‹ ŒuvresChapitre 4 sur 37 · GUIEN ET COMPAGNIE, LIBRAIRES · texte numérisé non relu

GUIEN ET COMPAGNIE, LIBRAIRES

BOVLETllT MOSTMAKTKE , B*. 33 J

BULNCHABD, GALERIE MONTESQUIEU, N*. i.

i8aa.

vil) KUTIGR HISTOnXQlTR

/îsait pour le justifier de cette infamie. Son père intenrint, et le gouTerneur du château dUi' démentit noblement cette indigne'' fliipposition. Mirabeau , cependant accusé d^avolr favorisé la fuite de la femme, fut resserré plus sévèrement , jusqu^au moment où on le transféra au cbâteau de Jeux , près rontarlier| en Francbe-Comté. Dans cette nouvelle prison il trouva plus de libertéi sut gagner ramitié du commandant, et en obtint même la permission de résider à. la ville.

Admis dans les principales maisons, il vit Sopliie de Rufièy^ épouse de M. Leinonnicr, magistrat presque septuagénaire; il 8ut plaire , fut aimé ; mais il trouva un rival dans le gouverneur même du château de Joux : le secret de ses amours fut bientôt divulgue. M Lenionnier , qui semblait d'abord insouciant ^ parut s'olienser ^ un procès poursuivi par la famille RufTey , fit conduire Sophie dans un couvent ; mais Mirabeau, pour prévenir la haine de son rival et de deux familles puissantes , s'enfuit ea Suisse, où il re^!ut Sophie, qui s'était dérobée à ses surveillantes.

Pour échapper aux recherches, les deux amans se réfugièrent eu Hollande; Mirabeau lut condamné à mort à Pontarlier, comme coupable de rapt, et le jugement exécuté en effigie. Vivant à Amsterdam avec Sopbie, suus un nom supposé, du travail de sa plume , il se croyait à l'abri de nouveaux revers dans un pays républicain ; mais ce n'était plus ce gouvernement qui avait résisté à Louis XIY, qui , précédemment , avait tout sacrifié pour briser le despotisme de Philippe II; c'était uu gouvernement énervé par les tributs que son commerce lui faisait lever sur rinde j énervé par l'habitude du pouvoir qui corrompt les hommes quand ils ne rencontrent plus d'obstacles à leur ambition personnelle. Mirabeau et Sophie furent livrés à un agent de la police française , au moment où ils s'apprêtaient à passer dans l'Amérique septentrionale. Sophie fut de nouveau reléguée dans un couvent , Mirabeau enfermé à Yincennes. Pendant les trois années de sa captivité, il écrivit ces fameuses Lettres à SonA/V, que souvent on a comparées à celles de la Nouvelle Hé/oise, P Manuel en fut éditeur, les ayjinl découvertes dans les archives de la police , lorsqu'il était procureur-syndic de la commune de Paris.

Les liaisons que Mirabeau contracta dans sa captivité, lur donnèrent occasion de composer L* Espion Dévalisé ^ ouvrage dont le débit fut prodigieux. Privé pendant un temps du papier nécessaire pour tracer ses idées, il écrivait son ouvrage Ves Lettres de cachet sur les premières et les dernières feuilles blanches arrachées des livres qu'on lui prêtait , et les enveloppait

SUm. -Là, TIB DB Mimi.BBAn. IX

louk donbivre de son hftbit, pour les dérober aux rechercbes

AlBiardiens.

EêÉm Mirabeau recouTre sa liberté, se réconcilie avec son père^

catfre lequel il aTait écrit y étant en Hollande , un mémoire , ckeMVeuTre de raisonnement et d'éloquence^ action inconsidérée dont il ae repentit plus d^une fois devant ses nombreux iwiet même dans le public. 11 se rend à Pontai lier pour faire Otter la sentence de mort \ il plaide lui-même sa cause , est ab- Êmtj et retourne en Provence , où il veut se réunir à sa'femme ; edle-ci persiste à l'éviter ; il intente une action contre elle^ et Bsl|;rê son désir sincère de la reprendre , se volt séparé par ua jagement et pour jamais , de celle dont il croyait regagner le coeir.

