‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue AtarGullChapitre 13 sur 27 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

CUAl'ITRE riUüHKJL

la ikto*n

Vw'ng»! )ur mor al duc den k'il ira boen vent : TU h oa*ic ainaiiil, ai n i densirl noient.

RhIiUlT W Ht . — /t-xnon du £ou ri <U< duc» dt Normandii.

« Mais, sacredieu ! c’est une horreur,... » cria le premier lieutenant de b bégaie qui devait intriguer si fortement le Borgne et Bnilart.

■ Le cœur me manque, et ma tante qui ma defeudu les émotions fortes, » du d une voix flûtee le commissaire du bord, petit jeune homme frisé, musqué, cambré, oui portait des gant», même a table...

■ C'est à interrompre la digesliou la mieux commencée, » soupira le docteur, frais, vermeil, fort obèse» et gourmand comme uuc fournie de quarante ans qui a deux amants ou plus...

« C'e't à écartefor uu brigand de cette espèce ! si ou le rencontre... — reprit le lieutenant: — mais voyons, no crains rien... raconlc-nuu* ça eu detail... veux-tu rebuirc, mou garçon?... — Je n’y tiendrais pas... ce serait à m'évanouir... les jambes me flageolent déjà... heureusement j'ai mon vinaigre et mou éther... — s'écria le commissaire en se sau- \ ant du carré de la frégate. — .Moi, je reste. — dit le docteur, — mainlouant que le coup est porté.. .je n’en digérerai ni plus ni moins... je ne vous quitte pas, mon c her lleyston... — ajouta-t-il eu serrant le bras du lieutenant avec cordialité..*. — Voyons maintenant... parle, » reprit ivlui-i i . il s'adressait eu français à uu boiume pâle, déchaîné, qui Ireoil lait encore de frayeur et do froid.

G était le Grand-Sec. que le Cambriem, frégate anglaise de quarante quatre, avait rencontré sur la cage à poules, avec les deux négresse* mûries, et que l’on avait humainement recueilli A bord l«- fomfemaiu de siu accident.

Il était temps, je vous assure.

La scène se passait dans le carré ou grande chambre du bâtiment, et les interlocuteur» étaient, comme nous Pavons dit, le docteur et le lieutenant eu pied de la frégate.

Le Grand-Sec reprit la parole en regardant toujours autour de lui d'un air effaré...

« Oui, mou lieutenant, voici la chose... pour lors, il a volélè négrier, pris les nègres, le navire, a troqué le capitaine et l'équipage pour des oirs, et pour lors, filialement , l'a laisse dans une patrie ousqu'on l’a dévoré lui et ses matelots... avec leurs pantalons, leurs soulier», leurs • estes, et tout ; car ces gens-là est trop sauvage pour les avoir épluchés... — Ll ça devait être d'uu dur... — IU te médecin... — Taisezv >us donc, docteur... — reprit le lieutenant; — contimie. mon garçon...

- Pour lors, mon lieuteuaul , voilà que quaud nous avons fait b chose 4e prendre le brick . notre capitaine à nous, y porte son bazar et s'v installe... bon... pour lors, voilà qu’un jour, on tait monter foauoiruutk pour chiquer four ration d'air et de soleil... bon... pour lors voilà .que lorsque les femelles s'affalent en bas pour rallier leur coucher... c’était, mou lieutenant, l'histoire de rire... pour Ion» j'en arrête une par les cheveux et je l'embrasse... bon... je la réeui brasse... bon... mais pour I us. voilà... le capit... aine. — Grand-Sec trendduit encore à ce souvenir, et ses dents s’cntrc-choanaieui, — voilà... le capit... aine... qui .. me voit... et comme... il... lavait... dé... fendu, il me fait meure à cheval sur uuc barre de cabesiau avec des pierriers à chaque jambe... et puis apr*s... amarrer sur une cage à poules avec les... deux... a

Ici le pauvre garçon ne put continuer, et perdit connaissance.

« Allons, allons, docteur,... à votre pharmacie. — Faites-Je coucher, c’est moral, purement moral, de l'eau de fleur d'orange, des cabnants...

— Je vous le laisse, mon ami, — dit le lieutenant, — je, monte die» le Pacha ( l 1 polir causer de tout cela avec lui.. . »

Arrivé dans b batterie, le lieutenant Pleysion se dirigea vers l'arrière, dit deux mots à un factionnaire qui moulait la garde prés b porte de l'appartement du commandant, et entra.

Comme à bord de toutes les frégates, il traversa la salle du conseil, bissa l.i chambre à coucher à droite, l'office à gauche, et arriva dans la galer ie ou salon situé sous le couronnement.

Là, se trouvait le commandant, sir Edward Burnelt.

