CHAPITRE XXI
L'aveu.
Madame dePënâfiel resta quelques minutes pensive et les yeux fixes, puis, semblant prendre une résolutiou subite, elle me dit avec une familiarité que trois mois d'assiduité pouvaient faire excuser :
— Je vous crois mon ami?...
— Le plus dévoué et le plus heureux de pouvoir vous en assurer, madame... répondis-je avec un ton de persiflage auquel madame de Pëuàliel ne prit pas garde.
— Je u’euleuds pas par ce root un ami banal et indifférent, ainsi que l’entcud le monde, roc dit-elle; non, vous valez, je crois, mieux que ccb ; d'abord, vous ne m'avez jamais dit une seule parole de galanterie, cl je vous en ai su gré, oh ! beaucoup de gré ; vous m'avez ainsi épargué cette espèce de cour insultante que, je ne sais pourquoi, quelques uns se croient le droit, ou peut-être même... l'obligation de me taire, ajouta-t-elle avec un sourire amer; vous avez eu assez de tact, d’esprit et de cœur pour comprendre qu’une femme, déjà victime d'odieuses calomnies, ne trouve rien de plus offensant que ces hommages méprisants et méprisables qui lui sont toujours un nouvel affront, parce qu'ils semblent s'autoriser des bruits les plus injurieux, comme d'un précédent tout naturel... Je crois votre esprit tristement avancé ci d’une expérience précoce. Je sais nue vous voyez beaucoup de monde, mais que vous ii'êtes pas du monde quant à ses petites haines et à ses jalousies mesquines; je crois que vous n étes ni fat ni vain, et que vous êtes de ce bien petit nombre d’homme» qui ne cherchent jamais à trouver dans une confidence... autre chose que ce qu'il y a ; je suis sôr que vous ferez b part do l'étrangeté de ma démarché. Et puis d'ailleurs, ajouta-t-elle avec un
air dcdigiiiléà b fois grande et triste, oui malgré moi me frappa, comme une preuve d’extrême confiance de la part d’une femme est une des choses qui honorent le plus un honnête homme, je ne crains pas de m'ouvrir à vous ; d'ailleurs vous êtes généreux cl bon, je sais que bien des fois vous m'avez loyalement, bravement défendue, et je suis, hélas! bien peu accoutumée à’ceb ; je sais enfin qu’un jour à l'Opéra... Oui, je vous avais entendu, dit madame de Pénâficl en remarquant mon étonnement ; c’est ce qui vous fera comprendre pourquoi j’ai paru aller au-devant de votre admission chez moi, et la réserve que vous avez mise à répondre à celte prévenance ma donné une haute idée de la dignité de votre caractère: aussi ai-je befolll d’y croire... ai-je besoin de voir en voit un ami sincère ; car enfin il faut bien que je dise à quelqu'un... reprit-elle avec un accent déchirant... que je vous dise à vous... oh oui, a vous... pourquoi je suis la plus malheureuse des femmes !
Et elle fondit en larmes en cachant sa figure dans ses deux mains.
Il y eut daus ces roots, dans le regard désolé qui les accompagna, quelque chose de si navrant, que malgré moi je me sentis ému ; mais réfléchissant aussitôt, qu'après tout, cela pouvait être feint pour m'amener à jouer un rôle ridicule, je me hâtai de dire très-sèchement à madame de Pënàfiel que je me croyais digne d’une telle confidence, et que si mon dévouement, nies conseils pouvaient lui être de quelque utilité, je me mettais absolument à ses ordres, et autres banalités des plus gbcialcs.
Comme madame de Pënàfiel ne me parut pas s’apercevoir de la froideur cruelle avec laquelle j'accueillais ses plaintes, je vis dans son inattention, que je crus calculée, une résolution dédaigneuse de jouer sans déconcerl sou rôle jusqu'au bout, cl j’en fus misérablement irrité.
Mais maintenant, plus instruit nar l'expérience, je m’explique cette inadvertance de madame de Pënàfiel , qui m’avait alors été une preuve si positive et si blessante de sa fausseté.
C'est que Li première révélation d'un chagrin longtemps caché cause à l'âme, où il sc concentra it douloureusement, un soulagement si ineffable, qu’enlièrement sous le charme de celte bienfaisante effusion, on ne sooge pas à remarquer l’impression qu’on a produite.
