CHAPITRE LXIIL
Le portrait
Cerval. 10 décembre IR r
Je puis à peine croire ce que j’ai vu aujourd’hui.
Bizarre destinée que la mienne !
I> inatiu, ainsi que nous en étions convenus, je me suis rendu à la
ferme .
Celait l'anniversaire de la naissance de Marie ; elle detail me permettre l'entrée du cabinet mystérieux qu’elle occupe dans une des tourelles. C'rit là qu'elle a fait placer la harpe ci le piano récemment arrivés de Nantes.
— - Venez voir ma retraite, me dit Marie après déjeuner.
Nous montons dans b tourelle avec madame Kcrouét.
Nous entrons : que vois-je ?
En face de moi, dans un Luge cadre doré, le portrait du pirate de Por- Iticrolles ! du pirate de Malte !
— - Comment avex-vous ce portrait ?... Savez-vous quel est cet homme, m’écrial-je en m'adressant aux deux femmes qui me regardaient avec le plus grand étonnement.
— C’est moi qui ai peint cc portrait, et cet homme est 11. Reluiont, me dit naïvement Marie.
— M. Belmontü!
— Sans doute, c’est mon mari. Mais qu’avez-vous donc, monsieur Arthur ? Pourquoi celte surprise, celle stupeur ?
— Avez-vous rencontré M. Belmont quelque part ? me demanda madame Kerouét.
Je croyais réver ou être la dupe d'une ressemblance extraordinaire.
— En effet, dis-je à madame Kcrouét, j'ai déjà rencontré M. Rclmonl en voyage. . ou plutôt quelqu’un qui lui ressembbit beaucoup... Car
certaines circonstances ne me permettent pas de croire que la personne I dont je veux parler soit effectivement le M. Belmont dont voici le portrait.
J — Il y a un moyen bien simple pour savoir si votre Belmont est le nôtre, c’est-à-dire celui du portrait. Comment a-t-il les dents, votre i M. Belmont ? me dit la tante de Marie.
| Plus de doute, c’était lui ! pensai-je. — Il a les dente comme personne I ne les a, lui dis-je, très-aigues et très-séparées, j — C'est cela même, dit madame Kerouét eu riaiii . Aussi, eu plaisantant, uou* l'appelions l'ogre.
I C'était bien lui ! ! !
J Tout s'expliquait clairement.
Au bal du château, l’ambassadeur d’Angleterre m’avait averti qu’on ; était sur les trace-, du pirate et qu’on espérait l'ai teindre : ce bal avait lieu vers le milieu île janvier, époque u laquelle Belmout était revenu à Nantes pour presser son union avec Marie.
Noire rencontre aux Variétés et la rrainle d'être découvert avaient sans doute causé l'inquiétude que madame de Kerouét avait remarquée eu lui depuis cette époque.
Aussi, sans l'avis qui le prévint de l’arrivée du commissaire cl de l’officier de gendarmerie, ce misérable aurait cté arrêté le jour même de son mariage. Enfin, je comprenais parfaitement que M. Duvalfon, témoin du pirate, l’eût montré aux yeux de Marie et de sa tante comme une victime politique, afin de leur cacher b véritable cause des poursuite. qu'on exerçait contre lui.
Ce Duvallou savait-il le métier inlàine de Belmont? on avait-il aussi été abusé par lui ?
Toutes ces pensées se heurtèrent confuses dans ma tête, cl me préoccupèrent tellement, que je quittai la ferme beaucoup plus tôt uu’a l'ordinaire, prétextant une migraine, et laissant Marie et sa taule inquiètes et chagrines de mon brusque départ.
Ce jour, qui devait être une sorte de petite fête pour nous, finit ainsi bien tristement.
Que dois-je faire?
J’aime Marie de toutes les forces de mon àme. Ce n'est plus un crime de l'enlever à Relui ont, à cc brigand, à cet assassin -, c’est une noble, c’cst une généreuse action.
