AVERTISSEMENT
JLe recueil des Discours de Mirabeau^ de notre plu$ grand orateur politique , manquait depuis long- temps dans le commerce de la librairie , et la gloire de cet illustre Français n'était plus , pour ainsi dire , qu'un, souvenir. Cette gloire a suivi la destinée même des principes de la liberté en France j elle a brillé et s'est , en quelque sorte , éteinte avec eux. Quand Mirabeau s'éleva avec tant de force et de grandeur au milieu de l'assemblée constituante , cette mémorable réunion d'hommes , honneur et choix d'une nation éclairée et spirituelle 9 il frappa d'étonnement tous les esprits , plus encore par les principes qu'il annonça que par cette éloquence énergique à laquelle nous n'étions pas accoutumés. Aussitôt les coeurs généreux s^animèrent, un esprit de liberté s'étendit sur toute la France , et franchit même nos frontières ; l'élan fut donné à la révolution : cependant les hommes prévoyans redoutèrent le choc qui allait ébranler l'ancien édifice social; les gens qui croient qu'il n e peu t rien exister que ce qu'ils ont coutume de voir , s'effrayèrent à l'aspect du mieux qu'on leur présentait ; mais les possesseurs des privilèges, et ceuxque l'ignorance et l'habitude de la bassesse rendaient leurs esclaves, ne voulurent reconnaître qu'un cri de mort dans le cri de liberté. Mirabeau ne fut, pour ces derniers, qu'un tribun factieux qui attirait sur lui la vengeance de toutes les lois. Telle fut la position de cet illustre orateur, pendant les deux ans qu'il brilla au milieu de la France. L'étonnement , la
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haine et l'admiration contribuèrent également à Ini donner une réputation colossale. Ce fut alors mémequ'il < mourut. On s'empressa de recueillir jusqu'aux moin- 4 dres paroles qui lui étaient échappées au sein de l'as* «emblée nationale. Mais bientôt les nobles sentimens qui avaient animé les Français s'altérèrent; une multitude d'insensés , d'intrigans et de pervers s'éleva de toutes parts, s'empara avec violence de la liberté pu* blique, et en fit une anarchie épouvantable. Aux yeux de ces furieux, Mirabeau ne parut qu'un fautenr adroit du pouvoir absolu ; son nom ne fut plus prononcé qu'avec des imprécations. Le nombre des crimes et l'effroi général qu'ils avaient inspirés y ayant amené quelque repos y la France respira ; mais y épouvantée ^ et comme étourdie des secousses horribles qu'elle avait éprouvées, elle commença à redouter la liberté etcon» fondit ensemble et les barbares qui venaient de la déchirer , et les citoyens généreux qui avaient tenté de l'élever au rang des nations libres. Ce fut au milieu de ce découragement , plus funeste pour les peuples que les guerres les plus cruelles , que nous surprit l'homme qui , à force de gloire et de grandes choses ^ devait nous conduire à une servitude qui eût laissé l'Europe entière sous la puissance du sabre. Pendant la domination de cet homme, qu'il faut en même temps louer et exécrer , les amis de la liberté devaient l'ester dans le silence , et le nom de Mirabeau eût mal sonné aux oreilles de l'orgueilleux despote qui ne connaissait de loi que celle de la force : la réputat^'on de l'orateur resta avec sa dépouille mortelle dans le tombeau. Elle en sort aujourd'hui que nous revenons a^iix principes qui ont jeté tant d'éclat sur les premiers .
- Wm àe notre révolution y et elle en sort ëpnréeioa ^ihtAt appr^îée parles malheurs même qui ont fondu. lar nous. Il" est naturel alors que Ton désire connaître ^. les bases de cette réputation , et que la génération qui prend actuelleâient possession de la société, j^g^ aies pères ont accordé leur admiration à des choses qui en sont dignes. Une nouvelle édition des Discours de Mirabeau devient donc nécessaire. C'est même ua devoir pour nous : la reconnaissance doit nous engager à recueillir les paroles éloquentes qui, les premières, ont réclamé les droits de la nation ; et ce sont, d'ailleurs , des espèces de monumens qu'il importe à notre doire littéraire de conserver. A ne les considérer que sous le rapport de l'art, ces Discours sont remarquables par la vigoureuse logique qui les anime, par leur caractère de grandeur , et par ces magnifiques mouvemens qui émeuvent l'âme et entraînent l'auditeur. Ils seront d'utiles modèles dans un pays où Téloquencedela tribune ne doit pas être étrangère aux études d'une éducation libérale. Ils ont un mérite plus grand encore que celui de l'éloquence : ils contiennent les principes d'un homme d'état profond, qui avait bien médité sur l'étendue et les bornes de la liberté. Cest pour la première fois que ces Discours sont classes par ordre de matières, et paraissent sous le titre d'QEuvRES oratoires. L'homme de lettres qui s'est chargé de les classer , n'a rien négligé pour que le recueil fût complet , et l'a débarrassé de toutes let réflexions inutiles dont l'avaient accompagné les premiers éditeurs. Il suffisait d'indiquer le sujet de chaque Discours y et à quelle occasion il avait été prononcé.
Se trouve aussi chez
Painfarré y Palais-Royal , Galerie de bois , no. 25o ; Parmentier, quai des Augustins , n**. 17 ; Brissot-ThivjIRs , rn^e Chabanai» , n*. 2 ; Bi^oYËR et Compagnie, rue Pavée-Saint-Aitdr< , n°. 2
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