‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 482 sur 494 · VO LENTE · texte numérisé non relu

VO LENTE

Lors ' s'avança Volenté et commença à dire ainsi:

Je suis la tierce personne de vous adirés, qui sommes une substance avec l*ame raisonnable , et ay^cs puissances distinctes , ^a unité toutes voies de nature avec vous. Dont pour avoir la deffinicion de mon estre et qui je suis : Je suis une vertu appetitive, naturellement infuse en Tame, non violable toulesvoies , mes franco en arbitre et volontaire, Dont, parce que je suis royne et emperéis, je ne suis à asservir ne à violer; et par ce que je suis france en arbitre , ne suis à constraindre. Et fait à entendre par ceci t que rhomme est ung appelit raisonnable , qui se nomme Yolbnté , par lequel raisonnablement et en franc arbitre ilappète tout ce que raison^ lui présente et met en ostencion. Or vous convient-il , dame Ymaginagion , savoir en oultre : que de moy Volenté dépendent par degrés et naissent diverses opéracions , là où les noms me changent et varient à la qualité de leur ostre. Dont au premier degré , parce que ma francise est de povoir eslire, et voioir et non voioir, et que ma puissance œuvre et s*esvertue devers object bon , je me décline et descends à Conseil. Après celui degré , je redescends arrière plus bas et me décline jusqu'à Jugement. De là plus avant encore, et viens jusqucs à Sentence ; de Sentence jusques à Élection, et d^Election jusqucs à Mouvement Impétueuk, à Exécution-de-œuvre ; et droitci entrè-je proprement an throsne de mon empire ; et commande ainsi faire ou ainsi , et ainsi voioir ou non voioir, et faire ou bien ou mal, selon^que'le bien à moy, maistre de raison humaine, sera plus ou moins parfait , ou plus ou moins eslisabio , ou moins pourKtable et salutaire. Dame donoques, Ymaginagion, regarde et entons, le prie, se par la def- Unicion et nature données à congnoistre que c'est de moy, et par les matères qui m'ont esté présentées objeclivi^moiil , et envers les quelles Entendument et Mémoire se sont embattu comme avez oy , moy aussi je me dois embatre avec eulx , et exercer mes vertus et puissances en icellcs, quand je suis de la tri-

I moy. Certes^ oy! je y ai mon intérest très ctef et mon entremettre très opportun^ quand les matères à moy présentées comme aux autres^ m*ont fait descendre en tous les degrés dessus touciés, et menée jusques k impérial Commandement en cestui povre homme sainement et saintement debvoir escrire et proférer ce de quoy est mal volu de vous eC « rindignacion de vostre aveugle eontge, qui par novelleté de fortune amie après Umgue povreté, vous est tout extollé en présompckm etsaisidedescongnoissance et de vaine inutile gloire. Or ça doncques , dame Ymagin acior FBANçoiSB , abrégiez nous et mettez avant ee que vous est, en plakir; et nous trots à noi pouvoirs nous vous assoufirons en vos argu* mens et demandes.

TMAGHIACIOIV FRANÇOISE.

Au point doncques où tu veulx que Ton viengne> et que Ton abrège ton languir longuement pour venir à une fin sceue ; en ton livre a ung prologue de douse coupplès , là où dès ton principe et au premier point tu entres en une repentance d'avoir bien fiait, ce samble, et faisant recort de tes léautés, amours et humblesses dont tu ne vois fruit « chiés en argu disant : qu'il ne convient humilier sa face. en perte puisque ainsi va; et que Ton quierre qui le face désormès , comme tesmoingne ton premier coupplet. '^

uité inséparable de leur substance, et elles de | appert par ton second coupplel, qui^esc :

Puisque d'amour ne de éal radne'»

Là^dont honneur très humble se présente Ne se penlt traire aujourd*ui fruit ne signe En quoi Pâmant s'aperçoive ou consigne D'aucun espoir d'nmUité présente , Bien il faut donc délaissier ceUe sente Et non en perte humilier sa face i Et qu'au surplus on quiére qui le face.

Allègues en ton second que tonte œnvre de léauté et d'amour, toute condicion d'onneuret chierté qui procède de noble nature ^ désormais se doit rebouter en coffre , et non estre retirée dehors jamais , jusques l*on percevra la fin , qui a esté mucé en longue ing^ratitude. En -quoi tu menaces et repreuves en l'une partie première , et .en Faultre tu imputes charge à aulcunuy, et le réputes ingrat conune

SUR YËRITË MAL PRISE

tfsts

Amer, servir, tout hnmble et léal offira Que noble sang prodait de sa nature , Tout désormais fanlt rebouter en coffre | Là où le cuer qui aime et se paroffie Mettra en Dieu sa seule nourreture , Et ne fera plus si large ouverture De sa chlerté dont il a plénitude Sans fin congnoistre en longue ingratitude.

Au tiers coapplet, tu fais comparaisons des tyrans de jadis et des gens horribles, lesquels, par traite de temps, par douceurs et humilités l'on a souvent amollis, et contsrains bénignes et débonnaires envers les ^créatures de leur mesme espèce. £t contens à induire par ce : que nous autres crestiens, qui sommes si féroces et sauvages, que prier, amer, servir, et honnourer ne nous peut vaincre ne faire ployer, sommes pires que eux; et que ceulx qui ainsi le font et n'en tirent fruit , ce leur est une bonne œuvre faite à perte et à la maie heure, en quoytaisamment tu imputes charge arrière à quelqu'un et ingratitude. Et est icelui coupplet.

Tirans jadis horribles infidèles | Treuve-on attrais par humblesse à clémence , Et connue cire en Tardeur des chandèles , Estre amollis en leurs fureurs crudèles , Souvent envers le povre humain semence.

Par quoi, qui aime en haut Ueu et semé en ce , Et sert et prie , et faveure et honneure , Se fruit n'en trait c'est amc de maie heure.

En ton quatriesme coupplet tu semblés vouloir conformer le précèdent par diversité de bestes féroces et espoentables , les quelles toutes s'apprivoisent , et en peut on tirer amour et soûlas par engin d'omme qui s'y applique ; mais seulement en Tomme dont tu parles en général , tu arguës que ceste lui fault ; comme se tu voulsisses contendre en personnes particulières , arguant le mesmes et leur reproçant leur perversité , comme il appert par le quatriesme coupplet»;

Tigres , griffons , Ijons , dragoui hofrifaiai. Ours et leppaïf , lett-cerf黫l

En leurs manoirs et spdonqœs terribles , Peut-on , par temps et par douceurs sensiUOIJ' Dompter en leurs natures très aostéresi Et tirer fruit et vertueux mistères De leur fierté en doulceur convertie, Lorsque ÏQj teUe en Tomme est pervertie;

"^ Au cinquiesme de tes coupplets, tu démons^' très : commentDieu offensé par les hommes par chascun jour, piteux se retire à miséricorde et clémence par humble et douice déprécacion, et que pour ung doy de service h luy fait de bon cuer humble , il en rend fruit à cent doubles]; et reçoit chascun en prix et en mesure de sa valeur; et rétribue portion par qualité , selon que ses œuvres ou ses services sont de plus grand répulacion ou de moindre, comme se treuve en celui cinquiesme coupplet.

Dieu offensé piteux se pacifie Par doulceur humble et par ami corage.

Dont, qui d'ung doigt le haulce et glorifie, Par cent fois double il sonrt et fructifie. De plus povret, de tout humain parage, Chascun rechoit en pris de son ouvrage ; Chascun il paye en pois de sa value.

A ce Tastraint sa justice impoloe.

En ton sixiesme coupplet tu fais ton induo tion par la mer effuriée , laquelle horrible en regart d'homme, soubs la tranquilité d'img doux ventelet s'atrampe et se pacifie ; et procédant par exemple jusqu'au marbre très dur, tu remonstres que icelui se cave et se fossoie par le dégoût de l'eau chéant dessus, et en outre, que toute autre rien terrienne, comme dure et comme laborieuse elle puisC estre, se vaint et se maistrie par engin d'omme. Dont la conclusion se peut traire, qui bien l'enfonse, telle que ensievre peut des promisse!. Et est cestui coupplet.

Ung temps transquil , ung vent doulx et paisible, Flecist l'orgueil de la mer furieuse, Et le chéoir de la goulte visible Souvent et dru sur le marbre insensible Y gaigne enfin fosse mystérieuse.

T<rafe rien dure , haulte et laborieuse .Hà'ittétt^ n'a puissance que flaistrie cSttril^eDgMi le convaint et maistrie.

itse

EXPOSITION

". TODseptieSmeconpplet prcntrondemenlsur nature {générale de toutes choses , et sur loy et condiciOQ d'icelles, disant : que toute chose née et créée par ioy et nature qui y sont establies, prennent quelque conFormilé, quelque concurrence et attraction d'amour ensemble, aussi bien en diverses espèces distinctes en nature , comme en celles d'une natare et d'une propriété; et ce 'par une loy générale : que toute chose trait et . affecte aucunement vers son semblable directement, le bon au bon, le mauvais au mauvais, et non pas le mauvais au bon, DC le bon au mauvais, car ce seroit pervertissemeat d'ordre. Et est {celui coupplet.

Tlaliue et loj' (raient touleneo née

£n «initié incune à son semblable ;

£t ont leur voie en ce point ordonnée

Qu'entr'amer font par faveur enclinée ,

Le bon le bon , le mauvais le blâmable.

Expérience est preuve véritable

De ce aecré en toute créature.

Dont, ae ioy fault, jamai» n'y fault nature.

f Ton huitiesme coupplet met avant uug argument là ou tu proposes : que lesgentilles nacions de jadis barbarines quérurent l'amour et la grâce de leurs dieux par humbles et derossacrefices, lesquels, posé que ne fussent utiles ne nécessaires, parce que leurs dieux estoient'déables, dont nulle rien n'est pire ne plus perverse, leur rendirent ^îttoutevoies et obtencment de grâce, par loy d'éqaité,qui est telle : que les offices d'amour et d'onneur, où qu'ils soient exibés, valent pour perciercieletenfer. Dont aussi la conclusion se peut traire des prémisses, telles qu'il s'ypeut ra]taidre.'£tcst icelui coupplet.

Des dieux jadis tes nacions gentil ks Quirent l'amourpar hnrtllcs sMrvriccB, Lesquels, posé que ne fussent ailles.

Furent oieiitmoin^ rend.ibics et ïerlilles De maint pant fruit et de hauK bénéllccs , Monslrans par fait : <|iie d'aiiioiir lesollices V.t (J'oniiciir liuiable, imiiartis mi qu'ils soient, Four pcKier cict et enfer soulliaaienl.

■" Le ncufvtesme de tes couppleu fait «tng argument, que tu couteures sus Raison, Koblesse et Honnenr, disant : que par loy et nature de ces trois , toute rien qui est noble et vertueuse en soy doit amer et affecter autre qui est semblable , et que amour doit esire lien entre l'amé et l'amant, et entre le noble et vertueux. Doiil|se discornaissoit entre deux, celui doit esire extirpé par vertu. Et combien qu'en celui je ne veux guère produire d'argumens contraires , si fait-il bon à entendre lit ofi tu veulx férir. Et (»>mmeQce ceslui coupplet.

Honnenr semont tonte noble natare

D'amer tout oe qni noble est en son estre.

Noblesse aiuai j adjoint sa droiture.

Si fait Saison en toute créature.

Qu'entre uog et aultre amour doit lien estrei

Et se discord aulcun j pooit naiitrc ,

Qu'eitirpé soit par vertu trinraphaati

Ou gloire d'onune est moindre que d'entant.

En lOQ dixiesme lu prens toute l'anivoM fabrique de Dieu , tout ce qui est dedens régnant et logant, thrones et vertus , angelsel archaiigels, tout le contenu et stabilité des lerarcîes; et par icelles et iceulx tu semblés voloir induire : que tous et toutes régnent , pardureot et persévèrent en estable duracion par seule amour et union que s'y observent ; et que l'ouvrier mesme, qui est Dieu, est tellement conjoint en amour et charité avec son tout, que rien ne s'y treuve fors paix et onioD. El estcestui couf^let.

Ciel , firmament , tonte l'entier fabrique

Des'mains de Dieu, dont l'ieuvre est excellente

Thrones, vertus et puissance ange lique ,

Tout s'entretient et pardure en publique

rar amitié et union patente.

Et est l'ouvrier qui lont duit et régente

Si en amour conjoint avec son xuvre

Qne riens, fors paix, ne s'y treuve et ncauwn. *

Dont, après ce, tu viens cheoir induciivemont en ton onsiesme coupplet sur la terre qui est le centre et le milieu de sou ouvrage , comuto tu dis , mais est lo ventre çi le

SUR VÉRITÉ MAL PRISE

gouiïre de tout orage et discort, et là où toutes haynes et divisions s'engendrent ; et ce par le corage pervers de ceulx qui en ont empoignié la seigneurie , et par lesquels la paix et tranquillité du inonde se perdent; comme témoigne ledict coupplet qui dit.

