‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue AtarGullChapitre 16 sur 27 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

u riu et u nu.

n y • une grande différence, voyei-vou*. entre un capital productif ri un capitjl iiiipruduitif; rar un capital, employé productwfmeni. c*! un de* irai* grand* agenU d* la production, et prend p*rt sut profit* de celle production. KmpfoyiT un capital dans la production, c’o*t avancer le* fraie de production. La uattur d» produit qui en ré mite remboursa cette avance.

J. B. Sai. — Economie poUtù/ue, t. 11, p. 2Ô5. — S j i*- tu ce que e’ert que < c supplice que «ou* fout »ubir durant de tangue* nuit* tu* artère» qui bouillonnent, votre ca-ur qui crève, votre tête qui rompt, vo* dent* qui mordent vo* main»; louruicnleurs acharné* qui vout retournent mii* relâche comme un gril ardent!. .

V ictus Uoeo. — Notre-Dame de Parie.

Il est, je crois, nécessaire d'expliquer le motif de b haine que portait Atar-Cull à M. Wil, qui, par sa conduite, ne parait peut-être pas,

lvjplito , ainsi tou* le* noir* d’une habitation ont de» nom* tel* que Job, tlkim, Jjpln t, de., etc. — Coui d'une autre portent ceux d’Apollon, de Mar», de Vulf. !n, etc-, ci*., selon le caprice du maître.

ATAR-GULL

Le Borgne.

biotit. « Eh bien r dites-moi, Wfl, êtes-vous content de votre acqui- «ition ? Comment vont les nouveaux... se lonl-ils un peu?... — wil. Très-bien... très-bien... ce diable de Brulart a la main heureuse, il les choisit à ravir... je n'en ai perdu que cinq... — motet. Par exemple, que Dieu me damne si je sais comment il y trouve son compte en les donnant à ce prix... — wil. Ma foi, peu m'importe, c’est la troisième tournée qu'il me procure depuis dix-huit mois, et il ne m’a jamais trompé .. c'est-à-dire... ai... une fois... oh! j’ai été joué... c’est un tin maquignon, allez... — uurir xt les cokvives. Contez-nous ça, monsieur Wil, c’est utile... — wil. Eh bien ! car je n’y mets pas d'amourpropre, il y a trois mois, il m'a fourré, au milieu de son avant-dernière fourniture, un vieux, vieux nègre, auquel il avait teint les cheveux avec du charbon, et qu'il avait sans doute engraissé avec de la farine ou je ne sais quoi. — Enfin... trois jours après son départ, j’envoie foire baigner mes noirs à la mer, et mon vieil animal me revient les cheveux tout blancs; au bout de cinq jours cette graisse factice tombe, car U était souillé, et je m'aperçois aux dents, aux plis du front et des yeux, que c’est un homme d’au moins soixante ans. et si faible, si faible, qu’il est depuis ce temps-là incapable de me rendre aucun service ; et pourtant le scélérat mange comme un vautour : aussi c’est un cheval à l’écurie... ça fait le cinquième que je nourris à rien (aire... et quand on les a payés des quiuze cents, lies deux mille francs, ce n’est pas gai... — beotbv. C’est un voleur que votre Brulart ; mais moi j’ai uu moyen bien commode non-seulement d’éviter la nourriture de mes vieux nègres hors de service, mais encore de rentrer dans mes fonds et au delà... — wil et lm com vitis. Conlez-nous ça... c’est un miracle. — motet. Du tout, c’est bien simple : vous save* que le gouvernement donne deux mille francs de tout nègre supplicié pour assassinat ou pour vol, afin imprime par II. Uidvt, Mc. ml ..turc;, tur Ici cticiiv* Un LJiUuu.

