‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 70 sur 494 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Comment le daulpliin alla prendre le pont Sainct- Esprit , et vinst à Bourges.

Ne demoura gaires de temps après que aulcuns bourguingnons firent entreprinsesur la Villeneuve-le-Roy, belle place et forte, assise sur la rivière d'Yonne ; et de faict la prindrent un matin secrètement d'eschelles et y firent une grant tuison des danlphinois ; Et en ce pendant le duc de Bedfort , frère au roy anglois , qui encores n^avoit passé la mer pour venir en France que ceste fois , maintenant vint devers son firère le roy, et lui amena huit cens hommes d'armes et deux mille archîers , dont la Joie et le renforcement fut grand en Tost , et la recepcion du roy bien amiable et de tous les frères.

Or estoit à Taultre lez le daulphin, deshérité, lui sembloit, par l'aggréement du père et contre nature, et deschassé avec ce de son héritaige par force de ses ennemis. Lequel pour pourveoir aucunement de remède en son dur fait , partist des marches de Touraine , et à toute la puissance que lors povoit assembler passa en Languedoc , et mena son armée devant Pont-Saine t-Esprit sur la rivière duRosne, que les gens du prince d'Orenge tenoient en foveur du duc de Bourgoingne. La ville certes estoit forte et bonne , et n'estoit pas de legier acquest, sans y avoir des travaulx beaucop, et d'approchemens de divers engins pour les espovanter. Parquoy ledict daulphin envoya en Avignon et en Provence querre des bombardes et engins volans , dont tantost devint pourveu habondamment. Et de faict tellement ettant s'en aida que. après les avoir mis en œuvre assez fellement et dru , la ville lui fut rendue et lui fut mise en obéissance, avec pluiseursaultres villes et forteresses làentour «jue soloient tenir lesdicts gens du prince d'Orenge pour et au nom du duc de Bourgoingne, quimalement pouvoient trouver secours eu leur parti à celle heure , pour ce que

toute Tobéissance et puissance du daulphin estoit entre deux et autour. Si y mist ledict daulphin ses garnisons bonnes et fortes ; et atout cest exploict s'en retourna arrière à Boiirges ; et là fist assembler de toutes pars gens d'armes; et avec advis et b^n conseil prins sur ses grans et malheureux afl'aires , se disposa à résister de son povoir à la felle entreprinse de ses ennemis qui le poursui- YOiient à honte et à perdicion , et ne tendoient que à avoir la main de victoire et de conqueste sur lui et lesienjusquesau bout. Laquelle chose, certes, lui estoit occasion de merancolie et matère de grand soussy, comment et en quelle manière il pourroit remédier à un si grand et si espovaniable effort, commode deux princes qu'il avoit contre lui, et encoires estre di- Hnqui de son père et desavoué comme bastart , hélas! que non lui avoit procuré, j'espoire, noble Bis de roy et enfant , mais les mauvais faulx hommes ses conseillers , pour lesquels tris t^emeiit porta Tamère pugnicion.

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