‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Arthur journal d'un inconnuChapitre 21 sur 59 · III · texte numérisé non relu

III

Avril 18...

Oiiclle enivrante journée ! Ce bonheur retentit encore si délicieuscait ni dans mou cœur que je me plais à en écouter les moindres échos.

Il faisait aujourd'hui un temps radieux. Ainsi que nous en étions cou* vetiu> hier avec Marguerite, je l’ai rencontrée au bots ; sa ligure encore ■# peu pâle semblait s'épanouir et renaître au soleil, bile se promenait 3 l'wd; avant de la rejoindre, j'ai pendaut quelque temps suivi Marguerite dans l'allée des acacias. Itien de plus élégant que sa démarche, que ■a taille, dont on devinait fa souplesse et U grâce sous le loug chale qui I enveloppait, fonçu-mps, bien amoureusement aussi, j'ai regardé W» petits pieds soulever à chaque pas les plis ondoyants de sa robe.

Je l'ai rejointe; elle a beaucoup rougi eu me voyant. — Plus que jal'iaisje suis convaincu de fa valeur charmante de ce si Diplôme. Des qu'il cesse, de* que fa vue de l'objet aimé ne lait plus allfuer le sang au «car et au visage, l'amour vif, ardent et jeune a passe; — une débile et froide affection lui succcdc; — l'indillérencc ou l'oubli ne soûl pas loin.

fai pris son bras. — Comme elle s'appuyait à peine sur le mien , je faii suppliée d'y peser davantage.

Lsir était doux et pur, le gazou commençait à verdir, 1a violette à

poindre, nous avons d'abord peu parié. — De temps A antre clîe tournait sa figure vers mol, et me regardait doucement avec ses grands yeux qui semblaient nager dans un cristal limpide : puis bientôt, ses i urines roses se dilatant, elle m» 1 dit avec une sorte d'avidité : (Ju'U est boo , n'est-ce pas, d’aspirer ainsi le juintemps cl le bouheur !

En voyant les hauteurs du Calvaire, nous avons beaucoup parié cam* pagne, grandes forêts, champs, belle et vaste nature. — Cette conversation a été çà et là entrecoupée de longs silences. Après uu de ces silences elle m'a dit ; Je voudrais vous voir en Bretagne ; nous ferions de lougues, longues promenades, et je vous sèmerais daus Dos bois, pour faire plus tara, daus ma solitude, uue riche moisson de tendres souvenirs.

J'ai répondu en riant que je ne trouvais rien à lui dire eu échange de ces charmantes flatteries, et que je m'eu savait presque gré, car rien oc me paraissait plus désespérant que ces gens qui vous remboursent immédiatement uu compliment gracieux ou uue aUeuiion délicate, comme s’ils voulaient se débarrasser à tout prix d'uuc dette insupportable.

Nous avons rencontré plusieurs hommes et plusieurs femmes de notre cou naissance à pied comme nous. Après qu'ils eurent passé, et nos saints échangés, nous nous sommes avoué en riaut notre désir de savoir ce qu'on disait alors à notre sujet.

A propos de cette rencontre, Marguerite m’a dit que Par» lui dévouait odieux ; qu’elle avait un beau projet, mais qu'elle ne voulait me le ronfler que le <•* mai. — Impossible d'en savoir davantage.

A quatre heures, le vieux chevalier don Luis nous a rejoints; nous avons tous trois continué notre promenade encore quelque temps. Madame de Pénàficl avait comme moi quelques visites à faire, je l’ai quittée ; elle allait le soir au bal ; nous sommes convenus que j'irais chez elle à dix heures pour avoir la première fleur de sa toilette, dont elle in avait voulu faire un mystère.

Eu quittant Marguerite, j'ai été voir madame de **\

Notre bouheur est décidément très-connu. Autrefois on pariait souveut devant moi de madame de Pénâflel avec toute liberté ; maintenant •m ue prononce presque jamais sou nom en ma présence, ou bien on l'arcompague des formules de luujoges les plus exagérées. Celte réflexion m est venue pendant le cours de ma visite à madame de ***.

Un homme de ses amis, tout récemment arrivé d'Italie, et ignorant encore les liaisons du moude, lui a dit, après s’étre informé de plusieurs femmes de sa connaissance : A propos, et madame de Pènàfiel? J'espère «pic vous allez me raconter comme toujours quelque bonne histoire sur elle? Voyons, quel est l'heureux ou le malheureux du moment? Dites— moi dont- cela? Vous me le devez, à moi , qui, arrivant des antipodes , uc suis au fait de rien, et qui saus ces renseignements pourrais faire quelque gaucherie.

— Mais vous êtes fou, a répondu madame de rougissant beaucoup, tl jelMt uu regard presque imperceptible de mon côté; VOUS savez, au contraire, que je déleste les médisances, et surtout lorsqu'elles ont pour sujet uue de mes meilleures amies; car j'ai pour Marguerite uue affection qui «laie de l’ciifauce, ajouta-t-elle en appuyant sur ces mots.

