Septefnbre
M Necker avait proposé,!^, la contribution pat riotiqne du quiil des revenus ; 2^. de recevoir a la monnaie la vaisselle d'argent à 54 livres le marc , et à 58 livres pour être placé dans remproat nationale; 3*^. de former la caisse d^esconi pie eu banque nationale. Ce plan est adopté presque en entier par le comité des finances : on fait des questions de détail au rapporteur di comité.
Messieurs, demander des détails sur des objets dt détail^ c^est s^éloigner de la question. Il y a dé)à troil jours que le ministre des finances vous a peint les danl^ers qui nous environnent avec Ténergie que récliine une situation presque désespérée ; il vous demande les secours les plus urgens ; il vous indique des moyens j il TOUS presse de les accepter. Votre comité des finances vient de vous soumettre un rapport parfaitement coBforme à Pavis du ministre; c^est sur cet avis et sures rapport qu^il s'agit de délibérer.
Mais telle est ici la fatalité de nos circonstances. Noos avons d^autant moins le temps et les moyens nécessaires pour délibérer j que la résolution à prendre est plus décisive et plus importante. Les revenus de Fétat sont anéantis , le trésor est vide y la force publique est sans ressort; et c^est demain ^ c^est aujourd'hui y cVst à ctt instant même que Ton a besoin de votre intervention.
Dans de telles circonstances , Messieurs ^ il me parait impossible , soit d'offrir un plan au premier ministre des finances ^ soit d'examiner celui ^u'il non» propose. '
BB MIRABEAU. lo5
Offirir an plan n'est pas notre mission, et nous n^a* im$ pas une seule des connaissances préliminaires , inmpensables pour essayer de se former un ensemble des Vwoiiis de Pétat et de ses ressources.
Examiner le projet du premier -ministre des finances^ rat une entreprise tout à fait impraticable. La seule té- .mcation de ses chiffres consumerait des mois entiers; ^ et 81 les objections qu^on pourrait lui faire ne portent qne sur des données hypothétiques y les seules que la nature de notre gouvernement nous ait permis jusqu^ici de Bons procurer y n'aurait- on pas mauvaise grâce de trop presser des objections de cette nature dans des momens 81 pressés et si critiques ?
Il n'est pas de votre sagesse j Messieurs^ de vous renore responsables de l'événement ^ soit en vous refusant à des moyens que vous n'avez pas le Ic^sir d'examiner ^ soit €n leur en substituant que vous n'avez pas celui de corn* biner et de réfléchir. La confiance sans bornes que la nation a montrée dans tous les temps au ministre de» finances^ que ses acclamations ont rappelé^ vousautorisa suffisamment y ce me semble ^ à lui en montrer une illimitée dans les circonstances. Acceptez ses propositions sans les garantir , puisque yous n'avez pas le temps de les juger; acceptez -les de confiance dans le ministre ^ et croytz qu'en lui déférant cette espèce de dictature provisoire, vous remplissez vos devoirs de citoyens et de representans de la nation.
M. Necker réussira, et nous bénirons ses succès, que nous aurons d'autant mieux préparés , que notre déférence, aura été plus entière, et notre confiance plus docile* Que si, ce qu'à ne Dieu ne plaise, le premier ministre des finances échouait dans sa pénible entreprise , le Vhissetu public recevrait sans doute une grande secousse sur l'écueil où son pilote chéri l'aurait laissé toucher^
106 ŒUTRBS ORATOIRES
mais ce heurtemeiit ne noas découragerait pas : Toai seriez là, Messieurs, votre crédit serait intact ^ la chou
publique resterait tout entière
Acceptons de pjus heureux présages; décrétons Ici propositions du premier ministre des finances; et croyons que son génie, aidé des ressources naturelles du pins beau royaume du inonde , et du zèle fervçnt d^u ne assemblée qui a donne et qui doit encore de si beaux exemplfS) saura se montrer au niveau de nos besoins et de nos Cl^ constances.
