CHAPITRE XXIII
Marguerite.
Lorsque j’entrai chez madame de Pénàficl, une chose me frappa du plus profond étoimement : ce fut de la retrouver presque dans la même attitude ou je l’avais laissée.
Son visage émit d’une pâleur mate et unie, effrayante à voir; on eût j dit un masque de marbre.
Celte blancheur maladive si vite répandue sur scs traits, cotte expression de douleur à la fois vive cl résignée, m’émurent alors si profondément. que tous mes calculs, tons mes raisonnements, tous mes soupçons misérables s’évanouirent ; il me sembla l’aimer pour la première fois du plus confiant et du plus sincère amour. Je ne pensai pas mémo à lui demander grâce pour tout ce qu i! y avait eu d'odieux (Luis i ntt conduite.
A celle heure, je ne croyais pas à ce funeste passé; par je ne sais I quel prestige, oubliant la triste scène do malin, il me sembla que je la : devais consoler d’uu affreux chagrin auquel j'étais étranger ; j’allais enfin me mettre â sc3 genoux, lorsqu’elle me dit d'nne voix (pii me lit mal, tant elle me parut douloureusement altérée, malgré l'accent de fermeté qu'elle tâcha de lui donner : J'ai voulu vous voir une dernière fois... j ai voulu, si vous pouvez vous les expliquer à vous-même, vous demander le sons des étranges paroles que vous m’avez dites ce malin , j’ai enfin voulu vous apprendre...
Ici ses pauvres lèvres, en se contractant, Iremllçrmt agitées par ce léger mouvement involontaire, presque convulsif, qu’elles éprouvent lorsque les larnu s venant aux yeux, ou vent comprim* r ses sanglots.— J'ai vouhi... répéta doue madame de Pcnâlicl d’une voix éteinte. Puis, ne pouvant continuer, interrompue par ses pleurs, elle cacha sa tête dans -.es mains, et je o’enteudis plus que ces mots prononcés d’uu accent déchirant cl étouffé : — Ah !... pauvre malheureuse femme que je suis ! |
— Oh ! pardon... pardon, Marguerite ! m’écriai-je en tombant à ses ! pieds ; mais vous ne saviez pas que je vous aimais.. . que je vous aime !... j
— Vous m'aimez?
— Avec délire, avec ivresse !
— Il m’aime!! il ose me dire qu'il m'aime !... reprit- elle d’an air indigné.
— Ce malin, le secret de mon âme est venu vingt fois sur mes lèvres; mais, en vous voyant si malheureuse... eu reccvatil vos confidences si désespérées...
— Eh bien ?...
— Eh bien !... j’ai cru, oui, j'ai cru qu'un autre amour méconnu, dédaigné, outragé peut-être, causait seul ces chagrins que vous disiez sans cause.
— Vous avez pu croire cela... vous !... Et elle leva les yeux au ciel.
— Oui, j’ai cru cela... alors, je suis devenu fou de haine, de désespoir; car chacune de vos confidences m’était une blessure, une insulte, uu mépris. .. à moi ! à moi qui vous aimais tant !
— Vous avez pu croire cela... vous ! répéta Marguerite en me regar* I
(but avec une pénible émotion, taudis que deux larmes coulaient lentement sur scs joues pâles.
— Oui... et je le crois encore.
— Vous le croyez encore!... Mais!... vous me prenez donc pour une iufàme ? .Mais vous ne savez donc pas ?...
— Je sais, m'écriai-jc eu l'interrompant, je sais que je vous aime comme un insensé... je sais qu’un autre vous bit souffrir peut-être ce que moi-même je souffre pour vous !... Eli bien I cette pensée me désespère, me lue... et je pars...
— Vous partez ?...
— O soir... Je ne voulais plus vous voir... j'avais hesoiu de tout mou courage.. . je l’aurai...
— Vous parlez 1... Vais, mon Dieu!... mon Dieu... et moi! s’écria Marguerite. Et elle joignit les mains avec un geste à la fois suppliant et déscspéié, en tombant à genoux sur une chaire placée devant elle.
Je ne saurais dire l’ivresse que ine causèrent ces derniers mots de Marguerite... tl moi!