Cotte galerie avait tout à La fois Pair d'uni* hihlioihêque et d'un musée, partout des peintures, des livres, des cartes, enfin un asile de savant et

11) On appelle aioai le commanda ni *n style Familier.

d'artiste. Couché sur un modlenx sopha, un jeune homme de trente ans vêtu d’un élégant uniforme brodé... feuilletait un vulumedc .Shaksjiearc... autour il»* lui, sur son lapis de Perse , étaient ouverts ça et là d’autres livres, Voliiry, Sterne, .Swift, Montesquieu, Corneille. Moore. Byrou, elr... et ou voyait que le lecteur av ait butiné çà et la uuc pensée , une idée. Une auecdntf... agissant en véritable épicurien qui goûte de tout avec choix et friandise.

(Jiiand fo lieutenant entra, sir Burnelt leva b tète, et l’on vit uuc charmante ligure de brilbut et fashfouabk* officier...

* Ali!... bonjour, mou cher Pleysion, — dit-il eu se levant et tendant b main à mjii second avec b plus exquise politesse; — eb bien.., quelles nouvri.es... asseyez* vous la... prêtiez donc uu verre de madere avec moi...

Il smnta. son valet de chambre servit et se retira.

« Toujours du madere. commandant, et pour moi seul, car vous lie buvez que de l'eau... jamais de pipe... jamais une pmvre chique..-. — ajouta Pleysion en dissimulant b sienne. — Mais vous voyez que j’ai du vin, mon bou lieutenant ; et quant au tabac... j'en possède' saisi de parfait... — Pour nous autres... comme le madère.. . — Ne [Mirions plus de ça, qu'avons-nous de nouveau?... — Commandant, il y a de nouveau (lue ce malheureux que l’on a repêché continue tout ce qu il nous avait «l’abord dit... — C’esl ineoucevalifo ... tftM d une ennuie inouïe... mais quelle route suit ce forban?... — Il fait voile pour b Jamaïque, commandant... — Nous devons le rencontrer en courant la même bordée: faites, je vous, gréer les bonnettes, couvrez b Irégate de toile... il est possible que nous l'atteignions avant b nuit... nous ferons alors une t tonne et prompte justice de ce mi-érable... Bien de plus... Pleysion? — Non, commandant . . — Oh ! quel ennuyeux métier, chasser de* négriers, c'est à périr de monotonie... — Ah ! commandant, pardieu, vous aimeriez mieux retourner dans voire l-ondre». . . aux courses de New-Markelt... (Lune... riche et jeune... joli garçon... le cible file sans qu'on y regarde... — Non , uou . mon cher lieutenant, j'aimerai* mieux uuc lw unie campagne de guerre... — Vous êtes payé poor eeb... à lieu le ans deux combats . cinq blessures , et capitaine de frégate... ça donne envie... — Non, mou ami , cela donne de* regret», surtout ouand on voit des vétérans comme vous rester aussi longtemps dans les bas grades... mais vous savez que je me suis chargé de vous faire rendre justice, et... a

Uu nouveau personnage entra bruyamment... figure commune, quarante ans, graud, gros, lourd, Pair niais et brutal.

C'était uu de cet» officiers sans mérite qui. ayant langui dans les eitv- I dois inférieurs à cause de leur stupide ignorance, nourrissent une haine d instinct et d'envie contre lont ce qui est jeune et d'une portée supérieure; fo grand refrain de celle espèce est celui ci : « Je suis vieux, •Jonc j'ai des droits, p (Juaul au mérite, à b capacité, aux services rendus, ou n'en parle pas.

« Je crois, — dit le nouveau venu, presque sans saluer son supérieur, — je crois qu'on voit te» deux navires que vous avez (ait chatw depuis ce maliu, mais b nuit viendra avant qu on ait pu les rallier... aussi, cordieu, c'est votre faute, commandant. — Vous oubliez, monsieur, que le temps était trop forcé pour mais permettre de faire plus de voile. . — Non... on pouvait bire [dus de voile; d'ailleurs e'eal mou opinion, et les opinions sont libres... nous ne sommes pat des esclaves; (fo* anciens comme uou* peuvent dire ce qu’ils | ►rusent.. . et leur opinion... — G'esl un droit que je ne vous conteste pas. monsieur, je reçois avec reconiisLtttiicc lus cou -cils de gens expérimentés, mais j’ai agi comme je croyais devoir agir, cl je vient de donner l'ordre au lieutenant en [ôed de gréer fo* bonnettes. — C'est trop lard, je puis bien trouver que c'est trop lard , c’est won opinion. — Monsieur Jaeqney. — reprit fo commandant avec un mouvement d'impatience, — depuis quelque temps vous prenez avec moi de singulières licences: je suis seul chef ici, j’agis connue hou ine scmlde, monsieur, et je vous engage à y songer. — Gorumand.int, — dit Pleysion tout lias, — vous savez qu'il est lioumi et bêle comme un âne. — Mon cher lieutenant, veuillez , je vous prie, faire exécuter nies ordres, » — dit le commandant.