Mais là où est le droit miUea et centre De son très hanlt et glorieux ouvrage , Qui est la terre où toute doleur entre , Là est le sacq , le droit gouffre et le ventve De tout discort et d'envieux orage ; Car sont iceulx de si pervers corage Qui eu ont pris la haute seigneurie , Qu'en leurs mains gist féUcité périe.

Et puis, entres en ton dousiesme coupplet, là où après avoir fait ta discursion générale sur toutes choses, tant célestes que terrestres, servantes à ton pourpos, tu viens condescendre plus particulièrement à denotacion de personnes , disant : que là où lien d'amour et d'union doit estraindre çeulx d'une foy, d'un fons^ d'un bers et d'ung sang, et les tenir conjoins en froit et en; chaut , vient maleur et perverse fortune qui les fait devenir frois et desnaturés ; et 'sans craindre ne Dieu, ne conscience, ne honneur, ne devoir propre, s'entre-grognent ensemble et tirent l'un çà Taultre là , par envie de la gloire l'ung de l'aultre et par couverte hayne. Et commence ledict dousiesme coupplet. g

Là où foy une , ung fons et ung baptême, Ung bers, ung sang, ung lien doibt estraindre £t traire tout ensemble à une reme , Là vient mal-eur qui les regnans acheme Et fait leurs cuers enfroidir et refraindre, £t sans honneur ne Dieu ne autre craindre, S'entre-grongnier, pour plus gloire assouvie , Par feu maudit de vieil hayne et d'envie.

Ces douse coupplets ci sont le prologue de ton livre ; des quels je ne fais point telle estime comme du surplus , là où tu entres en matcre ; et n'y mets point grand arrest. Toutevoies pour cstre assoufiie en mes difficultés, et que taisamnent dès son principe tu notes personnes particulières; et semblés voloir

venir à contemption d'icelles ou de leurs œu* vres, j'en requiers bien la déclaracion, s'il se peut faire, au plus près de ton entendre.

l'acteur.

Lors moy, ayant oy parler ceste dame et faire sa résompcion de mon œuvre très bien au vif, et que j'estoie là à l'entrée de l'estroit examen , là où il convenoit que tout se desveloppast, et que profondité de vertu et de raison saine me secourussent de leur engin, pris à dire tout foiblement à ceste dame. |

Dame, jà soft ce que de la responce en toutes choses, je me soie soumis à la confidence tant seulement de cestui jouvencel et des ,deux autres, qui vous assoufiront compétamment, toutesvoiespour leur donner voie, etmonstrer laquelle je veus avoir maintenue par elle, sans en estordre ne vuidier, et que d'elles et de moi tu aies moins cause de nous reprendre parce que je connois les solucions pooir estre estroites souvent et subtilles pour toy pooir satisfaire, je, à ceste heure et avant tout commencement de respondre, proteste devant Dieu et devant toy , proteste devant les angels et les hommes justes et sages, devant tous ceulx qui ont congneu mon naistre et mon vivre , mon hanter, mon repaire , mes meurs, mes condicions, mes œuvres, mes parolles et toutes mes affections naturelles : qu'en nulle quelconque difficulté de matère, en nulle quelconque aguité où corrosiveté de parole ou de sentence , où quelle soit assisej, escrite, touciée i\e mise en question, je n'entends ne n'entendis oncques attoucier la très précieuse , la très excelse , la très sainte et très digne magesté inviolée et inviolable. Ains renonce et révoque, se jusqu'à là on pensoit venir ne contendre , tout ce qui par ignorance ou légèreté, ou par contraire non saine interprétacion, lui porroit tourner ou estre tourné, par mal entendre ou par hayne à l'encontre de moy, en lésion, en crime et en offence de sa très glorieuse magesté et de sa très glorieuse, très resplendissante, très victorieuse, très nette et très humaine personne , dont nulle n'est semblable au jourd ui entre les roys, nulle si clère de longs ans passés ,

nulle ^/ffl;^l"?Wf^^^^, P^l^^.^^ f^^ ^^ ^^

EXPOSITION

toire faliirc ; proteste contre toutes nacions foraines à caste très noble et viciorieuse réjpoDiiestre porte-banière et mainleDcur de querelle des nobles glorîeuv dompteurs du monde, les.Fran^'ois, tautùt'cspée comme à la plume , non reputer gloire de nacion chrestienno comparable à la leur , nulle vertu qui s'y approce, nulle puissance^qui s'y éqiiipare, nul honneur ne exemple de bien qui s'y adjoinf^ne ; mais sont le miroir , l'origine et le vrai espargne des honneurs, des félicités , des vertus et des chevaleries du monde, enfans pré-csiusde Dieu , champions et vaillans corps robustes de sa foy ; et dont le roy seul en terre est lecristctrenoint du souverain roy, et porteà ceste cause, tumpar[dignilc comme parm^ite le super-éminent tillre, disant : Roy Très Chrestien.

Dont, se icy aprcsilchéist à l'aventure, que l'on me voulsist impropérer d'aulcuns irenchaiis,mots, etquctoy, dame 1»aginacion , par non enquérir ne entendre les sentences au vray vif, se riens y a qui dissonne à honneur, qui de trop près louce ou trence à la très glorieuse et très clère personne où je nedoy ne ne veul loucier, je y renonce, révoque et la desavoe, et desplaisaut j'en rcquicrsgrace et mercy, protestant toutesvoies non l'avoir fait en îcelle intention, n'en quelconque espèce de malice ne de mauvaise fin; si non tendre finablement, par aigres remoustrances procedées de passions en mon ame , h paix et concorde en ce monde , et à cognoissimce en cliascun particulier de son propre fait.

I En toutes lesquelles choses toulesvoies, ayant mis ma confidence entièrement en la justi Real ion, de ces dames , j'espoire, à l'aide de Dieu et de mon bon droit , et par la bonté et amiraitle équité et prudence du roy, quand tout humble voudra recourre â sa conscience parFonde , cslre trouvé plus [bon que maulvais, et jugîé plus quérir fin bonne par paroles eslroites, que maulvaises par entendement k laidures en milluy qui le puissent aïrer.

0 tu donc, noble Knteîïokment possidlb et uncERT j et vous mes dames MltMoiiiE et VotBUTÉ, qui tant hautement ave^ présentement declairécsvosnaiures.Vos vertus et vos estres, Cl que tout mon rcspondre ,' tout mon foos

et mon joindre , tout mon 'nier et covciàmi toute mon équité et mouparemeal, totU^ en ;vos mains , tout gist es répostaîlles d« vosiro parfont trésor, droit cy maioienaot mettez vous eu œuvre , droit cy mettez VOM en espreuve, et par vous, ou par atiltre qu'il vous plaira y constituer, à l'exigent da cas, conteniez et assouBseï vous prie , Fbakçoue Imaginaciok ; et tout premier sur les douse couples qui t'ont prologue, afin de venir tant plus tost à la décision de la maière loutees- Iroiie, là où venir fault, et lit dont je qoicrs vuidier.oujusiâouagravé, ainstosi que tan. ENTEnoEMBNT prist lors la parole , et tour nant son vboge envers la dajae itançwsf., commença à dire ainsi : ,

EHtEMBSt2NT.

lis, «M I

Dame Imagikaciou, tu as fait

resumpcioii droit ci de douse couplet, ^ cest homme droit ci, nostre nourrecbon, «mfesse avoir fais, et d'iceulx tu prcns enkrief les sentences, attribuant au premier de tous : que droit là semble estre monstrée une repentancc d'avoir bien fait, et que l'acteur, fesant recort des amours , léaiiltés, bonnem et humblesses d'aulcunes personnes, que tu vouidroies interpréter porroit osire en laptrsonne du duc de fiourgongne ou d'anltnii aulcuns (p^ns , il n'en Failloit plus faire nais, parceque tout se faisoil à perte , et que an surplus pour tant il s'en convenoit déporter, et quérir celui qui le vouldroit faire.

Dame, cii cnsicvant la prolestaeîon de l'acteur , de laquelle je ne me veul estordre ne eslongier, je dis : que ce n'est de merveilles, se tu as imaginacion sur ce, mais est mervoilles que de toy mesmes tu ne vuides les dillicuUés se tu les y puises, car lu, qui es dame qui scés incercier et enquérir la prufondilé des choses et cucrs, aulcuoe fois àa moins vray au plus cler, et du mutns sain au plus juste, que tu, de toy mesmes, tu ne juges et appieuves en ta const^ience la première proposicion de cestui acteur estre perHiissftblc, véritable et digne d'estre remonslrée, considéré encore qu'elle va d'hommes à hommes, de p:issib!es créatures à personnes morielles, dont les plus haulx et tes greigneurs qui orC'

SUR TÉRITÉ MAL PRISE

qties fiirent, excepté detix, la mère et le fils , furent snbgects à pechié, àfaulteset'à desYoy. Se ta doncques scés et perçois que la terre est plaioe de troubles naturellemeot etdlniquités ^ et que rennemi infernal, pour iaSélir citer les hommes et les distraire de la maio de leur créateur , tousjours se mire en leurs corages, et y souffle ^vices, malignités, perversités, descongnoissances, desrèglemens, intempérances, froideurs et ennemités, afin de les mettre en discord et en murmure, et que, se les uns se mettent en leur debToir et ac* quit envers Dieu et envers, homme, aux autres il conseille de le descongnoistre , de non en tenir conte ^ par manière de mespris et d*orgueil, comme ta en as veu et* oy des exemples beaucop , te semble-il estre chose si aguë que cestui acteur, considérant le monde estre subgect tout à Tennemi, plus à malignité beaucoup que à bomie œuvre, souverainement la* ;crestienté où ,1e royaulme françois resplent sur tout anitre , et qui est et doit estre le ciel fixe , Testoile tresmontane exemplaire des aultres, et y voit et perçoit condicions vicieuses , œuvres et matières lamentables et de confuse attente, est ce merveilles ou cas digne de murmure , s'il prent pour sa majeur ce qu*il congnoit et voit estre tout général et tout cler , et ce mesmes dont les opéracions et effects sont probacions quotidiennes, comme tu scés mesmes et es constrainte de le congnoistre : que dessoubs la fabrique du ciel n*a point d*omme plus vray ne plus juste , plus humble ne plus léal , plus plaint d'onneur ne de preud'ommie que cestui duc , réservé seulement tousjours la personne souveraine à qui je n'atouce ? Dame doncques, et quantes humilités et quelles as tu veu en lui? quantes amours et quelles as tu congneues en sa personne envers le roy son souverain ? quelles présentacions et grans offres, qui au damier, pour le destour d*une main ou cling d*un œil , et par rinstigacion de Vennemi , ont esté toutes mises en despris, en non chaloir et en vilipendancc, comme se Ton n'y accoustast riens ? Et, belle dame, et puisque Ton sert Dieu en espoir d*en acquérir grâce et que les bons, de leâr DMore aatiire , servent , aiment et ho-

et noblesse leur

accusent^de le faire ; et ceulx les desdaignent et desfHtent ; et n* y voit-on apparence de nul fruit ; est*ce merveilles s'ils présument d*eulx tenir en leur paix et de non offrir chandeille de dévocion en face | indignée? certes nenni ! mais est cas de pité qu'ainsi en va.

Déa ! hommes ne sont pas dieux immortels. £t est plus licite entrer avec les hommes en contencion que avec les dieux, quand les dieux; surpassent nostre dignité humaine, à qui homme ne se doibt prendre , parce qu^en enlx n'a point de mal-foit ne d'injustice ; si ail bien es hommes, qui tous les jours se voient et se réprouvent par les regardans. Dont ce p<Mse à l'acteur, que les vices de ee^ noble royaulme de nouvel précogités ont esté cause de son escripre. Et cela quant au premier point.

La difficulté et rameur qui porroit estre arguée sur le second point , là où tu résumes que toute œuvre de léaulté et d'amour , toute condicion d'honneur et de libéralité procédant de whle nature doibt estre reboutée au coffl^, et non estre th*ée dehors jusques à congn(HStrè la fin des ingrats : l'aguité de cestui point , telle que elle y peut estre prise, suffisamment se vuide par la respection faicte sur l'autre icy devant, quand , par loy d'onneur et de nature et d'équité , toute œuvre vertueuse bonne en soy et^onourable, exhibée à aultrui en service, doibt constraindre le recevant et obligier en retribucion et en recongnoissance, ou le non faire ainsi doibt estre réputé ingra^ titude, dont se je excepte seulement la per^ sonne royal et nulle aultre, n'y a riens au dessoubs d'elle pour qui ne se puisse dire et estre maintenu estre ainsi. Car les hoor neurs et humilités et aultres maintes vertueuses œuvres et loables , du lieu encore dont elles sont parties , n'appartiennent à nullui à recevoir ne estre à eulx faites , s'ils ne les recompensent par semblable, que ce né leur tourne en blasme d'ingratitude; dont toutesvoies il en y a infinité sans les grans, (dont je dis hélas!) et lesquels sont cause* de cestui second point à Facteur de l'avoir ^mis ainsy, non pas la personne royal, à qui toute honneur et glorificacion sont deues. Mais afin que tu n'aies cause de dire que ce tiltre

S40 EXPOSITION

te soit donné à tort, regarde en la propre conscience et juge comme il en va, ou se l'ucteur a plus cause de le mettre, ou loy plus cause de l'ignorer et de l'en \oloir reprendre.