Je crus entendre, non l’aven de son amour, mais le cri de son âme déchirée qui n'avait plus d espoir que dans mon affection. Rien que je la crusse toujours sous l'influi me d’une passion dédaignée, je n’eus pas le courage do renouveler la scène du tuaitti ; pourtant, je ne pus m'empêcher oc lui dire douloureusement :
— Et ce portrait?...
— Le voici., reprit-elle en me présentant le médaillon sous son cristal à moitié brisé.
Lorsque je tins ce portrait entre mes mains, j’éprouvai un moment d’angoisse indéfinissable ; j’avais peur de jeter les veux sur celle ligure que sans doute je connaissais; pourtant, surmontant cette crainte puérile, je regardai... lies traits m’étaient absolument étrangers; je vis un noble et beau visage, d’une expression douce et grave à la fois; les cheveux étaient brut», les yeux bleus. b physionomie remplie do finesse et de grâce, les vêtements fort simples, et seulement rehaussés Çar un grand cordon orange à liserés blancs, et par une plaque d'or émaillée placée à gauche de I habit.
— Et ce portrait?... dis-je tristement à Marguerite.
— C’est celui de l'homme que j’ai le plus aimé, le plus respecté au monde ; c’est enfin celui... de M. de Pëuàliel...
Et elle fondit en larmes en mettant scs deux mains sur ses yeux.
Je compris tout alors... et je crus que j’allais mourir de honte... et de remords...
Ce seul mot me dévoilait le passé cl toute l'affreuse injustice de mes soupçons: — Ah ! combien vous devez me mépriser, me haïr!... lui dis-je avec un accablement douloureux.
Elle ne me répondit rien, ma» me donna sa main, que je baisai à genoux, peut-être avec plus de véuérjliop encore (pie d’amour.
Maigucrite se calma peu à peu. De ma vie je n'oublierai son premier regard lorsqu'elle leva sur moi ses yeux encore baignés de larmes, ce regard qui peignait â b lois le reproche, le pardon et la pitié.
— Vous avez été bien cruel, ou plutôt bien insensé, me dît-elle après nn ioug silence, mais je ne pub vous en vouloir... J’aurais dit tout vous dire; vingt fois je l’ai voulu, mais une insurmontable crainte, votre air ironique cl froid, votre subite et iucomprében&ible conversion aux bonheurs du inonde... tout cufiu m’a glacée...
— Ah! je h» crois, je le crois ; aussi pourrez- vous me pardonner jamais! Mais oui, vous me pardonnerez, n’esl-CC pas? vous me pardonnerez quand vous penserez à ce que j’ai dit souffrir des odieux soupçons qui me désolaient. Ah ! si vous saviez comme la douleur rend injuste et haineux ! Si vous saviez ce que c’est que de se dire...: Moi, je l’aime avec idolâtrie : il n’y a pas dans son esprit, dans son âme, dans sa personne un charme, nue grâce, une nuance que je n 'apprécie, que je u'admire qu à genoux ; elle est pour moi au-dessus de tout cl de toutes... et pourtant un autre!... Ah! tenez, voyez-vous, cette Idée-là csl à mourir... Pensez-y... et vous aurez pitié, et vous comprendrez, vous excuserez rocs emportements, dou (j’oserais presque ne pas rougir... Laul j’ai souffert!
— Ne vous ai-je pas pardonné, en vous disant: Rêvent t ! après celle affreuse matinée? me dit-elle avec une ineffable bonté...
— Oh! ma vie, ma vie entière expiera ce moment de folie, de vertige. Marguerite, je le jure, vous aurez en moi l'ami le plus dévoué, le frère le plus tendre ; seulement, lais«e/-inoi vous adorer, bissez-moi venir contempler chaque jour en vous ce trésor de noblesse, de candeur et de grâce, qu'un instant j'ai pu mccomiaitre... Vous verrez... si je suis digne de votre confiance...
