‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue Arthur journal d'un inconnuChapitre 25 sur 59 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Départ.

Mon intention était de prier lord Falmoulb d'acheter pour moi, mab eu son nom, le tableau et les deux aquarelles de Frank ; puis de vouloir bien, toujours en sou nom, commander à ce peintre une suite de grands dessins dont les sujets devaient être pris dans Schiller, Stiakspeare, Goélhe et NV aller-Scott.

Mon but était d'assurer, par ce travail facile et commode, qui ne générait eu rien l'inspiration nécessaire à de plus grandes oeuvres ; d’assurer, dis-je, pour assez longtemps, l'avenir de Frank et d'Ildène, cl du délivrer ainsi ce noble jeune homme des tristes et aOligeantes préoccupations qui souvent réagissent d'une manière fatale sur les plus beaux génies.

Je m'adressais de préférence à lord Falmouth. parce que, malgré sa réputation d homme absolument blasé, et son déaai gueux et profond scepticisme de lotit et de tous, il était le seul, parmi les gens de ma connaissance, à qui je pusse faire celle confidence dclicale. J a vais d'ailleurs quelquefois remarqué chez lui, sans doute en raison de ce vulgaire axiome « que les extrêmes sc touchent, » une grande profusion, non pas à éprouver, mais du moins à contempler, si cela sc peut dire, des étnolkms jeunes, naïves cl heureuses.

Il était assez difficilc.de pénétrer chez lui avant quatre heures du soir, heure habituelle de son lever; pourtant je fus introduit.

— Et d’où sortez-voos? me dit-ll ; depuis huit jours on ne vous voit phis nulle part. Je sais bien que madame de Péuàflel est partir, mais vous n'étes pas un homme inconsolable, d'autant plus qu'un dépait est toujours flatteur... quand on reste...

— J’avais très-séricuscmcnt à vous prier, lui dis-je, craignant que, si la conversation prenait ce ton de légèreté, l’intcrprélatiou du service que j'avais à lui demander ne s'en ressentit.

— Et qu'est-ce doue? me dit-il.

— - En deux mots, voici ce dont il s'agit : un jeune peintre, étranger, et d'un très-grand talent, mais jusqu'ici absolument inconnu, a épousé ma cousine germaine, une sœur pour moi, avec laquelle j'ai été élevé, c'est vous dire que je la vénère autant que je l'aime. Un malheureux procès contre nu taule, procès que, pendant uu voyage, j'ai pour ainsi dire interné et gagné malgré moi, par l'abus d une procuration, août rocs gens d'affaires se sont servis sans me prévenir, a jelé beaucoup de froideur entre ma cousine cl moi, du moins du sa part, car, ue racliaul pas la vérité, elle a trouvé ma conduite d'uuc houleuse cupidité. Le gain de ce procès est de peu pour moi ; mais il serait d'un grand sucoursa ma cousine et à sou nun, qui, je vous l’avoue, soûl pauvres ; d'un autre côté, ne nous voyant plus, et connaissant l'ombragerne Imi té de cette jeune femme, il me serait absolument impossible de lui restituer ce que j'ai gagné malgré moi. J'ai donc pense à uu mojeii qui concilierait tout, si vous aviez l'extrême obligeance de venir a mon aide. Ce jeune peintre a exposé un tableau et deux aquarelles qui révèleut uu grand et incontestable talent : mais sou nom est encore obscur. Je désirerais donc que vous achetassiez ces ouvrages comme pour vous, et de plus, que vous lui commandassiez, sous le même prétexte, une suite de grands dessins sur différents sujets de Sliakspcare, de Goèllie, Schiller ci Scott, jusqu'à la concurrence de 50,000 francs. C'est, vous le voyez, uue maniéré indirecte, non pas de rendre l'argent que m’a fait gagner ce maudit procès, je ne le puis malheureusement pas, mais au moins d « lie utile à ma cousine et à son mari, que de plus heureuse» circonstances et uu travail assure peuvent placer bumtM à la hanteur nii’fl mérite ,

Selon son caractère impassible, lord Falmoulb ue me témoigna pas la moindre surprime, ne me fit pas la moindre olijeclion ; mais, avec la plus aimable obligeance, me promit de faire ce que je lui demandais cl nous convînmes d aller le lendemain au Musée voir le: œuvres de Frank

Do plus, il ra'oÛrit de recommander très- instamment rel artiste à cinq ou six Ires-grands connaisseurs de ses amis, qui devaient bientôt -tirer c mon grand peintre » de l’obscurité, s'il avait véritablement le talcul que j'annonçais.

J'allai donc le lendemain au Musée avec lord htmonlh, Il avait luimême beaucoup aimé les tableaux ; mais, s’ennuyant de tout, il y de mourait alors Ires-indifférent. Pourtant il fut frappé de l'inappréciable talent qui se révélait si soudainement dans les œuvres de Frank ; il admira surtout le tableau de Claire et dhgmonl, l’apprécia avec une mer-

veilleuse sagacité, et m’avoua qu'il sciait un peu délié de mou enthousiasme, mais qu’il était obligé de recouuaitre là un trè*-gia»d peintre.

Lord Falmoulb devait se rendre chez Frank le lendemain soir, lui ayant écrit uu mol le malin pour savoir s'il pouvait le recevoir.

