‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue AtarGullChapitre 14 sur 27 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

en mise

(iuculi- Dieu! c'est lui qui nous |MNU*e réan*, et il iitra> planta ii au milieu «te b beroene: !

V»i.tu* llt'co. — Notre- pâma dt Parie.

Oh' oh* le row compère... voilà de quoi ikmi* faire nrc le soir à h reliée.

Buslc. — Z a Femme {«lit.

L« malin, soi les quatre heures, b frégate était au plus à un mille de la Catherine cl de la Hyène: mais ses grandes voilés blanches et scs fitix qui étincelaient au milieu d'une de ces nuit». des tropiques, si claires et si transparentes, avaient merveilleusement aidé le Borgne h déçoitvrir rcimcmi qui h* poursuivait.

Des denx navires de Brulart venaient de mettre en panne, cl le Borgno s était rendu à bord du brick.

Uii, Brulart et le Malais tenaient conseil sur l'arrière de b dunette.

« H n'y a qu'une chose à faire,— disait le Rorgm*, . — e’esl de filer. . . — l iions,... — répéta le Malais. — Anes, chiens, que vous êtes! — cria Brutal, — 1.» fiég. fc um> labscca ùiro, a'titMe pas? car elle m'a l’air de uiai citer comme une auluirlic. Ce n’est pas ça... réponds, le borgne,

combien peut-il tenir ik* noirs... en plus dans la goélette? — Mais, en les serrant un peu... trente... — Pas plus?... — Non, car ils n’auraient pas même leurs coudées franches. Il faudra les arrimer de côté , .. — Mettons quantité; ils ne sont |w> ici au bal pour faire fis beaux liras cl les jolis cœurs. — Alors mettons, cinquante, — dit le Borgne — Pou . cinquante... que tu vas choisir ici. parmi les grand* Numaquois: lu les amarreras d’un côté et les petits Nainaqnuis de l'autre, pour qu'ils ne se dévorent pas... tu m'entends? — Oui. capitaine. — Pendant ce lenqis-lâ, toi, le .Malais, lit prendras tout Ce qui nous reste de poudre à bord de la goélette, moins uu baril, et tu l'apporterai ici .. lu m'entends — Oui, capitaine. — ht dépêchons, car je vous cognerai si dans une demi-heure tout n'est pas paru... »

Le Borgne descendit dans le but pont du brick, cboh.it à peu pris cinquante nègres ou négresses, y compris Àlar-Oull. . doubla leurs fers et les IK embarquer a mesure par sections de dix, dans un canot qui fi s transportait à bord d* la goélette;... là, on les déposait provisoirement sur le pont... bien et dûment enchaîné*.

De son côté, le Malais ouvrit la sonie aux poudres de la Hyène, fort honnêtement garnie, et fit apporter sur le |H»ut de la Catherine mviroa trois ceci* kilogrammes de poudre renfermée dans de petits baril-. Beudant ce temps, Brulart fixait son regard pénétrant, qui semblait percer f obscurité de la nuit, sur b frégate, qui avançait toujours, ... et à une lueur qui éclata (eut à coup (c'était sans doute un signal), il put juger sûrement de b distance qui le séparait d’elle...

« Sacré mille tonnerres de diable, — cria-t-il... — c'est juste cc qu’il nous reste de temps pour prendre de l'air. . le Borgne... le Borgne... ici chicu, ici... »

Le Borgne accourut...

« Fais embarquer (nul l'équipage à bord de b goélette, y compris b’ s noirs. — l es noirs y sont déjà... — Bien... tu resteras ici seul avec moi et le Malais... »

U» Borgne frémit...

« Et dis à un vieux matelot de tout parer pour prendre le large sitôt que nous lelournerous à bord de la Hyène. »

Ces ordres lurent exécutés avec une merveilleuse rapidité, et, au bout d'un quart d'heure, Brulart, le Borgne et fi* Malais restaient seuls sur le pont de la Catherine qui se balançait silencieuse sur l’Océan... La Hyène, aussi toujours en panne, n'attendait que la présence de Brulart et de ses deux acolytes pour mettre s» la voile. Le Borgne et le Malais échangeaient de frequents regards et des mouvements d'yeux expressifs en cnnsidéraul Brulart, qui, appuyé sur son gros bâton, semblait méditer profondément.

Cet infernal trio avait une singulière expression, éclairé à moitié par la cbrlé du faual «tue Carlahui balançait machinalement.