— Oh ! maintenant, je le croix ; aussi, vous allez tout savoir ; oui, je me sens mieux, vous me rassurez sur moi et sur vous ; je vais enfin tout vous dire, vous dire ce que je n’al osé ni voulu confier a nul autre ; et pourtant n'allez pas croire, ajoula-t elle avec un triste et doux sourire,
ARnirn.
qu'il Vagii «l'un secret bien extraordinaire... bien de plus simple que ce que sous allez entendre, c’est seulement la preuve de celte suritc : — «,iue si le inonde pénétre presque toujours les sentiments faux et coupables, jamais il ne se doute un instant des sentimeuts naturels, vrais et généreux.
— Ah ! quelle honte... quels remord-, pour moi... d’avoir partage tant «le stupides et méchants préjugés ! Pourquoi u'ai-ie pas toujours écouté l'instinct de mon cœur qui me disait : Crois en elle ! Avec quel < rgurilleux bonheur, seul peut-être, j'aurais lu dans votre âme si noble cl si pure !
Une loge à l'Ope». — t ter 39
— Consolez-vous, mon ami. c'est moi qui vais vous y faire lire ; ii'osl-ce pas vous prouver que j'ai en vous plus de confiance que vous n'eu avez vous-méme ? Si je veux tout tous «lire... n'est-ce pas vous montrer enfin que vous êtes peut-être la seule jiersonnc à l'estime de laquelle je tienne ? Aussi, en vous expliquant l'apparente singularité de ma vie, si dénaturée par b médisauce, j'espère, je délire, je veux à l'avenir pouvoir penser tout haut devant vous. Mais cet aveu exige quelques mots sur le passé ; écoutez-moi don» 1 , je serai brève jiarec que je serai vraie. Très-riche héritière, libre de mon choix, gâtée par les hommages «|ui s'adressaient autant à ma fortune «pi'a ma personm?, à dixhuit ans je n'avais rien aimé, llans un voyage que je lis en Italie avec monsieur et madame «le Bléruur, M. de Pcnâtiel me lut présenté. Quoinoc f »rl jeune encore, il était ambassadeur d'Kspagnc à Aaplcs, dans oes circonstance* politiques fort difficiles; c'est v«ius dire assez la supériorité de sou esprit. Joignez à cela «-es traits, et elle me montra le nndaillon, un charme d'entretien extraordinaire, une rare solidité de princi- |kn, une extrême noblesse de caractère, m» goût parfait, des connaissa m es nombreuses, un tact exquis dans tous les ails, un nom illustre, une grande fortune, et vous le « onnallrez. Je le vis. j«- l'appréciai, je l'aimai, bien de plus simple que les iuridcnls de notre mariage; car toutes les convcuauccs se trouvaient réunies. Seulement, quelque temps
après notre preiuière entrevue, il inc supplia de lui dire si je l'autorisais à demander ma main, désirant, bien que je fusse absolument libre de mon choix, de m'éviter jusqu’à l'ennui d'une démarche inopportune Je la part de mon oncle. Je lui «lis naïvement b joie nue me causerait sa demande, mais qu'à mon tour j'avais une prière à lui faire, c'était de quitter une carrière nui devait toujours l 'éloigner de la France, et de me nromcllre d'abandonner l'Espagne. Sa réponse fut noble et franche. — Je puis, me dit-il, vous sacrifier avec bonheur mes rêves d’ambition, mais non les intérêts de mon pays. Une fois ma mission accomplie, je retournerai à Madrid remercier le roi de sa confiance, lui rendre compte, je l'espère, du succès de ma négociation, cl puis ie serai absolument à vous, à vos moindres désirs. Il agit ainsi qu'il me 1 avait dit : il obtint ce «jue voulait son gouvernement, alla faire a Madrid scs adieux au roi. revint, et nous fûmes mariés. Je ne vous parlerai «|u'iiüc fois de mon bonheur pour vous dire qu’il fut immense et parlapé... Mais, comme aux veux du monde les convenances de cette union etaien I, je vous l’ai dit, aussi parfaites que possible, le monde ne voulut voir lu qu’un mariage absolument de convenances.
— Cela est vrai, c’est du moins ce que j'ai toujours entendu dire ; on ajoutait même que, tout en restant dans les meilleurs termes avec M. de Penâfid, votre existence était, ainsi que ceb arrive souvent, presque étrangère à la sienne.
Le parloir. - net 43.