Quant au tiers point où tu résumes les comparisons que fait cestui acteur des tirans de jadis et des cmdèles geus austères mainlefois que l'on a ploliSs et amollis par doulceur, par humilités et fréquentes déprécacions, et par icelui point tu imputes à l'acteur, ce semble, de voloir induireque vous autres, qui estes clirestiens et devez estre gens humains et raisonnables, semblez estre plus pervers et félons, plus austères et plus fcroces que ne sont ceulx , et qu'en ceh tu y entends injure, lu y comprends blasphème , et déni- ^racion non demcries : Dame, comparisons sont aucune fois odieuses, aulcunes fols aussi sont nécessaires et utiles à la démonsiralion des causes que l'on a en main. El proprement eu ce présent article droit <:i , les comparisons, se a'msi tu les entends, ne sont que ligures servantes à la conclusion de l'acteur ; dont la majeur lu ne peux nier : que il n'y ait eu des lirans beaucop , et de crudèles gens au temps passé, qui fuisoienl fuir et humilier la terre devant leurs espoentables menaces et cohortes, comme Olofcrnes et aultres recités au vieil Icstament, dont , pour briefvetédeconte,jene veul Faire resumpcion aulcuue. Lesquels par humilité et doulceur , pur prestance de service et d'honneur àeul\ exh'diés, qui tous inhumains estoient en cuer, doscongneus envers Dieu, non saoulés ne remplables de sang humain , se rendoient par temps douU et iraitables, benigues cl estanciésen leur orgueil, et complaisoient, favorisoient et temporisoient avec les hommes, par congnoissauce que euK mesmes se senloient hommes. Dont, et se ceste majeur est véritable, et que la mineur qui en ensieul se peut approprier véritable aussi ii vous autres, qui par nul bien fait ancien ne nouvel, par nulle œuvre d'amour ne d'humilité ù vous impartie, ne vous soulli'ez ne accointier, ae apprivoisier, ne tirer nul signe de grâce ne d'affabilité , comme vraie expfirieuce est preuve de l'opéracion , pourquoi ne s'en pourra faire conclusion lonnesle à rcmoustrer , quand la

conclusion où l'acteur prétend est plus plaintive, et condoléant cestc povrclû survenue en ce royaulme , qu'elle n'est corrective ne reprehensive la malignité du mésus. El d'autant qu'en vous a plus clarté de foy, plus dignité de voeacion, plus excellence de tiltre, plusdécoracionde proj^énie, plus concepcion de haultes doctrines , de nobles meurs et de vertueuses œuvres, et que nulles généracioni ne passées ne futures ne pcvent avoir approce au throne de vous autres : d'autant aussi sont plus propresetplus apperteoiinle» à vous toutes humanités et courtoisies , touici douceurs et bénignetés, toutes nobles >;l vertueuses opéraciuns , toutes recoognoîssanoa Cl debonnairetés , toutes justes et condi;;iict retribucions , et toutes productious honorables, salutaires et paisibles, tant à b chose publique comme à privée affection.

Dunl, et se le royaulme en cestni endroit est trouvé aujourd'hui en désordre, lesbommes nobles et autres en povre acquit de leur debvoir, et que le bien faire s'y ireuvcdescongneu et mis en oubli, payé par mal et par ingratitude, ne doibi uag; bon cuer qui a ses cogitations en les all'uires du monde, condoléant sur iceulx , mcilre à la vérité Ira choses ainsi qu'il les treuve , sans avoir eatendcment d'injurier nullui , et sans regarder à faveur ne à flatterie, fors seulement ù l'équitc du cas pour tendre à 6n bonne. Certes oytul n'y chiét point de reprise. Si ne veul aultre repaiacion faire sur le quatriesme point, li oii tu parles des bestes féroces et espoentables, comme de lions, de dragons, ulc, parce que tous deux se vuident et purgent par une mesme solucion qui droit ci est toucéc.

Procédant doncques à Ion ciaquiesme coupplct que lu repreus, là où l'acteur parle de Diea olTcasc tous les jours; et toutefois lui, qui esl&i haut et si grand sire que ciel et terre lujploicot et s'iacbnenl, pardonne touiesvotes au pluslosl requérant, tant au plus povre comme au plus hault en voeacion , se paciGe et contente tantost, s'exhibe et se préseule humble envers ceulx qui lui ont esté rebelles , rappelle et révoque ses contraires, reçoit ses ennemis convertis , et à chascun monstre amour et bon semblant, leur départ de ses grâces et biens, en poi'Uoos cbascun de sa value, et se

SUR VÉRITÉ MAL PRISE-

SU

riens y a d*offense passée , prestement après le pardon fait est mise darrière le dos.

Gestui point, daipe Imagination , te sembleil estre revocable? ne te semble-il soustenable en tout homme de bon entendement? Doncques et puisque il est \Tai et que Dieu et vérité Tappreuvent , pourquoi n'en porroit l'acteur faire la figure pour venir tousjours à sa fin préentendue , encore quand par l'induction de ceste figure , il content taisivement reprouver les François du faire le contraire , parce que , nonobstant paix et union faites entre eulx et ceulx de deçà de leurs vieulx discords, François demeurent encore mémoratifis des choses passées et en ont la haine en leurs yeux , et le souvenir en leurs courages, qui tous toutes voies sont d'une région, tous d'une garde et protection souveraine , comme plusieurs membres en ung corps qui héent l'un l'autre ; que l'acteur plaint. £t à ceste cause veult persuader les François en leur estrangeté , par la mer , effuriée souvent par orages et vens bouffetans, et se treuve toutesvoies rappaisiée à cop par un ventelet doux] qui l'applanist. Et dame , ceste figure est-elle mal propre? est-elle mal consonnant à l'intencion de l'acteur , qui ne content envers tous que à veoir François reposés de sang et de conscience, paisibles et amiables, salutaires à aultrui et à eulx mesmes; et qui là où l'eaue de pluye cave ung dur marbre , toute autre rien dure se vaint et maistrie par doulceur et bon sens, que eulx, qui sont fleur de chevalerie , spectacle d'onneur et de noble condicion , aujourd'hui et plus' qu'oncques mais se doivent rendre raisonnables et flexibles à tout ce qui est vertueux et de prix, et eulx pn.»gai*der de tous tiltres non propres ne honnestes à leur noble et très haulte nature.

Dont, et jà-soit ce que le septiesme coupplet que tu reprens, qui est de soy cler assez, et ne besongne de longue exposicion, et moins encore de réparacion aulcune , parce qu'à nulloi ne concerne ne ne touce, fors que à vérité qui en approuve les sentences, toutesvoies, pour la conclusion qui s'en pouirroit traire au plus près de la tbàùa de Tacteur , et que icelle porroil' langue ennemiei qjàpM

est convenable aulcunement d'en ouvrir la matère et d'en parler ung peu ; car choses véritables et saines aulcunes fois besongnent aussi bien d'avoir aide comme les plus troubles. Et pourtant au point toucié : il est vray que toute chose par loy générale et universelle sur tout ce que Dieu a créé par affection particulière l'une envers l'aultre, soit en une mesmes espèce 'ou en diverses , trait à conjonction, à société, à amour, et à prochaineié de son semblable , de ce qui lui est consonnant à sa nature et condicion ; et n'est nulle riens née qui faille en ceci. Dont toutesvoies ung ne deux exemples ne porroient suffire , mais mil et cent mil en sont congneus et expérimentés , qui droit cy ne se pevent entre-tistre.

El veut l'acteur induire par ceci et remonstrer : que la très plus noble créature du monde, et la plus précieuse, la perle de toutes splendeurs et vertus terriennes, le roy d'aujourd'ui , par ceste mesmes raison et loy, voyant et considérant ung aultre , sa char, son sang , son serviteur et léal ami , estre,, en ung aultre degré au-dessoubs de luy, le plus honnouré prince des crestiens , le plus vray et proud'homme , le plus noble en condicion et en meurs des vivans , et le plus digne d'esire amé , le doit et devroit amer, chiérir, honnonrer, et le joindre au plus près de sa dilection, au plus parfond de ses repostailles, et non soy par flatteries ne maulvais rapports souffrir divertir de son amour, de sa grâce et amie inclination; veu encore que entre deulx si haults et glorifiés princes, le lien d'amour ydoibt estre double, et plus vray et plus vif qu'entre mille basses gens non de telle reputacion. Dont se le contraire y est , veult dire l'acteur que c'est pité : et est la chose lamentable et amère en qui est la faulte.

Dame, et en oultre il semble que tu as murmuré en ton cuer sur la substance du huitiesme coupplet, là où il parle que les payennes nacions de jadis tirèrent fruis et respons de leurs dieulx par offrandes et sacrifices à eulx fais, et par honneurs et services à eulx exhibés, qui toutesvoies n estoientque déables iont nulle riens ne peut estre pire.

r^tte proposicion est en soy vraye, et ne

MA

EXPOSITIOr

(ioibt avoir contradiciionuullo.paKequetouies blsioires aociennes, romiiines oi auUres, sont plaines de uecy; lesmoing Titu-Live et aultresbistorîogniplies nolalilegiiesnioii>eBainct Augustin en son livre de la Cité de Uien, là, où par leurs mesines sacriBces et obUtcioas fuis à leurs dieulx, it les repreui pour les réduire à la congnoissance de la foy vraie. Et n'est liesoing droit cy d'en baillier exemple, ne UDg lit! (ieuls , quuud ceulx de ton parti, les nobles Frani,'oîs, en ont le» oreilles plaines, et en ont les lilstoires et les livres par devers eulx qui les en font sa{;es.

Si est l'inlencion de l'acieur, tendant Lousjoursàfindebien, de remouslrer, puisque les déables qui sont mauvais en nature et eu opéracion et iioiii laclie nulle de bonté, se soutirent vaincre et avoir par ajuour, parsacrilîces , pur oblacions et révéreuces à eulx faictes et reiideni retribucions et {fuerdons à leursservana, que par plus foitc raison liommes raisonnables , liuinuies cresliens , liommes du noble terroir frauçois , Ui où lionneur et le savoir du monde doibl eilre reclos, se doivent gaignier et eslre conquis par cas semblables. Car Dieu en l'une extrémité se gaigne et s' acquiert par l'nnier et servir i le déable en laulire eiUrémîté , jà soit ce que j'en repreuve l'œuvre, s'incline aux idolâtres , par sacrcfice re^u ; doocques le milieu, qui est l'iiomme , si digne et si noble de créacion que riens ne s'y acconipare, se doibtgaigniei- et esire conquis tant plus tost par le servir et bouorer. Dont parce que l'acteur s'est perceu du contraire, passé a longtemps, et que non pas aoiour' mais toute fioideur se trouve en François requis d ;iuHiur, dont il re double la fia pooir devenu' ploiurnble, il a Biiscecy par maniére^d'iiiduciioD, conune il fait toutes choses servanies > sonprolofjue; et n'y a riens de quoi lionime de bonne coocepeion se doive uoubler.

Tu fais une resonipcion aussi du neuviesnie coupplet , là où l'acteur remonstre cotnmeut llonneur,^oblesseel Raison admonesteutioute créature noble et veitueuse d'amer et d'bonnoorer aultro de condicion semblable , que vray est; et ne se doit repliquierde niiUuy; car plus est une chose bonne et noble , que plut est digaa d'amour et de pris. Dwi pour

cause que tu treuves la vérité clère droit cy, tu n'y veuls former nuls arpumcns , comme lu dis, mais entens bien, ce dis-tn, où l'aclcur veut férir: par quoi, moy concédant et souffrant que tu l'entendes bien , moy meisms te descouvrirai là où il férir veult.

L'acteur en cest endroit fiert cm k une seule personne on à plusieurs. Se i une seul»» personne , ce peut eslre le noble ri>y fmn çois, lo plus noble et le plus verloeut de la terre, et le plus di{rne d'cstre amé en «oy; le quel doocques, par ce qu'il eH \t plu» noble et Yaiçle des vertueux , c'est iMsIni antsi qui doibt plus entièrement et le plus vr«iement amer autrui noble et venocox |« loy telle: que le bon doit amer et affeiMi le bon, le noble le noble, le vertnevx lenrtueux. par la consamblabicté dBoicwreqnial entre eux. El parceste l'aison debvrok anir une amour vive et vraie au cuer de ce lrt< noble roy envers son bumble parent le IJM de Bourgon^ne, de qui. après lui. en b Itm n'a plus noble, ne plus verturux , m |ilu digne d'estre umé et magnifié (fue sa BOble personne. A la quelle amour, se lenobleeuei du l'oy y pooit condescendre, et soy humilier, commejusle loylujrequieil, dehi parldudM n'y seroit jamais trouvé faulte, car la bùdm amour lui est preste en tous temps ; et la loi présente ù genoulx.