Mirabeau passe en Angleterre , il y devient publicîste , bomme de lettres ^ c^est là que commence sa correspondance avec Champ- Ibrt. La prospérité dont jouit PAugleterre ne Tétonne pas ; le oractère de la nation n'entraîne pas ses éloges , mais il voit au moins dans ce pays le respect pour la liberté civile.

L'Amérique, en fondant son indépendance, parait recréer des distinctions européennes qui semblent séparer Parmée des autres citoyens \ il écrit les Considérations sur l'ordre de Cincinnatus^ il fixe PopinioD, et l'institution est réprouvée. Avec la méthode de Smith et l'art de Démosthènes , il trace ses écrits sur ta Caisse ^Escompte y sur la Banque de St,'Charles et les Actions det Eaux , sur toutes les branches du crédit , sur les Sources de f Agiotage. M. de Calonne , ministre a grands talens , mais qui ik'aimait pas les avis , redoute ses succès. Une mission obscure relègue en Prusse Mirabeau , où il esquisse son ouvrage de la Monarchie prussienne avec tous les moyens que son intelligence et l'or lui obtiennent dans le secret de la diplomatie. Frédério-le- Grand avait su apprécier le génie de Mirabeau ; mais son successeur, peu jaloux de recevoir des conseils de politique et de morale de la part d'un étranger, lui ordonne de sortir sur-le-champ de ses états. Mirabeau arrive eu France au moment de la convocation de l'assemblée des notables. 11 sait d'où viennent les besoins «le l'état. JuU Dénonciation de l* Agiotage parait ; pour y répondre , on le frappe d'une lettre de cachet^ il s'y dérooe et poursnit les Verres modernes par la Suite de la Dénonciation sur

P Agiotage.

La liberté se lève sur la France ; en Hollande | le Stathouderat Ta rélouifer , MAi^is aux Bataves leur rappelle leurs droits et le loorage de leurs ancêtres pour les défendre.

Mais les regards de Miraneau se fixent plus particulièrement sur Js France 3 il pénètre dans la profondeur des cachots où gémit sou-

X VOTICE HISTORIQUE

▼ent Pinnocence auprès du crime, où iUiotumo, in^'mecon(lamné,t droit encore aux égards de la socuté ^ il soulève le voile de rini-^ quité intérieure des prisons. Ses Observai ions sur Bicètrc paraissent et développent le vice de la législation pénale ; et entin , les Conseils à un jeune Prince qui veut rcjn ire son éducation y prouvent la profondeur des idées el le noble caractère de riiomnie «lui doit être le Jupiter-tonnant des élats-généraux ; mais avant c'y parvenir une nouvelle persécution l'attend, le parlement fait brûler ^///^^ «m* s* crête de la Cour de Berlin ^ où Ton croit reconnaître d'audacieuse allusions. Sci/icct consciantiarn ge?neris humani exti nouera putahant^ a dit Tacite.

L'assemblée des notables ayant éludé de remplir les intentions Lonorabies de Louis XVI , le monarque se décida à convo({uer les états-généraux , que la voix publique semblait réclamer. Mirabeau se rend en Provence , se présente aux états du pays , dans la chambre où sa naissance, les privilèges de son rang lai per* mettaient de voter; ses opinions politiques étaient connues ; on lui conteste ses droits , on l'exclut 5 Pinjuslice et l'outrage révoltent son unie fière ; il se retire à Marseille, et lu, brisant les liens qui rattachaient encore à la noblesse, se place dans la classe des marchands , dans cette classe dite roturière , qui depuis a produit tant d'hommes à talens, Phonneur de la France, dans les armées, la magistrature ou l'administration. La famine menace Marseille; on observait Mirabeau; un écrit sage et énergique de sa part, contient le peuple prêt a se soulever ; le pain est diminué; le peuple porte en triomphe celui qui l'a arrêté aux lords du précipice ; ses ennemis dévorent en silence leur profond dépit.