Le président propose le décret saivant :
L^assemhléc nationale , vu Turgence des circonstances , décrète un secours extraordinaire du quart des revenus dediiui^t citoyen , et renvoie pour le mode au pouvoir exécutif.
Eh énonçant mon avis^ je n^ai point entendu, Mes* sieurs , rédiger ma proposition en décret. Un décret d^nne importance aussi majeure ne peut être imaginé et rédigé au milieu du tumulte. J'observe que le décret, tel quHl vient de vous être proposé, ne peut pas être le mien, et je désapprouve la sécheresse de ces mots : renvoie pour k mode au pouvoir exécutif. Encore une fois , Messieurs, \t confiance illimitée de la nation dans le ministre des iinances justifiera la vôtre; mais il n^en faut pas moins que l'émanation du décret que vous avez à porter, soit expressément provoquée par le ministre. Je vois encore un nouvel inconvénient dans la rédaction du décret; il faut bien se garder de laisser croire au peuple que I* perception et Pemploi de la charge que tous alleis cou* sentir , ne sera ni sûre , ni administrée par ses représeatans. En demandant, Messieurs, que votre délibération
SB MI&ABBAU. 10^
Méprise sans aucun délai ^ je demande anisi que la ré«* diction du décret soit mûrement réfléchie, et je me re*» liitrai de l'assemblée pour me liyrer à ce travail j si HMM me l'ordonnez. ,
VùoAeuT se retire et rapporte bientôt la proposition saivante*
Rassemblée natiûtiale , délibérant sur le discours lu par le premier ministre des finances à la séance du 24 f ouï le rapport du comité des finances , frappée de P urgence des besoins de l'état, et de Timpossibilité d^y pourvoirassezpromptement, si elle se livre à un examen approfondi et détaillé des propositions contenues 'dans ce discours : Considérant que la confiance sans bornes ^ue la nation entière a témoignée à ce ministre , l'an— forise, et lui impose en quelque sorte Pobligation de i^abandonner entièrement à son expérience et à ses lumières j a décrété et décrète dVdopter textuellement lea propositions du premier ministre des finances relatives lux mesures à prendre actuellement pour subvenir aux besoins instans du trésor public ^ et pour donner les moyens d^atteindre à Pépoque où l'équilibre entre les revenus et les dépenses , pourra être établi d'après un plan général et complet d'impositions , de perceptions et ^ dépenses ^ autorise ^ en conséquence j le premier ministre des finances à lui soumettre les projets d'ordonaances nécessaires à l'exécution de ces mesures ^ pour lecevoir Tapprobation de l'assemblée ^ et être ensuite fcésentés à la sanction royale.
TJi^oté iemble reprocLer à Mirabeau de flatter le mlnîstrd Its finances.
U me semble qne j'ai rarement été inculpé de flagor' Bttie. Lorsque dans l'arrêté dont l'assemblée m^a chargé
108 GEUVRES ORATOtnES
de lui présenter le projet j j'ai rappelé la confiance sant bornes que la nation a montrée au premier niinUtfs^ des finances ; c'est nn fait que j'ai raconté; ce n'est pas un éloge que j'ai donné. Je me suis rigoureusement^ ' conformé à l'esprit de la décision rpie l'assemblée nationale paraissait adopter. Je veux dire, l'acceptation de confiance d'un pUn que les circonstances nu nonf ; laissaient pas le loisir d'examiner^ et la déclaration que cette confiance dans le ministre nous parai>sait autorisée par celle que lui avaient montré nos couimettans*
Lorsque je me suis retiré pour préparer ce que l'as- . semblée avait bien voulu me charger do rédig^^r y on n beaucoup dit que j'allais rapporter de Pëinqnence 9 ^t non un décret. Lorsque je reviens , on accuse mon projet de décret , de sécheresse ^ d*aridité^ de malveillance* Les amis du ministre insinuent que je veux le compromettre en sauvant de toute responsabilité , dans une occasion si délicate 9 l'assemblée nationale. D'un autre, côté y on semble croire que je veux faire manquer les mesures du gouvernement ^ en spécifiant dans le décret de l'assemblée, qu'elle accepte le plan du ministre, de confiance en l'boinme et sans discuter son projet.