Sous prétexte de porter à l«»rd Falmoulb l'argent destiné à ces acquisitions, j'allai le trouver, poussé par le désir puéril de voir la réponse | de Frank : elle était très-simple, mais trè— digue, et uon («as empreinte de celle prétentieuse modestie ou de celte obséquieuse humilité qui gâtent souvent les plus belles intelligences.

— Si vous voulez venir souper chez moi, dis-je eu sortant du salon à lord Fuliiiouih, et après votre visite à notre grand artUte, je vous attendrai... Mais pas plus tard que six heures du malin, ajoutai-je eu souriant.

— Je serai chez vous avant minuit, me répondit-il, voici qui vous paraîtra énorme. Le fait est que depuis cinq ou six jours, je ne joue [dus; je suis en veine de gain, et cela m’ennuie. Puis, le jeu par lui— même me parait décidément stupide, je n’ai pas le courage de jouer assez pour me ruiner, et, comme distraction, la perte cl le gain n'en valent pas la peine.

— Et à quelle heure irez-vous donc chez Frank? lui dis- je.

— Mais à neuf heures, ainsi qu’il me le demande dans su réponse. A propos tic cela, vous me trouverez singulier, ridicule, ajouta lord Falmooih ; mais je ne puis m'empêcher de remarquer la façon matérielle dont une lotit e est écrite, cl jusqu'à la manière dont elle est ployée, car je lire toujours de ces remarques de très-certaines inductions sur le savoir-vivre des gens ; cl du moins, sous ce rapport, notre jeune peintre me parait un véritable gentleman.

Je quittai lord Falmoulb.

Je ne puis cacher que celle dernière observation de sa part, à propos de ccs riens, pourtant si significatif., qui m'avaient aussi frappe dan» b lettre de Fr.mK, me fit éprouver, malgré me» généreuses intentions, uu cruel et uouveaii sentiment d'envie.

Alors, sans doute par «mile de cette jalouse réaction, jeu vins pour la première fois a insulter à ma uoble conduite 60 vers Fruuk cl llélcne ; je me moquai de ma délicatesse avec uue amère ironie; je me trouvai ridicule et niais d'obliger aiusi des gens qui ne parlaient sans doute du moi qu’avec dédain : puis j'arrivai par cet enchaînement du pensée» misérables à accuser encore Hélène. EBe ne s'était sitôt consolée que parce qu'elle ne ro'aiiuait pa» : maigre mon amour, mes regrets, mes remords, « Ile avait été sans pitié pour moi ; son refus de ma main n'était que la folle exaltation d'un faux point d’orgueil. Elle était encore plus fierc qu'égoîslc el iule resiée, me disais- je. Mais heureusement quelle ignore la source d’où lui vient ce secours, et qu’excepté lord Falmoulb, dont je connais la discrétion et auquel j ai d' ailleurs caché le véritable prétexte de cette démarche, personne n'est instruit de ma suite généro-bé. « I l puis après tout, ajoutai-je eu voulant à toute force trouver un but sordide à ma conduite, le tableau et les dessins me restent !... cl lorsque Frank sera connu j’aurai fait une (mime affaire. »

Iléias! c'est ainsi que je trouvais encore moyeu de flétrir et de dénaturer ma bonne el noble action par celle odieuse crainte de passer pour dupe d’un sentiment honorable el élevé.

Malgré ce» pensées qui vinrent uu moment obscurcir le seul rayon de bonheur dont la hicubirantc influence m'eût un peu ravivé, je voulus voir llélcne pour troc dernière fois si je le pouvais, cl aussi être témoin invisible de la façon dont elle et Frank accueilleraient luul Falmoulb.

Je me rendis donc le soir à neuf heures sur le boulevard, ne voulant m’approi ber de l.i maison quaprt-s l'cutiéc du lord Falmoulli.

Je u'attendis pas longtemps ; bientôt une voiture s'arrêta : c’était b sienne. J'appuyai de nouveau mon front aux volets.

Par une nuance de bel parfait qui me prouva qu’Hélène était toujours la même, il n’y eut rien d’appréte d.ms sou modeste logis, rien eu uu mol qui signalât l'altenlc d'un Mécène. Elle était mise avec son goût el sa simplicité ordinaire.

Lorsque lord Falmoulb entra, il salua profondément Hélène, qui l'accueillit avec une réserve polie, pleine de charme et de dignité. Frank, par ses manieras, me parut sabir avec uue parfaite mesure le point précis où doit s'arrêter la fierté de l'artiste, pour faire place à l'affabilité de l'homme du monde; puis, sans doute, d'apres b demande de lord Kalmouth, U lui montra quelques cartons et je vis sur b ligure ordinairement si impassible du ce dernier, sc révéler presque de rciilhousia-mc à propos de je lie rais quel dessin, tandis qu'Hélene rougissait d'orgueil el.de plaisir en entendant ces louanges que Frank recevait avec nue sorte ne modestie sérieuse pleine de convenance.

Apre» une visite d’une demi-heure, lortl Falmoulb prit congé d’Ilc— lune, qui. sans sc lever, lui rendit son salut de l'air du moude lu plus affable; Frank sonna, conduisit lord Falmoulb jusqu'à la porte du snlou ut le salua.

Je me cachai quand lord Falmoulb remonb en voilure, puis je re\ ir*s aux volets.

Frank ni Hélène n 'étaient plus dans le salon ; ils étaient allé toi 19 deux contempler leur enfant, et je les vis sourire près de son berceau

ARTHUR

«i le regardant avec amour, comme s’il?' eussent rapporté à celte angélique petite créature ce bonheur inattendu qui leur arrivait.