La ligure de Brulart, reflétée au plafond par cette lumière rougeâtre, avait une horrible expression de méchanceté; on vovait aux rides qui, se croisant dans tous le* sens sur son large front, s'cmçalcnt, allaient et revenaient, qu'il était sons l'influence d’une idée fixe, cherchant sam doute b solution d'un projet quelconque.. Lutin... frappant un grand coup de bâton sur le dos de Carlalmt, il s'écria joyeux et triomphant :

« J’y suis., j’y suis. Ah ! dame frégate, lu veux manger dans nia gamelle... eh bien f lu vas goflfiT de ma soupe... El vous autres, — dit-il '.m Borgne et au Malais, qm causaient à voix basse de je ue sais quel meurtre ou quel vol, — vous antres, traitez-moi... prenez des haches .. niais dation! descendons ces barils de poudre dans le faux pont... »

Ce qui fut fait... puis fl* enlevèrent avec précaution le dessus de chae baril de poudre... Pins ils agglomérèrent ces baril* eu le* entourant trois ou quatre tours de câbles et de cliaiues... afin de les faire éd iter avec une incroyable violence. Puis Brulart mit au-dessus d’un ries barils un pistolet armé et chargé, dont le canon plongeait dans la poudre. Puis il alla* lu une longue corde à ta détente de ce pistolet. Pendant cette délicate opération, scs deux confrères se regardaient en frissonnant, il fallait un geste, un rien pour les faire sauter. Mais Brulart avait tant de sang-froid et d'adresse!...

« Montons la-haut, — reprit-il en emportant le bout de la grande corde qui répondait an pbtofet, — et loi. Caiialmt, tu resteras ici. » la* malheureux mousse jeta un cri d'effroi.

« Allons. — dit Brulart, — non, je ne l’y laisserai pas tout à fait ; seulement ferme et calfate bien l’entrée du petit panneau. Nous allons t'attendre sur le pont : » et il poussait du coude ses acolytes, comme pour les prévenir d’une intention plaisante.

J oubliais de dire qu'il restait une ou deux douzaine* de nègres dan* le but pont, de ceux que le Borgne n’avait pas désignés comme devant aller à bord de la goélette.

Larlatml ferma, verrouilla le petit panneau, et sortit par le grand. Alors lîndart, avant de recouvrir cette ouverture avec b planche carrée destinée à cet effet, attacha au-dessous de cette planche, du < ôté qui donnait dan* lr faux pont, attacha, dis-je, la corde qui répondait à sou l'étant . et répara ce couvercle sur le panneau à demi ouvert.

« Comprem-z-vuns? — dit-il aux deux autres, qui suixàieut ses mouvements avec une impatiente curiosité. — Non,... capitaine... — Vous êtes de* bêtes... je... Mai* nous causerons de ça à bord de la Hyène: loi, le Borgne, laisse le brick amuré tl'flme il l’est, lais*e~le en panne, et suis-moi. •

Or tous trois descendirent dam la yofi* amarrée aux liane* du brick,

ATAR-GULL

suivis do Caria hut, qui 1 avait échappé belle... ma foi ; et, le Malais et le liorguo ramant avec ardeur, ils ateign'nent la Hyène eu un instant... A peine Drulart t'ut-i] sur le pout que, de ra grosse et tonnante voix, il cria :

a Brassez bâbord , lakscz arriver vent arrière, larguez toutes les voiles, toutes, à chavirer s'il le faut; mais liions vite, car la camarade nous apprête une chasse. «

ht, la nuit dévouant plus claire, il montrait la frégate qui était à deux ou trois portées de canon...

La Hyène sentit bientôt cette augmenta tiou de voiles, et vola avec une inconcevable rapidité sur b surface de la tner, favorisée par une bonne brise...

• Et bien... vous abandonnez donc le briek, capitaine ? crièrent le borgne et le Malais. — Je le crois bien... niais voici la chose : comme vous voyez, il reste en panne dans l'air de vent de la frégate ; nous sommes deux havires, elle est seule, il faut choisir ; elle pique d'aliord droit au cul lourd, au liâtmieul en panne, on ne se délie pas de ça, un vrai bateau marchand ; elle s'approche à petite portée de voix... et se met à bêler... pas un mot de rë|M>nse ; embêtée de ça. elle envoie du momie à bord, on monte, — personne... — on va au petit panneau... fermé, verrouillé; on va au grand... Iniii! — font-ils, il est A moitié ouvert, ils veulent l'ouvrir tout à fait, b corde roidit, b détente part... et allez donc, six cents livres de poudre en feu... Avis aux amateurs! — Quel homme ! — se dirent des yeux le Borgne et le Mabis... — Vous voyez la chose, le Imiloi éclate, désempare b frégate ou à peu pré*, lui tue un moude fou ; si proche, c’est une béuédiciiou ! elle ne pense pas à nous poursuivre : lions profitons de ça pour filer, et daus deux jours nous sommes à b Jamaïque... à boire... »

El il se dit en lui-même : Qwl rifain rêve !