que le propriétaire n'essaye pas de soustraire le coupable à la justice, dans la crainte de perdre une valeur... — wil. Eh bien! — beotrt. Eli bien!... les gueux de noirs, arrivés surtout à un âge très-avancé, ont bien toujours quelques peccadilles sur la conscience, c’est impossible autrement; ainsi, on est toujours srtr de ne pas se tromper; on aposté donc deux témoins qui aftirmenl l'avoir vu voler, par exemple. Les preuves ne manquent pas; on l’envoie à la geôle, et, s’il est trouvé coupable, ce qui arrive ordinairement, on le pend... et, eu échange, or» vous comme deux mille francs écus... — wil (avec répugnance). Diable... diable. — motet. N'allez-vous pas faire la petite Douche? au lieu d'un capital improductif qui vous absorbe encore un intérêt quelconque... vous avez, par mou procédé... un capital productif qui peut vous rapporter sept et huit pour cent... c’est hors de toute proportion... — wil. Oui, mais c’est un peu dur... de (faisant le geste de pendre). — motet. Ah ! pardieu, s'il s'agissait d'un homme, je ne vous dirais pas un mot de cela ; mes principes sont connus, je crois avoir prouve dans ce dernier incendie que j'avais quelque humauilé... — wil. C’est vrai ; non content d'avoir sauvé ce pauvre Colstrop et ses deux enfants, vous l'avez aidé à rebâtir sa cafeyric de vos propres deniers... mais faire pendre... hum... — beufrv. Ah! mon Dieu, avez-vous la tète dure ! Supposez qu'une loi vous dise : «Chaque mulet atteint delà morve « (par exemple) sera détruit, mais on indemnisera le propriétaire en lui « en comptant b valeur: » est-ce que si vous pouviez faire passer pour morveux un vieux mulet qui croupit à rien foire dans votre écurie, vous ue le feriez pas? préférant avoir deux cents bonnes gourdes bicu sonnantes qui vous eu rapporteraient quinze ou vingt, à garder un animal infirme qui vous en dépensé la moitié sans vous rendre aucun service? (tue diable! soyez donc conséquent ; pourquoi ne pas faire pour un nègre ce que vous foriez pour un mulet? — plusieurs voix. Il a raison,

comme le capitaine Brulart, devoir inspirer cet affreux sentiment à son esclave.

Voici le fait :

— C’était quelques vingt jours après l'arrivée des grands et peiilt Namaquots «fans la colonie; M. W il dînait ce jour-lâ chez M. Beufry, riche et industrieux pbnteur.

Quand vint le dessert, l’heure des confidences, les dames s'en allèrent, et chaque femme fut remplacée par une respectable bouteille d'un excellent et vieux madère... c’était le seul moyeu de compenser le retraite du beau sexe. La conversation vint à tomber sur les negres, les habitations, les chances, les pertes, les bénéfices, et M. Wil et M. Beufry occupèrent bientôt l'attention gnérale, car on avait une entière confiance dans leurs lumières et dans ledf longue expérience.

c’est clair comme deux et deux font quatre. — wil. Tardieu, je le sais bien, je n’aime pas plus qu'un autre a avoir de l'argent rn friche a puisque Beufry s’est servi de celle combinaison... puisque vous autres ne la désapprouvez pas... — tlusiedes voix. Mais au contraire. . nous ferions de même. — wii. Au fait, je ue vois pas pourquoi je m’amuserais à jeter de l’argent par les fenêtres... Ce qui me retenait, voyezvous, c était le respect humain... parce qu’avam tout, on tient à l'opi- • niou de b société, et, quand on est père de famille, quand depuis quarante ans ou mène une conduite irréprochable... ou n’aime pas a la voir ternir... — beotet. Je ne puis mieux faire que de me citer pour exemple... — wil. Je me rends, mon ami, je me rends ; j'étais un fou ; mais diles-moi, le témoignage de deux blancs suffit-U? — eecfet.

