‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 54 sur 494 · CHAPITRE XXXT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXT

Comment le roy françoîs aseentît à donner ta illle Ka- Iherioe an roy aoglois et le déclara héritier du royaume I au pr^udice de son fiU le daulphin.

Grande fut la solempnilé de Troyes tellement; et allèrent les seigneurs des deux cours veoir et visiter Tung Fautre ; et espéciallement ceulx qui estoient autour du roy tous d'ung party de Bourgoingne , la pluspart vindrent veoir et faire Thonneur au nouveau duc survenu, qui moult faisoit beau veoir , car jeusue estoit beau prince emre les autres , le plus de France , et mcnoit ung grand et riche estât. Le lendemain les ambassadeurs du roy Anfflois venus en la compaingnie dudît duc s'en allèrent vers le roy à toutes leurs charges , pourquoy estoient ve-

âiis, et après aucunes dëclaracions faictes de leur cas, le duc bourgoingnon présent, entrèrent en conseil ; auquel maintes choses furent levées et reversées et mises en divers ploy, tant en forme de plainctes, comme de conclu *. sions prouffitables, car bien y avoit matera comme chacun peult entendre. Premièrement, du duc privé de son père piteusement ; secondément , du roy Àngloîs qui quéroit aliance aa roy firançois, plus forcée que aimable, et avec ce contendoit à avoir sa fille et Tenhéritement de la couronne de France pour luy et les sieng à jamais , nonobstant que ledict roy avoit ung seul fils héritier encore vivant , mais tenant party contraire à son plaisir. Grande estoit la matère et pesante ; et pour ce ne fait à amirer si les journées et parlemens y estoient pluiseurs. Finallement toutes voies fut conclu et accordé en la faveiu* du duc bourgoingnon : que le roy donneroit sa fille au roy Henry d* Angleterre, et avec ce Testabliroit seul et vray héritier de sa couronne après son trespas, en déboutant son fils propre, et mectant à néant la constitution autrement faicte par ses prédécesseiu's , que la coiuronne ne debvoit nullement ne jamais descendre sur fille. Et pour plus avantagicr ledict roy anglois, fut ordonné que : s'il advenoit aussi que le roy anglois allast de vie à trespas sans hoirs pro-^ créés de luy et de madame Katherine , si demouroit-il héritier de la couronne de France , au préjudice de tous les royaulx et appartenans qui en temps avenir y poufroient ou devroient réclamer droit. Laquelle chose estoit certes , à le bien peser, ung estrange et merveilleux cas , et non veu semblable jamais en cestui très glorieux royaulme , où soleil de haulte discrecion et de preud'hommie a maintenu son thronnc de tout temps. Mais las! le povre roy, posé que roy fiist, si nV voit-il point le sens de long-temps duisant à sa haultesse, ce que moult faict à plaindre ; et y parut bien , car sa povre félicité estoit matère et occoison de tous les meschiefs advenus , qui jamais n'eussent esté perpétrés , ne d'ung costé ne d'autre , si elle ne fust lors. Et par ainsy, selon qu'il avoit gens autour de luy, il accordoit si bien en son préjudice comme à sonprouflît; tout luy estoit ungetd'ungpoix. ^' Toutes ces choses traictées et conclûtes «

GEORGE CHASïELLAIN,

toutes voies à qui cfue elles tournasseat à grief , aux Anglois tournèrent à grand joye. Si prindrent congié du roy et du duc bourgoingnon et retournèrent le plus aviséement qu'ils porent, pour cause des daulphinois qui les aguettoient à Rouen, portans avec eulx la copie du traicté pour monstrer à leur roy, lequel, après Tavoir visité , se trouva au plus hault de ses désirs; et considéroit bien que fortune le meneroit joyeusement à la joyssance de son long espoir. Si furent ces ambassadeurs revenus et receus à grand chière et à grand joye, et luy disposa toutes ses choses le plus dilligemment qu'il pot, et manda et fist assembler ses gens d'armes pour tempi^ement soy en aller vers le roy audict lieu de Troyes et pour là parfaire et conformer personnellement cestuy meismes traicté , et au surplus prendre la possession de la très noble dame, madame Katherine, destinée pour luy et accordée , que messire LoysRobersart avoit en Visitation et en garde de par son maistre le roy Anglois , après les autres partis et retournés vers lui à Rouen.

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