Pour la dernière fois, je regardai cette uiaUou avec une indicible trwhtse. cl je m’éloiguai eu faisaul un tacite adieu à Hélène.

neutre chez moi, j’attendis iuipaticiunteul lord Fahnoulh, afin de savoir l'impression qu Hélène et Frank avaient faite sur lui.

On ne larda p.i* à l'annoncer.

— Savez-vous, me dit-il eu m'abordant, que votre cousine est une trèft>ffnmde darne? qu'il est impossible d'avoir plus de grâce et de distinction? qu'elle cause à ravir, et que je conçois à merveille votre colore contre vos geus d'affaires, qui vous oui fait gagucr iiu procès couire une aussi charmante femme !

— F.t Frank? lui demaudai-je.

— Notre grand peintre? Avant im au, cet homme-là sera placé à sa I cm tour, jeu léponds, et sa place sera bien belle. C’eat peut-être en-

< orc moins sou admirable tableau qui me dit cel» que s.» couversorion.

N us avous pourtant peu causé: mais dans quelques esquisse* qu il m'a un mirées, et dans cinq ou sis pensées fort r.uurqaable» qui! m’a développées tout naturellement, t’ai tu de vériubles lingots dé l’or le plus fin cl le plus pur, qui u’attendent que la façon et I empreinte ; or, je vous assure qu’elles seront des plus m igniûques. Avec cela les meilfcie res formes, et, au milieu de relie médiocrité. Je ne sais quel parfum J élégance native qui m’a frappe ; entio, ces deux beaux prunes gens mot si réservés, si nobles, si digne* dan» leur pauvreté, que j eu ai été touché ; aussi vous dois-je une des plus suaves impression» que j'aie res- «cotte» depuis bien dos années. Votre commissiua est laite, les tableaux sont à vous, notre Frank va s’occu|*r des dessins; quant au prix, il ( tirera à vue vu mou banquier. Je lui aussi d> -mandé deux tableaux pour moi, car il m’a un peu revois eu goût pour la peinture. Je lui enverrai do pins deux ou trois connaisseurs très éminents qui sauront le foire , « . loir, butin, avant six mob, il gagnera ce qu’il voudra, et alun il perdra b Seule chose qui, â mon avis, lui men ied, c’est-à dire la réserve

n i peu fière de ses façons : car b fortune détend le» iiur* élevées, tan- «1b qu’elle guindé les âme» basse* jusqu'au sublime do ridicule et de liQ'uleace.

Ces louanges données à Frank par un houinte habituellement aussi trçid que lord FahnoutU, ces louanges me firent mal, car elles cunsa-

< raient à mes yeux, d'une maniéré irrécusable, tout h; bien que malgré moi je pensai» du mari d'Hélcoe. Je remerciai lord FahnoutU ch- son obligeance; mais, s’apercevant sans doute de l'impression désagréable qui m'obsédait, il me dit :

— Vous paraissez soucieux?

— Je le suis assez et» effet ; et comme vous êtes de ce petit nombre «b gens auxquels ou ne parle pas que des lèvres, je vous l’avoue, lui

dis-je.

— Franchement, jointe mieux vous trouver dans celte disposition «Tcspril, que très- gai, reprit-il; je ne sais pourquoi, depuis quelques jour*, je m'ennuie plus que de coutume.

Pois apres une pause assez longue :

— Est-ce que b vie qu'on mime ici vous amuse iulîuimcnt? me dit-il.

— Grauti Dieu, non! m’écriai-je.

— Sérieusement?

— 01»! très-sérieusement.

A ce moment, on m'annouca que j’étais servi.

— Veuillez doue faire mettre ce qu'il nous faut sur des servantes, et renvoyez vos gi ns, nous causerons plus librement, me dit lord Falinoolh eu augl.ii», pendant que nous passions dans b salle à mauger.

Nous restâmes seuls.

— Grâce â Pieu, me dit-il, je n’ai jamais plus d'appétit que lorsque je m’ennuie. Un dirait qu’alors la bile u iurril b bête.

— Je suis aussi assez gourmand, mais par accès, reprisse; et j’arrive alors jusqu’aux limite* de l’Impossible, cl oû il me faudrait uu géuie c réatcur et inventif, je ne trouve plu* qu’ua cuisinier. I.t nuis, v«u> allez vous moquer de moi : mais il me Cuti eue raison pour dîner avec ronscicucc, si ccb se peut dire : après une fournie chasse, par exemple, bien commodément étendu dans un fauteuil ; j v v trouve une sensualité très-délicate. Mais faire de mon dîner une éludé, réfléchir sérieusement à ce que je mange, c’est un plaisir trop borné : car on tombe aussitôt dans les redites, et alors vicut la satiété.

— F.l» bien ! me dit lord Falmoulh, j'ai eu, moi, un véritable Chris* toplie Colomb en ce genre, qui m’a découvert des mondes inconnus. Malheureusement il est mort, non pas par un lâche suicide, comme votre Yatcl, mais dans un bel et bon di»ol (Il avec le chef d'office de M. de Ncsselrode : car mon pauvre Hubert méprisait profondément l’onice; il J s'eu occupait parfois pour se délasser... en sc jntumt... comme il disait. Aussi pretcndait-il que le pudding glacé à b Aeselrodc était le fruit d’uu dé ses loisirs, et que son rival n'était qu'un plagiaire. Mais, triste sort des choses d ici- bas, mon pauvre Hubert fut doublcimiU vic-

time. et le grand nom diplomatique qui avait canonisé le pudding dans la légende des gourmands, surnagea seul.

