STEEG
C'est en sortant de Saverne, par la porte dite Bergthor, que commence cette fameuse chaussée qui conduit de Saverne à Pfalsbourg , et qui est un chef-d'œuvre digne des Romains. Elle forme , dans les défilés des Vosges et dans un pays où ces montagnes ont le moins de largeur, un chemin superbe , large de trente-six pieds sur mille huit cent vingt-cinq toises de longueur, lequel, s'élevant en cercle insensible sur une pente de quatre pouces par toise, rend la montée et la descente de la montagne également agréable et facile. Cette route, vraiment royale , est entrecoupée de dix-sept ponts, tous couverts, et dont quelquesuns ont vingt-quatre toises de long. Louis XV la fit commencer en 1728, et elle ne fut achevée qu'en 1737.
En montant cette chaussée, on remarque, du côté gauche , les montagnes où sont situés les châteaux de Greiffenstein , de Haut-Barr et de Geroldseck. A un quart de lieue de Saverne, on rencontre la vieille chaussée qui, pour les piétons , est plus courte de près d'une demilieue , qu'on nomme l'ancienne Steig , et dont nous parlerons ci-après. La nouvelle chaussée offre , à une lieue de Saverne, une belle fontaine propre à étancher la soif des hommes que des bestiaux, et qui se trouve à la droite du chemin. Elle fut établie en i738 et renouvelée en 4776.
A trois cents pas de cette fontaine , on voit , des deux côtés de la chaussée , le Pandurer-Schantz. Ce sont les restes des retranchements des troupes autrichiennes ,
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formées presque toutes de Pandours , qui s'emparèrent de Saverne , le 31 juillet 4744 , sous le commandement du duc de Nadasti.
Ayant passé ces retranchements , on se trouve au haut de la montée d'où l'on découvre, dans les beaux jours, les hauteurs du Kochersberg et la tour de la cathédrale de Strasbourg. C'est dans cet emplacement qu'on devait ériger un monument , pour rappeler la construction de cette chaussée, mais qui n'a pas eu lieu , à cause de la guerre qui survint quelque temps après. Feu M. Schœpflin avait destiné à cet effet l'inscription suivante :
c Parta orbis tranquillitate, Lolharingiaî Barrique ducac tibus regno adjectis , viam hanc per montium cacumina « duxit Ludovicus XV, Alsatiam cum Lotharingia , Rhec num juncturus cum Sequana. Claustra sua commerciis < populorum tam a per ta Yogesus stupet. Opus anno t M.D.CC. XXXVII perfectum. »
A un demi-quart de lieue de la fontaine dont nous venons de parler, c'est-à-dire à une lieue et un demiquart de Saverne, on découvre, à gauche, l'ancien ban du village de Kœnigshoven , situé au milieu d'une forêt qui appartient au magistrat de Saverne (voyez Kœnigshoven).
Peu après est un canton nommé Holderloch, autrefois la retraite des voleurs et des assassins. C'est là qu'est la séparation de l'Alsace du pays français, ainsi que celle des deux paroisses de Saverne et de Pfalsbourg. 11 fut décidé, par traité passé, en 1672, entre la régence de Saverne et la justice de Pfalsbourg , que la gorge du canton nommé Holderloch ferait la séparation des deux bans et des deux territoires de ces deux villes.
A une lieue et demie de Saverne , et à une demi-lieue de Pfalsbourg , commencent les maisons ou baraques des
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Quatre- Vents , qui s'étendent tant à gauche qu'à droite jusqu'aux portes de Pfalsbourg, de laquelle paroisse elles dépendent. En entrant, on découvre à gauche le village de Dann , qui est éloigné de Pfalsbourg d'une demi-lieue.
L'ancienne route de Saverne à Pfalsbourg , qui est aujourd'hui fort négligée et qui ne sert plus qu'aux piétuns, se rencontre à un quart de lieue de cette première ville , à la gauche de la nouvelle chaussée, à laquelle elle aboutit de nouveau non loin et presque vis-à-vis la fontaine. Cette ancienne chaussée , nommée die Staig ou Steeg, ou die Zaberer-Steig, est un chemin étroit , dangereux pour les voitures, pierreux et taillé dans le roc , dont le côté droit n'offre que des bois et des rochers, et dont le gauche porte la vue dans la profondeur d'une grande et longue vallée. Ce chemin fut réparé, en 4427, par ordre de Guillaume de Dietsch , évéque de Strasbourg , et agrandi dans sa largeur au mois de mars 4616 , comme le portent deux anciennes inscriptions, dont l'une est aujourd'hui illisible, à cause de sa hauteur, et dont l'autre porte ces mots : An. Dom. 1616, in monat Martis , ist das weite Gleis au/ dieser Steigen gemacht worden.
Ces deux inscriptions sont placées près d'une fontaine , où l'on trouve gravée l'année 1677, à la droite des degrés par lesquels on monte à cette fontaine. Cette fontaine est placée au-dessous d'un rocher élevé qui se trouve à la . droite de la vieille chaussée , et qu'on nomme le Saut du duc de Lorraine.
C'est une tradition commune , tant en Alsace qu'à Saverne , qu'un duc de Lorraine (probablement le duc Antoine , dans la guerre qu'il eut , en 1525 , contre les Rustaux d'Alsace qu'il défit, tant à Saverne qu'à Lupstein), sauta à cheval à bas de ce rocher haut et escarpé. On
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montre encore aux passants l'endroit où l'on prétend qu'il fit ce saut , et on ajoute qu'il y a au même lieu une inscription, avec les armes de ce prince sur le rocher, qui fait foi de cet événement. Mais tout cela est faux : les deux inscriptions qu'on y lit ont simplement rapport au chemin et on n'y voit que les armes de l'évêché de Strasbourg. La plus ancienne, porte que l'évêque Guillaume ût réparer ce chemin en 1427, parce qu'étant pratiqué sur le roc même , il était devenu très-difficile et très-dangereux pour les voitures. D'ailleurs , nul auteur de ceux qui ont parlé de la guerre du duc Antoine contre les Rustaux, tels que Pilladius , Herculanus et Yolzir, n'ont fait mention de ce prétendu saut , qui serait véritablement extraordinaire, s'il était vrai. Yolzir surtout , qui était secrétaire du duc, qui fut présent à cette expédition , et qui l'a décrite jour par jour, n'en dit pas un mot. 11 remarque même expressément que le duc Antoine ne put entrer en Alsace par la route ordinaire , qui était occupée et barrée par les Bustaux, mais qu'il s'y rendit par le chemin de Bar.