La venté ne se trouve jamaiis qu'au milieu des asser* lions exagérées ; mais s'il est difficile de répondre à des, imputations contradictoires, il me sera très facile de mettre à leur aise ceux qui font de grands efforts pour tâcher de me deviner.
Je n'ai point l'honneur d'être Pami du premier mi^.. nistre de^ finances ; mais je serais son ami le plus tendrey' que, citoyen avant tout, et représentant dp la nation, je n'hésiterais pas un instant à le compromettre plutAC que l'assemblée nationale. Ainsi l'on m^a. deviné, on plutôt on m'a entendu ; car je n'ai jamais prétendu m» cacher. Je ne crois pas, en effet, que le crédit de l'assem'r
Dilée nationale doive être mis en balance àrec celui du premier ministre des finances; je ne crois pas que le •dut de la monarchie doive étreùittaché à la tête d'un mortel quelconque; je ne crois pas que le royaume fût •en péril ^ quand M. JNecker se serait trompé; et je crois que le salut public serait très compromis si une ressource y rai ment nationale avait avorté , si rassemblée avait perdu son crédit et manqué une opératiop dé^ -âsive.
Il fiint donc, à mon avis, que nous autorisions une
'Uesore profondément nécessaire 9 à laquelle nous n^a**
vous, quant à présent, rien à substituer; il ne faut pas
que nous Tépousions, que nous en fassions notre œuvre
propre, quand nous n^avons pas le temps de la juger.
Hais de ce qu^il me paraîtrait profondément impoliff>. tûjue de nous rendre les garans des succès de M. Necker , ilnes^ensuit pas qu^il ne faille, à mon sens, seconder son projet de toutes nos forces , et tâcher de lui rallier tous les esprits et tous les cœurs.
Personne n^a le droit de me demander ce que je pense -individuellement d^ un plan sur lequel mon avis est que .Bous ne devons pas nous permettre de discussion. Ce- .pendant, afin d^éviter toute ambiguité, et de déjouer 'toutes les insinuations qui ne tendent qu'à aiguiser ici îles méfiances , je déclare que j'opposerais à ce plan de •grandes objections, s'il s'agissait de le juger. Je crois que i^m les circonstances infiniment critiques qui nous enb'tdoppenty il fallait créer un grand moyen sans la res« du crédit ; qu'il fallait , en s'adressant au patriote , craindre ses réponses ; craindre surtout cet isme concentré , fruit de la longue habitude du desme; cet égoïsme qui désire de grands sacrifices à la •Aieté publique , pourvu qu'il n'y contribue pas ; qu'on ^vait redouter cette multitude d'incidens qui naissent
IIO 0EUVRB8 ORATOIRES
chaque jour y et dont les mauvais effets circnbnt di le royaume 9 long-temps après Qu'ils ont pria fin autc (de nous; que les circonstances ne promettant pas retour die confiance assez prochain pour en faire iisi immédiatement 9 se servir du ciédii des ressources y loutaires ^ c^était exposer de tiès bonnes mesures à 4 aisées quand les sujets d^alarmes ne subsisteront pla <qu^en un mot , c^était d^ine contribution forcée qti fallait attendre des succi^s. Et qu^on ne dise pas -que genre de contribution était impossible : car de clei choses Pnne; ou nous pouvons encore compter snr raison des peuples:, et sur ime force publique , sufSiti pour effectuer une mesure nécessaire h leur salut j * nous ne le pouvons plus. Dans le premier cas ^ si ■contribution était sagement ordonnée , elle réussirai .dans le second , peu nous importerait qu^elle échooi car il serait prouvé que le mal sera,it à son dernier | riode.