C’est seulement ensuite, lorsque le cœor, déjà moins souffrant, se sent un peu ravivé par ce divin épanchement, que. levant les yeux avec espoir, on cherche dans un regard ami quelques broies de tendresse et de commi-éralion.
Ainsi quand, après une séparation longue et pénible, deux amis se retrouvent, ce n’tot qu’ensuite de l’ivresse des premiers embrassements que chacun pense à chercher sur le visage de l’autre si l’absence ne l’a pas changé.
Ce premier pas fait, madame de Pëaâfic) continua donc en passaut sa main sur scs yeux humides de braies ;
■— Vous expliquer pourquoi je me sens une confiance si extraordinaire en vous, me sera, je crois, facile... Je vous le répète, je sais que si vous m'avez souvent défendue contre b calomnie, jamais vous ne vous êtes fait auprès de moi une sorte de droit de celle noble conduite ; enfin, l'espèce d'isolement dans lequel vous vivez, bien qu’au milieu du monde, votre réserve, votre esprit supérieur qui n'est pas celui des autres, qui est tout entier à voœ. qualités et défauts, tout me porte â voir en vous un ami sincère et généreux à qui je pourrai dire ce que je souffre...
Sans m’émouvoir je répondis à madame de Pénàflel qu’elle pouvait compter sur ma discrétion, d’ailleurs profonde et à tout»* épreuve, autant par le sentiment du secret que parce que je n'avais personne à qui confier quelque chose. Car, en un mot, lui dis-je, on ne commet guère d'indiscrétion qu'avec ses amis, or je ne crois pas qu’on puisse mon reprocher un ?
— Et c’est cela, me dit-elle, qui m’a donné le courage de vous parler comme je vous parle; car j’ai supposé que vous aussi, vous viviez seul, chagrin et isolé au milieu de tous, comme j’y vis moi- même enfin ! car moi uon plus, je n’ai pas d*amts!„. on inc naît, on ine calomnie affreusement ! Et pourquoi, mon Dieu ? Paine doue mérité ? pourquoi le monde est-il injuste et si cruel à mou égard? à qui ai-je fait du mal! Ah! si vous saviez !... si je pouvais tout vous dire !!
Celle pbiulc me parut d'uu enfantillage si ridicule, ces lëliceaccs si misérablement calculées pour exciter mon intérêt, que, d un air Ircsdégagé, je me mis à faire au contraire l’apologie du monde.
— Puisque vous me permettez de vous parler en ami, madame, bissez-moi vous dire qu’il ne faut pas, non plus, trop déchirer le monde. Dcmandez-lui ce qu’il peut et doit en conscience vous donner : des fêtes, du bruit, du mouvement, des hommages, des sourires, des fleurs, des salons dorés ; avec ccb, b morale la plus brge et La plus commode qu’on puisse désirer. Or, s’il donne tout ccb, et avouez qu’il le donne, ne (ait-il pas tout ce qu’il peut... tout ce qu’il doit... ce pauvre inonde ! qu’on attaque incessamment, et auquel on ne peut reprocher que de trop prodiguer ses trésors ?
— .Mais vous savez bien que tout ceb ment ? Ces sourires, ces hommages, ces prévenances, cet accueil, tout cela est iàux... vous le savez bien ! Si vou.- recevez, quand b dernière visite sort de chez vous, vous
ARTHUR
dites... Enfin !!! Si tous allez citez les autres, dés que vous louchez votre seuil, vous dites encore... Enfin!!!
— Dieu merci, madame, répondis-je, sans vouloir comprendre madame de Pënàlid, qui commençait à être surprise de ina subite conversion aux bonheurs du monde ; je ne dis pas, je vous le jure, enfin ! d'un air aussi désespéré, ni vous non plus, permettez-woi de le croire. Si je dis enlin ! c’est en rentrant chez moi avec la lassitude du plaisir, dont, je le répète, le monde est seulement trop prodigue. Chiant à ce que vous appelez sa fausseté, scs mensonges, mais il me semble qu’il a grand’raison de ne pas changer ses dehors toujours riants, gracieux et faciles, pour d’autres dehors qui seraient horriblement ennuyeux. D'ailleurs il ne meut pas: il ne donne ses relations ni pour solides ni pour vraies; parlez-lui sa Liugiie, il vous répondra, fc n’est pas lui qui est égoïste et absolu, c’est vous. Pourquoi vouloir substituera ces apparences toujours charmantes, et qui lui suffisent de reste, vos prétentions à l'amitié romanesque? à ces amours sans Üu, qui le. rendraient maussade, ci dont U n’a que faire? Confiez-vous il lui, entrez franchement dans son enivrant tourbillon, et il vous rendra la vie légère, éblouissante et rapide. S'il vous calomnie aujourd'hui, qu importe ! demain un autre bruit fera oublier sa médisance de la veille. Et d ailleurs, \ oyez s'il croit lui-même aux calomnies qu’il répaud? Vous est-il moins soumis? est-il moins à vos pieds ? non. Alors, pourquoi doue attacher à ses folles paroi» plus d'imporLiuec qu’il u'en attache lui-même ? Jouir et laisser jouir, c'est sa devise ; elle est assez commode, je pense : que lui vouloir de plus?