La sénéchaussée d'Aîx nomme Mirabeau député aux états-généraux; Marseille le désigne pour le même poste; il accepte le choix d'Aix , pour ne point priver une ville de commerce de la personne d'un négociant plus habitué aux besoins de sa grande et noble population. Dès le moment qu'arrivé à Versailles, il eut revêtu le modeste costume de député du tiers-état , qui consistait dans un habillement complètement noir et le manteau court , il le conserva long-temps même après que les autres députés de cet ordre s'en lurent dépouillés , comme pour se rappeler chaque jour qu'il se devait tout entier à la cause du peuple, qui lui avait remis le soin de défendre ses droits et ses intérêts les plus chers.

Mille contestations entravèrent d'abord l'ouverture des étatsgénéraux. On voulut rappeler tous les usages de l'ancienne étiquette , entre autres , celui , pour le tiers-état , d'être à genoux devant le souverain pour recevoir les ordres émanés du troue,

SUPv Ul riE DE MIRABEAXT* XJ

Indîs que les deux autres ordres restaient del>ont. Des remontnuices respecUienses faites ayec dignité , firent retirer une profontion qui ne convenait plus ni au temps ^ ni aux mœurs y ni a caractère distingué des. personnages auxquels on croyait pouiv»r h faire sans éprouver une juste résistance.)

Nous allons suivre maintenant Mirabeau à la tribune qu^il ne ftittera que pour descendre dans la tombe. Pénétré de Timporûnoe de la mission qu^il avait acceptée , il s^y dévoua constamraient, et après avoir instruit ses commettans, par son Courrier de Froçenee , des travaux préliminaires de rassemblée où il semblait garder le silence ^ il le rompit tout à coup au moment on il vit jque les espérances données depuis long-temps à la nation allaient encore une fois sMvanouIr, quand le nouveau ministère semblait vouloir dissoudre une autorité qui , à peine organisée ^ bii portait ombrage. L^bistoire a consacré le fameux serment du Jeu de Paume , et la séance du 2.3 juin , où Mirabeau ne craignit pas de s'exposer à la mort pour défendre les droits du peuple ^ trop long-temps méconnus. Son courage effraya le ministère ; les trois ordres furent déifinitivement réunis par un ordre du roi , qui Toulait concilier tous les partis. Cependant des troupes, en partie étrangères , furent rassemblées aux environs de la capitale ^ Mirabeau sentit à quel service on les destinait; Pinquiétude d'une part , la faim de l'autre , agitaient Paris et les provinces ^ une adresse éloquente fut présentée au roi ; mais la journéedu 1 4 juillet décida du sort fiitur de la France : les troupes se dispersèrent 5 les ministres furent renvoyés, et M. Necker, qui, à cette époque, paraissait jouir de la faveur populaire j fut rappelé , après deux mois d'éloignement.

L'assembléee s'occupa des finances , l'on vit Mirabeau en traiter les différentes parties , soil dans ses écrits , soit dans ses discours, avec autant de facilité que s'il en eut fait l'étude de toute M vie. 1j abolition des privilèges j la vente des biens du clergé y là. réforme du système monétaire , la liberté de la presse et des théâtres , la constitution ; il parla sur toutes ces matières , et presque toujours s6n avis prévalut.

Tirons un voile sur les événemens des 5 et 6 octobre ; mais iaisons seulement remarquer que , prévenu d'avoir été un des instigateurs de cette odieuse affaire , il s'en justifia d'une manière victorieuse.

