CURE
Le curé de Saverne est en même temps chanoine du chapitre , et 1 église collégiale sert aussi d église paroissiale.
En 1325, le pape Jean XXII, à la demande de l'évêque Jean , unit à la manse épiscopale les revenus de la cure de Saverne , laquelle était à la collation des évéques de Strasbourg.
En 1459, l'évêque Robert assigna la compétence curiale de deux foudres de vin sur la dîme en vin de Saverne, et celle de trente réseaux de seigle sur la dîme en grains de Kienheim.
En 1470 , l'évêque Robert fonda dans la chapelle de Sainte-Croix, en l'église paroissiale de Saverne, une confrairie en l'honneur de la Sainte-Trinité et de la Sainte- Croix, composée de l'évêque et de ses officiers.
La prémissairie de l'autel de la Sainte- Vierge, en l'église supérieure de Saverne, existait encore en 1471.
En 1486, l'évêque Albert érigea dans l'église paroissiale la confrairie de Saint-Sébastien.
SA VER NE
Ce fut le même évêque qui fit bâtir la chapelle de la Sainte-Vierge , contiguë à l'église collégiale , où il voulut être enterré.
En i522, existaient à Saverne les bénéfices suivants: 1° la chapellenie de l'hôpital ; 2° la chapellenie de l'Ossuaire ; 3° la prémissairie de la Sainte- Vierge ; 4<> la prémissairie de Saint-Sébastien ; 5<> la prémissairie de Saint- Laurent ; 6° la chapellenie de Sainte-Catherine ; 1° la chapellenie de Saint-Jean-Baptiste.
En 1568 , existait encore la prémissairie de Sainte- Anne , dans la collégiale de Saverne , à la collation de l'évéque.
Par traité, passé en 1715 , conformément au décret de l'évéque Léopold , de 1616, l'évéque de Strasbourg, le chapitre de Saverne , le magistrat de la même ville et la fabrique doivent contribuer chacun pour un quart aux réparations de l'église , de la nef , du chœur et de la sacristie , et si la fabrique n'en a pas les moyens , les trois autres doivent y contribuer pour un tiers.
La sacristie de l'église collégiale , et la tribune qui est au-dessus, furent bâties en 1619.
Ce sont les Récollets qui, depuis l'an 1669, fournissent des prédicateurs à la chaire de la paroisse.
La tour de l'église de Saverne menaçant ruine, elle fut réparée en 1691.
L'évêché, le chapitre et la ville contribuèrent, en 1716, à la construction des nouvelles orgues de l'église collégiale ; de même en 1784, à celle d'autres nouvelles.
La chapelle de Saint-Vit esl située près de Saverne, sur la montagne dite le Hohstein. Elle était autrefois fameuse par ses pèlerinages.
SA VERNE
L'ancienne église paroissiale , sous le titre de Sainte- Marguerite , était située hors de la ville , près de la porte occidentale , sur une colline nommée Schantz , où était autrefois la citadelle. Ce ne fut qu'en 1714 qu'on cessa d'y célébrer l'office divin.
Voyez sur Saverne , ce que nous en avons dit , Corn. 2 , pag. 297 et suiv.
Dom Calmet, Notice de la Lorraine , tom. 2 y pag. 431 et 432, prétend que Saverne dépendait autrefois, pour le spirituel , des évêques de Metz. Il s'appuie sur ce que les abbayes voisines de Maurmoutier et de Neuvillers étaient de la dépendance spirituelle de Metz. Mais cette dépendance est également fausse. La juridiction que les évéques de Metz y exerçaient, était sur la propriété temporelle de ces prélats , sur le territoire de Maurmoutier et de Neuvillers.
On lit Publica strata Tabernensis dans le diplôme de Thierry IV, pour l'abbaye de Maurmoutier, de 724.
Terra Zabernensis est rappelée dans une inscription de l'abbaye de Maurmoutier, de 828.
Elle est nommée Zaberna civitas, dans une notice de la même abbaye, donnée vers l'an 1127.