— Une de vos meilleures amies! ali ! c'est charmant, par exemple! reprit ce diable d'homme qui uc comprenait rien ; une de vos meilleures amie», soit ; mais alors en cc sens, celui qui aime bien, châtie bien, car vous m'avez fait sur clic ceul contes plus divertissants , plus mordants les uus que 1rs autres.

L’embarras de madame do '** devenait extrême, j'en ai eu pitié.

— Je uc suis donc lias le seul , madame , à qui vous ayez tendu cc piège ? lui ai-je dit en riant.

— Uu piego ? a repris le nouvel arrivant.

— Un piège, mousieur, ai-je répondu; un piège rempli de malice, auquel moi-même, un des amis Ica plus sincèrement dévoués de malfamé de l'ënâûel, j'ai failli me laisser prendre.

— Ali! m’en croyez-vous capable? m'a répondu madame de *'* en souriant, sans comprendre encore ce que je voulais dire.

— Certes, madame , je vous en crois capable , car c’est un excellent moyen de connaître les véritables partisan» de nos amis; on dit eu apparence un mal affreux de son mû intime , cl selon que les personnes de sa connaissance fa défendent ou renchérissent encore sur la médiwnee, on juge ain*i des bienveillants et des malveiBaols ; aussi, renseignée de 1a sorte, l’amie intime prend plus lard pour ce qu elle» valent le» protestation» qu'on lui fait.

— Ah 1 vous êtes en vérité d'une indiscrétion insupportable , m’a dii madame de •" en minaudant.

L’arrivant d Italie était stupéfait. Une nouvelle visite entra, je sortis.

A dix heures, je suis allé chez Marguerite. J espérais l'attendre ; car je trouve toujours délicieux d’être quelque temps seul à rêver dans un salon habité par celle qu'on aime, puis de voir lappartemcul tout à coup éclairé pour ainsi dire par sa présence. Je n'eus pas cc plaisir; c’était clic qui m'attendait. Le triomphe que je remportai» sur le» longueur»

| ordinaires et incommensurables de la loilcUc, relie attention délicate es i rare d'érte prêle pour me recevoir, me charma.

ARTHL'R.

Marguerite était adorable ainsi : die portait une robe de moire verte, j très-pàlc, garnie de dentelles et de nœuds de rubans roses, d'où s'épanouissaient de grosses roses rosées; une de ces (leurs dans ses cheveux et une nuire au corsage complétaient sa parure. Mlle m’avait gracieusement réservé un de scs bracelets à attacher ; je le (is, non sans baiser avec adoration ce bras charmant, si blanc, si frais et &i rond.

J’ai voulu savoir les secrets du premier mai. Marguerite m’a dit qu’elle voulait me faire un mystère de ce printemps d’espérance.

Je lui ai raconté ma visite du matin à madame de *** ; nous en avons beaucoup ri, et elle m’a dit être trop heureuse pour penser à b fausseté des autres. Puis, causant d’une très-belle étrangère qui avait produit une assez grande sensation dans le monde, Marguerite m’a remercié trèsgaiement de me montrer fort assidu auprès de cette jolie personne. Et pourquoi nie remercier de cela ? lui ai-jc demandé. Parce qu'un homme n’est jamais plus en coquetterie avec les autres femmes que lorsqu'il se sait bien absolument sûr du cœur où il règne. Aussi, je suis heureuse et lièrc de vous inspirer celte certitude et celle sécurité.

— A onze heures elle a demandé sa voiture. Comme je me félicitais de cette UlOté qui uous permettait de nuits voir si intimement , Marguerite m’a répondu : Cela n'est rien encore ; vous verrez mon premier mai.

j délicieux souvenirs, aussi enivrants que le parfum sans nom d'un boo- ; quel, aussi composé, lui, de mille suaves et fraîches odeurs A demain... onze heures. .

s iv.

Avril 18...

Je suis allé chez elle à trois heures.

Je l’ai retrouvée toujours tendre, affectueuse, mais recueillie, pensive et presque triste.

Celte tristesse n’était ps amère; elle était douce, remplie de charme et de mélancolie. Les idées qu’elle a émises ont été nobles, sérieuses, élevées.

Ce contraste m’a profondément frappé...

Il y a dans l'âme de certaines femmes d’inépuisables trésors de délicatesse.

Je suis allé un instant à l’Opéra ; il était fort brillant. J’ai trouvé M. de Cerna y dans notre loge. Ce qu'il appelle mon bonheur continue toujours de lui être insupportable ; car il ne cesse de me dire combien il est enchanté de la voir si sérieusement attachée ; il fallait que cela finit ainsi un jour où l'autre, a-t-il ajouté. D'ailleurs elle devait enfin se lasser d'une existence si agitée. Sou goût pour Ismacl n’avait été qu’uuc folie ; son penchant pour M. de Merteuil uu caprice; ses autres aventures mystérieuses , niais pouriaut devinées, des écarts d'imagination , tandis que l'affection qu’elle ressentait pour moi était toute autre, etc. Selon mon habitude, je nie suis obstiné a nier mon bonheur ; alors M. de Cernay s’est mis à m'accuser d’être dissimule, de vouloir cacher ce que tout Paris savait, et a fini par me prédire sérieusement nue , si je persistais à demeurer aiusi secret, je n’aurab jamais d’ami intime. Prédiction dont je me suis véritablement trouvé très-chagrin.