Mais cette opinion j comme toute autre, n'est pas n démonstration; je puis avoir tort , et je n'ai pas tnli le temps de m'assurer si j^ai tort ou raison. Forcé choisir en un instant pour la patrie , je choisis le plai que de confiance pour son auteur, elle préférerait el même, et je conseille à rassemblée nationale de prenc le parti qui me parait devoir inspirer à la nation le pi de confiance sans compromettre ses véritables tt sources.
Quant à la prétendue sécheresse du décret que je pi pose, j'ai cru jusqu'ici que la rédaction des arrêtés ( corps législatif ne devait avoir d'autre mérite qne concision et -la clarté. J^ai cru qu'un arrêté de l'asseï blée nationale ne devait pas être un élan de rhéteur < même d'orateur \ mais je suis loin de penser qu'il &>^ négliger en cette occasion les ressources de l'éloqa^
DE MIRABEÀV. Itt
ttde la sensibilité. Malheur à qui ne sAubaitepas an premier ministre dès finances ^ tous les succès dont la France a un besoin si éminent ! Malheur à qui poiirml mettre des opinions ou des préjugés en balance airec Upatrie ! Malheur à qui n^abjurorait pas toute rancune y tODte méfiance , toute haine sur Pautel du bien public ! Malheur à qui ne seconderait pas de tonte son influence les propositions et les projets de rhorame j que la natron elle-même semble avoir appelé à la dictature ! Et tous^ MesMenr»! qui plus que tous autres^ arez et devez aroir la confiance des peuples , vous devez plus particulière*- «ent, sans dente, au ministre des finances , votre con*, €o»n, et vos recommandationa patriotiques. Ecriirez une adressé à vos commettans ^ où vous lenr montrien etqw^ils doivent à la chose publique >- Févidente néces^f tîté de lenrs aeoonrs , et leur irrésistible efficacité ; la. su-» perbe perspective de la France; Pexisemble de ses besoins^ it- ses vessMirces j de ses droits j de ses espérances;! .ce f^ne vons ftvez fait , ce qu^il vous reste à faire j et la certitude où vous êtes que tout est possible, que tout est ficile i l'honneur, à Penthousiasme français.*.. Cfcm* fosez j Messieurs , publiez cette adresse ; j^en fais la molion spéciale; c'est ^ j^en suis sûr, un grand ressort!, un grand mobile <le succès pour le chef de vos finances. Miis avant tout , donnez-lui des bases positives. Don-> lex-lni celles qu'il vous demande par une adhésion de confiance à ses propositions ; et que par votre fait , du mems il ne rencoâtre plus d^obstacles à ses plans de ; lit|uîdation et de prospérité.
Une discnssîon très tItc s^engage pour et contre le plan du ■iairtre.
Mbssibub^ , au milieu de tant de débats tumultueux.
neponiraî-Jd donc pas ramener i\ la dëlîbëration do jouff par un petit nombre de questions bien simples ? Daignez, Messieurs ^ daignez me répondre. Le premier ministre des finances ne vous a*t*il pas offert le tableau le plus effrayant de notre situation actncllc?
Ne vous a-t-il pas dit que tout délai aggravait le péril ? Qn^m jour^ une heure ^ un instant pouvaient le rendre mortel ?