— Chose singulière, dis-je alors â lord Fahnoutb, que le duel et le suicide descendent jusque-là, et combicu il est vrai que les passions seules changent de nom!...

— C’est que, pour mon pauvre Hubert, la cuisine était une véritable passion. Assouvir b faim n était qu’un vil métier, disait-il; nui* faire manger quaud ou u’avail plus faim, était uu grand art selon lui, et un art qu'il mettait au-dessus de beaucoup d’autre».

— Kl il avait raboa, dis-je à lord Falmoulh ; car si Fou était assez sage pour se tenir aux plaisirs sensuel*, que b vie serait calme ! O qu'il y a d'admirable dans b jouissance des appétit* physiques, c’est qu'ils peuvent toujours être rassasiés, et que leur satisfaction laisse une torpeur, un engourdissement qui est encore un charnu-, tandis que les produt lions d'esprit, moine les plus splendides, ne bissent, dit -au, que regrets et amertume.

— Je 6ui» de votre avis, dit lord Falmoulh. Il est évident que toute (NMiséc abstraite, longtemps poursuivie, ne laisse que doute et lassitude chagrine, parce qu'il o'cslpa* donné à l’esprit de rhonime de couuallre la vérité «raie, ni d'atteindre au vrai beau: tandis qu’un appétit physique, largement satisfait, laisse l'organisation caiiuc et doucement satisfaite, en cela que ( homme a complètement rempli une de* vues précise* de b nature.

— Cela est v rai ; la pensée use et lue.

— Et avec tout ccb, dit lord Falmoulh en vidant lentement son verre, on vil, le temps se passe, chaque juur on s'écrie : Quel ennui! tuais ccb ncmpiVhc pas, Dieu merci, les heures de couler.

— El l'on arrive aussi, lui dis-je, au terme de la vie, jour sur jour, heure sur heure...

Lord Falmoulh Ht un geste de résignation, remplit son verre et roc poussa le flacon.

Nous restâmes quelques moment* san* parler. Lord Falmoulh rompit le premier le sileucc et me dit :

— Votre voilure de voyagcc&l-ele prèle?

— Sans doute, lui dis-je fort surpris de cette brusque demande.

— Ecoutez, me dit-il comme s'il se fût agi de b chose b plus simple ; vous êtes, à cette heure, tres-inallieureus, vous ue m'avez pas dit pourquoi, par conséquent je l’ignore : Paris vous ennuie autant qu'il m'est odieux. J'ai quelquefois rêvé un projet éitauge, fou, et qui pour cela m'a beaui oup séduit ; mais il me faibli un compagnon qui se sentit l'énergie de vouloir acheter des émotion» nouvelles, fortes et puissantes, peut-être au mépris de sa vie.

Je regardai lord Falmoulh fixement.

Il coutinua en vidant son verre à petits coups :

— Il me fallait, pour mettre ce projet â exécution, trouver quelqu'un qui, pour s'associer avec moi, fût, comme disent les boni» s gens «tout prêt à se donner au diable, mon par misère, mais au contraire par surabondance des joies et des biens ae ce moude...

Je regardai de nouveau lord Falmoulh, croyant qu’il pbhaulail; il était, comme toojours, fort calme et fort sérieux.

— Eh bien ! me dit-il lentement, voulez-vous être ce compagnon?

— Mais de quoi s'agi l-il ? lui demandai -je en souriaut.

— Je ne puis vous le dire encore: mais si vous acceptez mou offre, voici ce que vous aurez à faire : d'abord, compter sur uu voyage d’un an au plu*.., ou siuon...

— Eternel... je comprends. Ensuite?

— Ne prendre avec vous qu'un homme, sûr, vigoureux, déterminé.

— J’si cela parmi mes gens.

— Dieu. Emporter quinze ou vingt mille francs, pas plus.

— Ensuite?

— Vous munir, vous et votre homme, (Texccflcnlcs amies.

Je regardais lord Falmoulh en continuant de sourire.

— Ceb devient grave, lui dis-jc.

— Laissez-moi finir, vous agirez comme bon vous semblera. .

Il reprit : — Il faut vous munir d'excellentes armes, de voire passeport, et envoyer chercher de» chevaux à I instant...

— dominent ! partir... cette nuit?

— Celle nuit... à cette heure. Vous allez me donner de quoi écrire un mol A mon valet de chambre; mon valet de pied le lui ourlera, et reviendra ici avec ma voiture de voyage et tout cc qu'il me faut : car il c*l important que vous ayez votre voilure et moi la mienne.

— Ah çà! parlez-vous sérieusement? lui dis-jc.

— Donne z-moi de quoi écrire, cl vous en serez assuré.

Eu effet, lord Falmoulh écrivit, et un de ses gens partit avec b lettre*

— Mai», lui dis-je, des habits... des malles?

— SI vous m’en croyez, n’emportez que du linge et cc iftl’H vous faut pour b roule.

— Mais encore, celte roule est-elle longue? quelle est -elle?

(1) UUloriqus.

ARTHCR.

— Celle de Saarscülc.

— Nous allons doue à Marseille?

— Pas précisément, tuais dans uu pet il port très-proche do telle tille.

— Kl quoi faire?

— Nous y embarquer.

— El pour quelle direction?