Je suis allé au liai de madame *** pour rejoindre Marguerite : en entrant dans les salons je ne l'ai pas longtemps cherchée. Ihii expliquera ect instinct, celte singulière faculté, grâce à laquelle il sulfit d une minute et d'uu seul regard jelc sur une foule de femmes ci d hommes pour trouver au milieu d’elle la personne qu’on désire vivement de rencontrer ?

Chez celles-là, tout s’épure par le sacrifice, tout s'idéalise par l'ardeur presque religieuse dont elles aiment, par le sentiment dos devoirs sacrés quelles trouvent dans l'amour, par une sorte de contemplation douloureuse où les plouge toute pensée d'avenir.

Chez nous, l'horizon est bien plus borné.

Une fois notre passion et notre vanité satisfaites par b possession, rien de plus net, de plus tranché que ce que nous éprouvons. Les mieux doués sout encore quelque peu teudres, reconnaissants ; les autres se trouvent souvent rassasiés et maussades.

Chez certaines femmes, au contraire, par ccb que les impressions heureuses cl tristes, plus tristes qu’heureuses, qui succèdent à l’irrcssc des sens, se coiumrieqt et sc heurtent ; en clics la mélancolie prédomine, car ce qu'elles éprouvent est indéfinissable. C'est à la fois bonheur et désespoir, regrets et espérance, souvenirs brûlants cl honteux, amour plus vif, rémoras terrible cl désir insurmontable de sc donner encore.

Je suis resté longtemps chez Marguerite. Notre conversation a été délicieuse d'intimité. Elle m’a beaucoup parlé de ma famille, de mon père...

Marguerite causait avec madame de lorsque J'allai la saluer. Elle m'accueillit avec une grâce charmante et une préférence très-marquée, bieu qu elle fût fort entourée. Je cite cette particularité parce que beaucoup de femmes, dont on a deviné l'intérêt, croient faire une merveille de Lu t et de finesse en accueillant avec une indiircrence affectée , souvent même grossière, les prévenances de celui qu'elles aiment.

Madame de ‘“ est fort vive, fort spirituelle, fort gaie, d’un caractère rempli de franchise et de solidité, indulgente pour te monde, mais nullement banale, et d'une méchanceté cruelle des «l’on attaque ses amis absents. Marguerite et moi étions eu grande confiance avec elle. Toutes deux s’étant mises sur une causeuse, je me suis assis derrière elles, c l nous avons bit mille folles remarques sur tout et snr tous. Je ne sais comment on vint à parler de tableaux. Madame de *’ 4 m’a dit :

— Je sais que vous avez une charmante collection de tableaux et de dessins; donnez- nous donc uu jour à souper, ainsi qu'à quelques femmes et à quelques hommes de notre connaissance, que nous allions admirer vos merveilles.

— Avec le plus grand bonheur, lui ai-je répondu : mais il est bien entendu que je n’iuvite pas les maris; cela dépare, c’est eomme un danseur dans un ballet.

— Mais au contraire, m’a-t-clle dit, à la fadeur maussade, jalouse, enfin presque conjugale, qui règne dans b plupart des liaisons ce serait très-piquant ; beaucoup de maris très-aimables u'oul contre eux que d'être maris : or, puisque beaucoup ne le sont plus, ils ont mille chances de paraître charmants. Après avoir longuement et gaiement débattu celte question, nous sommes convenus de ce souper avec une proportion raisonnable de maris et d'amants.

Il était assez tard, Marguerite a prié son cousin don Luis de demander sa voiture; tandis quelle l'attendait et que je jetais son raanlclct sur ses Mies épaules, je lui ai dit à voix basse : A demain onze heures... n’est ce pas?

Elfe a beaucoup rougi, et m'a légèrement serré b main lorsque je lui ai rendu son éventail et son flacon...

Un moment ces pensées, dont j’étais bêlas ! depuis si longtemps déshabitué, m'ont attristé : je lui ai tout confié : mon oubli, mou ingratitude, et l'indifférence coupable où me laissait sa mémoire...

Alors, Marguerite n’a pu s’empêcher de fondre en larmes, et m’a dit : — On croit a l'étemelle durée d’autres affections... puisqu’on ose s'y livrer...

J'étais si profondément heureux, que peu à peu je l’ai rassurée. Sa tristesse s'est en partie dissipée, cl je ne saurais exprimer avec quelle tendresse ineffable et presque maternelle elle m’a parlé de l’avenir de mes projets, de son impatience de me voir abandonner b vie stérile cl oisive que je menais, et dont le vide, m a-t-elle dit, m’avait causé tant de chagrins.

