CHAPITRE XXXVI
Comment Jehan de Luxembourg dressa une embûche deYant AUbandières et fut repoussé par les gens de monseigneur le daulphin.
^.'Ne demeura gaires après, sur la fin de quaresme , que messire Jehan de Luxembourg , cinq cens combatans avec luy , par commandement de son maistre le duc, n'aliast faire une fierté devant une place très forte nommée AUbandières, à six lieues de Troyes, qui beaucop donnoit à souffrir au pays dudict duc et à ceuix de son party , souverainement à toute la Champaigne. Si mist ledict messire Jehan partie de ses gens en une embûche assez près dudict lieu, et avec le remanant tira bien fièrement sur espoir; et ceulx de devant, d'aucune aventure, partirent dehors pour les venir ruer jus ; et par celle manière , les autres assis en Tembuche , bien propre audict cas , vindrent copper le chemin aux saillans par derrière et leur empeschoient le retour; mais eulx saiges n'esloingnèrent oncqiies leur fort, et se doubtoient assez de ce qui estoit ; et tant seuîlement vuidans un peu barrière souffrirent vuilbpiment à recevoir l'orgueil de
leurs ennemis et de beaux cops de lanees^ Les aucuns à pié , les autres à cheval biea montés soutindrent maintes dures envahyes , tellement que ledict de Luxembourg tout enfely sur eux, ainsi que en tel allaire 3 fault remouvoir souvent et se monstrer, eola fierté de son cheval , sa selle se fèndisttoiile parmy le mylieu et chéy jus tout plat à terre bien aventureusement ; mais prestemeat relevé de ses gens et secouru n'en receut anhre dangier pour celle heure ; ains feUement » sa lance en sa main, tout de pié, alla combitant à assaillir les daulphinois et leur monstrer couraige et vertu de haute chevallerie , certes dont ilestoit,plain et bien congneupourtd.Si fut la meslée aigre assez et dure , et rdTort à deux lez rude assez à soustenir, espëcialler ment à ceulx de dedens, qui, du moindre nombre que avoit ledict de Luxemboui^ , car oncques ne se bougoit l'embûche ibrcéemenr, se souffroient rebouter en leur boulleverc , qui estoit fort durement et périUenx à s'approcher. Toutesvoies non espovanté de riens, fait vuider son embûche ; et, à pudbttures de trompettes et de cris, se vindrent plante» auprès du boulievert, et commencèreni rpîdement à assaillir ceux de dedens et nmqpèrent contre mont. Les aucuns combatolent main i main , autres tiroient de traicts sur eulx , si follement que à paine nul s'osoit desGouvrir ; et tellement que après longues et valereuses deffences, qui ne polt à riens servir pour celle heure , il feut force aux daulphinois de eulx retraire en dedens leur fort, abandonner leur boullevert ou estre tous nKMrs et péris , car gaignié fut sur eulx et prias, et mis en feu et en flamme devant leur nez. Laquelle chose toutesvoies n'estoit pas sans adommaigement grand des assaillans, car pluiseurs certes y avoit de blescbiés et de bien mal adoubés. Et pour ce que ledict de Luxembourg, pour celle heure , ne pouvoit autre chose feire à ladicte place d'AJibandières que ce qu'il 'en avoit faict , print arrière son retour à Troyes vers son maistre le duc ; et là avec les autres princes et grands seigneurs se prépara à la réception du roy anglois, qui temprement debvoit venir, et y faisoit-on de grands aprèstemens pour le recevoir et pour lui faire la solejiipi^itc de ses nopces.
CHRONIQUE DU DUC PHILIPPE