— Td f.iuv, hélas! tel absurde que fût ce bruit, il devait avoir créance ; car notre bonheur était si simple et si naturel, que le monde, presque toujours etranger aux sentiments vrais, ne pouvait y croire : puis, nous mettions naturellement, d’ailleurs, une sorte de mystère dans notre félicité : ainsi, comment la société, habituée à vivre de médisance ou «le scandale, pouvait-elle un moment supposer qu'une jeune femme et ! un mari charmant, tous deux dut** position et d’une naissmcc égales.
iraient s'adorer ut vivre absolument l'un pour l'autre ? Ilél-ts ! rien n'é- 1 tait plus vrai pourtant. .
ARTHUR
— Von* ne sauriez croire maintenant comment tout s'explique à ma pensée ? Vous rappelez-vous cette interprétation si absurde et si méchante de cette course où assistait Ismaèl?
— San-, doute.
— Eh bieu! votre mariage fut interprété avec autant de perfidie. Comme rien n'était plus évidemment irréprochable que votre conduite, b calomnie vous arrangea une v ie mystérieuse, souterraine, profondément dissimulée; c'était, je vous l'assure, incroyable a entendre. Il ne s'agissait rieu moins que de déguisements, de petite maisou, que sais-je?
— Si je n'étais pas si triste, je sourirais avec vous, mon ami. de taut de folies méchancetés; rirais j'arrive à un moment de mes souvenirs si cruel... si affreusement douloureux, — et elle me lendit la main, — que j’ai lie <iin de tout mou courage... Ames trois aimées de la vie b plus complètement, la plus passionnément heureuse... après...
Mais ne pouvant continuer, Marguerite fondit en larmes, et fut quelques momeuts sans parler...
— Oui, oui, je sais, lui dis-je eu me mellaut à ses genoux, je sais combien vous vous êtes moulréc admit able et dévouée dans cet affreux moment. Maintenant que je connais votre âme, maintenant que ie connais celui qui fa remplissait, qui la remplit encore de tout son souvenir. je comprends ce qu'il dut y avoir, ce qu'il y a de terrible pour vous dans celle séparation éternelle !
Après quelques momeiiis de silcuce, Marguerite reprit : — Oh !
merci, merci â vous! de me comprendre ainsi ! ! !
Mon llieu ! depuis ce nuimeut épouvantable, voici la première fois que mes broies ue me sout point ameres, car je puis épancher inou cœur, dire au moins combien j'ai aimé, combien j'ai soufert.. . Hélas ! taut que je ios heureuse de ce bonheur sans nom, je n’avais besoin de le confier à personue , mais depuis... . oh! depuis!...
cette contrainte, voyezvous , fut affreuse.* Si vous saviez ma vie! Etre obligée de cacher ma douleur, mes regrets désespérés, comme j'avais caché mon bonheur ! Car, â qui aurais-je pu dire :
Je souffre? qui m’aurait crue ? qui m'aurait plainte? qui m’aurait consolée?... Le monde a quelquefois pitié d'un sentiment coupable,... mais pour un chagrin sacré comme le mien, il n'a que des railleries I car â ses yeux c'est uu ridicule ou un mensonge...
Pleurer sou mari ! le regrette r avec amertume, vivre de souvenirs poignants, n'exister que par b pensée d'uu être qui vous fut cher... qui croirait ccb?... Ll puis pourquoi le dire? A qui le dire? Mes parents ou mes alliés étaient trop du monde pour me comprendre; et puis, je l'avoue, j'avais été d'uu égotsme de bonheur tel, que tant <pf il dura je n'avais cherché à m'assurer aucun ami... Lui., lui, n'élait-il pas tout pour moi?... A qui avais-je besoin de répéter combien jetais heureuse, si ce n’est à lui?... D'ailleurs, avec l'Imprévoyance d'une félicité sans bornes, je n'avais jamais penré que le malheur pouvait m'atteindre...
— Oh ! vous avez dù être bien malheureuse ' Pauvre femme ! les déchirements d’une douleur solitaire sont si affreux !