— Ceci est mon secret; confiez-vous à moi, cl vous ne le regretterez pas... Pourtant je dois vous dire, ajouta-t-il d'un air qui, malgré moi, m'impressionna : je dois vous dire, sans faire de mauvaise plaisanterie,

S uc vous u'auriez pas tort, en cas de non-rclour, de toire les disposions que vous pourriez avoir à faire.

— Mou testament! m’écriai-je en riant de toutes mes forces, cette fois.

— Comme vous voudrez, me dit lord Falmoutb de son air Impassible. Tout en prenant ce voyage pour une espèce de mystification, à la- | quelle je me prêtai- d'ailleurs Fort volontiers, tant j'avais hâte de quitter Paris, où trop de cruels souvenirs m’attristaient, je ne savais véritablement pas s'il ne serait pas prudent d’écrire quelques derniers mots. Pourtant, je dis à lord Falmoutb

— Allons! c’est un pari que vous avez fait de m’amener à écrire mon testament ?

— Ne le faites donc pas, me dit-il sans sourciller.

Celte détermination si prompte me semble auiourd hui au moins aussi bizarre nue les résultats quelle amena ; mais j avais été si chagrin depuis qu« [que temps, j’étais tellement libre de toute afTectioD, de tout devoir, que la brusquerie même de cette détermination tue plut, comme plaît toujours une chose étrange à vingt-cinq ans.

Je fis venir mon ancien précepteur, et je lui bissai tues ordres cl tues pouvoirs

Frank. — mcc 61.

Au bout d’une heure, mes préparatifs étaient terminés, la voiture de lord Falmoutb nous attendait. J y montai avec lui. Nos gens devaient nous suivre dans b mienne.

DU minutes après, nous avions quitte Paris.

Uétcoe. — mci 50.

Je savais que plusieurs foi- lord Falmoutb était ainsi parti fort impromptu pour de très-longs voyages. Je pensais doue qu'il se pouvait, après tout, qu’il cfll envie de s’absenter. Or, comme sa compagnie me plaisait fort, et que l'objet du voyage qu’il voulait me cacher, sans doute pour piquer ma curiosité par ces apparences mystérieuses, pouvait me convenir, et peut-être avoir des suites qu’il m’était impossible de prévoir, je crus bien d'écrire quelques mots, s en cas de non-retour, » cou une il disait.

LOftD FAI.MOCTH.

cini'iniE x\ix

Projets

J'étais parti de Paris avec lord Falmoutb sous le poids d'une tristesse accablante, bien qu'il me bd indifférent de quitter alors la vie du monde pour je ne sais quelle pérégrination dont j'ignorais encore le but mw lé.irux, le souvenir des affection- si cruellement, si incomplètement

ARTHUR

brisées, que je binais derrière moi, devait me poursuivre et m'auctudre au ni lieu jde> dislrac lion* de ce voyage* llëlèiid Marguerite!! ’ noms douloureux que h fatalité me jetait ch aque jour doiiuiK* une raillerie cruelle. comme un remords ou comme uii défi. je ni pouvais vous oublier, et ma conscience vous vengeait !

Car eulîn, une (ni- unie, qu* la coupe *c brise... il n'importe! Mais fullcmi-ot la jetbr pleine encore A se> pieds! ituits se sentir les lèvres disse. 'liée* alors qu'on aurait pu puiser à une onde fraîche cl pure! ! ! Cela était affreux !

Lu analysant nies impressions, j'y reconnaissais d'ailleurs mon in* stinct d'égoïsme habituel; jamais, jamais je ne songeais au mal que j'avais fait a Marguerite ou a Uéicne. mais je songeais toujours à la félicité ciu’Iiimlere'M- dont |.i perte me désc-pérail.

Jabaud'Uiu i-. i lovais Paris, mais je tenais encore, pour ainsi dire

malgi é moi, i ce centre’

de rcgivfo ailiers, pur mille liens invisibles!

Si qiielquelois je me laissai* entraîner à l'espoir de revoir, de reii ouver nu jour Marguerite, tout à coup la réalité du passé venait arrêter cet élan de mou cirur, par unedeeesseciutsses muii tics, bllisqnes , [mur ainsi dire électriques , dont In rmiuuolion va droit :i Pâme cl fuit dmiloureuvcmenl tressaillir tout autre être.

JViais aussi épi •mante eu contciiiplant avec quelle iudi tri; eu ce je P- twiis à mou pcrc ; et cmi*fC # si j’y pensais,

( c'ait pour faire une > oaiparauoti sacrilège cuire la douleur que m avait* autrefois rnnsée sa ïtiort. et le cbap in d'amour que je restcoiiK

Kant -il, hélas! l'avonrr à ma limite? Kn etudiant avec ntic cx- ^ SKMice ri ui.documi- * nient piceorc ces diffe'ciilis sortes de Iris- *«:s es, ce d»-ruier chagrin me si mbl i moins intense, mais plus aire ;

iioiiis profond, mais plus o ageux; moins accablant , mais plus poignant que le premier.

D'est qu'il y a , je (rois, deux ordres de siiiiTrunccs : h smitfr.iire du cffiir... légitime et >aiiili*.

I a souffrance de Torpucil , . houleuse et misérable.

1 n première, sj dû»olinie i|iiVllo soit, n’a pi- (J 'a me il ome: elle e.t immense, mais on e i lier de relie immensité «le douleur, comme

on le serait du religieux accomplissement de quelque grand et triste devoir !

