CHAPITRE XLVÏI
llidame U princesse de Fersen.
Le tendemalu, madame de Fersen ne parut pas au déjeuner elle était soutirante, me dit le princ e, et elle avait passé une nuit assez agitée. — Pois, presque sans transition, et à mon grand étonnement, il me lit f s confidences lc> plus étendues sur le caractère, sur l'esprit, sur les habi- ; indcs et sur la vie passée de sa femme, peut-être afin de inc prévenir de b vanité de mes tentatives, dans le cas où j'aurai» songé à m occuper < •Je nud une de Fersen, car je ne puis m’expliquer autrement son irn ornprében»'hle fantaisie d outrer avec moi dans de pareils détail». Tel est à peu près le résumé de c e nue m'apprit M. de Fersen sur sa femme :
Mademoiselle Catherine MetrisWa, tille du comte Metriski, gouverneur d'une des provinces asiatique» de l'empire rus-e, avait dix-sept ans lorsqu'elle fut mariée à M. de Fersen. Elle joignait à beaucoup d'esprit naturel une éducation très-cultivée cl un jugement d'une maturité précoce. Lors de sou mariage, le prince était ambassadeur à Vienne.
H avait d'abord craint l'inexpérience de sa femme, charger si jeune do toute » les responsabilités qui pèsent sur l'ambassadrice d nue grande puissance auprès d'une cour aussi sévère, aussi gravi: et aussi digue dan* sou étique île que la cour d' Autriche. Mais madame de Fer-Mro, mer-
veilleusement douée. Wbfit aux moindres exigences de sa position, grâce au tact exquis, aux nuances délicates, à la mesure parfaite qu'elle Mit apporter dans des relations si difficile».
« — Toute jeune, pétrie de grâce et d'esprit, me dit le prince, vous jugez »i madame: de Fersen fut aussitôt entourée, courtisée par la fine fleur de tous les étrangers qui arrivaient à la cour de N ieune.
m Quoiqu'un mari ue doive pas plu- parler de la vertu de sa femme qu'un gentilhomme de sa race, ajouta M. de Fersen en souriant, je crois, je sais que a l.i femme de César n’a jamais été soupçonnée, et pourtant César avait cinquante ans... Et pourtant je m étais marié moins peut-être par amour, quoique Catherine fût c harmante, que parce qu'il e-t certaines ambassades que l’on pe donne pas aux célibataire», et puis p irre que dans ma position ie voulais avoir près de moi un être candide et dé-intéressé, sur l'esprit duquel je* pourrais essayer l’effet de certaines combinaisons... à peu près, sauf la férocité de la comparaison, ajouta le pl iure eu riant, comme quelques patriciens de Home essayaient des puisons sur leurs esclaves. L'expérience m'a prouvé que l‘exces»lve pureté était souvent bien plus difficile à tromper que l'excessive duplicité, car le» cillant» devinent presque toujours les pièges qu'dr leur tend. Aussi lorsque je: vui» Laibcrine admettre certains projets, certaines idées assez habilement déguisées, pour que sou uaiuiel sensible, délicat cl généreux p’en soit pas choqué, je ne crains pas plus Uni. en éniettaut celte* idée, d'irriter la susceptibilité de mes chers collègues dont la conscience est géi lcr. i Ici lient tort coriace.