Se l'acteur fiert à plusieurs perwnMt, Q donne doocques ù eniendi-e que si ]e* Imbmes de deçil présentent honneur et amoori ceux de delà, parce que ceulx de delà sort nobleslet plains de liant lofi, sont au plat haut et plus glorieux roy du monde , toM do plus noble royaulme des cresteios, atuai biea quand ceulx ne voudruient neaneroepftsier ceste nucion basse, si deveroieitt-ik n moins amer et liouHorer, extoller et e«HNP> dre ce noble prince de deçà, par caaie de ses vertus, par cause de ses hautes gtaîrei M bontés, par ses singulières grâce» et doBK que Dieu a munstiés en lui, qui uacques ne 6t mal à nuilui mais largement bien, quioncqaes n'esmut g uerre qu'en son defFondant , qui om:queg ne fit lâcheté ne cas de repreuic. D ont, parce qne l'acteur se perçoit du contraire , et que les cuers frauçois en grand nombre somclosàVeucoaire de lui, «t I

SUR VÉRITÉ MAL PRISE

tonrriés en 'arrière," semble taisamment vouloir remonstrer : que loy naturelle fault droit cy ; de quoy il a deuil.

Sur le dixiesme de ces coupplès tu fais une discussion aussi, et résumes la substance d'icelui, disant : que Facteur enfin de son prologue, semble voloir fortifier sa conclusion par toute la fabrique universe du ciel, là où angels et arcbangels , ordres et ierarchies, infailliblement s'entretiennent en union et en paix, par amour et charité qui est entre eulx, et parce que le prince de celui hault empire, Dieu tout puissant, est mesmes prince et principe d'amour , et que là où il règne et réside n'y peut avoir que paix et union, par Tamour mesmes qu il a à son ouvraige ; ceste induction mise par Facteur et résumée par toy, dame ^ ne te tourne à nul contraire, en quel ploy que tu la puisses entendre, car est véritable, et de grand fruit à Tinterpréter bien. Et veult dire Facteur que, d'autant que Fomme veut plus apprécier Dieu, plus estre (semblable et conforme à ses opéracions, plus Fensievir en ses condicions et en meurs, tant plus se doibt disposer à paix, à charité, à amour vive, par ce que Dieu, celui dont il faim estre imitateur , celui dont il prend foy, tiltre et renommée, est tel d'essence, de nature et de condicion , et aime et honneure tous ceulx qui tirent au mesmes , et qui establissent , nourrissent et procurent paix et union en terre; et par contraire, het et déboute tous cuers,fr(HS et contagieux, cuers sédicieux et rnmoreux, cuers venimeux, mal charitables, mouvenrs de guerre et de murmure; car ne sont point de sa secte ne de sa doctrine, mais de la secte de Fennemi • à qui ils sont serviteurs et enfans. Si semble estre Fintencion de Facteur, de persuader les François à paix, à amour et union envers ce bon duc par la plus haute induction de fi^jure qui sepeutdonner qui est Dieu et loulson ouvrage, lequel par amour et union s'entretient infaillible et inremuable.

Si viens cheoir de cestui dixiesme en Fonziesme, où Facteur inductivement allègue: que au droit cuer et centre de Fouvrage de Dieu, qui est la terre, là où ila ordonné habitacion aux hommes, là se congréent et engendrent (empestes, orages, turbacions çFom-

mes, et espoentemens, guerres, tribulacions, misères, calamités, et toutes autres menaces d^ommes et de fortune, et ce à cause et par ceulx qui en ont saisi la seigneurie et possession; lesquels, ou par querelle privée, ou par vanitéde la gloire du monde, ou par affection et ardeur en convoitise , ou par haine et en* vie de l'un à Fautre, tiennent et mettent la terre en trouble , les hommes en tribnlacion et en paour ; et par non entendre en vertu et en salut propre i{;norent et oublient le desrèglement de leur peuple, qui eux et luise perdent ensemble. Dame, cecy tu as résumé de la bouce de Facteur , qui point n'y voit canse de le desavoer , ne toy chose en quoy tu puisses mordre, quand tout vray et tout cler est que la chose va ainsi, et non de nouvel, mais de tout temps. Si regarde toy mesmes et te pose nng petit droit cy, et tu verras , quel chose en est. N'est pas la perplexité, par deçà et par devers nous , de future misère proçaine, dont n'aguières encore le povre peuple , tant de çà comme de là, ne fait que vuidier ; et cela à cause des questions et rumeurs sourses nouvellement entre ces deuif princes, dont le peuple entre-deux ressongne amèrement la confliction, et souverainement cestui de deçà : que le puissant bras du roy, volontairement ou mal instruit se assaiast à voloir comprimer ung antre bras puissant, son serviteur humble ; là où Fattemptement toutes voies donroit autant de blasme à tous deux conune à leur peuple infélicité. Si^n'est merveilles, ce me samble, que qui voit la mat^ son plaine de fumière que par dedans que par dehors, s'il ressongne le feu, et qui .voit les princes entrer en question et en argu pour privées querelles l'un contre Fautre, que l'on né doie craindre et ressongner leurs haults et fiers corrages pooir enfellir jusques à movoir guerre, sous laquelle toutes choses honnestes et utiles se désemparent et tendent à ruine. Et pour ceste cause, Facteur tendant à prévenir par remonstrances à tel inconvénient, pose et touce Finconvénient tel comme il est, et descent, particulièrement en son douziesme coupplet , sur personnes particulières, estans d'une foy, d'ung ibnds, d'ung sang et d'une parenté, et qui deussent estre conjoins en amouTi en eonfidtiM} %t

en toute cordmlitù lionnestc et naturelle , comme chiefs et principes de loua biens ou de tous maulx, lequel qu'ils veullent. Mais dît l'acteur : que maie et perverse aventure , froideur et division, se viennent fourrer entre-deux et les distraient d'amour et de confidence; en quoy les nourrissent par converie hayne et envie, contraire à la loy d'iionneur touiesvoîps e[ de nature. El Bne l'aclear son prologue droit là , et le complaint que tant y congnoist.

Certes, dame, ne te besongne gnières avoir exposicion de ceey, parce qnelamatéreenest plus clère que joyeuse , et qu'il n'y a point d'autre entendement que le litléral. Dont parce que tu ne fais guères d'arrrest sur ce prologue, comme tu as dit, ei que sa malérc aussi n'y est point fonnent scrupuleuse, tu t'en passes à petite et à légière excusacion , tendant à plus nécessaire et de plus grande profondité. Siques, qui avons fait et expédié nostre prologue , venons à la matère principale. Et résume en îcelle ce qui te plaira, et moi je y paroffre l'ascout. ^

VMAGINACION.

Seigneur Entendement, songneusemenlfay escouté et volenliers, et n'uy pas volu metlte réplique en tes paroles, par ce que tes sentences sontasscE concédubles, et que ce n'est pas le plus dangereux de nostre affaire que de ce prologue. Or, pour entrer doncques en malère plus avant, l'acteur droit cy que tu detTens , condescendant nomméement sur les François, donne à congnoistre que sur eulx et à leur cause il a fait ce prologue , et que eulx et leurs fais sont la matère subgecle sur (juoi il entend à ouvrer, là où il dit :

fnritonnez moy, Friinçoig, de ce prologue Doiil U BcntcncF Ml il'agscz lolngia qui^ruc; S'il ya riens qui point ne qui déroguc Voiu NTCZ dent, meUcu-le en dyniogue.

Lecler letreutecn raison débattue; Mnla toulesrois, sons que je desierlue A'iMlre liunnciir ticl, iic clinrgetic pousEJéte, Vous cl Tos fais lu'ca tout eausc foncière.

ENTENDEMENT

Voirement condescend-il sur eulx Domméemenl, et applique prologue et maière subgecte tout à eulx appartenir; ei entre cour torsement en matère par requérir pardon dn prologue fait; et adjousie que, s'il y a rie» qui poigne ne qui derogue, qui toutesvuin riens n'y entent de tel, ils ont ioBoilê àe ders H de gens sages qui en pevent distinguer ; il s'en ose bien atendre à ea(s, par coiidicion que vérité puist uvoir lieu. Hais par inlencion de non les voloir déprimer ne en honneur viel ne nouvel , il confesw bien et leur descuevre que eulx et leurs iûi sont cause foncière de son œuvre que fain entend.

"Aquelle cause et pourquoi? >• pense loil* mander lors, dame Ihaginaciok.Ei je resixnt. que les froideurs et estrauges termes toDllSll^ puis ung pou, eique iesdilliciles questiomfi sourdenl et naissent aujourd'hui pour fasustl choses de nient , et qui en cner veiacat ne doivent avoir lieu ne niaasîoa . ont Mi cause et matère subgecte à cestui acuv. lequel attribue l'ouvrage et l'adressu i codl là oit il voit les causes qui le oicuvbi

THAGIHACION.

L'acteur doncques voit les causes ea VnM' I çoisqui l'ont meu à ouvrer, bien il y pert; F car prestement les commence à louder ili: I faulte, disant : qu'ils vont la voie obliqw, f et que tout le monde se perçoit dt- leur t viel et moderne , qui, joiogs une fois plusinm I mL'mhri's en un corps sous nue divine {;ot-l veruancc , soubs ung roy pasteur ten)p<ii^ [ vivent maintenant distrais et st<parcs ï^m de laultre , comme le tesmoigne cestuîfl plet.

Vous el nom Ions jadis Tanies enMnible

l'ng cor|i8 uni ïoults utig divin gouverne.

Mais venue est celle heure, ce r

Qui lous de nous distriit el desuumtrie

Tut viet Tcnin el envie moderne.

En quoyctiascun qui entent etdisceme

El du sentier du vrai droit ne desvoie,

S'sfpcrïoit clci de tgElre oliliquc tuie .

SUR véhtté mal prisje.

84tS

Sire EiTTEiTDBVBNT , comment se veult entendre ceci, ne en quoi permis tu ceste obliquité de voie de quoy cestui acteur charge les François? Se tu Ly vois, si le me le démonstre, et que j'en soye à ma pais; peut êsire que j'eu retournerai à l'amende.

entendenbut.'

Dame, ne fait besoing de te msnstrer le chemin, qui mcsmes coognois où il va, et ne te besongne fjire ouverture de ce dont tumesmes portes la clef. Se lu as yeulx et fains n'en voir goulle, n'es pas pourtant aveugle j et se ta veiilx user de vertu vlsive , et icelle emploier là où elle doibt estre tournée, il ne peut que tu ne voies et congnois^es ce que h l'oeil se présente. Pourquoi me demandes-tu que je te donne l'entendement de ce que tu mesmes entends etcongnoisetvoisquelilestPoù tu^ la nice et l'ignorant à plénitude desens, où tu fiiis l'aveugle et si asclère vision et vive , n'as tu peur que Dieu ne te juge, quand tu convertis tout au'pervers ces nobles instrumens et organes, contraires de leur nature, et que ,tu n'en uses en la réalité et debvoir ainsi que tu doibs? Tes chemins et tes voies, de par Dieu sont elles justes i* Sont elles droites ne procédant à paix P sont elles nourrices de bon exemple ne de joyeuse expectacion, quand il est tout cler et tout sensible que la généralité d'une cour, non pas d'ung royaume, ne scevent à quelle cause ne pourquoi, forsde pure malice, se boute et nourrist en envie, en hayne et en rebouianced'une seule personne , ung bault glorieux duc qui oncques ne leur fist mal , qui oncques ne leur procura chose contraire , se n'a est^ plus en honneur et debvoir qu'en injuste lilire. Et si n'y a rien en lui qui doive mouvoir nul de ses contraires, s'il n'est envie de sa félicité et de la grâce que Dieu lui envoie. Car il aime et honneurej tout le monde par degrés, chascun en sa valeur ; il est humble ver» U où il doibt ; il est recongnoissant du bien recen; il est léal 16 où nature l'oblige { il est eâlier là où hooneor lui conseille ; il garde aidtmi honneit^ et IMod ; il 8'expote i serrir Dîaa « ■Mf'»" se paroffn fc uner lopM

il doibt obéissance. Mais parce que, h l'appélit de divers coers non graves, n'est de legier plmable par les manières que l'onyaquises, on le reboute et déprime; lui ferment yeulx et corage les François, et ik sa cause it cenix aussiqui 'l'aiment et soustîennent. Dame Yma- CINACION, ne m'enquier plus des choses que tu mesmes congnois, et que je sais bien que tu les entends semblabtement comme moy; traveille moyen cbosesdinïciies, et là jeté desconvrirai vérité, se tu y mets double, et me|deust elle tourner à contraire.

Beaa sire E5TBNDEHBNi,et jem'y accorda.

Mais toulesvoies ton acteur continue de plus en plus aigre lousjours ; et maintenant dit en son quinzième coupplet : que se guerre et tnbulacion ont este de maie avanture entre ces deux princes, entre cestes deux nacions', François' et Bourguignons, la souvenance en doibt esire endormie desormès , par la paix qui y a esté trouvée divinement ; en quoy il dit vray ; mais il adjomt, par minière de repreuve : que par cette paix iiiite et trouvée de leur part la gloire et salut des François sont augmentées, comme principalement venans de là ; et conclut parce potntque : tant peu et tant grand qu'il y a de gloire ne de félicité , procède de leur main, et, ingrats ou non, François tout le tiennent d'icellc ; et tourne ceci en vantise en l'un eudroist, et en l'autre à repreuve; poorquoi je te prie pour exposément, se Imsible est. Et est cestniquinziesme conpplet tel.;

Se dnT malhenr el Torlane ennemie '

Nou* onl jadis entroTimititlés en guerre

l» MUTenancF en iloibl estre enriormie,

Far le recort qne nmire main timie

Vous ■ esté luoiill joyeuse en l'autre en* ,

Et qu'en snliii cl gloire rccnnquerrc ,

De tout ce jioii cl gr.inl que y evei ,

IngTdti ou non , de nous le rccevex.

