CHAPITRE XLIX
Comment les prisonniers estant pendus , lejort de Montreau se rendict.
Ces povres gentils-hommes ^ quand virent ceste dure responce de leur capitaine , bien estoient esbahys , fait à croire ; et leur estoit desconfort plus prochain que espérance de salut de leurs vies. Dont quand ils véoient leur infélicité continuer plus et plus, et que des amours de ce monde ils proposoient briève part et congié pour jamais , ils requirent que au moins on leur souffrist parler à leurs femmes , dont il y en avoit aucunes là dedens, et des enffans aussi ; aucuns aussi à leurs prochains et compaignons , dont ils desiroient à prendre congié , sur l'espoir, par aventure , que leur capitaine à leur instance et prière se humilieroit vers eulx. Si furent faict venir avant femmes , enflans, parens et amis sur les murs , sans que l'en feist guerre , ne dehors, ne dedens, jusques au cesse du parlement ; et là en pleurs et en larmes ^ après maintes requesfes faictes piteusement audict capitaine et refusées , prindrent congié do tous, et, en recommandant leurs âmes àDieu et à «leurs pryèrcs , retournèrent le plus reconfortés qu'ils porent ; et furent ramenés en Tost
GEORGE CHASTELLAIN
a po\Te exploit pour eux, car incontincnl le roy anglois fit dresser on Ucu assez liault un gibet ; et là visiblement où ceux du cbasteaa povoient appercevoir bien de près, furent tous pendus et estranglés en belle et avisée fin ; etd*encoste eulx ung sien varlet de pie, que ledict roy fit pendre aussi, pour cause d'ungf chevalier d* Angleterre que ledict varlet avoît tué ; se en fist telle exécution de justice, non obstant que pour ung tel homme Tamoit assez. Les daulphinois , toutesvoies non meus par semblant pour telle rigoreuse et mortelle cruaulté que avoient veue devant leurs yeux, se continuèrent en leur orgueil par aulcuns jours et se defl'endirent vaillamment certes du nombre qu'ils éloient. Mais quand vouldroit le long comte , vaillance n'y pouvoit servir, ne orgueil ne peult sauver. Bon avis certes et sens leur estoicni plus nécessaires. En fin de huit jours après qu'ils avoient souffert pendre leurs compaignons , pour peur et espargne de leurs vies , qui d'aultrui n'avoient eu pitié, traictèrent avccque leroy angloisde luy rendre le chastcau , sous condicion d'avoir leurs corps et leurs biens saulves , et de eulx retraire d'autre part à leur plaisir , excepté s'il y avoit nul qui peust estre trouvé coulpable de la mort de ' monseigneur le duc Jehan ; cesty là et tous ceulx qui en seroient, demouroient à la volonté du roy anglois et du duc bourguignon son fils. Se leur fut accordé cestuv traictié , et donne bon et seur saulf-conduit pour passer pays ; et s'en allèrent où bon leur sembloit, à ce qu'ils avoient de biens , et descombrèrcnt la ville et le chastean que longuement avoient tenu en leurs mains. Le seigneur de Guitry toutesvoies leur capitaine y acquit povre los, en ce qu'il avoit laissié morir tant de gentils-hommes pour si peu le tenir après leur mort ; et sembloit à beaucop de gens dure conscience en iiDg endroit, et en l'autre petite vaillance et povre discrecion , quand ne congnoissoit son cas se bien devant leur mort que après. Si advint que ung gentil-liomme bourgoingnon , nommé Guillaume de Vière, ly vint imputer qu'il avoit cstô à la mort du duc Jehan , et sur ceste querelle il olïrii de le combattre ; mais lodiot do Guitry trouva ses excuses, et^aspremenl-soi noîtoianl du cas, fut de-
porté en cestuv faict ; et sans procéder plus avant en ce débat , la chose fut mise en son cesse; et s'en alla avecq ses gens vers son maistre le daulpliin.