Marie a été indignement trompée. Sa famille a cru l'unir à un brave et honnête marin, «-t non pas à un homme infâme. Ce mariage est nul devant la raisou cl devaut l’honneur, il doit être nul aussi devant les hommes ! Aujourd'hui même j’apprendrai tout à ces malheureuses femmes...
Mais me croiront-elles? Quelles preuves leur donnerai-je de ce que j'avance ?
Et puis il y a dans cette dénonciation de ma part quelque chose de bas qui me répugne.
Après tout, Marie est légitimement b femme de Belmont, j'aime Marie... cet amour met presque cet homme à mon niveau.
-Maintenant c’est une lutte ouverte entre lui et moi. J'ai déjà l’avantage puisqu'il est absent ; il n’est pas loyal d'augmenter encore mes chances par une déblion.
j Enfin, si Marie m'aime assez pour vaincre scs scrupules, pour oublier ] >es devoirs envers un homme quelle croit Imnnèle cl bon, ne serai-je | pas plus orgueilleux de mon bonheur que si elle croyait ne me sacrifier | qu’un homme indigne d'elle, qu’un homme que b justice peut chaque : jour réclamer comme sa proie?
‘ Décidément, je ne dirai rien.
Mais si cri homme revient ? Mon Dieu, quelle affreuse idée !
Marie esl sa femme, après tout, et c'est le hasard seul qui l'a préservée de la souillure de eci homme infâme.
Mes scrupule* sont fous, sont stupides. Je ne sais pourquoi j’hésite à ! tout dire à Marie.
j Mais à quoi bon ? Cette confidence préviendra-t-elle, cmpéclicruf-clle le retour de cet homme ?
■ D’un moment à l'autre, il peut arriver
Que faire, que faire ?
Cerval, 12 décvtobre 18. .
I Mon iucoguito est découvert, Marie sait qui je suis.
Hier, je suis allé à b ferme.
J'étais toujours dans l'irrésolution sur cc que je devais dire relativement au pirate.
Nous causions avec Marie et sa tante, lorsque mon régisse*, est entré.
Je suis devenu très-rouge, très-embarrassé ; le bourreau ne s’en est pas aperçu ; il m'a bit un respectueux et profond salut.
— Tiens, vous connaissez M. Arthur ? lui a demandé madame Kcrouët.
— Si j’ai l'honneur de connaître monsieur le comte? a répété le régisseur avec étonnement.
ARTHUR
— Monsieur le conile ! s’écrièrent à la fois madame kerouët ci Marie en se levant d'un air interdit.
Craignant que cet homme interprétât mal le motif qui m'avait engage à cadrer mon nom. je lui dis : — Vous êlc* lro*-ni.iLidroit, mon cher monsieur Dirièrc. Je délirais avoir par moi- même quelques renseignemculs sur cette métairie, dont je peuse augmenter le bail, et vous venez tout gâter. Veuille/, je vous prie, aller m'attendre à Cerval; j’ai à causer avec vous à ce sujet. — Le régisseur sortit.
— Vous nous avez trompées, monsieur le. comte ! me dit madame KelOitël avec beaucoup de dignité. C'est mal à vous.
Marie ne dit pas un mot et disparut sms me regarder.
— i (pourquoi cela est-il mal ? dis-je a «vile excellente femme. Si je m'étais nommé, je ne sais quels scrupules vous auraient peut-être empêchée de me témoigner celle franche et cordiale aller lion que vous m’avez toujours montrée ; j'aurais été pour v ous le maître de cette ferme et non pas voire ami.
— L’amitié n’est aûre, u'est possible, qu'entre pareils, monsieur le comte, dit madame Kerouët d’un air froid.
— Mais en quoi nos punitions sont elles dépareillées à celle heure? Si mou amitié vous a plu jusqu'ici, pourquoi changer nos relations?... p itrquoi «millier quatre ou cinq mois d'intimité charmante?...