On lit dans Nithard, Hist., lit. 3 y apud Bouquetum, t. 7, pag. 26 , qu'en 842 le roi Charles traversa les Vosges pendant le plus fort de l'hiver, pour joindre Louis , son frère en Alsace , et que de Toul il arriva à Saverne : Elisazam ad Zabarnam introiit.
Albertus de Zabernia capellam episcopi , dans une charte de Conrad, évêque de Strasbourg, de 1202.
SA VERNE
Nous ignorons le temps et la manière dont les évêques de Strasbourg sont devenus maîtres de Saverne. Mais nous voyons, par la chronique de Senones, lib. 4, cap. i y que vers le milieu du treizième siècle, l'évéque de Strasbourg en était dès-lors seul maître. Ipse episcopus , dit-il , en parlant d'un prêtre qui y demeurait , in oppido , quod Zabernia dicitur, et spirituali et materiali potitur justicia.
Hewricus plebanus de Zabernia , dans une charte de 1213 ; Ah. dipl., tom. i, pag. 325.
Les empereurs avaient encore quelques sujets à Saverne. Les arbitres qui furent , en i22i, nommés pour terminer la contestation élevée entre l'empereur Frédéric et l'évéque Henri, décidèrent que homines de Zabernia, quos sibi scultetus imper atoris vendicavit, ad jus et proprietatem ecclesie Argentinensis rcliquantur ; Ah. dipl. t tom. i, pag. 347.
On lit dans la charte de convention , passée en \ 223 , entre Henri , roi des Romains , et Berthold , évêque de Strasbourg : universi homines ad dominum rcgern quocunqne jure pertinentes apud Zaberniam résidentes domino episcopo et ecclesie Argentinensi cèdent , et in restaurum illorum omnes homines in Rodesheim episcopo actenus attinentes domino régi cèdent ; Ah. dipl., tom. 1, pag. 350.
On lit la même chose , dans les lettres de composition du cardinal de Porto , légat du pape , de 1224 : universi homines ad dominum imperatonm Fridericum et ad ejus filium quocunque jure pertinentes et apud Zaberniam résidentes episcopo Argentinensi remanebunt : Ah. dipl., t. 1, pag. 357. Depuis ce temps, Saverne appartint uniquement à l'évéque , comme le prouve le passage de la chronique de Senones.
On trouve dans une charte de l'évéque Berthold , de 1228, Eberhardm plebanus de Zabernia, et dans d'autres,
SAVERNE
du même évéque, de 1240, 1241 et 1244, C. plebanus de Zaberne.
Le pape, Innocent IV, confirma en 1245, au monastère de Steigen , domum et possessions in Zabernia. Nicolas IV confirma au même monastère , en 1289 , novam curiam apud Zaberniam ; Als. dipl., tom. S, pag. 41.
c An. 1279 , in Zabernia plures quam quinquaginta t quatuor homines, muro super eos cedente, perierunt; » Annal. Colm., pag. 16.
Vice plebanus in Zabernia, dans une charte de Conrad, évéque de Strasbourg , de 1294 ; Alsat. diplom., tom. 2, pag. 62.
La chapelle de Saint-Nicolas fut d'abord un reclusoire , bâti près d'une chapelle dédiée à sainte Marie-Madeleine , dont les recluses embrassèrent l'institut des Frères de la Steigen , sous la règle de saint Augustin. L'évêque Frédéric, dans ses lettres de 1301, les nomme sorores incluse inclusorii juxta capellam S. Marie Magdalene extra muros opidi Zabern constitutas ; il veut ut regulam beati Augustini sub habitu et professione prioris et fratrum monasterii seu hospitalis de Steiga profitentur et sub cura et regimine prioris dicti monasterii in spiritualibus et temporalibus eas committit. Le même évéque, eodem inclusorio tradit omne jus , quod sibi competebat in prebenda sacerdotali ad capellam predictam, cui ipsum inclusorium est annexum, ab' antiquo instituta , cum fructibus et obventionibus omnibus ejusdem prébende. Cet établissement ayant été détruit dans le temps de la sécularisation du monastère de Steigen , la chapelle , qui prit ensuite le titre de Saint-Nicolas , fut accordée à un frère du tiers-ordre de Saint-François , qui y resta jusqu'en 1515, quelle fut détruite par le feu du ciel. L'évêque Guillaume fit rebâtir cette chapelle en 1529,
RAVER1SE
et elle fut consacrée la même année, par Conrad Wicgram, évêque de Dunes, son suffragant ; nota Stephani Rœssler, an. 1612, in tabulario colleg. Tabernensis , ladula 15, mm. 117. Cette chapelle fut bâtie de nouveau en 1673.