Le pont de la Hyène offrait un singulier spectacle : encombré de nègres et de matelots , chargé de plus du double île oior.de qu'il n'en pouvait contenir; vrai . c'était à faire pitié que de voir ces noirs, enchaînés, battus, foulés aux pieds pendant les manœuvres, ne sachant où se mettre et roués de coups par les murins.

« Avant qu’il soit dix ntfiiuies — murmura Brûlai t, — vous verrez l'effet de ma mécanique. »

A cebe achevait-il ces mots qu'une immense clarté illumina le ciel et l'Océan, une énorme colonne de fumée bburhe et compacte se déroula eu large* volutes, et la goélette trembla daus sa membrure au bruit d'une cpofvanlable détonation.

... C'était celle pauvre Catherine qui sautait en l'air en couvrant sans doute la frégate le Cambrian de ses débris enflammé*, tuant peut-être son jeune et brave commandant, son bon ci gourmand docteur, son petit commissaire malgré sa tante... que sais-je, moi?

Pauvre Catherine, adieu! bisscz-iuoi lui douiier un regret! Adieu, c'en est doue fait ; aussi bien tu devais suivre la destinée de tou capitaine, du bon et digue Benoit, car sans lui (pie serais-tu devenu, pauvre cher brick ?... quelque inl.uue bâtiment pirate... toi, accoutumée aux jurons si chastes, si candides de Cbudc-Born>inëe-.M.irtial, tu aurais peut-être retenti d'ignobles cl crapuleux bbsplumc* ! d'infâmes orgies etnacut souillé la blanc heur virginale de loti pbneber, tes mâts eu au— raient frémi d'indignation, et, au lieu de voir pendre à les jolies vergues luisantes l'habit et le pantalon de Ion bon capitaine, qui >oiguail »i Eèetl sa modeste garde-robe, on les aurait peut-être vue* fléchir, < «•» jolies vergues, sons les balancements de cadavres {tendus çà et là. Ainsi, repose eu paix, Catherine, tu as trouvé un tombeau digne’de loi ; mieux vaut ceut fois pour tombe la profondeur transpareute de l'Océan que i les lourds et chauds estomacs des petite Xamaquois... Et certes. Benoit le dirait, s’il vivait, s’il n'avait pas été digéré, le pauvre homme... Adieu donc encore... adieu, Catherine... que les vagues te soient légères...

On ne peut se faire une idée du transport, du délire que cet événement excita à bord de ta Hyène : c'étaient des cris, des battements de mains à la faire sombrer; Bntiart surtout ne su possédait pas de joie; il sautait, gambadait, tonnait, ravi de voir b réussite de sa nue... Au lever du soleil il avait perdu b frégate de vue.

Le surlendemain, sur les quatre heures du soir, il détarquait ses nègre* A b Jamaïque, près de l'anse Garfoct... sur l'habitation de M. Wil, brave colon, uuc de ses plus anciennes pratiques.

Par exemple, sur les murs sauvés du briek, il n'eu restait que dixsept et Atar-tîull. La cargaison de b goélette avait moins souffert, il en restait les deux tiers ; somme toute : — U iouk-ait de quarante-sept nègres ou négresses, qu'il vendit, l'un dans l'autre, quinze cents francs i pièce, c’était donné...

Tom Wil le paya comptant, mais i) l'engagea à ue pas faire un long ««‘jour dans b colonie, par meMirc de prudence... Brûlai t goûta d’autant plus cet avis qu'il se souvenait de l'espieglerie faite à la frégate; or il mil bientôt à la voile pour Saint-Thomas, en se proposant de renouveler ta tontine s’il en trouvait l'occasion, car Tom Wtl lui avait appris que, comptant marier su tille, il faudrait alors monter l'atelier qu'il lui donnait en dot, et que lui, Brularl, étant raisonnable, il voubit le charger de celle fourniture.

Brulart partit donc, et de quelque temps on n'en entendit plu» parler.

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