Aussi, les larmes causées par celle souffrance coulent abondantes et sans peine; lame est disposée aux plu, louchantes émotions de la pitié ; on «M plein de commis' -ration cl d'amour: ctiliu. toutes les Infortunes sont les soeurs chéries et respectée-, de voue infortune.

Ail contraire, si vous soutfrez pour une cause indigne, voire cœur est noyé Je fiel; votre douleur coureutréc ic»scnible a une ragu muette qui* lu honte couticnl, a mie morsure aiguë que la vanité cache : I envie et la lutine vous rongent, niais vos veux sont ïccs, cl le malbcur d autrui peut seul vous arracher quelque pale cl morne sourire.

Telles lurent du moins les deux uuaucus de chagrin bien tranchée* que je resueulis, lors de la mort de mon pcrc, et lors de ma rupture

Cm.-lBf !iin, ii rtV ’i nt ( V' Iwi*, I.

L’homme su rapu< bon noir. — mck 71

avec llclcncel Marguerite. Ce n'était pus tout : à peine avais-je quitté Paris avec lord Falmoiilh, que. par un misérable caprice, je me rcpeo- InU d'avoir cuircbris ce voyage : non que j'en redoutasse l’issu c, mais i aurais préféré être seul, pour pouvoir bleu cnvis:igcr mon chagrin, lutter avec lui corps à corps, et eu triompher peut-être.

Je l'ai bien souvent éprouvé : quand on souffre, rien de plus funeste que de vouloir se distraire de sa douleur.

t*i pendant quelques moments vous parvenez à engourdir vos maux, le réveil en est norrible.

Lorsque vous vous trouvez tout à coup précipité dans l'ablme de b souffrance morale, après le choc terrible qui ébranle, qui meurtrit jusqu'aux lihics les plus délicates de' votre ccrur, ce qu'il y a surtout u affreux, c'est celte nuit subite, noire et profoude de l'àmc, qui ne lui permet pas même de voir les mille plaie* qui la déchirent. Affreusement brisé, vous gisez auérnti au milieu d’un chaos de douleurs sans nom : puis, p< u a peu, la pensée succède au vertige : ainsi que la vue s'habitue à distinguer les objets dans les ténèbres, vous comiiiHcccz, si cela se peut dire, à vous reconnaître dans votre désespoir.

Alors , sinistres et décoloré* comme des spectres , surgissent lentement nu à un autour de vous les regrets navrants du passé, les visions «ficha ni eresscs d'un avenir (pii ne sera plus jamais; alors vous apparaissent les fantômes des heures les plus fortunées, les plus radieuses. les plus (lorries d'autrefois... car votre douleur n'oublie rien. .

l'écho le plus lointain, le parfum le plu-* vague, le murmure le plus mystérieux, tout se reproduit impitoyablement à votre pensée ; mais ce mirage d'un bonheur perdu est étrange et sinistre... On croit voir un mapnilique paysage bnipoéil'azur. de lumieie et de soleil, à travers la prunelle vitreuse d'un mourant , et inut semble voilé d'un brouillard gris et sépulcral.

La souffrance est alors à son paroxysme, mais elle ne peut (pic décroître : elle est aiguë et pénétrante, mais elle se peut analyser : vos ennemis sont nombreux, sont menaçants, sont terribles, niais vous les voyez, mais vous les pouvez combattre.

Vous luttez ainsi, ou.

comme un loup blessé, qui, au fond de son nuire. u'atlend sa guérison que du temps, replié dans votre souffrance solitaire, vous pouvez, proche ou éloigné, assigner un tenue à votre « agi in. cl espérer mi moins dan» l oobli... L'oubli !... celle seule et inexorable réalité de la vie. I. 'oubli! cet océan sans fond où viennent im essamment se perdre toute duuleiir, tout amour et tout serment.

ht encore, bizarre impuissance de ce qu'on appelle l.i philosophie liiiiiiuiuc ’ ou sait qu'un jour, que bieiilôt peut-être, le temps doit effacer tant de peiiit'». et celle conviction si certaine lie peut en rien calmer ou abréger vos tourment*.

C'est pour i cia. je le répète, qu'il m'a toujours semblé que se distraire de sa douleur, ail lieu de I afironirr bien résohlmeut, c'est reeummencer chaque jour cette cruelle iuitûlk» à la soubrauce, au lieu de I épuiser par *>u propre excès.

CG

ARTIICR.

On concevra doue que. dau* la déposition d’esprit où je me trouvais ce voyage aveulureuscuicul entrepris devait quelquefois me sembler pénible.

Nous avions marché toute la nuit. Nous nous trouvions éloignés de qmnante lieues de l'aris. Falmouth s'éveilla liientix. me soin la main et uie dit : — La nuit porte conseil. Maintenant je réfléchis qu'apiv* tout mon projet peut vous sembler fort stupide. Aussi, je veut vous dire mon secret pendant que nous sommes encore assez près de l'aris (tour que vous y puissiez être de retour cette unit si ce que j'ai à vous proposer ne vous convient pas.

— Voyous, ditrs-moi ce projet mystérieux.

— Le voici donc, reprit ralmouth. Connaissez-vous le cJub des yachts?

— Oui ; et vous en êtes, je crois, un des membres.

— Eh bien ! connue le!, je possède une charmante goélette maintenant mouillée aux îles d'ilvères près Marseille. Cette gnch-Ue est aimée de huit «•aronades et mon 'ce de quarante hommes d'équipage.