— Oh! oui! j’ai bien souffert. rrojrwHml! Et puis, par je ne sais quelle faibles c dont niait. tenant j'ai ItonW . oitvcnt la solitude m'ef-
frayait ; dans nombre et le silence, ma douleur grandissait... grandissait, et devenait quelquefois si menaçante, que j’avais des terreurs affreuses; aussi, presque éperdue, je me réfugiais dans ce monde que je détestais pourtant, mais c'est que j’avais alors besoin de sou bruit, de sou écbt, pour me distraire un moment de cette concentration de ma pensée qui m’aurait rendue folle. Puis, une lois rassurée, je me prenais à maudire 1<
vaines joies qui avaient osé étourdir mes chagrins ., ie pleurais sur ma lâclie lé... et mes j«iurs se passaient dansées contradictions aussi terribles qu'inexplicables... Ce n'est pas tout, je n'ignorai» pas que ma
douleur était affreusement calomnier, et je ne pouvais pas, et je ne voulais pas me justifier... Oh ! si vous saviez encore combien ceb est cruel de n'avoir pour se défendre qu'une vérité... mais si sainte, mais si vénérée, qu'tm n'ose b profaner en b disant à des indifférents ou à «les incrédule» ! !
Marguerite plcuia encore, et coutinua après un silence . — Maintenant vous comprendra, n est-ce pas, mou mépris de tout et de tous? Aigrie par le chagriu, mon humeur devint ombrageuse et fantasque ; personne n'en pouvant deviner la cause, je passai pour bizarre... les gens qui m'entouraient me semblaient vulgaires , comparés â celui dont le souvenir sera toujours sacré pour moi ; je passai pour dédaigneuse ou dissimulée. Enfin, celle coquetterie saus but apparent qu'on me reprochait, ou plutôt à laquelle ou «loiinait les motif les plus scandaleux, eh bien! c'était encore un hommage à son souvenir. Je hic parais aiusi, parce qu’il avait aimé â me voir ainsi parée ; cet entourage, ces fleurs, ce demi-jour sou» lequel il $c plaisait à voiler mes traits, hélas! tout cela était pour moi autant «le souvenirs chers cl précieux. Enfin, jusqu'à cette science que j’affichais coiiinr une prétention . c'était encore un triste reflet du passé ; car, très-savant lui-méme, il avait souvent aimé à s’entretenir avec moi de» connaissances les plus varices. Que vous dirai-je, mou ami? Vivant seule, l'étal de ma maison parait peut-*étre trop considérable ; aussi ie passe pour orgueilleuse et value, et pourtant c’est parce que celte maison était b sienne que je l’ai rdigmusemcnl conservée... Maintenant, vous savez le secret de ma vie; avant de vous av oir connu, il m'impore lan-
Le tableau de Frank [Claire et Egmont). — ne* 60.
lait peu de paraître fantasque, vaniteuse cl coquette; les bruits h s plus ( dieux m'étaient indifférents... Mai» depuis que j'ai apptécié cc qu’il y avait de géucrcux et d'élevé dans votre cernr. depuis surtout que j’ai vu combien b médisance du monde, autorisée peut-être par une conduite dont il n'a pas le secret, pouvait avoir d'inlluenec sur vous... à l'estime, à l'affection de qui je tiens tant... j'ai voulu que vous... au moins ue me jugeassiez pas comme les antres... Et puis, souvent, vous avez généreusement pris ma défense : j'ai voulu vous prouver que l'iustiiicl de votre Ame était aussi noble que juste... Et pourtant, il me reste un aveu... pénible à vous faire.
— Marguerite, je vous en supplie...
— Eli bien, ajouta-t-elle en mugissant, j’ai combattu longtemps eu désir: cc malin encore, lorsque vous m'avez surprise si malheureuse, si éplorée, c'est que je demandai* à Dieu b force de résister au besoin
rit», rer. n»«« 1 L
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AftTHUB.
qui* j*éprnuv:ii>i «Je nu* réhabiliter à vos yeux. — Pourquoi?... oh! dites ponnpioi reh ? ne suis-je pas digue de votre confiance?
— Si... sî, vous en êtes... vous eu serez digue, je te crois... mais... y UK* reprochais avec amertume de aï- ire plus assez forte de la pureté ifc mes actions, de la sincérité de mes regrets pour rester à vos yeux... indifférente aux calomnies du monde... cela doit peut-être ni effrayer pour l'avenir. ..