Madame de Pënâfiel continuait à me regarder avec nu profond étonnement. Pourtant, croyant sans doute beaucoup plus aux mille conversations sérieuses que j'avais eues avec elle à ce sujet, qu’à la soudaine légèreté que j’alTeclais alors, elle ajouta :
— Mais, quand à l’étourdissement des plaisirs du monde a succédé le calme, b réflexion, et qu’analysant ses joies on en reconnaît enfin toute b désolante vanité, que faire ?
— Je suis désespéré, madame, de ne pouvoir vous le dire ; je jouis, et j’espère jouir longtemps et mieux que pas un, de ces plaisirs que vous kmblez déJaicuer: aussi ne puis-je croire que jamais üs me semblent pesants: car <■ est justement la fragilité, b facilité, la légèreté des liens du monde qui me les rendent précieux ! Pardon « de l’outragcuse bêtise de ma comparaison, » comme dirait lord Falmoutb, mais si jamais l’image si surannée de chaînes de fleurs a été justement appliquée, c’est bien à propos des rebüons du monde, aussi fleuries, aussi gai» qu’elles sont peu durables et peu incommodes. Mais c’est surtout f amour, ainsi que t'entend le momie, qui me ravit, madame ! Ne trouvez-vous pas que cet amour est l’hbtoire du pbéoix, qui sans cesse renaît de lui-même, toujours plus doré, plus empourpre, plus azuré? Tout, dans cet amour, té est-il pas charmant? tout! jusqu’à ses cendres, pauvres débris de lettres amoureuses qui sont encore un parfum ? Ne trouvez-vous pas enfin ddirieux que, dans ce monde adorable, l’amour suive chez chacun b loi rf’one divine métempsycose? Car, s’il meurt aujourd'hui d’une vieillesse d’un muis, demain ne revit-il pas plus jeune, plus luxuriant que jamais, sous une autre forme, ou plutôt... pour une autre forme?
Madame de Pënâfiel ne pouvait encore comprendre pourquoi j’affectais une pareille légèreté, alors qu’elle venait de me confier si tristement ses douleurs. Je suivais sur son visage les diverses et pénibles impressions que lui causaient mes insouciantes paroles. Elle crut d'abord que je raillais ; pourtant, je continuai de parler d’un air si dégagé, si impertinemiiicnt convaincu, que bicutôt, ne sachant que peuser, die me dit en me regardant d’un air stupéfait et presque avec un accent de reproche :
— Ainsi, vous êtes heureux !
— Parfaitement heureux, madame, et jamais b vie mondaine ne m’ap> parut sous uu butane plus radieux et plus séduisant.
Madame de Pënâfiel attacha quelques moments sur moi ses grands yeux étonnés, et me dit ensuite d uu ton très-ferme et très-décidé :
— Cela n’est pas... vous u'ètes pas heureux... il est impossible que tous soyez heureux!.,. Je le sais... avoucz-le... et alors je pourrai vous dire...
Puis elle s’arrêta, baissa les yeux comme si elle eût encore retenu un secret prêt à lui échapper.
— Si eeb peut vous être le moins du monde agréable, madame, repris-jc en souriant, je m’empresse de me déclarer à l'instant le plus infortuné, le plus mél.incoliquc, le plus ténébreux, le plus dcsillusionué dos mortels : et désormais je ne prononcerai plus que ces mots : anathème et fatalité !
Après m’avoir quelques moments regardé avec un étonnement inexprimable, madame de Pënâfiel dit, comme si elle se fût parlé à ellemême :
— Me serais-je donc trompée?...