— Je ne les oublierai pas, monsieur le comte ; mais elles feront place à des sentiments plus conveuahles à la modeste position de Marie et de moi.
Une fille de ferme viut chercher madame Kerouët pour la prier de se rendre auprès de Marie.
Elle me salua respectueusement et sortit.
Je quittai la niétuiiic «laus un violcul accès de colere contre mou régisseur...
Puis je réfléchis qu'apres tout cet incognito ne pouvait toujours durer, et que telle découverte, eu choquant d'abord Marie, ne pouvait en rien altérer sou amour pour moi...
Cervaf, 15 décembre 18 .
-J’ai revu Marie.
Pendant Quelques jours je l'ai trouvée triste et affligée de uia dissimulaliou, qu'elle m? s'explique pas.
fclle m a demandé pourquoi j'avais ainsi caché mon nom. Je lui ai répondu que sachant que des bruits, au si faux que fâcheux, étaient parv enus jusqu'à elle et me peignaient sous les couleurs les moins favorables, j'avais préféré garder l'iin oguito.
Elle m’a cru dilîrcilcmciii; mais eu fin je suis parvenu à chasser de sou esprit cps impressions malheureuses.
Quoique madame kerouët me boude encore quelquefois, nos relations, d'abord un peu refroidies, oui repris tout leur charme.
Cervid, ÎO décembre 18...
Marie m’aime... elle m'aime ! je n’eu pois plus douter. Que celte date vive à jamais dans mon cœur !
Cerval, Ô4J décembre 18. .
Quel événement ! .. non. non, nulle fois non ; elle ne quittera pas ce pays. Maintenant j’ai le droit de veiller sur sou avenir, jamais je ne l'abandonnerai...
Ce matin un valet de ferme £<>1 arrivé au château.
Il m'apportait un billet de Marie.
Elle tue priait de venir à l'instant même.
Une heure après j’étais à la métairie.
Je trouvai Marie eu larmes, ainsi qu»sa tante.
— Qu’avez-vous? m'écriai-je.
— Daus cette lettre, dit madame kerouët, M. Duvallon nous écrit qu’il arrive aujourd hui pour chercher Marie, par ordre de M. Bclmnut.
— kl vous la laisserez partir ? m'écriai-je. Et vous consentirez à partir. Marie?...
Marie, pâle comme une morte, passa les mains sur ses yeux, et s'écria : — Quel réveil! mou Dieu, quel réveil ! je suis perdue!...
Je fis lin signe expressif à Mario. Sa taule, toute préoccupe de ses regrets, m* l’avait pus entendue.
— Ali ! mon Dieu. disait madame Keiouët, quitter mon eulaqt ! je u'co aurai jamais la force.
— Vous ne la quitterez pas, vous ne pouvez pas h quitter, bonne mère! et surtout pour la remettre entre les mains d'un homme comme ce Du vallon.
— Hélas! monsieur, quelle objection pouvons-nous faire? ii„l)m. |lou u est-il pas failli intime de M. Üelnmul? n a-l-TÎ pas ses ordrra ?
— C'est 'uslcincut paire qu'il est l'ami intime de U. Lehuont qu'il faut vous délier de cet homme.
Marie et madame Kerouet me regarderait avec ctonwnneut. Je continuai : Ecoutez-moi, vous, madame kerouët, vous, Marie, l.ateacz-moi recevoir M. Du va lion; je me charge de lui parler et de lui faire entendis raison. Quand doil-U arriver?
— S'il arrive, comme il l'annonce, par la diligence de Bourges, il sera ici aujonrd hui à trois heures, nu* dit madame kerouët.
— Ne promettez rien: euvoyez-le moi, e-përez & espérons....
Et répondant à un signe muet de Marie, je sortis.
Tantôt, à cinq heures, j'ai entendu le bruit d'une carriole dans la cour du château. Je u’ai pu réprimer un mouvement de colere; j'ai senti mes tempes battre violemmeul... '$
On a auuomé 31. Du vallon.