Je lui ai répomlu qu’à cette heure ces reproches n étaient pas fondés, cl qu’il ne fallait pas m’accuser d'être malheureux cl iuoccupe, puisque, (tassant ma vie à l’adorer, je me trouvais le plus heureux et le plut délicieusement occupé de tous les hommes.

Comme j'ajoutais mille folies â ce commentaire, Marguerite, me prenant par la main, m'a dit avec une inexprimable expression de bonté, d'amour et de doux reproche, en aUachanl sur moi ses grands veux humides de brmes : — - Vous êtes bien gai... Arthur !

— C’est que je suis si heureux, si complètement heureux !!!

— C’est singulier, m’a-t-ellc dit ; moi aussi je suis heureuse, complètement heureuse... et pourtant je pleure ! j'ai besoin de pleurer.

Puis, je ne sais pourquoi, nous avons parlé de présage, et enfin de divinations et de devins. Comme toujours, nous avons rebattu cc thème usé : Faut-il croire ou non à b prescience de l’avenir? etc.

Enfin nous sommes convenus de tenter le destin, et de nous rencoutrer demain rue de Tournon, chez mademotoelJe Letiormand, afin de savoir notre avenir.

J'ai quitté Marguerite à six heures et demie...

Elle a fait défendre sa porte, et m’a dit qu’elle passerait sa soirée à m'écrire.

— J’ai compris.

Don Luis lui a offert son bras, et elle est partie, l’entré dicz moi, je viens d’écrire le détail de celte journée si vide en apparence, et pourtant si remplie de joies charmantes,

•fo cs charmantes qui sont tout et rie# : mu si ou Us isole, tout si on !r rassemble. Alors c'c»l un bonheur épanoui, radieux, entaille de mille

Rentré citez, moi, et soumis à b seule inlluencc de mes pensées, j’ai été encore plus frappé de b différence profonde qui existait entre les impressions des hommes et celles des femmes.

Ainsi, après celte matinée d'ivresse des sens, autant Marguerite avait besoin de silcucc, de recueillement cl <k solitude, autant j'avais Itesoiu.

ARTHUR

moi. de bruit, d'éclat, d'animation ! Quoique concentré, le bonheur niMuait eu moi. Je me sentais gai, causant, aimable, tant le conteuujdnU nous grise; aussi le monde, avec toutes ses joies cl toutes ses (fittxliurs, me graissait le seul théâtre digne de ma félicité.

Avant de me rendre à une ou deux soir«v«, je suis allé aux bouffes pour entendre le deuxième acte d ’OJrffo. J'ai vu madame de V* seule dm» u loge.

Elle était, comme toujours, charmante et mise à ravir.

Bien de plus délicieux qu'une jolie figure de femme se détachant, ainsi lumineuse et souriante, sur le fond toujours très-obscur de ces premières loges de face.

Dans l'entracte, j'ai été faire une visite à madame de V*. Elle m'a rt^n à merveille ; je dirais presque avec une coquetterie Iros-provogoante. si elle n’était pas, pour ainsi dire, née coquette et provoquante comme d’autres naissent blondes ou brunes. H ion d'ailleurs de plus briltiol de plus original, de plus fou que son esprit ; disant tout, mais avec iw grâce si piquante, une malice en apparence si uaive, quelle se fait tari pardonner.

Ole a commencé par m'attaquer très-vivement sur mes assiduités constantes auprès de eertaiue belle marquise, disant que celte marquise devait s’estimer très-heureuse d'être presque de ses ennemies, parce 9*, sans cela, elle, madame de V*, aurait peut-être jeté un grand trou- \k «Uns notre amour.

— Comment ! parce que vous êtes son ennemie, vous vous abstenez it celte vengeance?

— Sans doute, on réserve ordinairement ces bounes perfidies-là pour ** amies intimes, et c’est très-dommage, a-t-elle ajouté en riant comme une folle : car, si je l'avais bien voulu, je vous aurais rendu eu vingtqtutre heures amoureux de moi, mais amoureux à lier.

— Nais c’est fait depuis longtemps , et sans que vous vous soyez donné la moindre peine pour cela, ai-je dit. Puis, à travers mille galanteries très-empressées, je lui ai vanté le charme de ce* amours éphémères, de ces rencontres de coeur, autrefois si communes et si ravissaiti», mais de nos jours malheureusement si rares; rencontres charmante», sans veille ni lendemain, qui ne laissaient dans la vie qu'un souveuir unique, mais divin.

— Je ne suis pas de votre avis, a-t-elle ajouté fort gaiement . en fait de perles... j'aime mieux un collier qu'une bague.

— Oui, madame ; mais toutes les perles d'uu collier sont égales, d’une '-«me monotone, taudis que certaines perles inestimables par leur sintubrité même ont plus de valeur à elles seules que tout uu collier.

— C'est p ur eda sans «Joute, monsieur, que vous m'avez toujours t-aru si parfaitiMieot précieux et singulier.

lihce à mille autres folies, Oielln passa, ie le dis à ma boute, presque wDrmdu. On commençait à quitter les loges: — Allons, dit madame I', mou inari va encore me laisser seule pour la sortie.

