eaue confuse , dont se notoient bien les causes. Et ne suffisoit mie alors , dame , non faire riens pour lui, non l'avoir agréable en ses humbles poursieutes , en ses honnestes et méritoires déprécacions , ne de le prisier en nulle de ses bontés ; mais pour plus l'attedier , pour plus lui donner cuisance sur playe , présens les princes , présens ses propres chevaliers , présent Toye et veue de tout homme , le procureur royal le alla chargier d*onneur , lui alla imputer faultes et offenses , iniquités et cas reprenables , sans le samblant aultre qui là se monstroit aux.tramis, non de grand espoir de bien. Me remembre aussi , dame , des al* liances qui ont esté quises nouvellement , con* traires de ce prince, et des querelles acceptées non nécessaires ; dont ceulx qui les ont quises et conspirées sentent comment il leur en est; et les entendent bien aussi et assavourent ceulx à qui elles toucent. Ne t'en nomme nulles pour tant, quand tu les entends toutes; mais il en y a de prises et de toUues, et de faictes et de soustrâictes , en désespoir de l'acteuç et d'aultrui. Dont passionné en cuer ne s*ea est peu taire, et a osé mettre la campane au chat, pour escrier lésion et foulure en l'innocent. Autres matères me restent assez, auxquelles je n'atouce pour donner lieu à Yo- LENTÉ de parler, comme celle qui est emperéis en la région de l'àme , et qui moult a grand intérest de monstrer en ceste présente convencion quel chose c'est de sa nature , et comment justement elle se doit exposer à la defence de cestui nostre homme, qui par elle comme par nous est entré en besongne , et par les vertus impériales d'icelle a tissu son œuvre. Si que Volenté , dame , exerce ton oDice et parfai la part qui à toi sert, pour tant plus abrègement informer Ymaginagion FRAi^coisB des causes de nostre compii t^vtaioe éa povre

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EXPOSITION

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