« Peu à peu, continua le prince, madame de Fersen prit goût à la politique, car, pour continuer mes expériences, je lui confiai, sou» diflérenls aspect», beaucoup de questions que j'avais à résoudre. .Mais n’allez pas croire que sa politique RU sèche ou égoïste... non, non, l’amour exalté de l liunianiié était le seul mobile de la sienne. A l'entendre parler de» nations européennes, on eAl dit qu'elle parlait de se» sœurs chéries, et non de» rivales de son pays... J'ai l’air u'un vieil entant eu vous pariant si séi iciiseinenl de ce que vous prenez sans doute pour les rêverie» d'une jeune femme romanesque, et pourtant vous ne sauriez croire l'excellent parti que je tire de sa di»|K>>i(iou d'esprit xi ëtoiiuaimmnt enthousiaste de la paix et du bonheur de chacun... La sagesse consiste toujours, n 'est-ce pas? à se tenir dan» un tenue moyen égalciucul éloigné de toute extrémité. t>r. lorsque je dois prendre une déterminai ou importante. la politique généreuse et conciliatrice de madame de Fersen me n^rque une limite, notre politique traditionnelle de fourberie cld'égoi»ine me marque l'autre. Il m'est donc alors très-facile de choisir un sage et prudent milieu entre ces d<-ux exagérations.
•• Ênliu j’ai dû à celte tendance de l'esprit de madame de Fersen un autre avantage. . celui tic pouvoir affirmer que ■ la femme de César n avait jamais été soupçonnée... » car, voyez vous, lorsque la partie essentiellement aimante et dévorée du cœur de la femme trouve un brillant emploi de se» faculté», la femme ne cherche pas à les occuper ailleurs, surtout lorsque son orgueil féminin est flaile de l'influence qu elle acquiert en le» satisfaisant.
« Joigne/ à cela ce d nt j’aurais dû vous parler d'abord ; mais, ainsi que l'a dit une de vos femmes célébrés, madame de Sériant!, je crois, souvent le sujet d'une lettre est dans son poft-icrip/um. th bien, sans vous parler de mon attachement pour nu femme, et de son attachement pour mol, sans vous parler de la sévérité toute puritaine de »e* principe», savez-vous ce qui l'a surtout préservée des Irgrrclés delà jeune— e? L’est l'amour absolu, l'amour passionné quelle a pour sa tille. Voua ne sauriez, monsieur, en comprendre tout l'excès, toute l'exaltation... 'an- doute, notre irene mérite celle tendresse, mais quelquefois j'en frémi» pourtant, lorsque je songe que si un malheur imprévu, comme celui qui .1 déjà failli nous frapper, nous enlevait cette enfant. Certainement sa mère mourrait ou deviendrait folle »
M. de Fersen était dans la maturité de l'âge : sa réputation de diplomate consommé était presque européenne; tout, en lui, annonçait l'homme supérieur, appelé par ses éminentes qualités à exercer les hautes fonctions qu’il avait toujours remplies aussi ne pmivai»-je assez m’étonner des confidences qu'il me faisait, à moi, si jeune, et qui lui ••lais si complètement étranger.
Homme je ne pouvais supposer qu'un homme depui» longtemps habitué à traiter les affaire» U» plu» épineuses et V s plus grave», pût agir avec légèreté lorsqu'il était question de ce qui le touchait perso nnelk*nienl, je pensais que tout ce que m'avait dit M. de Fersen devait être profondément calculé.... que ce 11 'était pas saus dessein qu'il avait ainsi oublié fa réserve que lui cominaudaiciil nos positions et nos âges respectif».
Aussi, je le répète, je ne pouvais voir à ces confidences au moins bizarres, d’autre liut que celui de me prouver l'impossibilité de réussir auprès de madame de Fersen.
Et pourtant, d'un autre côté , j'avais été désagréablement fra; pé eu cub’ud.uil le prince me parler «le »a femme comme d'un instrument né ce»»aiiv à sa diplomatie, il m'avait semblé voir percer fa sécheresse du cœur 1 a plus grandi* dan» sa manière de me parler d'elle; d'ailleurs, d .us ses rapports habituels avec madame de Fersen . non- seulement il tu* se moiitiait pas jaloux (il était trop du monde pour tomiier dan» ce ridicule), mais il me paraissait m ne indiffèrent.
A lors je me demandai» dans qu<-l but il m’avait failles eonlidoces dont j'ai parlé...
ARTHUR-
Je restai ainsi dans une extrême perplexité.