— ; Votre mari, cela se concevrait presque... car il n'y a guère que ks riches qui iguoreut leurs trésors; mais, rc qui m'étonne, rcstquc...

Et, comme j'bésitais, die me dit très-délibérément: — C'est que H. de *" ne soit pas là pour me donner le bras et demander incs gens ; | -*t-fe eda que vous voulez dire ?

. — C’est justement ceb que, par une féroce envie, une jalousie de tigre, je ne voulais pas dire du tout.

— Je l'ai envoyé à b chasse pendant huit jours pour le remettre en çràce avec moi, a repris négligemment madame de V* ; car il a l'absence délicieuse.

— Délicieuse pour tous, car je lui devrai de jouir d’un charmant privilège, si vous acceptez mon bras pour sortir.

— Mais, certes, j’y complais bien.

— Et mes priv iléges ue se borocront-Us, hélas ! qu’à cette faveur ?

— Vous êtes un curieux et un indiscret.

— Soit, pourvu qu'après avoir été curieux comme le désir, je puisse être indiscret comme le bonheur.

— Mais, a-t-elle ajouté sans me répondre et inc faisant remarquer femme souverainement ridicule, voyez donc cette pauvre madame

de B. On dit qu'elle a les yeux bêles'.. . Quelle sottise ! je les trouve, moi, b plus spirituels du monde ; car ils ont l'air de vouloir sortir de sa vi- Uiue figure.

J'oublie une foule d'autres observations pleines de malice, le tout dit <11 riant très-haut, elle sur uue marche de l'escalier, moi sur une autre.

Enfin, au moment de me quitter, elle m’a rappelé qu’il y avait bien longtemps que je n'étais venu voir ses dessins, qu elle était (1ère de ses progrès, et qu’elle tenait à m'en faire juge.

— Mais je serai ravi, madame, d’aller critiquer ou admirer tant de merveilles ; seulement, comme je suis très-sévère, je me trouverais gêné for la présence d un tiers pour vous dire franchement mon avis ; aussi T <>>« devriez bien, pour cela, frire fermer votre porte aux imjioriutis.

— Mais c’est un tête-à-tête, un rendez-vous que vous me demandez U, monsieur.

— Absolument, madame.

— El mes gens ?

— Vous direz que vous n'y êtes que... pour votre notaire

— Et vous consentiriez à passer...

— Pour un notaire, pour un procureur, pour mut ce que vous voudrez ; je prendrai, s'il le faut, un paquet de papiers, des luucllcs vertes» et nous causerons alors très-impunément cl surtout ires-longuement .. d 'affaires.

— Ue testament? par exemple.

— Certes, de celui de ce pauvre dont je voudrais être si éperdument à cette heure le légataire universel.

— Ah ciel ! que vous voilà bien dans l'esprit de votre rôle ! s’csl écriée med '

On vint loi auuoncer sa voilure.

— Eh bien ! lui ai-je dit en l'accompagnant, attendrez-vous votre notaire demain à trois heures ?

— Qu'iJ vienne, il le verra.

— N'allez-vous pas ce soir au concert de madame T*“ ?

— Non, je rentre chez moi.

— Comment, sitôt ?

— Oui, pour mettre quelques affaires en ordre, ayant dernaiu une grave entrevue avec le plus détestable et le plus importun des hommes ae loi.

En disant ces mots, et toujours riant aux éclats, elle a monté en voiture.

Je suis revenu sous le péristyle attendre la mienne ; là, j'ai été accosté par le gros Pornmcrive, qui, passant près de moi, m’a dit . — Déjà infidèle !... C'est bien tôt... ou bien tard...

Je haussai les épaules en souriant.

Je suis allé à ce concert. Trop de foule. Pour moi, la musique est sans charme si je ne lent ends pas commodément. En rentrant chez moi, je viens de trouver une longue et tendre lettre de Marguerite.

Dans noire conversation de ce matin, je lui avais avoué ma passion pour les violettes de Panne. J'en trouve «Jeux corbeilles véritablement colossales dans mou salon.

Ce souvenir, celle prévenance délicate m'a touché, m'a ravi, mais ne m’a pas fait véritablement rougir de mon empressement auprès de madame de. V*. que j’ai trouvée d un éclat et d’une vivacité charmaule.

Je Ils pourtant avec amour lu lettre de Marguerite ; elle est tendre cl bonne, pleine d'uue charmante mélancolie; elle se félicite de celte longue soirée passée seule avec mon souvenir. En post-scriptum, elle me rappelle que demain à trois heures nous devons nous retrouver riiez mademoiselle lenormaud pour savoir notre avenir.

C'est justement à trois heures que j’ai promis à madame de V* d’aller voir scs dessins ; que frire? Je in* puis certainement pas mettre en balance mon ufiectiou profonde et vraie pour Marguerite avec le caprice très-vif, mais sans doute éphémère, que je ressens pour madame de V, aussi jolie, aussi séduisante que légère cl coquette.