Près de ce reclusoire , était une ladrerie que l'évêque Jean transféra , en 1313 , dans un emplacement qui lui appartenait ; Als. illust., torn. 2, pag. 136. Les revenus de cette ladrerie ont été unis , en 1 701 , avec ceux de celle de Maurmoutier, à l'hôpital de Saverne.
Frédéric , évêque de Strasbourg , en 1303 , collegium fratrum religiosorum hospitalis dicti zu der Steygen ad opidum suum Zabern transtulit , consensu W air ami de Finstingen rectoris ecclesie de Zabern accedente , eis concedens ut licite possint in loco predicto oratorium de novo erigere et construerc et in eodem divina officia publica agere ; Als. dipl., tom. 2, pag. 79.
Scultetm, Scabini et universitas de Zabern , dans une charte de 1307 ; Als. dipl., tom. 2, pag. 85.
En 1325, le pape, Jean XXII, parochialcm ecclesiam in Zabern ad collacionem episcopi Argent, spectantem , cum omnibus juribus et pcrtineniiis , mense episcopali incorporavit ; Als. dipl., tom. 2, pag. 136.
Die Closse zu Zabern sont rappelés dans le diplôme de l'empereur Charles IV, de 1348 , qui les exempte , ainsi que d'autres monastères, des premières prières; idem, pag. 189.
L'évêque Guillaume réunit, en 1408, la cure de Saverne à la maison des Frères de Steigeh , sous la charge d'y établir un vicaire perpétuel.
Voyez dans nos feuilles, les années 1482 et 1485.
En 1524, les Rustaux d'Alsace surprirent Saverne et en firent leur ville de défense. Antoine , duc de Lorraine, la
SA VERNE
prit sur eux, en 1525. Laurent Pilladius qui, dans un poëme, imprimé en 4548, décrit, lib. 5, la prise de cette ville par le duc Antoine , en fait la description en vers ; lib. 3.
En 1636 , les Français assiégèrent et prirent Saverne. Par la paix de Munster, elle fut rendue à l'évêque , sous la condition que les fortifications en seraient ruinées, qu'on n'y mettrait plus de garnison , que le magistrat et les bourgeois garderaient une exacte neutralité , et que les troupes du roi y auraient un passage sûr et libre. Ces conditions ne iirent pas fidèlement exécutées. L'enceinte des murailles de Saverne subsista , et après la déclaration de la guerre, sur la fin de l'an 1673, le maréchal deTurenne s'en empara en 1674 et y mit garnison française.
En 1744, les troupes autrichiennes, commandées par le général Nadasti, au nombre de six mille hommes, entrèrent dans Saverne le 31 juillet , la pillèrent et y restèrent jusqu'au 15 août, que l'armée du roi, étant entrée en Alsace, ces troupes furent obligées de repasser le Rhin.