(k m urjiwmi an min rnnd nombre tic |Hfu du Journal d'un inconnu.}
C1IAWTRK XXIV.
Jours de soleil.
Peu de personnes, je crois, itc se sont pas créé une sorte de langage intime et « part nui leur sert à diviser, à classer pour ainsi dire (Luis leur pensée les différentes phases, les divers événements de leur vie. Ainsi j'appel.irs autrefois mes jours de soleil ces heures aussi rares que fortunées dont le souvenir resplendit plus lard si magnifiquement dans le cours île l'existence que sou magique reflet peut colorer encore les ptm pâles ennui'.
Hans la plupart do ces jours, grâce h uoc de ces heureuses fatalités du destin qui se plaît quelquefois à élever l’homme jusqu’au comble du bonheur possible: dans ces jours de soleil, tout ce qui uous arrive est oonseulcmcat selon nos désirs, mais encore, si cela se peut dire, presque toujours merveilleusement encadré.
Et qui n'a pas eu dans sa vie son jour de soleil? tin de ces jours où tout parait heureux et splendide, où lame e-l inondée d do bien-être inexprimable, où souvent la nature elle-même semble apporter son tribut éclatent à noire félicité ? Si une voix depuis longtemps chérie vous dit en tremblant : — A ce soir !! ce soir-là, il se fait que k ciel e?t pur, les bois verte et touffus, les fleurs étincelantes, l’air saturé de parfums ; enfin, par un hasard adorable, tout ce qui frappe votre voe est riant et paisible. Illeu de triste, de sombre, ne vient obscurcir voire lumineuse auréole. Vous faut-il dire avec amour Corabu n v ous jouissez de cette rare et divine harmouic ! les expressions naissent pleines de fraîcheur et de grâce; votre esprit allegro rt épanoui brille do mille saillies; s'il se lait, alors votre cœur parle et murmure d ineffables tendresses; pub vous vous sentez si lier, si hardi, si i omptciemcnl doué, qu’à vos veux éblouis l'avenir est sans bornes, scs perspectives innombrables, rayonnantes, et il vous semble enfin qu'aucun malheur ne vous peut atteindre sous l'égide du tutélaire cl radieux génie qui vous couvre de ses ailes d'or!...
Depuis que Marguerite m’avait avoué son amour, amour si doniourcusemeui, si longuement combattu par les souvenirs de sou bonheur passe, mon incurable défiance devait cé-der, pour quelque temps dn moins, aux preuve» de la tendresse la plus enivrante.
Jamais aussi jours ne furent plus heureux et plus beaux que ceux qui suivirent cet aveu. H
Presque tous les soirs, eu rentrant chez moi, j’avais alors écrit avec deli< es le memtnto de ces journées charmantes.
Aw*i est-ce avec une sorte de tendre cl respe, lueux recueillement ipi en transcrivant ce» figues sur mon journal je relis ces fragment* epars, écrits autrefois pendant une des plus doutes périodes de ma vie.
si-
Avril |R,..
J’ai été assez heureux r.ujuurd hui pour éviter à Marguerite une mi- I nulc de chagrin, mais ce pauvre i lundi J est mort ..
Je viens d assister à sou agonie... Brave cl digne clieval, pourtant je 1 1 aimais bien!... j
Georges ne pleure pas, il est dans un désespoir stupide: il m’a dit en anglais, avec une indéfinissable expression, en me le montrant expirant: Ah . monsieur ! mourir ainsi... cl sans courir contre personne!
Pauvre Caudal ! sa fin a été douce au moins ! il a Péclii sur ses giv 1 m)ux, puis il est tombé : alor^ deux ou trois fois il a levé sa noble tête, ouvert encore ses grands yeux si brillants.... puis. 1rs fermant à demi, poussant un profond soupir, il est mort.