Puis elle reprit :
— Mais non, non, cria est impossible!... Est-ce que si vous étiez heureux et indifiérent comme vous afiectcz de le paraître, l'instinct ne ni en aurait pas avertie? Est-ce que je serais venue exposer ma douleur et peut-être mes confidences à être méconnues, raillées? Non, non
mon cœur me l'a bien dit, c’est à un ami que je parle! à un ami qui aura pitié de moi, parce qu’il souffre aussi!
Cette singulière persistance de madame de Pënâfiel à me vouloir taire avouer des chagrins ridicules, pour s’en moquer sans doute, m’étonna moins encore quelle ne m’irrita; pourtant, je me contins.
— Mais encore une fois, madame, pourquoi vous opiniâtrer ainsiàine voir, ou plutôt à me croire si malheureux?
— Pourquoi?... pourquoi ?... me dit-elle avec une sorte d’impatience douloureuse, parce qu'il est certaines confidences que l’on ne fait jamais aux gens heureux; parce que, pour comprendre l’amertume de certaines peines, il faut qu’il y ait uue sorte d'harmonie entre l’âme de cclu qui se plaint et l'âme do celui qui écoute la plainte ; parce que si je vous avais cru insouciant, léger, heureux enfin de celte existence frivole, dont vous vantiez tout à l'heure les charmes, jamais je n'aurais songé à vous dire... ce qui me rend si malheureuse, à vous confier un secret qui vous expliquera peut-être une vie qui doit vous avoir paru jusqu'ici bizarre, fantasque, incompréhensible; jamais enfin je u’aurais songé à vous confier, comme à l’ami le plus vrai, le plus dévoué, comme à uu frere enfin, b cause de ce chagrin qui m'accable.
Au point de méfiance où j’étais arrivé, ces mots d’ami, de frère, me firent tout à coup venir à l'esprit une autre idée. Mc rappelant alors les réticences de madame de Pënâfiel et raille incidents qui, jusqu'à ce moment, ne m'avaient pas frappé; pensant que ce chagrin sans nom, ce dégoût de tout et de tous, cet ennui du monde, dont elle se plaignait si amers -ment, ressemblait fort à b désespérante réaction d’un amour malheureux ; je crus que madame de Pënâfiel aimait avec passion, que ses sentiments établit méconnus ou dédaignés, cl que je lui paraissais assez sans nmséquuucc pour devenir le discret confident de sa peine et de son délaissement.
| Celte dernière hypothèse, en éveillant dans mon cœur b plus âpre, b plu* mortelle jalousie, me révéb toute l'étendue de mon amour pour madame de Péuâlicl, et aussi tout le ridicule du nouveau rôle que je ! jouerais auprès d'elle, si ce soupçon était fondé.
J’allais lui répondre lorsqu’elle fit on mouvement qui, dérangeant les plis de sa robe, découvrit à ses pieds, sur le tapis, uu médaillon tombé probablement de l’armoire de Boule qu elle avait si brusquement fermée a mon arrivée, pour cacher le crucifix et sans doute ce médaillon. C’était uu portrait d'homme ; mais il me fut impossible d'en reconnaître les traits.
! Je n’eus plus alors d’incertitude ; toutes mes autres arrière-pensées j s'évanouirent devant cette preuve si évidente de b fausseté de madame de Peuâiiel : alors aigri, torturé par les mille sentiments de jalousie, de c ol.*rc, de haine, d'orgueil blesse, qui idc transportèrent, je me levai, et S lui dis avec le plus grand sang-froid :
— Vous êtes mon amie, madame?
— Oh ! b plus dévouée, b plus sincère, reprit-elle avec une expression de reconnaissance qui éclaira scs traits, jusqu’alors assombris par ma froideur.
— Je puis donc vous parler avec b plus entière franchise?...
— Parlez-moi comme à une sœur! me dit-elle en me tendant b main, souriante et heureuse sans doute de me voir enfin en confiance avec elle.
Je pris celle belle main que je baisai ; puis je repris :
— Comme à une sœur?... comme a une sœur, soit ; car, dans toute cette divertissante comédie, vous me destiniez le rôle d’uu frère honorablement nuis qui s’apitoie et se lamente sur les amours méprisés de sa sœur.