J’ai va entrer un homme robuste, de haute taille, paraissant avoir cinquante ans environ ; sou teint était coloré, son air dur, son maintien vulgaire, mais assuré ; sa mise celle d’un Français eu voyage, c'est-àdire sordide.
i Je lui ai fait signe de s'asseoir : il s'es! assis.
! — Monsieur, lui dis-je, je vous demande pardon de vous avoir dé-
: rangé . mais je suis chargé par madame Kerouët, qui tient à bail une de I mes m 'lai ries, et qui a quelque confiance en moi...
— i'arhleu! sa nièce aussi a confiance eu vous, et beaucoup, s’écria | cet homme en ni iiilrrn.mpaiii grossièrement.
— L est vrai, monsieur, dis-je eu me couteuant; car j’ai l'honneur ! d'être des amis de madame Nclmont...
j — El mot des amis de M. Üelmont ! monsieur, et comme tel je soi- ! chargé par lui de ramener sa femme à .Nantes, où elle restera sous la surveillance de mou épouse, jusqu'au retour do mon ami Uehuoul, qui i ne | relit larder beaucoup.
— N ous êtes l’ami intime de M. Deluiont ? di-je à M. DuvaBoo en h I rcgaidanl fixement. Savez-vous biéii quel est cet homme? *
— Cet homme... cet homme en vaut un autre, mordieu! s’écria Uuvallon en se levant avec vivacité.
Je testai assis.
— Cet homme est en brigand, monsieur! cet homme est un assastiu, monsieur ! et j'ai cetttuai d nu regard impérieux et résolu chacune de ces inculpations.
— Si vous n’étiez pas chez vous!., me dit Duvallon en fermant ses poings.
— Je ne suis pas un enfant, monsieur, et vos menaces sont ridicules. Parlons net, et fini-sons : la prouve que votre ami est un assassin, c est ue j ai été blessé par lui à bord d'un yacht qu’il a attaqué dans la Mcilerranée : est-ce clair? La prci v que votre ami i-sl un brigand, c’csl que j'étais à bord du même yacht, lorsnu'il l'a fait lâchement uaufrager sur les côtes de l’Ile de Malte : est-ce clair? Enfin, les preuves que ces accusations sont fondées, c’est «]ue l'ambassadeur d‘ Angleterre en France c'est que le ministre des affaires étrangères, instruits par moi «le h piesenco 9e ce misérable à Paris, «ml provoqué les mesures qui eussent amené son arrestation, si vous ue l'aviez dérobé à la justice le jour de sou mariage : est-cc clair, monsieur?
Duvallon me regardait d’un air stupéfait; il se mordait les lèvres avec rage. Je continuai :
— Ni madame Belinout ni sa tante ne savent un mot de tout ceci, monsieur, mais je vous dédire que si vous insistez désormais pont enlever madame itelmoul et sa taule, je leur apprendrai tout, et cil meme temps je leur donnerai le conseil à toutes deux de mettre re*lte discussiuu entre le» mains de l;r justice...
— Mille tonnerres', s’écria Duvallon en frappant du pied, tout ça u'est pas vrai... J emmenerai celle péronnelle sous votre nez, mort-Dieu ! ou vous venez beau jeu.
— Si vous n 'étiez pas l'ami intime de Üelmonl, vous payeriez clici votre démenti et votre menace... Sortez d'ici* monsieur.
— Osez donc, osez donc nie faire sortir? dit l'ancien corsaire eu faisant un (tas vers moi d'un air men.içan».
