CHAPITRE LXIV
Le départ
Ceivt', 10 mara 19...
rouvre ce journal interrompu depuis près de trois mob.
Je veux écrire uue date, une dernière page Ici, à Cerval, dans ce pauvre vieux chaleau paternel que je quitte peut-être pour jamais.
Rapprochement bizarre! Ici mon amour pour llélcne a commencé ma vie mo daine.
Ici ma vie mondaine sc terminera par mon amour pour Marie.
Désormais elle et moi nous devons vivre dans Ja plus entière solitude. Un . sans doute, s il se réalise, ccl avenir sera bien enchanteur !
Mais par combien de chagrins cruels il aura été acheté !
Depuis trois mois, que de larmes Marie a versées en secret ; mais lieu a peu mon mllueucc a vaincu sa résistance.
Elle consent enfin à me suivre...
El puis elle n'ose, elle ne peut rester ici... elle est mère.
tl pu» mon fidèle Georges, que j'avais envoyé secrètement à Nantes
épier Duvallon, m’écrit ce . matin qu'un homme que je lie puis méconnaître, que Beliiiont est arrivé à la nuit chez I ancien corsaire.
Je n’ai pas caché son retour à Marie... elle est décidée.
Comment oserait-elle paraître aux yeux de sou époux ? Comment, plus lard, supporterait-elle les regards de sa tante?
Déni a iu daus b nuit nous partons en secret.
Pour ne rien oublier, mettons en note lès principales dispositions.
Envoyer des relais de chevaux à moi pour aller jusqu'à *** par b traverse, afin de ne pas laisser prendre nos traces : c'est vingt-cinq lieues de gagnées.
Prendre b poste **' ; en trente heures nous sommes sur la frontière.
Une fois là, le premier bruit de cet enlèvement apaisé... nous attendrons les événements. Peut-être reviciidronvnous en France... peut-être Belmonl sera-t-il arrêté
Dout-U' |K«. septembre 18. .*11).
a Vous m'avez, demandé, Marie, de vous raconter ma vie tout entière.
« Pour toujours nous avons rompu avec le monde. Retirés ici, dans ce paisible et charmant séjour, avec notre enfant, depuis deux 3 ns nous V vivons au sein d'un bonheur ineffable.
« Vous êtes mon ange, mon sauveur, mon Dieu... mon Smour... mou seul bien, parce que vous renfermez en vous tous les trésors de Tâme, du cœur et de l'esprit.
« Au sein de notre profonde solitude, chaque jour amène une joie nouvelle qui vous rend plus chère à mon cœur.
« Ainsi les perles des mers doivent, dit-on, leur éclat impérissable et de plus en plus splendide aux précieuses nuances que chaque vague leur * apporte.
o Vous me dites souvent, Marie, que mon caractère est noble, généreux, mais surtout b n à l'excès.
• Quand vous saurez, ma vie, Marie, ma belle et douce Marie, vous verrez qu'hélas ! J'ai été souvent... dur et méchant.
« Cette boulé dont vous me louez, c'est donc à vous que je la dois !
« Sous votre sainte influence, mon bel ange gardien, tous mis ui>uvais instincts ont disparu, tous mes sentiments élevés se sont exaltés... en u u mot, je vous ai aimée, je vous aiiue comme vous méritez d’être aimée.
« Nous aimer ainsi, et être aimé de vous ainsi que vous m’aimez, Marie... c'est se seutir le premier d'entre les hommes... c'est avoir le dndl de dédaigner toutes les gloires, toutes les ambitions, toutes les fortunes.
c C'est avoir dépassé b limite du bouheur possible.
• Ce bonheur surhumain m'effrayerait, si nous ne l’avions pas acheté par vos terreurs, par vos remords, pauvre femme!
« Ces remords ont été. sont encore parfois votre seul chagrin ; l'heure eri venue de vous en délivrer.
■ Vous saurez quel est celui que vous avez épousé, et que, depuis deux ans, vous croyez condamne à une prison perpétuelle pour crime j politique.
• Ph» tard, vous saurez aussi pourquoi jusqu'ici je vous ai caché ce secret.
• Ce* lignes, que j'écris sur ce journal qui retrace presque tous les événements de nia vie, jn qu’au moment où nous avons quitté Cerval seront les dernières que j'y tracerai.
« A quoi bon désormais* ces froides confidences !
« C’est dans votre cœur angélique, Marie, que f épancherai désonnais toutes mes impressions. .. ou plutôt Punique et adorable impressiou de bonheur enivrant que je vous dois.
a Vous lirez doue ee journal, Marie ; vous verrez que si j'ai été bien coupable, j ai bien souffert.
» \ ous venez racontées les premières émotions de notre amour.
a Depuis notre départ de Cerval, j’ai interrompu ce journal. Qu 'aurais-je pu écrire? Ce que je vous ai dit pour l’avenir, Marie, doit aussi s ap| liquer aux années passées près de vous.
11 Vous u'y trouverez ni b date de la naissance de notre Arthur. , de notre cutnit... la plus grande félicité que j’âl encore ressentie... ni la date de ce jour affreux ou je faillis vous perdre... ici... la plus terrible douleur qui m ail encore torturé.
« la ni que dura 1 exaltation, le paroxysme tic celle joie inconnue, de ce chagrin inconnu, je no pensai pas, je ne réfléchis pas, le n'agis pas, je u existai pas.
(1) On voit par celle dalu qu«- le jouraal est inlermtnpu dépars Iroin mt, et qui* cc* dcriiùrca lieue* ne «ont qu'une note écrite par le comle en confunl ton minutent 1 Mine, habitant alors avec lui le Collage ailué dam le Midi,
ARTHL’h.
« Lorsqu’on se tort souffrir, lorsqu’on se roif être heureux, le malheur ni le bonheur ne sont arrivés à leur dernier terme.
« Jusqu’alors j’avais atrocement souffert ; j'avais eu des joies bien vives... mais je n'avais pas été tellement absorbé, que b réflexion ne me restât.
a J'ai parlé de bonheur inconnu, .Marie... et pourtant la date du jour charmant où je ne doutai plus de votre amour est sur ce journal : tandis que b date du jour de la naissance do notre Arthur ne s'y trouve pas-
« Votre âme si délicate comprendra, appréciera, n’cst-ce pas? celte différence si profonde.
« Quant à notre enfant. Marie, à notre bel ei adorable enfant, nous
songerons à son avenir, cl
Ces mots sont les dernier.-- du journal d’un inconnu, l'ar les rapprochements de la date et des renseignements < le curé du village de **\dans le premiers chapitres, on voit f] nier passage dut être écrit le jour op la veille du triple assas mis sur le comte, sur Marie cl sur leur enfant, par Bclmout, I Porquerolles. qui. étant parvenu à s'évader de sa prison et : la retraite du comte, voulut tirer de celui-ci uuc terrible avant de quitter à tout jamais b France.