CHAPITRE XXXI
Comnicnl le siège fui mis par le duc A CrMpy, ,
Forte place avoit à Crespy et bonne y\ig de gnerro bien réparée et fortifiée dedensa deboi^; et s'estoient reiruicts léans leurs enbourgoingnons , fors et pnîssans jusques au nombre de cinq cens vaillans hommes, doubtans ce qui leur advint; c'esioitqiiB le duc bourgoingnon , passant son pays pour aler à Ti'oyes, leur pourroit bien donner aucun iraveil; et se tenoient sur leur gaif( et n'iilLendoienl que le coup. Put ton ,
CHRONIQUE DU DUC PHILIPPE
vaillant escuier, et La Hire, hardy aventurier, quérans la frontière, plus proflStable pour eulx et plus dommaigcuse pour leurs ennemis, s*esloient boutés icy dedens, maistres et chiefsde la compaing^nie. Et ne fait à doubler qu'ils ne portassent du seing beaucop et de sollicitude en tout qui leur faisoit mestier, en deffence , et souverainement en manières de corragicr leurs gens contre ung tel prince nouvellement armé et cnfelly aigrement en son injure receue, dont ils attendoient les cruelles menasses et envenimeuses, mal conti*estables à eulx à la longue. Toutesvoies, en eulx acquictant vers leurs gens, les reconfortoient par plusieurs paroUes et leur donnoient espoir assez de trouver au plus fort du péril honorable appoinctement. Le duc bourgoingnon ayant jà envoyé devant atout son avantgarde le comte de Ligny , luy meismes atout son ost qui estoit plain de haulte et vaillante seignorie , vint au dict lieu de Crespy et mist son siège au plus près de son honneur et du dommaige de ses ennemis. Si fault croire que selesungsmonstroient chière hardye en Tapproce , que les autres f aussi monstroient le couraige aigre pour les rcbouter, tant pour faire saillies en leurs barrières , à cheval fièrement et à pied comme par espoventables deffences dessus leurs murs, dont ils envoyoient traicts mortels sans nombre avec haulx cris- et estonnemens que faisoient Tune partie et Tautre. Moult estoit saige escuier et vaillant le dict Potton , et sa compaingnie en beaucop de haultes valeurs bien esprouvées. Parquoy se la liaultaine vaillance des assiégans estoitdure à attendre, si estoit à redoubter aussi la congneue vertu des assiégiés. Et certes n'y oit ne Tune partie ne l'autre qui ne se monstrast fière et animeuse , chascune cuidant parvenir à la victoire , combien que Tune partie trop estoit plus apparant que l'autre. Tous les jours se faisoient escarmuches et petites saillies , puis d'ung, puis d'autre. Et y avoit pluiseurs semonces de rompre lances pour l'amour des dames, les aucuns pour occoison des querelles , enquoy les Bourgondois reprochoient les enclos. N'y eut toutesvoies nulles telles armes faictes par cclluy temps ; dont plus icstoit cause du nom et creroeur, et souveriii-
nement es Gascons qui sont gens bien à cheval et assez duicts du mestier. Le temps couroit tousjours avant. Et pour le voyaige que cestuijeusne duc avoit emprins devers le roy lui commença à annuyer que ceste ville se contenoit si roide et si longuement à l'encotftre son fier et grand ost, remembrant aussi de la fresche et très amère playe qu'il avoit rcçeue et lui cuisoit jusques à mort. Le quinzième jour ou environ submist à la disposicioa de fortune délivrer final assault à ses ennemis, combien que par pluiseurs fois leur avoit fait offrir vuidance et convenable traîctié. Si se mirent en tout aigre appareil Bourgoîngnons , Picars et Flamengs auprès leur prince , et vindrent en fier contenement atout leurs eschelles, manteaux , pavais et fagots , jusques à leurs murs qui jà estoient tous garnis et préparés , comme il appartenoit, de toutes manières de deffences. Si n'y avoit celuy dedens qui ne se monstrast bienembesoingnié et qui pour vray dire ne se trouvas! assez de couverte peur soubs img orguelleux semblant de deffendre. Ne véoient secours à nul lez, sentoient leurs vivres faillir, leur fort non longuement tenable et la puissance devant eulx mortellement dure, et que estre prins par effort, encoires'.en si 'piteuse et amère querelle à ung tel prince , il n'y reste attente que honteuse mort. Saigement conclurent les capitaines, Potton et les autres, de demander cesse ; et levant la main tout en hault, demanda icelluy Potton congié et seureté de parlement. Lequel , après que rapport en estoit faict au duc, luy fut gréé soubs condition qu'il le feist brief , car la chose estoit jusques à la venue que il failloit prendre ou rendre. Et combien toutesvoies que le rendre estoit plus seur pour les enclos, si estoit-il peut estre aussi img retardement de mort à autres beaucop de vaillans hommes des assaillans qui se feussent exposés au péril.