Mais je suis assuré de raficctiou de Marguerite ; c’est un amour sincère et durable ; le goût passager que j échangerai peut-être avec madame de V* ne portera d'ailleurs aucune atteinte à celle intimité tendre et sérieuse.

Avec une femme aussi inconstante, aussi variable que madame de V*, une occasion perdue peut ne plus sc rencontrer, le (usant est son dieu. J'irai donc demain riiez elle. Je rais trouver uue excuse pour remettre notre partie d'avenir avec Marguerite chez mademoiselle l.enormand à après-demain. Que prétexter? une affaire... de notaire? Non, ce serait une perfidie puérile... Pourtant, que dire?

Enfin je m'y résigue; mais je vais par compensation écrire à Marguerite b lettre là plus passionnée.

J’ai relu cette lettre tout à l'heure écrite par moi à madame de Pêuàtiel. Cette lettre est bien, pleine de cœur, de tendresse, de passion, et cria n'est pas feint, c’est vrai, profondément senti, éprouvé. Chose élraogc! et je songe fermement à la tromper, et pourtant jamais peut-être mon amour pour « Ile n’a été plus vif et plus sincère. Je n'ai aucune raison de me incnlir â moi-même, je m'écoule penser... Ceb est vrai, j'aime Marguerite plus que je ne lai jamais aimée ; naguère j'aurais reculé peut-être devant quelques sacrifices: à cette heure j Irais au-devant de tous ceux qu'elle me pourrait demander, et pourtant, je le répète, je songe à b tromper !

Cette idée me cause-l-ellc bonté, remords, regret? Non.

Ilésilé-je un instant à la pensée que Marguerite peut être instruite de celte infidélité et eu ressentir un profond chagrin ? Non.

Est-ce que j’éprouve pour madame de V* aucun scnlimeul noble et élevé? Non. C’est un désir a nient, qui me semble devoir être aussitôt éteint qu'il a été promptement allumé.

Et pourtant, chose étrange ! je me le redis encore, il me semble aimer davantage Marguerite. Pourquoi cette progression «le sentiment? N’est-ce pas une illusion, un fantôme trompeur évoqué par b cou-

ARTHUR

science de ma perfidie? n'cst-ce pas une excuse que je cherche en in'impusaot à moi-niérae el peut-être à mon insu celte croyance mensongère ? Non, non, je m'écoute penser... il me semble assurément l'aimer davantage.

Singulière contradiction de l'âme ! Serait-ce donc que mon amour pour Marguerite s'augmenterait eu raison de b douleur que je pressens devoir lui causer ?

Avril 48...

Jours de soleil?... hélas! non: ce temps de radieux bonheur, qui avait duré plus de deux mois, devait s'obscurcir et devenir bientôt sombre cl désolé...

Etrange journée que ceUe-ci !

Ce malin, à mon réveil, j'ai reçu un billet de .Marguerite : elle est nu

P eu contrariée de ce retard de bonne aventure. Ce jour étant celui de anniversaire de sa naissance, elle le cropil plus convenable comme étant le plus fatal.

Ayant A faire quelques emplettes de porcelaines de Sèvres et de Saxe, elle m'a prié de me trouver à deux heures el demie chez ***, marchand tres-ea vogue, afin de consulter mon goût.

Je m’y suis rendu.

En allant voir avec elle un meuble de marqueterie placé dans le magasin du fond, nous sommes restés un moment seuls. Marguerite tu a demandé de venir passer ma soirée chez elle, en promenant de me dire son secret du I" mai.

Je l'ai tendrement remerciée; elle m'a paru plus jolie encore que de coutume : elle portail une capote paille garnie ue dentelles et de blucls qui lui allait A ravir.

A (rois heures je l'ai quittée, et je me suis rendu citez madame de V'“.

Malgré nos folles conventions de b veille, d'après lesquelles je devais absolument passer pour un notaire, si je voulais jouir du charme d'un tète à-léte, je me fi* annoncer sous mon nom, cl je b trouvai seule.

Elle m’a montré ses aquarelles, qui étaient véritablement d’une excellente maniéré, car cette jeune femme est parfaitement douée. Néanmoins. pour sortir des banalités, j’ai prétendu les trouver mauvaises, le dessin incorrect, la couleur busse el outrée, le faire sans assurance et sans adresse.

« Vous n'y connaissez rien du tout, m’a-t-elle dit en riant, j'ai un talent charmant ; mais, comme vous dessinez aussi, c’cst jalousie de métier.

— Nous ne nous entendrons jamais à ce sujet, madame : vous trouvez vos aquarelles bonnes, je ks trouve mauvaises» n'en parlons plu»; partons d'un sujet à propos duquel uous serons sans doute d'accord.

— El ce sujet, monsieur?

— C’est la perfection de votre esprit et de votre beauté.