— C’est donc une véritable campagne de mer que vous me proposez?

— A peu près ; mais vous saurez d'abord que l'équipage de mon yacht, depuis le capitaine jusqu'au dernier mousse, me sout dévoués jusqu'à la potence inclusivement.

— Je le crois sans peine.

— Vous saurez de plus que mou yacht, qui s'appelle la Gazelle, est digue de sou nom : il ne marche pas. il bondit sur h-s eaux. Trois fois, aux courses de l'ile de NVight. il a battu le brick de lord Yarboroug, notre président, et a gagné le prix du yacht-club ; en uu mol, il n’y a pas un navire de guerre de la marine royale de France ou d'Angleterre que mon yacht ne puisse distancer aussi facilemeut qu'un citerai de course distancerait un cheval de charrette.

— Je sais que presque Ions ces bâtiments de plaisance de votre aristocratie marchent comme des poissons . mais eucorc ?

— l-a vie maintenant vous semble fade et monotone, u 'est-ce pus? Eh bien ! voulez-vous lui donner quelque peu de saveur?

— Sans doute.

— Mais d'abord, me dit Pulmotiih de son air gravement moqueur, je dois vous déclarer sur l'honneur que je ne suis pas le moins du monde philhclleue, car j'ai au contraire un pcncliaut et uue prédilection 1res marqués pour les Turcs.

— Comment? lui dis-je avec étonnement; et quel rapport y a-t-il entre notre voyage et les Turcs ou les philhellenes ?

— - Un rapport tout simple ; je veux vous proposer d'aller en Grèce.

— Four taire ?

— Avez-vous entendu parler de Canaris? me dit Falrnuiilh.

— De cet intrépide corsaire qui a déjà incendié avec ses brûlots taul de vaisseaux turcs? Certainement.

— Eh bien ! est-ce que vous u'avez jamais été tenté d'aller voir ce'a ?

— Mais d'aller voir quoi ?

— D'aller voir Canaris incendier un vaisseau turc, me dit Falmoutli de l’air du monde le plus indifférent, et comme s'il eût été question d'assister à une course ou de visiter uue manufm lure.

— Je voua av< uc, lui dis-je en ne pouvant m'empéoher de sourire, que j*- n’ai jamais eu jusqu'à piésenl celle curiosité-la.

— C’est étonnant, reprit rnlmoulh ; moi, depuis six mois je ne rêve nue de Canaris et de son brûlot cl je u'al fait venir mou yacht de l'fle oe V\ iphi à .Marseille que dan- l'intention de inc passer celte fuilaisic : de sorte que, si vous y consente*, nous partirons de Marseille pour Malle à bord de ma goélette. Une fois arrivés à Malte, je me charge d'obtenir du gouverneur, lord l’onsonby, l'autorisation de servir avec mon yacht comme auxiliaire des tirées, quoique je ne sois pas philhcllene. je vous le répété, et d aller augmenter I escadrille de lord <!oehranc. Or. si vous le vouliez, pendant quelques moi-, nous mènerions ainsi à bord une vu; qui tieodiail un peu de la vie des chevaliers errants ou... des pirates: nous trouverions là des dangers, des combat». des tempêtes. que sait-on? eufiu toutes sortes île choses neuves et un peu aventureuses qui nous sortiraient de cette vie moud duc qui nous pèse, et nous aurions peut-être le bonheur de voir léaliser mou idée fixe. c'està-dire de voir Canaris brûler un vaisseau turc, car je ne mourrai content que lorsque j'aurai vu cela . qu'eu dites-vous?

Tout eu trouvant singulier le goût de Falmouth pour l'expérimentation des brûlots, je isc vis aucune objection sérieuse à sa proposition. Je ne connaissais pas l’Orient; bien souvent ma pensé** s était égarée avec amour sous sou beau ciel. Celle vie paresseuse et s usuelle qi av.iit toujours s duil : et puis, quoique ayant déjà beaucoup voyagé, je n'avais pas idée de ce que pouvait être uue navigation un peu sérieuse, et jeprouvais une sorte de curiosité de savoir comment j'envisagerais quelque grand danger.

A part même les risques qu'ou pouvait courir en t’associant à une des expéditions de Canaris, je savais que depui* '..«urne lion grecque l'Archipel était infesté de pirates, soit turcs, soit rené ?a U , moi algériens, et qu'un batiment aussi faible que celui de Falmouth avait d'assez nombreuses chances d'être attaqué. Somme toute, l'ensemble de celle proposition ne me déplut pas; et je répondis, après uu assez long silence d ni Falmouth semblait attendre l’issue avec impatience : — Quoiqu’à n«< grande lioftlc la cnrio-iié de voir l'auaris brûler un vaisseau turc il»* sfiU |m> |HMtiuiiN'Ol «a* qui me décide, j adhéré l'oinplélemeot

à votre projet et vous pouvez me regarder couine un des passagers de votre g'ieletle.

— Non» voilà donc réunis pour longtemps ! me dit Falmouth. Taul mieux, car j'ai à vous délivrer de bien des préjugés.

Je le regardai avec étonnement, je le priai de s'expliquer; il éluda.