Sa popularité parut s'affaiblir lors de la discussion sur le droit de paix et de guerre. Certains personnages, qui déjà convoitaient le pouvoir, l'accablèrent de libelles , où on le désignait comme un traUrc , à la veugeance du peuple encore dans l'agition. Mirjibeau sentit sa position critique ^ un trait d'éloqneuc«

21) VOTTCE RISTOBIQUB

adresse au jeune RarnuTe sembla ]e relever; mais les ennemis <]a^il signala deptiis par ces mots : je combattrai Its factieux de quelques côtés qu'ils soient^ ne lui pardonnèrent jamais. QaelU

avait été son intention en paraissant snr la scène politique? 11 es

avait fait lui-ni<^me Paveu ; de conserver tout ce qu'il y avait dé

légitimement étnbii, avant les nouvelles institutions qu'on àe^ mmndaLÏt y \c gntdvornemene préexistant^ l'autorité royale; de respecter même des préjugés préexistans^iadXs d'assortir tout et choses à la révolution.

Malgré cependant les intrigues secrètes on publiques organisées contre sa réputation, on le vit prendre sur l'assemblée unjascendant marqué. Venait-on l'interrompre au milieu d'un discours, d'an seul mol il imposait silence u ses adversaires , et savait, au miliea de l'orage , conserver un calme imperturbable. Mirabeau obtint^ au mois de février 1791 ) la présidence de l'assemblée, à une très forte majorité. Cette époque fut son dernier triomphe. Déjà attaqué de la maladie qui le minait, il siégea avec une dignité re* marquable; toutes ses réponses aux différentes députations que l'usage du temps admettait à (^tre présentées, sont marquées au coin du génie et de la véritalilc éloquence.

£nfin le 28 mars il fut rolenu au Ht par les progrès efïrayans de la maladie qu^il avait négligée. Lorsque le bruit de son danger se répandit dans Paris , une foule nombreuse vint assiéger jour et nuitsa porte où l'on aiHchait le bulletin de sa santé. Depuis long-temps fVIirabeau ne pouvait plus digérer, et disait de son estomac : ce Quand le premier fonctionnaire est malade , il fil ut finir, io

Il envisagea la mort avec le sang-froid d'un stoïcien , et dans lin moment où il ne pouvait parier, sa main traça ces mots : ce Croyez- vous que le sentiment de la mort soit si douloureux? ?> Un coup de canon s'étant fait entendre : ce Sont-ce déjà les funérailles d'Achille? 35 s'écria-t-îl.

Près de quitter la vie , Mirabeau s'occupait encore dn srand cBUvre qu'il avait entl-epris^ et léguant ses écrits à l'amitié de M. de Talleyrand , il le chargea de lire à l'assemblée nationale son discours sur les successions. Il était entouré de ses amis , JVIM. de Talleyrand , Cabanis, Champfort, Frochot, etc. , qui lui prodiguaient les soins les plus affectueux; les forces semblèrent lui revenir un moment pour leur parler 5 des larmes étaient leur réponse. J^ai pour un sitcle de courage , leur disait-il et je n'ai plus pour un instant de force. Il cessa d'exister le 3 avril 1791.

On prétendit qu'il avait été empoisonné ; chaque parti accusa

I SVTL LA. TIB DE MIRABEAU. XI ]j

l'iitre de sa mort ; mais rouvertore du corps faite par Cabanis y

riYa que les jours de ^Mirabeau avaient été avancés par l'excès InTail et des plaisirs.

La noaTelle de sa mort jeta la consternation dans Paris ; Pas- MaUée nationale Fapprit dans an morne silence. Les députatiiu des antorités se présentèrent 4 la barre ; Pastoret, au nom ^l'administration du département dont Mirabeau était membre^ demanda et obtint de l'assemblée oue Pillustre orateur recevrait les honneurs dn Panthéon , d'où il lut depuis arraché par un décret inÛme , comme si l'on eût voulu remplir sa propre pensée dans VAvts aux Bâtasses, oc Malheur ! malneur aux peuples reconaaissans !••• Si qmelcpie citoyen extraordinaire vous ^auve de l'eidavage y respectez son caractère ; mais surtout craignez ses tdeas.» Mirabeau, au Panthéon^ épouvantait encore les ïkutcurs de l'anarchie.