Il existait autrefois, dans la basse ville de Saverne, des bains très-salutaires et très-propres aux paralytiques. Il y avait aussi anciennement , près de cette ville , une espèce de lac , qui contenait deux milles et qui , ayant crevé du côté de Dettwiller, fut remplacé par des forêts ou des terrains arides. Lorsqu'on bâtit, ès années 1670 et suivantes, le palais épiscopal, et qu'on en creusa les fondements, on y trouva au-dessous de la terre glaise , une autre espèce de terre, moitié glaise , moitié pierreuse , dans laquelle on découvrit une infinité de pierres qui avaient la figure de poissons et de coquilles , mais si artistement travaillées, que personne ne douta que c'étaient autant de pétrifications
SAVERNK
d'animaux vivants. Ayant cassé de ces poissons , on trouva dans l'intérieur la grande arête du dos parfaitement marquée , comme dans les autres poissons. On jeta dans le feu les morceaux brisés de ces poissons qui , sans grande chaleur, se transmutèrent en chaux vive , sur laquelle on jeta ensuite de l'eau de pluie , prise dans un temps d'orage. Le tout fut exposé au soleil , et qui ayant été séché, produisit un nitre excellent. La terre glaise n'avait aucun nitre et , mise au feu , elle ne se convertit pas en chaux , mais resta terre glaise sèche , et s'endurcit par le mélange du susdit nitre.» ,
Ces observations furent faites par le sieur Feigenthal , qui était, en 1673, directeur des bâtiments de 1 evéché.
M. l'abbé Regnier-Desmarais , abbé de Saint-Laon de Thouars, membre, puis secrétaire perpétuel de l'Académie française, accompagna en 1680, à Munich , M. le duc de Créqui , envoyé par le roi à la cour de Bavière , pour le mariage de M. le Dauphin avec la princesse Victoire, sœur de l'électeur. M. l'abbé Régnier décrivit en vers , son voyage de Munich. Voici entr autres ce qu'il y dit; Poésies diverses, édit. 1753, tom. 1, pag. 174 et 115 :
Je vois les rochers de Saverne ,
On y montre encore la caverne \ Où s'assit autrefois le rival d'un grand roi ; Charles, qui triompha de François, sous Pavie,
• Je ne sais quelle est celle caverne dont parle l'abbé Régnier. Peut-être veut-il parler de cette caverne, près de laquelle se trouve ce rocher élevé du haut duquel oa prétend que Charles , pressé par les ennemis , avait sauté avec son cheval. Mais ce Charles n'était pas Charles-Quint, mais un Charles, duc de Lorraine. D'ailleurs cette tradition est asses incertaine ; voyez dom Calmet , Hist. de Lorraine, tom. 5, pey. 306 , second, édit.
SA VER NE
Où le sort nous traita si mal :
Mais qui, malgré la gloire et l'éclat de sa vie
De tant de fortune suivie, Eut été pour Louis un trop foible rival.
Passons vite vers Argentine,
Strasbourg vulgairement parlant.
Nous voici dans la ville : elle est belle, elle est grande,
Elle parait riche et marchande.
Je suis for. satisfait de tout ce que j'y vois :
Il n'y manque rien qu'une chose,
C'est la protection du roi,
Que je lui souhaite et pour cause.
Elle ne craindrait point alors Qu'on vînt brûler son pont, qu'on vint raser ses forts.
Son peuple farouche, indocile,
Et qui n'a ni bride, ni mors, En deviendroit plus doux, plus sage, plus tranquille, Et ce seroit enfin le salut de la ville
Tour le dedans, pour le dehors.
Mais le voilà, ce pont que la guerre dernière A rendu si fameux d'un et d'autre côté.
S'il se fut mainteuu dans la neutralité, Chaque pièce en seroit plus saine et plus entière ; Mais, pour avoir été moins françois qu'allemand, Il est encor tout noir et presque tout fumant
Des feux d'une juste vengeance.
Les forts ne sont pas mieux traités
On voit qu'ils sont tous deux restés
Sans palissade et sans défense.
M. l'abbé Régnier fit aussi , en 1686 , les inscriptions pour le roi , à la place des Victoires. Voici celle qu'il fit pour Strasbourg et Casai, soumis en 1681 , en un seul et même jour ; tom. f , pag. 228.
SA VER NE
Au seul nom de Louis, Casai devient françois. Strasbourg, à son aspect, cède sans résistance : Et tel est son pouvoir, que malgré leur distance, Un seul et même jour les range sous ses loix.