Madame de Pënâfiel me regarda stupéfaite ; scs yeux étaient fixes; ses mains retombèrent sur ses genoux ; elle ne trouva pas une parole. — Je continuai.
[ — Mais il ne s’agit pas encore de ccb ; je vais vous dire d’abord... en
ami, les diverses convictions qui, grâce à b connaissance que je crois avoir de la franchise de votre caractère, se sont succédé dans mon esprit, depuis votre délicieuse prosternation au pied du crucifix. Quant à cette charmante pantomime, je dois dire que vous avez posé à ravir et tout à fait eu artiste... Vos yeux éplorés et levés au ciel, vos inaiits jointes, votre accablement, vos larmes retenues, tout ceb était feint à merveille; aussi, ne croyant pas du tout à vos chagrins, mais croyant fort à votre taleut pour Di mystification, talent qui se révélait, à moi. si adroit et si complet..... je voulus voir, madame, 1a comédie jusqu’au bout...
— Une comédie ! répéta madame de Pënâfiel, n’ayant pas l’air de comprendre mes paroles.
— Une mystification, madame, dont je pensais devoir être l’objet ridi* cule, si j’avais été assez sot pour vous ofrir des consola lions de cœur, ou vous faire de dolentes confidences, sur b mélancolie, la misanthropie, le désilluaionuemenl de toutes choses, et autres douleur» grotesques qui, selon vous, devaient m’accabler.
— Tout cela est sans doute odieux , me dit madame de réuàfld, comme étourdie par un coup imprévu; tout ceb m'épouvante... et pourtant je ne comprends pas...
ARTHUR
— Je vais donc parler plus clairement, madame ; eu un mot, les confidences que vous me demandiez devaient, selon moi, servir à divertir vos amis, auxquels vous les eussiez racontées avec celle charmante malice qui vous a si bien réussi lorsque vous m'avez raconté à moi-même... la déclaration de mariage de N. aeCernay.
— Mais c'est affreux, ce que vous dites là ! s'écria-t-elle en joignant les mains avec effroi; vous pouvez croire?...
— Oui, j'avais d'abord cru cela, mais depuis vos derniers aveux de dégoût du inonde, de chagrins sans nom, qu'il m’est à cette heure trèsfacile de qualifier, j’ai reconnu, madame, que le second rôle que vous me deslimez était encore plus sot que le premier : car après tout, dans le premier, j'amenais une femme de votre condition à jouer les semblants destinés à inc mystifier, et puis tout cela était si amusant, si bien j joué, que je me trouvais presque lier de servir au développement et à 1 l’application de vos rares qualités pour la bouffonnerie sérieuse.
— Monsieur, s'écria madame de l'ènaficl en se levant droite et (1ère, songez-vous bien qoe c’est à moi que vous parlez?
Mais changeant subitement d'accent et joignant les mains :
— C’est à en perdre la raison ! Je vous supplie de m’expliquer ce que cela signifie, que voulez-vous dire? Pourquoi aurais- je feint? quel est le rôle qwie voulais vous faire jouer? Ab! par pitié, ne flétrissez pas ainsi le seul moment de confiance, d'entrainement involontaire que j’ai eu depuis bien longtemps... Si vous saviez !...
— Je sais, dis-je avec l'expression la plus dure et la plus insultante, tout en m’approchant assez de madame do PéoàfieJ pour pouvoir appuyer mon pied sur le médaillon et le briser, je sais, madame, que si j'étais femme, et que mon amour fût méprisé par un homme, je mourrais plutôt de honte et de désespoir que de venir conter au premier venu, qui ue s’en soucie sucre, des aveux aussi humiliants, aussi burlesques, de la part de celle nui les fait, que révoltants à force de ridicule pour celui qui est obligé de les écouter.
— Monsieur... quelle audace... qui peut vous faire croire?...
— Ccci ! dis-je en lui montrant d uo regard de mépris le portrait toujours à ses pieds ; puis, appuyant le bout de ma botte sur le médaillon. Je le pressai assez pour que le verre éclatât.
— Sacrilège!!! s'écria madame de Pënàfiel en se baissant avec vivacité pour s'emparer du portrait quelle serra dans ses deux mains jointes, en me regardaut avec des yeux étincelants de courroux et d'indignation.
— Sacrilège soit, car je traite celte divinité-là absolument comme elle vous traite, madame !
Pois, saluant profondément, je sort».