Plcvston sortit.

a Monsieur Jaeqney, vous avez de l'humeur ; il est pénible, je le conçois, à votre âge, de n'occuper qu’un grade inferieur; mais von camarades.., Pleys'on lui-même... un officier rempli de mérite. — O’esl un hrosacur; vous dite» cela parce qu’il vous flatte. — Vous me manquez en parlant ainsi d'un ofiiefor qui m approche, monsieur.-- Je «i» fiché, c'isl mou opinion ; je suis un ancien, un franc marin, et je dis ce (pie je pense — On peut, monsieur, être à la fois ancien marin, et calomniateur ru accusant à faux un brave et loyal camarade. . j'co suis faehé, mais vous m'obligez à vous infliger une punition : vous guiderez les arrêts huit jours, monsieur, — Mille tempêtes! être puni par un enfant... par uu mousse . ■ a

b* commandant pâlit, ses lèvres se contractèrent, mais il répondit avec le plus grand calme :

* Monsieur, von» perdez la tête, vous oubliez que chacun de mes grades a été acheté par une blessure ou une action qu'on a bien voulu remarquer ; ne me bile» donc pas rougir eu m'obligeant à parier ainsi de mot; vous n’êle.s pas généreux, monsieur ; vous savez que le temps, le lieu el ma position ne me permettent pas de répondre à votre injure, Biais comme, avant tout, je suis commandant de celle frégate, vous gar

ATAR-GULI»

derez les ariÔtt forcés pondant un mois, monsieur, et je suis indulgent ; car vous m'avez injurié chez moi , et je pouvais vous faire passer à un conseil. Je désire être seul, monsieur. »

Et le commandant sc remit froidement h lire.

m Mais, tonnerre de... — Monsieur, — dit le jeune oflieier en se levant, — je serais désolé de finir par appeler le capitaine d'armes... »

Et le lieutenant Jucquey, vaincu par cette fermeté , sortit en maugréant.

« Je suis fâché de tout ça, — dit sir Edward, — mais, parce qu'ils sont vieux et ignorants, il faudrait tout leur passer, c'est impossible. »

Les ordres furent exécutés; et, les bonnettes donnant une nouvelle vitesse au Cnmbrian , celle belle frégate ne se trouvait guère j qu'à douze milles du brick et de la goélette de Brulart, au eoueber du

«oleil.

Tout l'état-major était monté sur le pont, attiré par la curiosité ; car l'histoire dn Grand-Set s'était répandue, et l’on attendait avec une incroyable impatience le moment ou l'on s'emparerait de ces deux navires, et de I infâme Brulart surtout.

Pourtant l'équipaçe ne montrait pas la même horreur que les officiers pour ces méfait1-, et les marins du Cambrian parlaient de Brulart comme les femmes parlent de ce qu'on appelle vulgairement : les mourait tuj'H.

• C’est ça un crâne négociant! — disait l'un. — quel toupet! — C'est égal. — reprenait un autre, — B doit cire ckrnu : c’est pas un combat mi une tempête qui loi ferait cligner l'œil à celui-là. — Enfin on le lieu drnii que ça serait bien juste, maïs tout de même ça me pincerait le ventre, parce qu'après tout on regrette toujours un brave, ® disait un troisième.

(Juand le soleil fut couché, on continua d'observer la Catherine et la Hyène an moyen de longues-vues de nuit qui permettaient de suivre leurs manœuvres.

■ Allons-nous souper, Pleyslon? — disait le docteur, — fai un appétit de vautour ; nous avons, entre autres choses, un endaubage d 'Appert, des perdreaux farcis, qui ont une mine... une mine... à en devenir amoureux, à M mettre à genoux devant, à ne les manger que respectueusement découvert, tête nue... — Ab! vieux... vieux docteur, va... tu prends pour toi tous les appétits que tu défends â les malades ! quel coure ! c'est une vraie cale aux vivres ! Allons, commissaire, allons donc ! que faites-vous là? — Ce que je fais?... Mon Dieu, je tâche de voir ces deux tournes bâtiments; il n'y a aucun danger, n'cst-ce pas, faMenant? quelle ligure ils doivent avoir!... Uieu! si ma tante savait à quoi l'on m'expose... — Ah ! est-il drôle, le commissaire, avec sa tante! Tenez, vous devriez meure une cornette et du rouge, et vous lui ressembleriez, à votre tante; soyez doue homme, conlieu! tuais vous ni' savez donc pas qu'une fois les navires amarinés, c’est vous qui serez chargé d'aller a bord faire l'inventaire des nègres et des pirates ? — Dieu du ciel! à boni! mais ce doit être infect! Non, non, je n'irai pas... pour attraper une bonne maladie; ma taule m’a bien dit d'être prudent ! — - Pleyslon, tu te feras tuer, — disait le docteur à moitié descendu, et dont on ne voyait plus que la joyeuse ligure qui rayonnait an-dessus dn grand panneau; — à ton premier coup de grog, je le soignerai... — Je te suis, vieux. Allons, madame, voulez-vous uu main? — dit le lieutenaul d'un air goguenard au commissaire. — Monsieur, toujours roule à l'ouest* nord-ouest , et avertissez moi des que nous serons à portée de canon île ces pirates, dit le commaudaut â l'ufücicr de quart en rentrant chez lui.

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