— Eh bien ! vous vous (rompez fort, monsieur : car, prenant à mon tour votre rôle de critique, tout à I heure si injustement exercé ah x dépens de mes pauvres dessiu», je vous répondrai que, si vous me trouvez charmante, moi jo me trouve détestable, or j’ai mille \il.iiocs qualités. Aussi, comme uous ne nous entendrons jamais à ce sujet, parlons d'autre chose.

— Hélas ! ceci est une prétention de votre part, madame ; malheureusement pour moi, vous n'avez pas tous les ravissants débuts que je vous souhaiterais, un surtout...

— Vous êtes fou ; voulez-vous eu altcndaul uue preuve de mon odieux caractère ?

— Je b désire ardemment, ce sera toujours ceb.

— Ecouiez-moi donc, et surtout ne m'interrompez pas. Une de mes amies intimes, très-méchante aussi, avait une vengeance i\ exerepr contre une femme de sa connaissance; votrs n'avez pas Ixsoiu de savoir le pourquoi de cette vengeance. Mon amie était belle, ou plutôt Jolie, vive, coquette, légère, ce que je vous donne comme qualités, selon votre désir, el non pas do tout comme défauts; joignez à cola uu esprit assez amusant, du charme ci beaucoup d en train, pardon de cette vulgarité, el vous aurez son portrait La femme dont mon amie voulait se venger était belle aussi ; mais prêtent u use, hautaine et fausse au dernier point, elle semblait pourtant aégiciHOmchl occupée d'un homme... Pourquoi uelc dirai-je pas? oui, d'un homme fort agréable, assez excentrique, enfin qui ne ressemblait pas à tout le monde : aujourd'hui g.ii, amusant, aimable: demain bizarre, maussade, ennuyeux et ennuyé. Pourtant, dans un de ses beaux jours de raUon, de bon sens, il s'était montré irèx-emprossé auprès de mon amie, qui le trouva, me dit-elle, fort bien, trop bien peut-être... Dans celle circonstance, mon amie vint me demander conseil.

— Eh bien ! vous avez, j’espère, conseillé à votre amie ce que je lui aurais conseillé moi-méme, d«* se venger île l.t femme prétentieuse, en faisant secrètement le bonheur de I homme excentrique. Une peu- , rionnaire aurait trouvé cela; les moyens les phrs simples sont toujours I les meilleurs.

— Ne m'interrompez donc pas. Mon amie attendant mon avis, j'ai voulu savoir le caractère de I Imniinc excentrique, s'il était sûr, sincère, et non pas indiscret et étourdi.

— Eh bien, madame?

— Eh bien, monsieur, c'était un de ces hommes assez rares, auxquels une femme peut tout confier, qui comprennent tout, apprécient tout, admettent tout, quille ensuite à dire franchement ce qu’ils pensent, mais qui ensevelissent b confidence dons le secret le plus impénétrable-. S'il est ainsi, dis-je à mon amie, vous n'avez qu'une chose a faire, c'est d'être inconséquente, osée, hardie, ou plutôt d'être colin ce «pu* nous ne sommes presque jamais, franche et vraie; en uo mol, dites a l'honune excentrique : « Vous voulez me pbire, oui-, je vous sai» o cti| é; or, noa-sculcmrnl une affection partagée ne peut me convenir, mai», si j'agrée vos soins, je veux une preuve, uu moyeu sûr de rendr impossible pour l'avenir tout retour à b personne que VOUS Ut'aurCZ sacrifiée. Eu uii mot, envoyoz-moi toutes ses It-Ures, avec un billet significatif et très-compromettant à ce sujet, et... l'avenir est aux bntreux... » Eli bien ! ne donnais-je pas b un affreux consul à mon amie? m'a dit madame de V* eu terminant.

— Je pourrais vous répondre, madame, grâce à la même allégorie, et me créer A l'instant uu ami intime qui se trouverait être justement l'homme excentrique de votre amie intime. Mais, tenez, pas de détour-, parlons franchement ; vous me connaissez assez pour savoir que je st:'» secret. Est-ce une perfidie que vous me demandez? N 'accueil lcrcz-v mu mes soins qu’j celte condition ?

— Mais, monsieur, vous êtes fou...

— Pas du tout.

— Mai» puni quoi apposer que ce que je vous di> de mon amie soit un prétexte pour vous parler de moi? cl que je pense le moins du monde à accueillir vos soins?

— Eli bien, soit, supposez que l'homme excentrique ait ainsi parlé, cl non pas moi.

— A la bonne heure, de la sorte on peut causer, nous rentrons dans 1 le vrai. Vous auriez donc demandé à mon ainie si elle exigeait véritablement de vous uue perfidie? El ri elle l’eût exigée, qu'auricz-vous répondu ?

— Oue je me sentais capable, surtout avec elle, de faire toutes sortes d'infidélités... mais jamais de trahison.

— El si mon uinie avait pourtant mis scs boules à ce prix?

— Cela ne se pouvait pas.

— Comment ?

— J’aurais pris cela pour une plaisanterie, et refusé obstinément d'en être dupe.

— Pourquoi une plaisanterie?