Le but de uotre navigation arrête, il fut convenu qne'iioiis partirions des îles d’Ilyèrcs pour Malte aussitôt notre arrivée à Marseille.

l'eu à peu h vue des objets extérieurs, h; mouvement du voyage, celrnerenl ou plutôt engourdirent mes souffrances ; nuis c’était avec iuquit iiide que je me laissais aller à cette sorte de bien-être jvas*.*tgor je savais que me» chagrin* reviendraient bientôt plu* vifs. Ce sommeil bienfaisant devait avoir un cruel réveil. Il huit dire aussi que Falinonil sc montrait de la cnnlialité la plusafTectneuse.de rcujouemcni le phr aimable, du caractère le plus égal.

\ Sa conversation et sou esprit me plaisaient d'ailleurs beaucoup j'avais sincèrement apprécié sa délicatesse et sou obligeance gracieuse! lors de ses relations avec le mari d'Ilélene.

Malgré ma froideur apparente et mes continuels sarcasmes couhe l'amitié. ce sentiment que je prétendais m'être si indifférent, je me sentais quelquefois attiré vers Kalmoulli par une vive sympathie.

Alors, je le répète, ce voyage iii‘appar»issait sous un aspect charmant; au lieu de le regarder comme uue distraction fâcheuse et imporj tune, je faisais de» rêves M'or eu songeant à tout ee qu il pouvait avoir d'agreable si je voyais, &i je rencontrais dans Falmouth uu ami tombe : et dévoué.

' étaient les longues et intimes causerie* de la traversée, heure» si favorables aux épaochemeul» et aux confidence!» ; r étaient des cour- ! ses.de» fatigues, des périls même à partager en frères, à travers des i pays inconnus... confidences, course», fatigues, péril*, qu’il serait si | biiii de nous rappeler plus tard en nous disant : — Vous souvenezvous?... — Douces parole», doux écho du passé qui fait tressaillir le rn*ur».. Sans doute, me di*ais-je, la satiété des plaisirs est mauvaise, mais du moins heureusement blasé* sont ceux-là qui, rassasiés de tiKi'es les délie liesses de l'existence la plus raffinée, oui le valeureux capriie d aller retremper leur àmc au feu du brûlot de Lanaris.

Interprété de b sorte, ce voyage u'é’ait-d pas noble cl grau J? n'y avait il pas quelque chose de touchant, de chevaleresque, dans cette communauté de dangers si fraternellement partagés?

lorsque je inc laissais naïvement aller à ces impressions, leur bicnfais ante hèiuence amollissait mou ame doulouri'useuieul tendue ; un baume précieux *e répand . il sur mes blessures, je tue sentais inedhni ; p* déidorab encore tristement le passé, mais je ne le baissais plus et la foi généreuse que j'avais en moi pour I avenir calmait l'amertume de lue» H-grcts.

liuliii, pendant les pures et religeuse* aspirations de inon creur vers une auiilié con*ol;mte, je ne saurai* dire b- bonheur qui me Ir.insp rt-iil ainsi que Dieu embrasse d'un seul regard tous les âges de I oLnnilé. au snitd.iiu rayonnement de ma jeune espérance, il me senml.iit découvrir tout à coup l'horizon de la félicité que je rêvais, mille lavis* Seinmls nouveaux, m lie joies enchaiiteresses : a ce» mol», u uu ami,» je seiilai.* *'éveiller en moi les iusiiuct* les plus nobles, l' cnilioustaiin* le plus généreux. J'étais alors sans doute bien digne d'inspim eide potager ce sentiment si grand et si inagiiilîqiic. car jeu ressentais loub-s les sympathies, j'en comprenais loua les religieux devoir*, ci j*eu éprouvais lotis les bonheurs !

Mais, hélas! celte extase durait peu, et de celte sphère radieuse retond» iis souvent dans le noir abîme du doute le plus déh-Mabb-. «Ju scepticisme le plus Immiliaut.

Ma délia ne e de moi et ma crainte d'être dupe des sentiment* «pie j'éprouvais s'exaltaient ju*qu à b mouoiiiauic la plus ombrageuse.

Au lien (Je croire Falmouth attiré vers moi par une sympathie égale à e» IF* que je ressentais pour lui, je cherchais a pénétrer quel intérêt il pouvait avoir eu à m'offrir deracc!wri|iiaguer. Je savais sa fortune si éunni** que je ne pouvais voir dans son offre le dc*ir de diminuer de moitié le* Irais du vnrageqii il voulait faire eu me prnposiutdc l'entrcpri’iMlrc avec lui... Neanmoins, eu songeant aux contradictions si extri-HH*» et si inexplicables de la nature humaine et à la plus que modeste simplicité qui' F.dmoiiih affectait parfois, je ne regardais pas celte inisér.itde arriéré- pcuæc comme ab*olumeut inadmi*sible.

Saus renoncer à cette honteuse supposition, je vis encore dans sa | pr 'position l'insouciance dédaigneuse d uu liomnie blasé, qui prendrait I au ha ard et indifféremment le bras du premier venu pour taire OW : longue promenade, pourvu que oe premier venu suivit b même direction que loi...

Telle» étaient les arrière-pensées qui venaient bien souvent maigre moi flétrir un avenir que quelquefois je rêvais si beau

— 0 mon père! mon père!... bien fatal est le terrible d«>n que vous m'avez fait en m'apprenant à douter !... Votre armure de gxt«*rve. je l'ai revêtue; mais je n'ai pu m'eu servir pour combattre; elle inY— craie sous son poids, ilefoulé, replié sur moi-même, je sens ma faibles»*:, uia misère, et je I exagère encore.

ARTHUR

Nous arrivâmes à Marseille et bientôt aux Iles d’Uyères sans aucun événement remarquable.

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