La me de la Chaussée d'Antin reçut le nom de Mirabeau ^ les qiectades furent fermés et {a pompe des funérailles s'ordonna arec la plus grande somptuosité ; l'assemblée nationale en corps y les ministres , le directoire du département, les corps municipaux de Paris et des communes environnantes , le corps électoral , des députationsdetoos les états se rendirent au domicile de Mirabeau» Dooze mille gardes nationaux bordaient la haie , et quatre mille personnes en deuil suivaient le convoi ; une couronne de chêne couvrait le cercueil porté par les gardes nationaux du bataillon dont Mirabeau avait été commandant. ^

La population de Paris couvrait les boulevards et les rues par où le cortège devait passer ; un silence religieux, interrompu par des gémissemens , régnait dans la foule : il semblait que chacun eut été frappé dans sa propre famille \ une musique lugubre , à laquelle venait se joindre le son funèbre du tamtaniy ajoutait à ce que ce spectacle offrait de déchirant.

Arrivés dans l'église de St.>£ustache> les gardes nationaux, firent imprudemment un salut de mous«[ueterie : l'explosion fut telle que l'on eût dit que les voûtes allaient s'écrouler sur la foule

Ei encombrait le temple. Cérutti prononça l'oraison funèbre. iCn le cortège n'arriva que fort tard, dans la soirée, au Panthéon, et le corps fut déposé provisoirement à l'abbaye de sainte Geneviève. L'assemblée nationale, sur la demande de M. Frockot^ ordonna que les funérailles de l'orateur seraient payées par l'état ^ attendu l'impossibilité de les acquitter avec le peu de bien que hissait l'illustre mort. ^

Mirabeau n'avait que 4a ans quand il mourut ; l'édifice constitolionnel qu'il avait commencé est enfin élevé, et l'on remarquera que presque toutes les dispositions qu'il avait faites ont été

XIT HOTICE HISTORIQUE

consenrées on perfectionnées. Durant sa rie, admiré de la nati française, n'a-t-il pas droit, après sa mort, à sa reconnaissanc

Les arts sVmpressèrent à le célébrer ; Hoadon modela s bnste où il semble respirer : la gravure Ta produit sons dif rentes formes; Bozc , en 1791 ^ plaça au salon son portait < fal admiré des connaisseurs , et les poètes lui payèrent l tribut.

Mirabeau était d^un caractère franc et généreux ; il ne ce naissait ni la basse enyie, ni la sordide avarice ; chaque jour ( aumônes abondantes venaient consoler les pauvres qui assiégeai •a porte. Le malheur d^autrui semblait être le sirn propre , Ton peut s^en convaincre en le voyant dans l'assemblée naliou embrasser vivement la défense des personnes qu'il croit opprimé ne réservant sa sévérité que pour ceux qu'il regarde comme • oppresseurs. Ses ennemis lui ont reproché son ambition , ( paraissait souvent le jeter d'un parti dans l'autre ; à ne considé que les faits écrits , car il n'est pas possible de connaître la pen secrète de l'homme , il n'eut que l'ambition de reconstiti l'état chancelant sur des bases plus vastes et plus solides , < t réparer, par des services éclatans , les torts de sa jeunesse , qu sereprocnait publiquement. Il mourut sans fortune, ce qui pi servir à prouver que l'argent n'entrait point dans ses conil liaisons politiques. La noblesse le regarda comme un transfu^ Vinjustice à la fin produit l'indépendance , et» certes vingt j de sa vie, persécuté 9 enfermé par lettres de cachet, il ne pouv guère conserver un grand respect ponr des institutions tyran:

2ues; et l'affront qu'on voulut lui faire éprouver aux états ^rovence, suffisait seul pour le détacher d'intérêts particuli et de privilèges odieux qu'il avait signalés dès long-temps com les fléaux du peuple français. Il savait parfaitement l'art des c< venances; on le vit toujours les respecter. On l'accusa cependa: malgré 50/Z civisme^ de se souvenir trop souvent, dans l'intéric de sa maison 9 qu'il était ^. le comte de Mirabenu. Mais fait un peu de vanité ne peut- il se passer à un tel homme, n'avons-nous pas vu de nos jours des personnages revêtus d minentes dignités, se faire un mérite de l'obscurité de leur t traction? Descendu de la tribune au milieu des plus vifs appLi dissemens, Mirabeau avait l'art de conserver un air modesle ; m au sortir de la séance, quand d'un pas assuré , sans alfectatio il traversait les flots d un peuple avide de, le voir, au mil: du murmure de satisfaction qui venait frapper son oreille, il se riait doucement, et semblait se complaire dans cette pem d'un ancien :