Avons-nous un plan à substituer à celui qu^il nom propose ? **Oui ^ a crié c|uelqn^iii dans rassemblée.— Je conjure celui qui répond oui^ de considérer que son plan nVst pas counu , qn^il i'aut du temps pour le deTOlopper^ riixauiincr, le démontrer j que fût-il immëdia» tement soumis à notre délibération ^ son auteur a pu sa tromper; que fi'^t-il exempt de toute erreur, on pool croire qu'il s^est trompé; que quand tout le monde a tort 9 tout le monde a raison ; qu'il se pourrait donc que l'auteur de cet autre projet , ftTênie en ayant raison , tiiX tort contre tout le monde , puisque sans Tassentiment de Fopinion publique, le plus grand talent ne «unit triompher des circonstances.... Et moi aussi je ne crois pas .les moyens de M. Kecker les meilleurs possibles; mais le ciel me préserve, dans une situation si critique^ d'opposer les miens aux siens. Vainement je les tiendrais pour préféiabies ; on ne rivalise pas en un instant une popularité prodigieuse, conquise par des services éclatans ; une longue expérience, la réputation du premier talent de financier connu ; et , s^il faut tout dire, des hasards , une destinée telle qu^elle n^échut en par* tage à aucun autre mortel.
Il faut donc en revenir au plan de M. Necker* Mais avons-nous le temps de Pexaminer, de sonder ses bases, de vérifier ses calculs ?••• Non ,. non^ mille
DE MIRABEAtr. lll
Vms non. D^nsignifiantes questions j des conjectures basardées^ des tâtonnemeus infidèles, yoilà tout ce qui^ dans ce moment , est en notre pouvoir* Qu^allons-nous donc faii*e par le renvoi de la délibération ? manquer l^^ moment décisif 5 acharner notre amour-^propre à chaC ger quelque chose à un ensemble que nous n^avons pas même conçu y et diminuer par notre intervention indiscrète, riniliience d'un ministre dont le crédit financier est et doit être plus grand que le nôtre.... Messieurs certainement il n'y a là, ni sagesse , ni prévoyance.... Mais du moins y a-t-il de la bonne foi ?
Oh! si les déclarations moins solennelles ne garantissaient pas notre respect pour la fui publique, notre horreur pour V infâme mot de banqueroute ^ j'oserais scruter les motifs secrets, et peut-être, hélas ! ignorés de nousmêmes , qui nous font si imprudemment reculer au moment de proclamer l'acte d'un grand déyouement ^ certainement inefficace s'il n'est pas rapide , et vraiment abandonné. Je dirais à ceux qui se familiarisent peutêtre avec ridée de manquer aux en gagemens publics , parla crainte de l'excès des sacrifices, par la terreur de l'impôt. ... Qa'est-ce donc que ia banqueroute , si ce n'est le pins cruel, le plus inique, le plus inégal, le plus désastreux des impôts ?.••• Mes amis, écoutez un mot , un seul mot.
Deux siècles de déprédations et de brigandages ont
dense le gouffre où le royaume est près de s'engloutir.
n£tnt le combler ce gouffre effroyable. Èh bien ! voici
\}k liste des propriétaires français. Choisissez parmi les
fins riches, afin de sacrifier moins de citoyens. Mais
dioisissez; car ne faut-il pas qu'un petit nombre périsse
^nr sanver la niasse du peuple? Allons. Ces deux millo
notables possèdent de quoi combler le déficit. Ramenez
Tordre dans vos finances , la paix et la prospe'nté dans
Il4 OEUVRES ORATOIRES
le royaume. Frappez , immolez sans pitié ces tristes tictimeS) précipitez- les dans Pabtme j il ya se refermer...
Vous reculez d^borreur Hommes inconséquens !'