— Parce qu'il n'y a pas une femme capable d'une telle pensée.

— C'est un peu fort !

— Je pense comme cela.

— Aucune iemme ?

— Aucune!

— Mais je vous dis que, moi, j’ai conseillé cela A mon amie

— Permcltez-nioi de douter de ce que vous dites.

— C'est insupportable; j'ai eu la pensée de celle perfidie, cl je la lui ai conseillée, vous di»-je.

— Je ne puis vous croire : je sais trop la noblesse de votre caractère pour ajouter foi à ces calomnies, que vous faites contre vous-même.

— Enfin, supposez maintenant que je vous dise cela... à vous.

— A moi ?

— A vous.

— Je ue puis supposer f impossible.

— Mais je vous le dis A celte heure.

— Sérieusement vous me dites cela? vous me faites ces conditions!

-Très- sérieusement.

— Eh bien, sérieusement vous voulez vous moquer de moi.

— Vous êtes humble au moins.

— Très-fier, au contraire, rie ne pas admettre que vous me croyiez capable d'une lâcheté. Mais, tenez, ne parlous plus des autres, parfont ! de vous et de moi ; agréez mes soins, sans condition, ou plutôt à condition que vous me rendrez tout aussi inldelc que vous le voudrez.

, — Et ces lettres?

— Encore celte folie! Croyez-vous doue que je ne voie pas que c'est un moyen fort adroit d ailleurs de m'éprouver? de savoir si v»nts pouvez compter sur moi, sur ma sûreté, sur ma probité en ; niour? aosM, entre nous, je ne fieux m'cmpéchcr d augurer fort l)è*o pour mou bon- * heur A venir de celte précaution de votre part.

ARTHUR

— La couda noe ne vous utauquc pas, au moiiu».

— E si-oc «tono être vain que de dcriror, que dcspérer ardemment?...

— Ce» lettres? oes tertres ?

— Toujours cette plaisanterie? -Quant à celle épreuve, je voue le répète, je b trouve parfaite, car quelle femme pourrait avoir l'ombre de confiance, d'estime i;U de Mairesse pour mi homme capable d'une telle iimere ? Ne dr rmt-cUe pas craindre qu’un j ur aussi *rs lettre»?...

— Certes, eUe pmnrak craindre Cela, si elle était a rem sotte pour

écrire... ajouta madame de V avec une assurance dégagée qui me choqua

Par b fin de notre entretien, je tn'assuni qu’en effet madame de V* ne me donnerait quelque espérance qu’au pris de cette perfidie.

Ce eaVrttl me parut doiiWemeiil odieux de sa part ; sans doute parce qu’il blessait mon «now piopre, en eda que chez madame de \ * le désir de se veuger de madame de l'ênàHelf vengeance dont j'ignorais d ailleurs le motif) passait a vaut le gorti quelle prétendait ressentir pour moi.

Je suis sorti de cite* madame de V* asser désappointé. J avais compté sur iiue entrevue sinon plus tendre, du moins beaucoup plus déi isive ; la réputation de légèreté de madame rte V* étant telle que je crovais voir agréer mes aoûts sans cmtditinus; or, celles qu elle me faisait positivement étaient aussi exorbitantes qu'inadmissible*.

Giose étrange ! autant hier, lorsque je songeais à tromper Marguerite, mon amour |K>ur die m’avait paru s‘accrottrc...a«*UTrt aujmird bai, après celle sorte d’échec à ht trahison que je méditais, mon affection semble se refroidir.

Cette impression, peut-être exagérée, sera sans doute éphémère; tuai* je l'éprouve.

Cil pensant :» b soirée que je vais passer près d ette, je sens qi« je»e serais montré bcMseoup plus tendre, beaucoup plus aimable, si j'avais eu quelque tort léel à inc reprocher et à lui caelicr.

Sans dooie j ava» bien «g» en me refusant à ce que madame de V' taper .rit de moi . mais je ne pouvai* trouver dans mm procédé, si naturel d’ailleurs, aucttnc satisfaction de couscien<*; car Marguerite me pbisait beaucoup (dus que son «anomie : en s'hésitant pas entre elles deux, je n’avaii bit aucuu sacrifice.

Néanmoins il m’est presque impossible de ne pas ressentir une sorte de violent dépit contre madame de PcnAliel en pensant qui*, sans l'miin j né quelle a inspirée à madame de V, il m'eût saus doute été facile de lui faire une infidélité passagère, qui aurait eu pour moi beaucoup de cita unes et de piquant.

Rien de plus égoïste, de plus injuste, de plus cntcUemctU ridicule que mon irritation contre Marguerite, parce qu elle m’a involontairement privé d’un plaisir dont l'éclat pouvait lui devenir une peine amère.

J'avoue ce» misères; mais je pense ainsi, cl c’est sous l'inlluencc de ets idées que je va» me rendre cher madame de Pcuâlid.

Quelle sera l'issue de celte soirée ? Je ne sais, mais j'ai de tristes pressentiment*.

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