KKTENDEMENT.

|e,tainesDrquiers(ousj'ours;et semble

EXPOSITIO!»'

que lu me veux iraire à amples paroles, dont les semences porroient eslre liayiieuses par U-op les ouvrir. N'e«t iiesoind Uiuievoies de donner it aulluy occasion de courroux, ne de partbnderDulle matèrc quîenvis se cscoule. François sont ceux à qui houueur ei service sont deus, et à qui toute félicité et gloire sont bien apparienans plus que à uacîon utilire. Dont se guene et enoemisté a esié entre eulx «t cesle nacion de deçà, qui loulesvoies sont une mesfne chose et duibvent esire , et que ainsi qu'entre frère et frère , debau se meuvent souvent mortels. Dieu nou obslani y a pourveu par praceet y a mis paix, tant qu'à cely endroit touciS. Dontse l'une main a lavé l'aultre, et que qui a mieulx peu il est allé au secours de l'aultre , certes n'a foït que son deltvoir. Mais est bien cas aussi de recongnoissance; car Ref;iilnnl bien, tant soit petit, qui faire ne le veult, et ne peut on constraindre les corages de donner amité , s'ils ne s'y consentent. Les'(i[ratuilésdes amours et bénéfices receu3obiJ(;ent les rccevans. Dont s'ils fallent et tournoient par ailleurs , ce lear est blasme d'in^atitude.

L'acteur entent (irossemenl la cause et la met {;rossemeni en lettres, cnidant et entendant vraiement bien dite, parce que vérité, où qu'elle soit produite ne mise avant , n' entent nulle honte, et se conlte bien k eslre veue et G<M)|;neue.Ëtaiosi,jugeantvraysemblablequc ce royaidme, persécuté durement par l'envaye de trois, est dit avoir esté relevé , parce que l'un des fors y a laîcliié Uimain et lui est venu à secours, argué ans» : que le royaulme et les hommes le doivent recongnoisire, quand vérité l'arguë et l'afferme eslre tel , ou aultrenient le vice d'ingratitude otnbroie les non faisans. Et n'est pas merveille que qui vcnlt lendie à huulie et diOicile conclusion , qu'en ses prémisses il mette baullcset a|;ués matères, par les quelles on veult venir clieoir en l'esiroit, qui estalTectacion de paix et detranqnililé par deçà ; qui semble à l'acteur bien diflicileù obtenir ne à conserver longuement, se telles diflîcultés et questions misérables ont aulcune durée. Orvenonsdoncquesauseiziesme coupplet où l'acteur dit : ^

Je senlTre pn (wi» |P8 vielles origines, Ns ([ul a ilroil ne lorl en cesle essource; Mais pu pil* de vos propre* ruines , LaÎEsinl querelle al lianoMlM racines ,

int pourvéli$<1e n Qui ïeults'enrle.eliquipliisls'e:

La virile esl clère , et si est telle , Teïiuoing loul sang delwnnc parentelle.

Sur ceslui coupplei.dameyMACmAaon.ne te seuffre faire demande. Mais mesmes t'en veulx mettre à ta paix premiers que tu Vexpctes ; et pour cause, que la substance deppend de l'aultre et est une mesme cbose avec le précédent, excepté que plus fermement encore il appreuve et avérisi caque dît a premier: c'est que laissant propre querelle par pilé et compassion de l'aulire, ung cuer est allé au secours de ce qui lui donnoîl pit<^ ; c'estoii ce très noble royaulme , cesie très glorieuse maison de France qui périssoit toute et cliéait à l'envers ; en la quelle geliant yealx de compassion demi divine , vainqui querelle de nature et Iriumplia sur passion humaine.

Kt ne le dit pas l'acteur ne reuionfitre UU par intencion de repreuve, comme il fiit par oslencion de vérité , pour parataindre à ses fins, et pour faire revenir cuers desvovés à leurdeu train, comme il dit bien en sondîxsepliesmecoupplet subséquent, là oîi|aiTÎère je te coppe la demande, lii où il met :

Iliens loulesvoies je ne dis par rcpKtno . Quand loul rostre eur h nous cal propre gloirt. Mais se par nous lulcun bîcu fait so Ireuve, N'mtpns pourtant qu'en vain orgueil nnus mesM A fol vanter pour h neiire en mémoire. ^^m

Kan cerlM, non. Ce fait le rfperioire ^^^

Qui r>0) Ijonlfa cl moit^ passées ^^H

Monstre eu tos jeux mottes et effacée*. ' ^^H

L'acteur reconnoit ici que la gloire et feRcilé des François est icelle des.Bonrguignons. et que la nation de deçî) vit et empi-onle de la plénitude de l'autre, el par contraire languist et mendie en son infélicité ; cl semble mousircv taisammcnt que l'exalucioa et bdul

SUR VÉRITÉ MAL PRISE

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règne des François est ung eur grand et jocundité aux Bourguignons, et leur décadence et ruine cause évident de mérancolie.

Mais parle ung pou aigrement Facteur en la fin de ce coupplet, là où il dit que : jà-soit ce qu'il ne parle ne ne repreuve par jactance, si parle-il pur ce qu'il perçoit les bienfais et bontés de son maistre estré mortes et estaintes, là où elles deussentestre recongneues hautement et relevées. Et Tenensieusde ma part, sans intencion d'en desplaire à nullUi, par ce que vérité m'en a fait comprendre pieça. ,

TMAGIIfAGIOIf.

^ EifTBNDBMEifT, tu dis ragc; tu esmallement béant et hardi parleur; et te semble, par vérité que tu faiûs avoir emprès loi, que tu ne crains ne moy ne aultrui, et que tu ne ressongnesse tes sentences vuident aigres ou non , 'parce qu'il te semble que vérité n'a point d'impunacion.

Déa! Entendement, vérité est vérité. Mais n'est jà besOing de la faire si précise ne si trençant comme tu la veulx maintenir droit cy. Parfois il convient temporiser et supploier au temps et au3c personnes , car vérités souvent trop de près toucee esmeuvent les corages à passions , comme vecy tout prestement, là où ton acteur touce en son dix-huitiesme article : que Dieu et amour furent forme et liltre à ce duc Bourguignon de faire paix et concorde avec son roy par miséricorde , non pas à lui seul, mais à la généralité de France , la quelle, jà-soit ce que oubliée estet non recongneue , si ne la souffrira Dieu perdre ; disant encore : qu'en ung cuer seul et en ung estomac , de nulluy instigué fors de Dieu, ceste œuvre de compassion a esté forgée à longue traite.

Beau sire, et quel besoing fait tant redoubler et florir une mesme chose, quand à trois mots tout s'y entend ce qu'on y peut comprendre? il semble que ce soit voirement vantise tousjours dt impropéracion à la partie. Laquelle chose tu entends '.bien que ce n'est mie voie pour parvenir à ce que ton acteur prétend , comme tu dis ; ains est plus racine d'ayr quiaprès se peut enfelonnir tout au par^ fait. Et OM cesttti coupplet t

Dieu et amour nous furent forme et tiltre D'entrer o tous en paix et en concorde , Là où jamais n'y ot forain arbitre Qui avisast ne homme ne chapitre D^en riens descendre, à ce que j'en recorde ^ Si non d*un cuer seule miséricorde Que Dieu lassus ne souffrira perdue Lorsque par vous ne sera point rendue.

ENTENDEMENT

Dame, à brief parler, 'ne convient jà longuement arrester droit cy. Pren droit là où tu l'as, et le maintiens bien ; et là où tu as le tort aussi, j'uge-toilegièrement. Je ne prise vantise ne jactance, et si ne appreuve point impropère ne reproce. Et se l'acteur contcndoit à ce 'et le sceusse, moy mesmes Ten blasmeroie. Tu me demandes pourquoi , ne s'il est besoing de tant redoubter une chose par diverses circonlocutions qui, en deux mots ou en trois, se peut comprendre entente sa substance. Dame Ymaginacîon , plus sont les œuvres des hommes haultes et solempnelles, plus ont de circonstances et de diverses circuicions par les quelles se décorent. Or est ceste œuvre deqùoy est parole maintenant commencement de toute félicité françoise ; et rie pooit estre nuUe plus digne au monde ne plus saincte ne de plus grant fruit , par ce qu'elle tiroit plus à condicion divine que humaine. Doncqucs se l'acteur la redouble par diverses recitacions , il dcmonstre que elle a diverses splendeurs', les quelles toutes à une fois n'en ung seul regard ne se peuvent clorre ne comprendre ; non pas qu'il le face par repreuve ne par jactance, dont je l'excuse, mais par affection d'en imprimer vivement à vous autres la bonté de l'œuvre.

Dont , et s'il dit, comme il entent : que les bienfais sont ignorés, mais que Dieu, qui est juste rélribuleur,ne les souffrira perdre \ quel tort dit-il à nullui ne injure, quand il arguë que Dieu, qui est impassible et invariable, et toujours juste et véritable, supploîera le deffault des honunes, qui de nature sont incon-

stood et pleiAs ,de^ divene» jmh '^ -U

EXPOSITION

homme fraDçois qui se doive tenir iDJurié en ce? nenny voir ! s'en lui a raison enluminée d*aucune saine concepcion véritable. ,

£u lien d^amonrs tant de fois eihibéés , De tant d'oDneurs et d'umbies révérences Vous , jà essours en tos hauUes montées Vous nous niqnez ou nous faites les bées, Monstrans vos yeulx plus agus que serences. £t semble , à bien jugier vos apparences , Que sobre y est Famour qui fructifie Soubs ung tel œil qui rit et mortiOc.

YMAGINAGION FRANÇOISE.

f Déa ! Entendement, vecy maintenant bien plus fort que meshny. Tontine sont que roses et violettes que tu as maniées ; et aprimes viennent les espines et chardons très -dangereux. Yecy ton homme qui dit en son dixneuviesme article : que François essours en leurs haultes montées, après maintes honneurs et amours receues, maintenant en font la bée ou la moe à leurs bienfaiteurs, et les regarde Fen d*uns yeulx pervers et agus.

Dit en outre en son vingticsme coupplet : que ce ne sont pas honnestes rendanges , ne justes fruis tirés d'humble service; et que si François esloient dieux immortels ou '.angels de paradis , les cuers de deçà se sont tellement exposés en les servir el honnourer, que impossible est à ofiice d'amour d'en faire plus ; mais tout redonde en mespris à iceulx et en reboutance. Dont, le cuer ingrat qui ainsi Taccepte n'y acquiert guières de loenge. Et semble qu'en ce cuer ingrat il veulle toucier une singidière personne. Et s'ensieut le texte de çestui vingticsme coupplet.

Or ne sont pas bien honnestes rendanges,

Ne justes fruis tirés d^hunibles services;

Car quand seriez dieux inmiortels ou anges ,

Et nous mesctians bous lioinnieaus eu nos gra nges ,

Si n'en porroit plus prendre noslrc office

Que ce qui est monstre par bénéfice,

£t nous redonde en despiteux mespris,

Là où ringrat n'acquiert guère» de priis.

ENTENDEMENT

Dame, ne te argue qu'en raison, et ne trouble ta paix , là où tu ne| vois chose qui te doie mouvoir. La fortune voirement des François est jà haulte , la roe chevillée de clous de longue duracion , se Dieu plaist; dont Tacteur ne parle point comme marry. Mais n^entenstu que libéralité de nouvelle fortune cause nouvelleté aussi d'eslevement de cuer, et que ampliacion de puissance et de roldeur engendre élacion en contenement et en mamère? Guers exaltés en hault siégé à dur regardent en leur dessoubs ; et là où ils voient riens que les approce, là gettent-ils leur contempcion. Ceci n'est pas nouvel, sdns est ancien, mais non pas en cuers bien pondereux ; car ceux là, ne pour fortune amie, ne pour restive ne escharce , ne se meuvent ; mats de chascune à Tavenant du temps font leur boa et leur preu. Ne s'enfiérissent non plus pour ses flatteries et hault promettre, qulls ne se desconfortent en son des-nie^ et restraindre-, car cognoissent fortune variable et plaine, de déception, et souverainnement à ceulx qui, non eulx pourvoyans de vertus, se confient en ses faveurs là où ils sont decens ; car ceulx là coustumièrement lait trébucier confus. Et leur seroit plus félicité lors non avoir esté eslevés si liault, que reputacion de malheur d'avoir esté tenus en despression basse ; car nulle infélicité si grant que souvenance d'avoir esté félice. Doncques , en ensieuvant la lettre de Facteur, oi tu le accuses chargier François en leur exaltacion , disant qu'ils font les bées ou lesmoes à leurs bienfaiteurs de jadis , leurs frères et voisins , et leurs serviteurs très volontaires, et que avecq ce ils monstrent ungs ymlx felles sur eulx : Dame , se les premiers articles sont vrais , là où Tacteiur les a monstres frois et non fort affectés à Tamour de deçs par avant leur haulte exaltacion, plus etcore se peut prouver vray cestoi arliek présent , quand libéralité de leur haalle fio^ tune leur engroissist à cent double leurseoirages , les quels avec froideur première, s'aiusi est, legièrement causent despeccioadoil ils ont pris racme. Mois ne le. dît mio X\

Sni Vl-RITÉ MAL PRISE.

parvolenlé Je les reprendre, mars par condoléaDce qu'il a prise en cpsle dolorcuse manière de faire, tant donima{;eable et de si doloreuse attente (\ae les yeux en pleurent, et les cuers des bons preud'bommes et des sages en souspirent, et les sédicienx coniges et legîcrs à mal faire s'y aguisent et enfelissenl.