Jamais peut-être je n’ai aimé ui aimerai de h sorte un cheval : mais il y avait chez d lui-ci tant d intelligence, tant de. beauté, laut d énergie . t int d’adresse, jointe a une iuiiépidilé si franche ! Ne rerubot devant rien ; s’agissait-il d'obstacles à la vue desquels bien des chevaux auraient
hérité, il arrivait, lui, lier, calme et hardi, et le passait en se jonant
Lt put:, ayaul toujours l'air si libre et si joyeox sous k frein, on eût dit que ce vaillant animai ne le subissait pas, mais l'acceptait comme nue parure.
Pauvre Candid ! c’était mon courage, mon orgueil ! Confiant dans sa force, j'affrontais sans crainte des dangers qui peut-être sans lui m'eussent fait pâlir.
Confiant dans sa vitesse et son opinâtre énergie, j’acceptais tout juri. Pauvre Candid! sa vitesse, son opiniâtre énergie, c est ce qui Ta tué.
Seul parmi mes chevaux il pouvait Caire ce qu’il a Cüt, ce que bien peu feraient ; il a vaillamment accompli sa lâche ; fl m’a valu un sourire de Marguerite, et puis il est mort.
Pauvre Candid ! je n'ignorais pas à quoi je l'exposais, et maintenant... je ne sais si j'aurais encore le même courage de sacrifice.
Voici pourquoi Candid est mort.
Ce matin nous sommes allés avec Marguerite et don l uis voir le château de ***, qu’elle a envie d'acquérir ; ce château est situé à Irois Hcoes et demie de Paris.
En visitant les appartements, je donnais le bras à Marguerite, nous précédions don Luis et 1e régisseur de cette terre.
Arrivés dans b bibliothèque, nous avons remarqué ou très-beau portrait de femme du dix-septieme sièck; les mains surtout étaient d’une délicatesse et d'une forme adorable.
Si adorabk que je trouvais qu elles ressemblaient à celles de; Marguerite.
Klk a mi : je l'ai suppliée d'àler tou gaoi et de cotuparer : b ittutb lance était frappante.
Voir de si belles mains sam les tendrement baiser, je ne le pouvais.
Nous entendîmes les nss de don Luis, et nous continuâmes notre examen.
U château visité, nous revînmes i Paris.
Se trouvant fatiguée de cette course, Marguerite m’avait prié de venir passer h soirée avec elle; je k lui promis.
En arrivant je b trouvai triste, pâle, visiblement émue.
— Qu'avez- vous? lui difr-je.
~ Vous allez vous moquer de moi ( elle avait les larmes aux yeux ); mais je u’ai pas retrouve uu bracelet qui inc vient de ma mère : je ie portais au bras ce malin ; vous savez le prix quo j'y attache, jugez de mon chagrin; j’ai bit chercher partout, rien... rien !...
A ces mots, je me rappelai presque confusément avoir vu tomber du gant de Marguerite quelque chose de brillant, lorsque je lui baisai Li main d.ms b bibliothèque; ma», tout au bonheur de ce baiser, cet incident n avait pu m’en distraire.
— J'attache tant d'idées exagérée» sans doute à la possession de ce bracelet, reprit Marguerite, que je serai affreusement malheureuse de ne le pas retrouver ; mais qud espoir? en ai-je aucun? Ab! mon ami, pardon de cette douleur de regrets dans laquelle vous u’éU* pour rien; mais s» vous saviez ce que ce bracelet est pour moi... Ah ! que fie pénible
I nuit je vais passer, dans quelle inquiétude je vais cire !...
Il me vint alors à l’esprit une de ces pensées qu'on a lorsqu’ ou uiiu® j avec idolâtrie. ‘
J'avais un cheval de course d’une fraude vitesse, c'était Candid : il y avait trois lieues et demie de Paris au château de *** ; b nuit était belle, la me brillante, b route parfaite ; je voulus, pour éparguer à Murguerite nqu-MMilemcnt une nu«, mais une heure, mais quelques minutes de chagrin, savoir, dans le moins de temps possible, si le bracelet cuit reste ou non dans 1a bibliothèque de quille â tuer mon cheval.
— Pardon de mon égoisme, dis-je à Marguerite, mais votre regret et “ perte que vous avez faite me font souvenir que j’ai bissé étourdiment une clef a un coffret qui contient des papiers importants: j’ai toute conliancc dans mon valet de chambre, niais d'autres que lui peuvent entrer chez moi. pcrmettez-uioi donc d écrire un mot, que je va» envoyer par mn voiture, pour ordonner dôter celle clef cl de me l’apporter.