Mais. < iniqiaranl saus doute son âge au mien et sa force à la mieuui . il se contint, et me dit avec une fureur concentrée: — Vous voulez don vous opposer à ec que j'emmene votre maîtresse? je conçois fa... BUC moi, j'ai dit que je l'crniuenerais et je l'emmènerai, mort-Dieu !.. Est-sr que je ne sais pas tout ce qui se passe? est-ce «pie je ne sais pas les radeaux que voua lui avez faits? est-CC que ça ne m'explique pas les lettres de remcrdmeuls de ces deux sottes, auxquelles je ne comprau* l ieu, et que je recevais à propos de toutes sortes de choses de luxe?.. Mais «>i va finir, entendez- vous? Ddmoiit arrive, et, «-u a t tendant, j'en»mené aujourd'hui la douzelle, de gre ou de foire.
Ne voulant pas répondre à cet homme, je sonnai.
— Pierre, dis— j« à un domestique, vous allez faire seller deux chevaux, un pour moi et un pour Georges qui me cuivra ; vou« direz au>si
ARTHUR
na
à Lefori d- monter tout de .uitc à cheval avec son fils, et d'aller m'attendre à la (ernie des Très.
Le domestique sortit.
— Maiutemiut, monsieur, dis-je à Du vallon, réfléchissez bien à ce que rous allez faire. Si vous ne quittez à l'instant le pays, j'apprends tout à madame Helmont et à sa tante, cl, par mon avis, elles se im itent sous U protection de la justice. De ce pas je vais à la ferme des Prés: je vous y attendrai, monsieur, et je verrai fl vous avez l’audace d'y venir. Pub, sonnant de nouveau, je dis à un domestique : Reconduisez monsieur.
Sans attendre la répousc île Duvallon, je sortis, et je montai aussitôt à cheval pour me rendre à b tenue.
Lefort et son tils m'y avaient déjà précédé.
Cerval. 31 décembre lê...
Ilier Duvallon n'a pas osé venir à la Tenue.
En lui apprenant qu'il rc|iartait pour Nantes, il a écrit à Marie une lettre remplie des injures les plus grossières; il la menaçait du retour de telmont.
Marie est plongée dans un morne désespoir. Aujourd'hui je n'ai pu b vuir.
Il ne me reste plus qu’un parti à prendre; il but décider Marie à me suis re.
Quelle sera désonnais sa vie?
Si Pelmonl revient, kirs même que je ne dénoncerais pas son retour, il sera tôt ou lard arrêté.
S'il parvient à se disculper, il est le maître de Marie ; elle est sa femme ; elle est obligée de le suivre.
S'il est reconnu coupable, s’il est condamné, quel horrible sort que celui do Marie ! et puis moi, je risque toujours de la perdre ! Sa vie est à moi, connue ma vie est à elle.
Si elle ne me suit pas... que foire?
Le* crimes passés de cet homme ne peuvent entraîner b rupture de &od mariage... ou s'il» l'eolraintal, que de temps, que de tristes débats, que de dégoûts'
Il le faut, il le faut, Marie me suivra.
Qui pourra-t-elle regretter, b pauvre orpheline’
Sa bute... pauvre et excellente femme !
Mais elle nous suivra peut-être. Non, non... Si elle soupçonnait jamais la vfrilél! si elle savait qu'un autre lien que celui de l'amitié m*unil pour toujours à Marie! si elle savait...
Non. non, il n'y faut pas souger. Mais Marie conseulira-t-elle à l'abandonner?
Poiirtaut il le faut.
Si Marie me suivait, quel avenir! Retiré dans quelque solitude, je (lasserais ma vie près d'elle.
Quoique* jeune, j’ai d jà tant vécu! j'ai déjà tant souffert ! j* a i déjà but éprouvé les hommes et les choses, que ce serait avec délices que je me reposerais pour toujours dans un amour solitaire et IrauqtrWe.
Et puis eu « Ile il v a but de ressources pour vivre dans [isolement de tout cl de tous!!! cœur, âme, esprit, bleuis, caractère angélique, candeur adorable, imagination de jeune fille qu'un rien distrait, occime ou amuse.. ^
Il faut qu'elle me suive... elle me suivra.