Et là où tu dis, dame, que l'acteur repreuvei en la personne de sa partie les humbles services et Itonncui's que a faits aux François,'disant que ce ne sont pas homiestcs rendantes ne justes frais tirés de bien amer et servir, et que se François esloleul dieux immortels ou angets de Paradis, les cuers de deçà se sont tellement exposés en les lionnourei- cl servir, que impossible est à oflice d'amour d'en faire plus ; mais tout redonde en mespris et en rebouiemenl aux faisans dont le cuer injjrat qui ainsi l'accepte n'y acquiert guères de les ; et te samble qu'en ce cuer ingrat il venlie noter une singulère personne i Dame, soies raisonnable droit cy et ne pren pas les choses en leurpire entendement, quand amender toutes choses et les traire à bon lei-me est œuvre de grand venu. Tu secs bien, dame, que aultre chose est de celui qui parle et de celui h qrii oD parle. Celui qui parle , c'est fadeur en la personne de son parti , lequel présuppose au très noble roy françois et à son hault baronnage esire deu toute honneur et révérence, toute humilité et service , comme du subgect au souverain , et ne met dillicullé nulle que ainsi ne doibt estre. Mais considérant qu'entre faire et debvoir faire il y chiei unp" franc arbitre en l'omme,qut peut causer le non faire, comme la plus part des hommes ou beaucop porroicnl estre repris aujourd'hui en non faire leur debvoir et appartenir, tant envers Dieu comme envers le monde , comme tu scés et (jue besoiog n'est d'en baillîer exemple , là où tontesvuies ceulx qui debvoir font sont à loer et prisierbeancopenvers ceulx qui y falent. argué l'acteur et dit ainsi :

( " Vous, seigneursfraoçois, nous vousservoQS el houDOurons ; nous nous Immilions en terre devant vos faces ei dominacions ; nous vous présentons et avons présenté nos nlTeciions Cl bons cora{;cs ; et ne vous poons gaignicr ne convertir devers nous, voire en la lilé, que tousjours il ne se monstre une froi-

deur, une iudignacion eetrange sur nos personnes. El cerles, ce dit l'acleur, ce ne sont pas hoanesies rendangcs, comme s'ilvoloit dire : n Le bénétice d'amour el d'onneur receu', et ce bon acquit que nous mettons en nos debvoîrs vous deust causer de nous amer et prendre en grâce. " Et beaux seigneurs, metezung pende vostrerecongnoissance envers □oslre bonne volenté. Le recongnoistre vous sera hononrable, et le bien faire ce nous seru vertu. Nous nous y sommes leltement portés et acquîtes, que se vous estiez angels ou dieux immortels , si n'en porrions mais plus faire, El beaux seigneurs, ne siet-il point recoognotsUe envers gens de si bon voloir, et lesquels, avec bonne volenté , ont puissance de la mettre à effect. Certes, seigneurs, règle fault droit cy, et n'y ont point de voye équité ne raison. Mesmes tout ce que nous faisons i intencion de bien nous redonde en mespris. Et seigneurs, est-ce chose humaine ne qui se puist répondre. Vraiement il semble que l'ingrat droit cy , veu nos bons et loyaulx acquits, n'acquiert guières de los à faire ainsi. Et n'entend point l'acteur, par ce nom ingrat, une singulière personne .jà soit ce qu'il mette le nom en singulier, mais il entend plusieurs personnes qui peuvent participer en sa signiiiance, parce que le nom est adjectif. Aussi, s'il disoil ingrat» au pluriel , il noleroit tous el semblcroit qu'il n'y aroit riens excepté que tout ne fusl ingrat. Maintenant le met-il en singulier adjeciivemem, donnant à entendre qu'il y en peut avoir de non ingras.

Parquoi, dame, le bien enquérir les matères les donne bien à entendre ; et tes interpréter bien à leur vray vuidc souvent beaucoup d'erreurs. El n'y a' riens mespris l'acteur droit cy encore, se ce n'est que vérité ne peut esirc oye.Toutesvoies, pour continuer sa inalèrc,dil en son vingt el uniesme coupplel :

OM

EXPOSITION

FRANÇOISE IMAGINACIO!^,

lia ça, sire Entendement, il y a bien plus fort droit cy. Vecy ung passage que je ne sçay comment tu feras passer ton acteur parmi, sans estre brouillié beaucop, car il est moult estroit ; et est iiho crolicre où cent contre ung il demourra cnraquié. Tousjours se confie ton homme en ses œuvres, et dit en son vingt- uniesme article que au fort, par soy mettre en juste debvoir envers ceulx où honneur le conseille, tant plus à ceulx qui ainsi feront seront leurs fortunes robustes , leurs aventures meilleures , leui*s noms plus clers, et toutes leurs besongnes de, plus granl efficace et de plus grant vertu encontre tout chascun qui les porra traveil- 11er ; et met avant que : ainsi faisant et gardant devoir et vertu devers lui', n'y a point de perte ung bouton ou une petite floui*clte,se cuer ingrat ne prend en gré lu boime opéracion. Que veult dire ce cuer ingrat , là où il condescend arrière à particulière personne , et met en non chaloir le mal prendre en gré des François , comme s'il voulsist dire en la personne de son parti :'« Ne me chault de vous ung oignon ; prenez-le en gré se vous voulez, ou le laissez se vous voulez ; tout m'est ung. »

ENTENDEMENT

Dame, beau chemin large et ouvert est de legicr passable, et est d'une mesmes prestance et aisibleté à ung ydiot comme à ung sage , parce qu'en cheminer dessus n'a point de maistrie ni d'avantage plus pour ung que pour autre. Mais là où l'ignorant et le sage, le subtil et l'ydiot voudroient tous deux, ou devroient passer parmi ung desiroit, parmi ung creux ou fosse fremissable , là certes y aroit honneur de s'y savoir conduire , et y aroit le sage et^subtil homme grant avantage par dessus l'autre; et le passerai à son honneur là où l'aullre y passoroit mraqnié.

Au pourpos de ce que lu m'as dit maintenant de Facteur, que mal se pourra sauver en cestui passage, tant le sacè-jc doffentiro , qu'il n'y demeure brouillié: damo,h» brouillis n'y est pas jusquesiu le y vois. Dont, et se je puis tirer parmi et ramener net, au moins fau-

dras-tu à tes ententes. La première partie de son articlo est honnorable et digne de grand los, et la seconde partie est véritable et digne d'être soustenue , car là où il dit au premier

Au fort pour nous mettre en nos debvoîn joitci.

L'acteur , comme sage et reconnoissant ce qui est de devoir et d'honneur, présuppose tousjours son parti infailliblement voloir fiure bien, l'avoir fait à son pooir, et avoir intescion tousjours d'y continuer ; car lui-mesmei recongnoit que ce qu'il fait il le fait par debvoir, comme il appert par propre escript : jiti firt par nous mettre, etc. Présuppose aussi que foire justement son debvoir, pour ce que plusieurs y faleut , est une chose nonorable , et qui est moult aggréable à honneur. Dont» par coodoôsance qu'il a du cas, et que debvoir faire et honneur ensiévir est vertu et une chose qni attend mérite, dit par manière de confidence, en la personne de son parti, plurelement : « Ao fort , plus nous mettrons en nos debvoirs, justement et vertueusement, tant plus nons se* ront nos avantures bonnes et vigoreoses, tant plus seront nos personnes clères etmieulire* commandées, tant plus seront nos œuvres pleines de vertu et de bonne expectacion, contre ung chî^scun qui d'aventure nous voudroit traveiller ou mordre en nous. » En quoi disant et maintenant, l'acteur parle bien et ne fait i reprendi*e d'ung mot jusqu'à ce point, ams dit chose si vraie que contradiction n*y aroit point de lieu. Mais là où il dit après!: qu'il n'y a point de perte une vermeille qui debvoir bi et se cœuvre de vertu, se cuer ingrat ne le prent en gré : or convient il entendre Tintencion de l'acteur, et le parer de ce qui sonne aigrement; car n'est pas son intencion si mauvaise que légier jugement y assiet sa sentence.

L'acteur, dame, espoir est homme de bon voloir , est homme de bon fonds tout entier et tout franc, -aime honneur et preud'ommie , aime vertu et vertueuses gens , affecte tout bien , ressongne tout mal , het toute perversité , toute descungnoissance , toute présumpcion, louie iniquité et malice; et soy congnoissant quel il est et quel il désire devenir, et voyant quel est le monde aujourd'hui , quels

SUR VÉRITÉ MAL PRISE

Ktfl

les hommes firères à frères , amis à parens , aifins à voisins , plains de faultes, plains de rancuers , plains d'envie , plains de suspections , plains de mautalens et d'ingratitude, et que ceulx qui deussent estre vertueux et raisonnables, justes et honnestes en cuer^ ensiévir équité et droiture , et que ceux qui le mieulx s'y acquittent aujourd'hui et lepltis honnourablement besongnent, sont les moins congneus , impacient de ce et courcié , ardant en honneur et bon voloir, dit, desplaisamment en général à tout le monde : « Puisque ainsi va , et que bien fait ne peut estre recongneu, au fort qui bien s'y porte et s'y met en son debvoir ne peut chaloir, se cner in* grat ne le prend en gré. »

Et n'entent pas Tacteur par ce cuer nigrat une singulère personne sans pins, ne ung singuler cuer tel ou [tel , mais ung cuer qui est distributif à tous ceux qui pevent estre entachiés d'ingratitude. Par quoi je dis, qoe ceste clause que tu prises tant, dame Imagina- GioN, n'est pas si dangereuse pour l'acteur comme tu pensoies; mais est excusable et réparable honnestement et en vraie équité, par ce que le parler aigre lui est meu par ardeur à bien et par impacience du mal perceu, non parlant toutesvoies ne aux François ne aux aultres , fors que à toute Ja généralité du monde entier.

TVAGIIfAGION.

Entendement, tes solucions sont moult belles, mais ne sont[pas de nécessité à croire, qui ne veut. Dont se tu es passé par cestui destroit, qui me sambloit assez fangeux, vez en cy encore ung aultre aussi maulvais ou plus que celui là, où il y a bien mistère, ce me semble, de passer parmi pies nets. Ton homme va toujours de pis en pis, et de felle en plus aigre : il se vante en son vingt-deuxiesme article, que Dieu et hommes congnoissent bien leurs vies et leurs tnanières de faire , et que par cela riens ne «e peult ne celer ne estordre , que tout ne soit sceu une fois et viengne à congnoissance; mais en nos hanlteurs et exaltacions , l'en y perçoit ntm œuvres si clèremenl que tom le VMlilto

Dont, se le faire ainsi nous vient de foulte d'ordre et de bonne raison , ce poise lui , mais le vice en redonde en nous mesmes. Que veux tu ici respondre, Entbndimint, ne quel esclaircissement m'y saras tu donner « qui me suffise ? ^

Hommes et Dieu cognoiasent bien noe vîef , Bien ne se peost ne celer ne estordre , Mais en possés de vos haulteors pleinries L'en y perçoit si clères tqs envies Que tont le monde y peut reprendre et montre: Dont s*il Tons Tient de faulte de bon ordre , Ce poise nous de tos tîccs extresmes , Mais le Tenin en redonde en tous mesnes.

[ ENTENDEMENT

Dame , de pou menace de pou espoente ; et n'est digne de soy exposer 4iu péril , qui ne l'ose attendre. De ce que tu m*as résumé droit ci , f ust aussi aigre et aussi dangereux comme tu le me fais, j'en deusse moult craindre la solucion et le destroit par où je le vouMroie parer. Mais entends bien que aussi peu craina* je cestui que l'aultre passé. Pourquoi? par ce certes que je n'y voy riens hors de voie ne riens à répugner , selon le pourpos de l'acteur qui aigrement a commencié sa matère à bonne intencion; si convient que par là mesmes il U déduise pour venir à ses fins, non que ce sait nécessité , mais il peut estre utile.