hommes pusillanimes ! Eli ! ne voyez-vous donc psi qu'en décrétant la banqueroute j ou , ce qui est le plu ' odieux encore 9 en la rendant inévitable sans la décrétefi TOUS vous souillez d'un acte mille fois plus criminel ! eh^ chose inconcevable ! gratuitement criminel ; car enfin^' cet honible sacrifice ferait du moins disparaître le déficit. Mais croyez-vous y parce que vous n'aurez pas payé» que vous ne devrez plus rien ? Croyez-vous que les milliers 9 les millions d'hommes qui perdront en un initant j par Pexplosion terrible ou par ses contre-coapi| tout ce qui faisait la consolation de leur vie y et peutêtre leur unique moyen de la sustenter y vous laisseront paisiblement jouir de votre crime ? Contemplatenn stoiques des maux incalculables que cette catastrophe vomira sur la France ; impassibles égoïstes qui penMS ^ que ces convulsions du désespoir et de la misère passe* :| ront comme tant d'autres 9 et d'autant plus rapidemenl qu'elles seront plus violentes j êtes-vous bien sûrs qœ tant d'hommes sans pain vous laisseront tranquillenupt savourer les mets dont vous n'aurez voulu diminofi; ni le nombre, ni la délicatesse ?... Non , tous péri et dans la conflagration universelle que vous ne fi sez pas d'allumer y la perte de votre honneur ne stu pas une seule? de vos détestables jouissances*
Yoilà où. nous marchons.... J'entends parler de triotisme, d'élans du patriotisme , d'invocations du triotisme. Ab ! ne prostituez pas ces mots de patrie de patriotisme. Il est donc bien magnanime ^ PeflEbrt donner une portion de son revenu pour sauver tout qu'où possède ! £h ! Messieurs , ce n'est là qoe i$ simple arithmétique , et celui qui hésitera , ne pent
DE MIRABEAU. tlS
ianner Pindignation que par le roépris que doit inspirer
sa stupidité. Oui, Messieurs, c'est la prudence la plus
ordinaire, la sagesse la plus triviale, c'est votre intérêt
leplus grossier que j'invoque. Je ne vous dis plus comme
autrefois : donnerez -vous les premiers aux nations , le
spectacle d'un* peuple assemblé pour manquer à la foi
JNiblique ? Je ne vous dis plus : eh ! quels titres avez*
tons à la liberté, quels moyens vous resteront pour la
naintenir, si dès votre premier pas vous surpassez les
larpitudes^^es gouvernemens les plus corrompus? si le
lesoin de votre concours et de votre surveillance n'est
pas le garant de votre constitution ?....'Je vous dis:
tons serez tous entraînés dans lai ruine universelle , et
Us premiers intéresses au sacrifice que le gouvernement
vous demande , c'est vous-mêmes. .
Votez donc ce subside extraoirdinaire , qui , puisse—
Ut\ être suffisant ! votez-le, parce que , si vous avez des
L Joutes sur les moyens, doutes vagues et non éclaircis ^
TOUS n'en avez pas sur sa nécessité , et sur notre im-
^puissance à le remplacer , immédiatement du moins j
Votez-Ie , parce que les circonstances publiques ne souf-
iiviit aucun retard , et que nous serions comptables do
;lsii( délai. Gardez-vous de demander du temps j le mal-
m'en accorde jamais... Eh ! Messieurs, à propos
'one ridicule motion du Palais-Royal , d'une risible
rrection qui n'eût jamais d'importance que dans les
gînations faibles , ou les desseins pervers de quel*
hommes de mauvaise foi, vous avez entendu n%||^
ces mots forcenés : Caùilina est aux portes de Romwy
'om délibère. Et certes, il n'y avait autour de nous ni
na , ni périls , ni factions , ni Rome«... Mais au-*-
rd'hui la banqueroute, la hideuse banqueroute est-
; elle menace de consunaer , vous , vos propriétés ^
honneur.. •• et vous délibérez !
Il6 OEUVRES ORATOIRES
Le plan du ministre est accepté.
i«r. Octobre.
Obsenrations sur un projet de décret présenté par M. Necker^ qui est le développement de son pLin de finances ^ un député ayant demandé Tajournement de la première partie du plan qii fixait les dépenses de Pétat et les réductions à d|>érer.
Messieurs , on peut concilier la juste mesure ^ dans la déclaration de la fixité des dépenses ^ avec la nécessité encore plus urgente de consacrer le plan du premier ministre des finances* Lorsque vous lui avez donné la dictature financière , elle n'a pu sans doute être que profisoire. Il est donc nécessaire de'discuter la rédaction des articles quHl vous propose anjourdMiui.