J’écrivis aussitôt ces mots :
* Georges sellera à I instant Candid, Il ira au château de ***, demandera au régi'seur s U n’a pas trouvé un bracelet d'or dans la hlbliulhèqiK*. Quand (ie orges recevra cet ordie, il sera dix heures; il faut uu’â onze heures k bracelet ou k réponse soit à l’hôtel de Pênàftcl. »
La lettre partit.
Il j avait un peu plus de trois lieues et demie de Paris au château de ; c était donc faire plus de sept lieues en une heure, « luise possible pour un cheval «le la vitesse et du sang de Candid, mais U y av«U cent à paner contre un qu’il ne résisterait pas à celle course.
Jusqu à dix heures, j'eus assez d'empire sur moi pour distraire uu peu Marguerite de ses regrets et j'y parvins.
Onze heures sonneront, Georges n'était pas de retour.
ARTHUR
A onic heures cinq minutes, un valet do chambre entra portant sur ud plateau uu petit paquet qu'il me présenta.
C’était le bracelet de Marguerite.
Je ne saurais dire avec quelle ivresse je le pris.
Mc pardonnerez-vous, lui dis-je, la lenteur de mes gens? ne Barbant pas le prix que vous attachiez à ce bracelet, c’est moi qui vous Parais volé; nuis, voyant votre chagrin, j'ai pris le piélcxle d une clef oubliée pour écrire à mon valet do chambre de m’envoyer un petit pa- ,jiai ipi il trouverait dans ma cassette.
— Je l’ai... je l’ai... oli ! je le retrouve.... je vous pardonuc ! s'écria Mirpicritc en baisant le bracelet avec transport : puis, me tendant la nuiu.elle ajouta : Ali ! que vous etc» bon d’avoir eu pitié de ma faiblesse, rt que je vous sais gré d’avoir envoyé chez vous pour m'éviter quelques Boueoto de chagrin.
J'avoue que. malgré la joie et le bonheur de Marguerite, mou inquiétude fat grande jusqu'à onze heures et demie, que je quittai (‘hôtel de
IflMi
A minuit je n’avais plus d'inquiétude.
Pâture Candid !... il vient de mourir.
J aniiî à Georges, pour expliquer celle mort, que j'avais parié trois «b louis que Candid irait k *“ peudant la nuit, et reviendrait eu une
ürure.
Avril «...
J'ai rencontré Marguerite aux Champs-Elysées.
En parlant de chevaux elle m'a dit : — Mai* comment ne faites-vous pas plus souscrit courir Candid? Ou le dit si vite, si beau, et vous I aimer UDI... oh ! tant, que j'en suis presque jalouse, ajouta-t-elle en riant.
A ce momeuU M. de Cemay, qui était à cheval ainsi que moi, s'approcha de la voiture de madame de Pcnâtlel, ta salua et me dit :
— Eh bieu, est-ce vrai? Caudid est mort.
Marguerite me regarda avec élonnemeut.
— Il est mort, dis-je à M . de Cctuay.
- C’est ce qu'on m'avait dit, mai» eela uc m'étonne nas : faire pl s é*M?pt lieues la nuit, en une heure quatre inimités ! do tel sang que soit ■ (levai, il est bien difficile qu'il résiste à cette épreuve, surtout sans litre en condition. Et votre pari était de trois cents louis, je crois?
- De trois cents louis.
- Eh bien, entre nous, vous avez fait une folie : d'abord je vous en airs refuser beaucoup plus que cela, et avec nisoQ, car, pour cinq •vsto louis cl plus, vous ne retrouverez jamais un cheval p areil : je vous le dis maintenant qu'il est mort... ajouta-t-il irès-naivemcut.
— U en est donc uu |>eu de la réputation des chevaux comme de celle &s grands hommes, lui dis-je en i Luit, la jalousie empêche de les apprécier de leur vivant.
le regard de Marguerite me dédommagea presque de la mort du pauvre Caudid. *