L'acteur dit voirement et parle en la per* sonne de son maistre;enpliu'el, pour couver* tement parler de lui : que Dieu et les^bommef congnoissent bien nos vies et nos opéradoas et toutes les bonnes intencions qui sont m nous, c'est à dire en sa noble personne » et que icelles ne se peuvent ne celer ne estor* dre au par-aller, que une fois toutes ne vie»gnent et redondent en fruict et en retribucioe en léquité divine et du monde. Et parlait ainsi de sa noble personne, il le gloi'îfie ee ce qu'il y scet et perçoit de boa ; en quoy faire ne fait tort à nulluy , mais fait son dd>voir d'exalter celui qui le vault. Mais retirant ses yeulxd'ensus luy et lesrejettant en vous qei le vexez , et à qui il lui convient avok If et respondre, dit affirmativement ; que

EXPOSITION

les envies que vous ayez dessus luy sont si clères. et si magnifestes que tout le monde les peult percevoir. Dont, s'il y afaulte de raison en vous ou de bon ordre , ce poise lui ; mais il dit que le venin de vostre envie redonde en vous mesmes , comme il dit vray ; car envie ne peult faire mal à nul qu'à celui mesmes qui la porte , comme dit le grand Alain en ses paraboles. Or , belle dame^ puisque tu me quiers de si près, je te résume arrière la protestacion que a fait Facteur ici devant ^ et te renouvelle' que je n'entends, non fait Tac* leur, comprendre, en nul de mes termes ne en nul de mes argumcns, la très noble personne du roy , comme qui nulle part ne s'y trouve toucié ; mais lui seul réservé , je me contente que tout s'y puisse comprendre, qui s'y voudra joindre. Venons au point doncques : ce qui est il est, et est impossible que ce qui est non soit. François sont bons , ou ils ne le sont point; bons sont et tu les prononces. Mais s'en contraire de tout, ailleurs ils se desvoient devers nous , et envers nous ne usent point de bonté , n'est-il loisible de leur remonstrerce en quoy nous nousdolons, et de les toucier en celui vice propre où les sentons des- Voyés ? Nous ne touçons point à particulières personnes, ne telles, ne telles. Nous réservons par exprès la magesté inviolée ; et notons que ceux qui abusent de vertu et de noble condicion , répugnent et reboutent celui du monde que plus deussent honourer et chérir après le souverain. Certes, il me semble que gens de bon voloir, voyans aultrui avoir envie ou despit en leur félicité , pcvent bien remonstrer ce qui est visible et percevable de lui mesmes et que à eulx touce. Car quoi qu'il soit de toute chose et de toute opinion , Teulent gens ou non veulent , la veue descœuvre les fais. Quand doncques les veullans bien faire voient desvoiés ceulx dont ils voudroient traire amour et grâce , et se dénient de leur aucune imperfection , ne peuvent-ils , pour les mettre en la perfection où ils désirent, dire : « Vous estes tels ou tels envers nous ; ce nous grieve et nous est dur ; et à vous ce ne vous est point honneste d'ainsi faire ; et tant plus y continuerez, tant plus en redoudra le meschief en vous mesmes. «^ Certes oy ! et n'y a riens en cesle reparuciou , dame , que

tu sceusses nyer parraison, ai non que ta porrois; maintenir et nyer que le vice d'envie ne f ust point là où l'acteur le descript es nobles françois. Sur quoy je te repliqueroie tant et tellement, et te donneroie tant d'exemples , que les probacions y seroient évidentes assez. Mais n'est heure encore peut estre ; que aultre part porroie estre constraint de les alléguer.

TlUGINAClOIff FRANÇOISB/

Or çà, long arrest sur une chose, là où il y en a plusieurs entre mains, donne fatigue aulcune fois et fait perdre temps. Nous sommes en matière odieuse, ce me semble, et en difficile tractacion, dont encore ne voy fin de long temps; et me vient férir à l'œuil présentement une esparquede bien aigre sentence que ton homme met en son ving troisicsaie

article . là où il dit :

Si vous régnez en triomphe amirable , £t qu*en vos bras gist fortune endomiie , Kégnez si bien que ce vous soit duriible Et qu'en régnant la fin ne soit plorable ; Car quant à nous ce ne nous gricfYe mie. Mais d'auti^ lez se fortune est amie Vers nous, aussi n*y prenez point rancune , Car point de vous ne nous vient ceste lune.

Droit là il arraisonne les Frataçois incrépamment et leur dist : « Se vous rc{»nez eo grant exallacion et triomphe, et qu'en vos bras gist fortune endormie, comme felle feust, toute pow vous , régnez si bien et si saf ement que ce régner vous demeure durable , et que la fin n'en retourne triste , car cela ne nous griefve point. Maisàl'aultre lez aussi se fortune nous est amie ungpeu et qu'elle nous faveure , n'y prenez point de desplaisir noa plus que nous, car cela ne nous vient point de vous ne de vostre cuer. »> Laquelle chose sonne au commencement en manière de correction, et en la fin en desconguoissanee despite.

ENTENDEMENT

Dame , se tu sainement entends ,\a saiiie-

« .-v' '. . 'Là' . (

SUR VÉniTÉ MAL PRISE.

iftlJ^

mcnl jii{;eras. Cesitii ariicle que tu us reiCTé muintcnunt n"esl pas ïkieux, et le te prouveruî tellement, ce, me semble, que la solticion t'en semblera Loanesic. L'acicur avoit cy noté trois clioses et les déclare. 11 note premièrement lagloire.rexallacioode fortune, la liaulie triompliale regnacion des François , dessoubs lesquels lur, son muislre, sessuppos et subgecls il leur convient vivre et temporisier; et est ung des poins (ju'il noie et confesse estre ainsi. Il note secondement et donne à congnoisire l'amour qui est en lui et en tout son parti envers vous les François , quand voyant vosire regnacion si excelse , 11 la contemple et s'y délite; et dcpaour qu'elle ne puist tourner par aulcuit mescbief à descadence, dont il aroit doeil, vous advenist en tilire de cliarilé , et requiert que vous régnez si bien et si sagement que vosire hault glorieux règne ne reiournc (en triste Hn,,veu que les choses humaines ne sont estables. Tors d'autant qu'elles.sont accoutrées de vertueuses sollicitudes ; et est le second point lequel il déclare.

i Tiercement il donne à congnoistre taisamment, en faveur de son maisire, qu'il y a gloire aussi et haulte fortune en icellui, et que comme ceulx de deçà {ne sont cuurciés de leur haulle félicité cl regnacion . mais très juyoulx, que eutx aussi en celle de deçà ne veullent prendre murmure ; car ce que nous en avons ne vient point de leur luae ne de leur avancement.

Au premier point, iàoù ilglorifie François de leur haulte regnacion qui se voit à l'œil , ne l'ait à reprendre, car vous est los et gloire quand tel il vous juge comme il vous volt. Au second point, là oti il démonstre l'amour qu'il a envei-s vous par contempler vosire bonne fortune el par avoir soîng et paour de vostre stabilité , n'est à reprendre aussi , car lui vient de dilection cordiale et de noble voloir, quand il vous averlist et requiert que vous mettes soiug el pourvisiou que la roe ne tourne ; et le devez eu cesie qualité chiérir et amer, quand il vous advertist de vostre salai et de chose qui est digne d" estre toujours devant l'œil , quand les plus haulte aulcunes fois du monde et les plus esk'vés (Wl esté deceus par non y cuteudio. ,fc»

Au tiers point où il parle lalsamment en kl faveur et vérité de son maislrc , disant que : se fortune lui est amie, n'y prenez point de desplaisir aussi, non plus que nous de Ja vostre, car de vous ne lui vient poini ceslo haulte lunoison -. dame , se bien l'entendez, ne dit riens mal et encore moins de desplaisir à nullui, comme vous ferai bien entendre; et n'y cherra diflîculté nulle, qu'en cesle dernière close, qui est que nostre bonne lunoison , nostre bonne aventure et félicité, ne nous viennent pas de vous. El sembleroît par ce, que nous serions ingrats, dc^congoois' sans et tous essours et eslevés en presunipcion et orgueil, dont je te monstrerai loutje contraire et appaiserai ton cuer.

Cestui prince' voiremeni|, puisque l'acteur taisamment le note , est pluin de haulte forlune et de glorieuse regnacion. Et ne convient point longue démonstration pour le fyire apparoir, quand ce qui en est de luy inesmes le juge ; il est prince parti de lu très noble maison de France , de la quelle comme les aultres, en mesmes degré de rang, il prend gloire et tilire , et avec ce en emporte les biens grans et larges que point ne descongnoist , mais s'en réputé atoot grant et puissant entre tous ses semblables. Mais avec ceste félicité et gloire que lirée a et produite avec lui du noble ventre de sa mère , et en la quelle il a longuemeul régné pi-ince puissant et renommé, si lui a Dieu multiplié encore sur vieille grâce nouvelle gloire et exaltacion ; cl qui l'avoit l'ait naistre duc par nature et succession de père , pour estre égal aux autres ducs plusieurs, l'a tellement pourveu de fortune, qu'en terre maintenant n'a duc son pareil. Dont comme Dieu l'a pourveu de multiplication de seigneurie nouvelle sur la vieille qui estoil haulte, a mis paiue aussi de multiplier à l'avesani sa famé par multitude de vertus et de bautes operacions , par les quelles il espère mérite. Et comme cestes choses ci ne viennent point du (roncq de France , ne viennent de donaciun ne d'acquest, ne viennent point d'achut ne de lirannie , ne vienueul par aide no secours de main forte, tuais viennent nuement du don de Dieu , de lianltfi amie juste fortune , de vraie naturelle «fîilimc du ironcq de l'empire.

Exposmox

àm 9Mts ymmkit de Fraaee. d dam. daiore vaumenu et qs'es nOe i pkad et regs^ gkmmlx et ««naedix se peat dire Tacteor de loi ■««>» cflf» de b Terilé, qn «oareat ntsi coogaeae b oè : besoiag fait . qae caste kiake soperblive IflM. ceste kaake gVoîre et exalucîM pomcalîèreBe procède point ne ne mm directe- BMot et sa» BOTen de France , dooc il pocte non et gloire GOonatiireUe, quand ceste inr est aocideotale , et loi procède de Diea par ■oorel doD , Im procède de ftm—< par angniîére faiveor et loi procède de ses propres %ertiis et condicioos , les quelles il a appbcqaiëea à son pooir à tootes giorieuses opéracioDs'^Dont,et qoandainsiseroitqoe terres et possessions tons venroient do royal tronc françois et qae de là les tenist, si ne peut il tenir ces vertus que de Diea et de son bon coer, les quelles font Tomme promptement glorieux, non pas les baultes seigneuries, quand icelles souvent se possèdent sans glorieuse renommée ; mais ne se peuvent acquérir ■uk glorieolx tiltres jamais sans glorieusement vivre.

Or r^arde , dame , se tu as cause de toy contenter droit cy, ne se tu as cause d'imputer k Facteur ne à auitrui, vice en cestui endroit, comme d'avoir descognoissammcnt parlé ou trop en arrogance, quand je te déclare distinctement que veut dire ceste lune qui ne vient point de vous autres. Et bien dis notamment f^otu autres; car quand tout vendroit du royal troocq , sy n*y a le pied de vous autres, lui seul réservé , qui doie entendre part en ceste contribucion ; car n'y avez mis ne doy ne main , ne donné foveur ne confort , ne vestu haubei^on de son temps , enson avantage. Et par ainsi, pose que lui, en sa noble personne qui est toute humble, ne se vanie ne ne glorifie, cl ne se veult extoller ne en ce ne en cela, Tacteur toutesvoies, qui procède à Téquité des choses, peut bien remonstrer quels dons il a de Dieu espéciaux , qucîls de nature et de succession légitime, quels aussi de forlune[el de glorieusement vivre, et dont tout vient et de quel lieu , sans em-Vi lepiiié arrogant, ne descongncu, ne disant injure à auttrui.

rU5C0I5C TXIGIXATIO!^.

Qae ta neuves d*eslranges Tuidanges, Ek- TESBDnsn, et de subtiles perçtires pour vuîder.a«gdettr(ML>'*y a trou si grand que tu ne iraves cheville pour le bonchier, ne pertuis si estrait que tu ne passes parmi. Or ça, n*est riea fait qai.ne bit plus fort. L*acteur arrière, en 40O vi^gt-qnatriesme article , se présume et biea que cela se veult appliquier à son ; et dfit qu'en lui, a gloire , bouneur et resplcwfissance qui Vair parvolent et font fendre les ciefdx. Mais ce n'est pas , veult-il dire, qu'il ne recoognoisse dontce lui vient, car le tient de b haulte pussance et faveur divine, bquelle, comme il subjoinct, sera pourrie deffendre au besoing, et le quel Dieu, se Françoii le craignoient à offenser , ils se tendroient i ce qu'ils ont de grâce et de bénéfice de lui, et souffireroient de la felicitéde Taulre. Ici semble , à Tentendre, qu*un François doibt avoir descongnoissance premièrement en leur haalc régner, et secondement que ne redoublent i offenser Dieu dont ils ont tons leurs bénéfices ; b quelle chose porte de soi injure et ramponne. Et est icelui coupplet»

NoDS «Tons gloire, hoimeiir, retpleiidis»ce, Qai Tair parfole et les haute cieos fait fendre, Mais ce n*est pas dehors de cogooissance ^ Ains tenons lout de la haulle puissance De Dien là sas, qui nostre est pour deffendre. Le quel aussi, se tous craigniez TolTendre Vous TOUS tendriez à sa grâce impartie Et soum^eriez de la nottre partie.