Dans le préambule du projet de décret^ il est dit que l'assemblée nationale veut faire face à ses engagemenS) autant qu^ il sera en son pouvoir. Cette expression est inconvenable. L'assemblée doit tout ce qu'elle peut ^ et elle pourra tout ce qu'elle voudra.
La première partie du projet de décret j économie ^ ri' duction y est celle qui fournit le plus de matière aux obse^ vatlons. Elle n'est qu'une perspective consolante; on y trouve d'ailleurs des expressions telles que celle-ci : W taxe de quinze à vingt millions. Les réductions qu'elle présente sont au-dessous denos devoirs. Et^ par ezeidpbf il m'est impossible de concevoir qu'il soit difficile de di« ' minuer les dépenses de la maison des princes ; il m*Ml' ' difficile aussi de comprendre qu'elles ne puissent dtc9 réunies \ celle du roi et de la reine, pour laquelle on ac^ corde vingt millions. Quant aux pensions, elles seraient encore énormes au. taux indiqué ^ et je crois que si VOQ^ ;idoptez provisoirement les' restrictions proposées sur ce( objet , vous devez annoncer à la nation que TOtre iii'-'
DE MIRABEAU. il7
lention n^est pas de vous arrêter là. — Dans ce même projet de décret , on fait déclarer à rassemblée y qu'elle Teut établir Téquilibrè entre la recette et la dépense éime manière quelconque. Qu^est-ce que cela veut dire, \ éwne manière quelconque! cette expression^ vague au i moins, doit être supprimée. La formule de déclaration , ; je déclare avec vérité ^ n'est pas plus convenable que le serment; l'intervention de la vérité n'est-elle pas pour tout homme une intervention religieuse?**- Il faut qu^on dise simplement je déclare, — Il y a aussi une observation à faire sur la remise qu'on propose des fonds au trésor royal, d'ici à trois ans. Si le trésor royal existe ^ encore dans trois ans, il jouira d'une existence très se* condaire.
Voilà les premières observations qf ^une lecture très ^ rapide m'a permis de faire ; j'en demande une seconde , coupée à chaque article par la discussion.
Je me résume : un ajournement entraverait les dispositions du premier ministre des' finances \ nous pouvons accepter y mais sans prétendre borner à cette acceptation \ nos travaux en ce genre.
f Voici le projet de décret que je présente.
L'assemblée nationale arrête d'envoyer le projet de décret présenté par le premier ministre des finances, à la ^ lection^ du comité des finances , composée de douze '\ membres y pour en combiner avec lui la rédaction , de manière que la première partie devienne le préambule \ÀvL décret. Arrête en outre que le président se retirera I fardevers le roi , pour présenter à son acceptation les , difers articles délibérés de la constitution, ainsi que la déclaration des droits.
On demande d'accepter de confiance le projet de décret' %omme le plan l'a été précédemment.
MESSIEURS , je ne peux penser qu'on cherche à nous
Il8 ŒUVRES ORATOIRES
faire tomber dans un pio^e (|i]e personne n*a tendu. Uat partie du plan de M. Mecker nVst pas déc ré table j'C^est celle des réformes. M. Nerker sait très bien ^ quW fait de retranchemeusy de ré.liictions ^ dVconomies^ le et* ractère et la fermeté les plus inflexibles d^iin seul homme ne rivaliseront jamais avec la piiissance.diVne assemblét nationale; il sait^ en un mot, que ce qu^l faut avant touty pour régénérer une nation , c^est une nation. Ja persiste dans mon projet d^arrâté. [Adopté. )
2 Octobre.
Dans celle du 26 du mois précédent , M. Mirabeau aiait voulu que l^isseiii])]ée Ht une adresse aux commettons ponr protrger Inexécution du plan du premier ministre des finances.
Aujourd'hui il propose un projet d'adresse : et ce projet y au milieu des appiuudissemens unanimes , est "adopté en 0» termes.