••• Pulçhrum ç$t digito monstrari etdicier hic est*

act:

SU& LA VIE DE MIPcABBAXJ. XY

mI Teminons cette notice par le portrait de notre orateur à la tri- Jae, portrait tracé de main de maître (*)•

jTM « Ce n^était , par le style , ni un Démosthènes, ni un Hypé-^ ' n2f, ni un Cicéron ; il n'avait la fluidité ni Pélégance deyenud dtwqne du dernier ; mais il avait Faction du premier. De même fM celol-ci repoussait les messages de Philippe , de même il onbattait Tinvasion des préjugés et des Intérêts anti-nationaux. Il l'traitpas le charme extérieur ni les lèvres d'un Alcibiade ^ Taspectdeses dehors frappait à son désavantage : il était laid^ sa taille ne présentait qu'un ensemble de contours massifs ; quand la vue l'ittachaitsurson visage, elle n'en supportait qu'avec répugnance le teint gravé, olivâtre, les joues sillonnées de coutures, l'œil l'enfonçant sous un haut sourcil et dans le creux d'un enchâsse- Bent plombé , la bouche irrégulièrement fendue; enfin, toute eettc tête disproportionnée que portait une large poitrine. Etaitce en lui la neauté des organes ou de la prononciation qui suppléait à la figure? Sa voix n'était pas moins âpre que ses traits^ etle reste d'une accentuation méridionale l'affectait encore ; mais il élevait cette voix, d^abord traînante et entrecoupée, peu à peu tOBtenue par les inflexions de l'esprit et du savoir; et tout à coup montait avec une souple mobilité au ton plein , varié , majestueux des pensées que dévelof^ait son zèle. £n cela comparable à ces {irands oiseaux qui ne s'arrachent du bas de la plaine qu'avec peauteur , et de qui l'essor devient si léger en s'élançant dans la ne; de là, l'aigle planait, il se jouait des orages, il lançait mille éclairs, il foudroyait tout. Fort de sa mâle éloquence^ grandi par sa déclamation , sa laideur disparaissait ; il se montrait Tnimentl)eau, sa vigueur avait des grâces , tant son âme le transfi)nnait tout entier. Comme elle faisait bien servir ce qu'il avait; de robuste en sa stature , à toute l'énergie de ses expressions ! Comme elle dirigeait bien ses gestes prononcés et rares ! Comme elle affermissait son port altier , son maintien de lion I Comme ion génie accordait noblement et sans grimace , le feu de ses reginls, le tressaillement des muscles de son front, de sa face émue et pantelante , et le mouvement de ses lèvres , aux intonations de la vérité , de la véhémence, de la menace et de l'ironie ! A ce portrait, on a déjà nommé Mirabeau. Sans doute , aucun spec* taclene fut si merveilleux que celui des luttes d'un tel athlète,

(*) Du second Théâtre Français , ou instruction relative à la dé- Hàmalion dramatique , par N. L. Lemercier , de l'Insfitut ( Académi« Française ) , chez Nepveu , libraiiO; passage des Panoramas.

ZTJ SrOTiCB XZ8TOB.lQ<TB 8UB. LA. TXB DB HIBAlBÂtr.

qui) de sa toîx^ terrassait des corporations entières, dans •aile contenant trois à quatre mille auditeurs. J^i^usseété cnrieiui de Yoir ce qu^aurait pu rambitieux capitaine qui se flattait de tout courber sous l*enipire de Tor et du fer, contre la liberté de ce colosse moral qui méprisait si fièrement ce qu'il nomma lapuU* sance des baïonnettes, n

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ŒUVRES

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