ENTBNDEMElfT.

Que pleust à Dieu, dame, que le tbronedes François jamais ne deust estre toucié de pifls grand injure, que de telle que droit cy; etjc croy voir que jamais ne recevrait taee doit on le |HMist ju(j[ier souUié ; car droit cy n^euyi nulle. r»àonest\Tayqucracteur, en vuidantde son aiiltre article et là où il parloic de oei liino de^us toucéc , maintenant spécifie pou au cici* ce que avoit mis par devmi termes obscurs , et rendant graœt M

SUR VÉRITÉ MAL PRISE

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là ou elles sont dues , dist ; qu en son maistre a gloires et exaltacions qui parvolent les airs et les cieulx. Dont pour donner exemple à tous glorifiés hommes comment ils doivent user de leur fortune, dist : que ce n'est pas en descongnoissance ne en aveuglissement Jque icelles possède , mais en cremeur et rétribua; cions de loenges à son créateur , dont il les congnoit avoir receues plus que à son mérir^ confiant de sa miséricorde , qu'en icelui bon voloir etregart qu il a envers lui, ii le deffendera et secourra en temps opportun. Belle dame, ici y a-il vilain? y a-il riens droit cy pour mordre , ne en quoi corage françois se deust mouvoir ne troubler, quand ce que Tacteur dit de son maistre , il le baille à tous autres pour faire pareillement, et ne reprime ne ne corrige nuUuy de cas contraire, mais remonstre par son maistre : que de haulie prospère fortune glorieuse est deue baulte singulière rétribution curieuse à Dieu, quand par decongnoistre, par non entendre à son debvoir, par non vaquer et veillier en œuvres vertueuses , en diligences et sollicitudes , en choses de stabilité et de fruit , et souverainement en cremeur et loenge de Dieu, maints royaulmes , maints rois et monarques, du plus hault de la roe, non bien gouvernés, sont gettés confusément misérables en basse poussière , là où ils voutrouUent tristes cfaétifs par leur demérir ? Si croy que aujourd'hui Dieu ne fera pas une nouvelle fortune pour la nouvelle regnacion du présent, et que ayant eu mis tout le monde passé subget à la vieille, doie exempter de sa loy et puissance la généracion d'aujourd'hui nouvelle ; ains souffrira que qui en vertu et sens règne , que celui pardemeure ; et que qui desfectueux et mal sage possède le hault siège , que celui méritoirement trébuce , ou son équité seroit autre maintenant , que n'a esté trouvée en nos vieulx pères. Doncques , et se l'acteur voiant que son maistre a esté surquis en pluseurs voies, et ramponné aultrement que ami à ami, et pour ce en doubte que cremeur de Dieu n'estoit point plainement là où elle devoitbien estre, et que, parfaulte dicelle, les deux haultes félicites, tant de Tung coiiHM de Tmilre, porroient tendre à diminu-

subjoint que, se François craingnoient offenser Dieu , ils se tendroient aux grâces et bénéfices qu'ils ont de lui, et souffreroient de l'aultrui, à qui Dieu a telle liberté dedonneret chérir comme à eulx ? Certes , il m'est advis que nenny, et n*^ a chose qui en mal se doive entendre.

FRANÇOISE TMAGINAGION.

Plus parles, ENTBNDEitnsirr, que plu^ tu me crois mes admiracions; et plus te baille matères estroites, plus tu m'eschappes, et ne say comment; et te treuve hors de mes mains telle heure que je te cuide tenir h tenailles. Mes vecy où ton homme injurie terriblement nous aultres François ; là où, après confesser que nous avons ung hault glorieux tlirone par dessus le leur, et que icelui portant ceptre et couronne est tout^plain de gloire ancienne, et que la clarté du siècle s*y resplent à Tentour, se vertu estoit en cour, comme soloit,mès nenny; de quoy nous donnant re*proce et mespris il dit : que vanité et presumpcion nous ont tellement abuvré les cuers que la hantise en est fière et sauvage : dit en oultre en son vingt-cinquiesme article : que nostre orgueil et haultaines manières, nos élacicms en nos nouvelles fortunes, avec le mespris qne nous faisons d'eux , tous ces points cy lui ont esté cause d'entrer en ceste aigre tractance ; et voudroit bien que la cause y fust moindre : parquoy il me semble qu'en* ces deux articles il y a publique injure ; des quels s*ensieut la lettre.

Bien co^oissons qiic vonsaTez nng thronne Par detsus noas plein de gloire ancienne, ' Et qa'en Tot mains tenez oepfre et couronne Où tout l'onneur du siècie a'aviroune Se cours avoit vertu cotidienne.

Mais vanité de gloire terrienne.

Vous a les cners si pns de son bnvrage Que la liantise en est fière et sauvage,

Yostre orgueil grant et haultaines manières , Yos cuers essours en nouvelle fortune

Aïcc mespris Je nos jioires iflnniéi'e»

Que vons penwï fouler «le vos bunni^res , Se Dieu ganloitpour noas tetie intorinne : Tous CCS poiali cj nouï Eonr cnusc opordiue D'eiilrcr droil cj en cesie p^rola tif^m', Que pleust n Pieu, et cause y cul {ili^s luaigre

ESTENDEMEST.

Je le responds, dame, etconcède qu'en aulcun des poius recilés droit cy il y peut avoir assiette de rigoreux termes sonnuus ai{rremL'nt , mais non injures proprement injurians et blessans , parce que injures sont choses faites et dites torcionnérement et sans nulles occasions précédentes, qui procèdenl de felle vellonneux eslomac délibéré et proposant blecier en famé ou en corps ; de quoy uncqnes l'acteur ne fut en talent , ne jamès ne sera trouvé tel; nuiis bien confesse que , selon la porcion et i^ualilé que voit les bommes ei les condiciunsde ce royaume en présent, ei en quoi ils se desvoient et desmesurenl , souverainement en devers ceulx dont il est de la multitude , il les ose bien descripre et nommer lels comme à son jujjemeDi il les ireuvo par expéncnce. Parquoi, s'il les treuve et connoit esirc fondés eu vaine {jloire , et que de cela se paissent etabuvrent, il n'y cliiet point de jurant mescbief à dire : qu'en celui endroit la liuniise aujourd'hui en est lière et sauvage, quand eulx mcsmes se sont assanvagis de sauvages condicions non à eulx. apparienans , parce que lui mesmes les juge avoir leur ibrone plain d'anciennes gloires par leurs anciennes glorieuses vertus ; les quelles, comme lu peu» bien entendre, n'esloient pas fondées en vanités n'en presumpclons outragcuses , mais cstoient fondées sur sciences, sur nobles meurs et condicions, sur équilê et bonnes consciences, sur proud'iiomies et félicités , soubs recongnoj'ssance et cremeur de Dieu , sur regari il la chose publicque, sur bonnesteté de propre personne , sur amour et cbarilé a son prome , sur courtoisie et bénignité envers chascim , sur l'espargne du peuple et de humain salut. Sur ces poins icy esioîent fondées les vertus anciennes des François*; de ceslui grain reuiplissoient-ils ancieuuemeni leurs graiii>es, de tels splendeurs

EXPOSITION

dccoroiem-ils et enluminoicnt leur tbronet non pas d'orgueil et de jactance , non pas de confidence et de presumpcion en propres vertus , non pas de menaces et conteinpcions de leurs voisins , non de rigoreusea ei roides trac lac ion s sur ses amis, par Berlé. par envie , par despection , par dol ne par fraude, comme font les mauvais , qui ne sont dignes de nuls liltres , qui jamais ,ne par-ataingneni à glorieuse fin , ne jamais ne persévèrea[ à glorieuse durée, car sei-oit contre nalore, et contre loy cl ordre de loule équité et ra'tson. Donques l'acteur voiaiil François en mcftpas, et souverainement en tant qu'il lui loucc , les peut bien nommer tels comme il les conçoit en son enlendre. El est vraisemblable que leur nouvelle fortune, laquelle je appelle nouvelle par i enovacion , non pus par origine, leur peut avoir extollé lescners, parce que leurs mains ont esclarci leur ibrone de ce qu'en trois cens ans paravaat oncqui^s ne se pot purgier par main nulle. Si en peuvenl esire leurs cuers plus {grandis , leurs natures plus ensoulHces de vanité , ei leurs condicions plus hautaines et moins humbles. Mais pour par-attaindre encore à plusbauties lins, comme je leur garde une fois , deusseol loer et glorifier Dieu, à lui attribuer l'onneur de leur victoire , mettre paine à y persévérer longuement, et de non riens emprendre qui peust estre contraire ùDieu ne ^conscience ; et gardaos propre félicité , propie honneur et l'aultrui , soy exposer et par-olfrir en inuUc chose bonneste et utile.

Vecy l'appartenir des François , vecy l'appartenir des vrais glorieux hommes, de* haulx victorieusement regnans , qui désirent mérite emprêsDieu et gloire du siècle. Dont se l'acteur se deuil par y sentir contrariétés, les quelles il pluintellesfrémist, comme it monstre bien en la lin de ceslui vingt-uxiesme article, quand il dit que toutescestes aigres manières et condicions lui sont cause de procéder en aigreur contre eulx : mais n'en fait luie pourtant ^ reprendre si fort, comme font ceulx (|ui sont cause de l'aigreur -, les quels ne sont que une petite part do gens à l'aventure , et non pas toute la généralité, carseroil dommage ; et euvis l'at'leur In y vouldroil comprendrey niais seulemuut il note et enleul aucuns

SUR VÉRITÉ MAL PRISE

ticuliers , sur les quels , sans nommer nuUui, sa doléance est causée.

YMAGINACIOIf.

Et que dites vous maintenant doncques du yingt-septiesme article de vostrc homme, là où il dit et repreuve aux François : que leur orgueil maintes fois^ les a pufj^nis , et a fait passer et traverser toute infortune parmi leur royaume, en quoijaultrui quelqu'estrangier s*es( glorifié en leur propre infélicité; mais ce poise lui que constrainl il le leur convient remonstrer pour y résister et mettre pourvision. Repreuves, tu scés bien, sont injures ; et par conséquentest tel cestui article.

Orgueil jadis par maintes fois diverses

Vous a pugnis et procuré misère ,

Et a fait faire À maleur ses traverses

Parmi vos osts piteuses et adverses. '

Dont Taultrui gloire en est vostreim propère ;

Ce poise moy que je ne vous appère

A plus grand eur^ mais ce fait advertance

Pour y pourvoir par ferme résistence.

ENTENDEMENT

Dame , tu dis merveilles , et ne puis tant dire ne tant faire que par devers toi tu meisses une fois le bon bout , et que de toy mesmes tu te .contentasses, quand de toy mesmes il te convient estre juge. L'acteur droit cy, pourquoy ne peult il mettre ce que dedans Paris , le nombril de France , les petis enfans qui vont à la moustarde savent bien raconter Tung à Taultre , par le recort qu'ils ont oy de leur pore : que les pescbiés , les orguelx , les desrèglemens , et les envies des François Tung à Taultre par maintes et diverses fois les ontpagnis; et en ce mesme en quoy prenoient plaisir et delectacion, en ce mesme ont esté battus et prosternés confusément, comme leurs iniencions et fins quises estoiènt confuses et malvaises. Se délitoient en envie et division Tung avec Taultre , et en envies et divisions sont esté mors. Se délictoient en orgueil et vanités excessives , ai^ourdl demain plains de mauivaitet

par nacion orgueilleuse et excessive , rapace et convoitêuse de sang , pire que eulx cent fois et plus inique , ont esté humiliés ; et y sont entrés roys et ducs, tirans et gens crudèles, et les ont calamités et persécutés, fait devenir misérables et recrans , vaincus en batailles et en sièges, et tout avieuti et pollué leur throne ; dont eulx mesmes volontairement avoient esté cause , et en avoient produit la verge dont aultrui les chastioient.

Et , belle dame , se Tacteur remonstre cecy et le leur met à l'œil affin que cecy plus n'aviengne, et que par gravité et prudence, par longue pondération des malères, ils mettent pourvision , fait-il mal ? fait il chose contre honneur et loyaulté? Certes nenny. Mesmes est une chose que les histoires françoises récitent et recordent, que ainsi en est, et que toutes condicions d'ommes, jeunes et viculx , recongnoissent aujourd'hui et jugent estre vrai. N'entens-tu que se division et envie ont peu autrefois esbranler les François, les faire cheoir et perdre honneur et salut , que aujourd'hui ne leur puisse procurer ce mesmes, et les faire perdre et exterminer comme lors? Certes oy! Et en seront les périls ausslprôchains, comme ceulx qui les aiment et quièrent sont prests de les nourrir.

Or va avant, dame, et nous délivre de ton résumer; caria matère m'est contre cuer durement, et voulsisse bien en estre hors, se honneur me pooit permettre de non tant y respondre. Mais tant m'est prest l'acteur, et son œuvre que je connois partir de meilleur fous que n'a esté prise, que à très envis et à très diu* l'abandonneroie. Si ques ou déporte de tes diflicultés et interrogacions maintes suspicieuses, ou me abreiges mes paibes et langueurs , là où envis je tire au colîer.

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