Üc deux blancs ou de quatre mulâtres... et on vous débarrasse de voire

ATAR-GULL

capital improductif... après quoi, le greffier vous rembnvne le pendu en espèces soumîmes. — wil. l'as plus tard que demain, j'en essaierai... — BKumr. Ab! çà, messieurs, c’est assez parler d affaires; ces dames doivent s’ennuyer ; un verre de madere, et allons les rejoindre dans la galerie... Wil je vous retiens pour ma partie de trictrac... — wil. C'est donc une revanche que vous voulez... vous l'aurez... à vos ordres... nuis nous ne jouerons pas tard, car j’ai ma fille un peu souffrante. » (Ils sortent.)

Cinq jours après cette conversation, le bonhomme Wil comptait, en soupirant un peu, dis piles de quarante gourdes chacune... (Oh ! dans ce doux pays les exécutions et les procédures marchent grand train, grâce à la justice coloniale.)

Mais la cabane du vieux Job était déserte .#

Seulement deux ou trois petits enfants pleuraient assis à b porte, car le pauvre vieux Joh, qui ne pouvait plus travailler, aimait à s’asseoir au soleil et à faire des jouets en bois de palmier pour tous les négrillons de son voisinage... qui sautaient de joie et battaient des mains à son armrochc ... en crbnl : « \ oilà le père Job... hé! bon Job?...»

Aussi ils pleuraient le vieux nègre, dont le cadavre se balançait, accroché au gilict de la savane, et qui aiusi ne coûtait plus rien à son niait rc.

Le lemli-muin de l’exécution, il était nuit, mais une nuit des tropiques, une belle nuit claire et transparente , inondée de la molle clarté de la lune.

Les noirs s’étaient agenouillés au dernier coup de cloche, car M. Wil, sa femme et sa fille leur avaient donné l'exemple, en commençant b prière commune À haute voix.

Et c’était un grand et noble spectacle que de voir le malin* et l'escbve égaux devaut le Créateur, se courbant ensemble, prier de b même prière sous b voûte azurée du firmament, tout élincelaute du feu des étoiles.

Autour d eux., pas le plus léger bruit. . .on n'entendait que 1a voix grave et sonore du coloo , et par instants le timbre pur et argentin de celle de Jenny, qui répétait nue phrase sainte avec sa lucre.

Les palmiers agitaient en silence leurs grandes feuilles vernissées, et les fleurs du cafcycr, souvraut à la fraidteur de la nuit, répandaient une senteur délicieuse.

Après b prière, les ucgres allèrent SC reposer ou errer daus les savanes, car on leur accordait ccttc permission. Alar-Gull ne pouvait dormir b nuit, lui .. *

Oh ! la nuit il aimait à errer seul, c’était l'unique instant où il pouvait quitter son masque d'humble et basse soumission, son doux et tendre sourire.

Il fallait alors le voir bondir, haletant, crispé, furieux, se rouler en rugissant comme un lion, et mordre la terre avec rage, en pensant aux outrages, aux coups de chaque jour !

En pensant à Rrulart, qu'il espérait revoir tût ou tard ; au colon qui l’avait bit battre, et avait pour lui une pitié insultante, un attaclicmeut d’homme à bêle, de maître à chien! Alors scs yeux élincebient dans l’ombre, scs dents s’enlrc-choquaicnt.

La veille dei noce*.

F.t voyez quelle puissance il avait sur lui-même!... avec ce caractère indomptable et sauvage, cette énergie dévorante . dans le jour, il souriait à chaque coup qu’il recevait, ci baisait b main qui le frappait. Il fallait pour arriver à ce résultat incroyable une idée fixe, arrêtée, immuable, à laquelle le nègre fait tous les sacrifices : b vengeance !

Et encore cette vengeance n’était motivée que par b brutalité de Brubrt et b rage de se voir esclave ; mais à quel degré d’intensité arrivat-elle, mon Dieu ! quand il sut ce que vous allez savoir.

Entraîné dans une course rapide, cc malheureux bondissait çà et là comme pour s'échapper à lui-mcme. . En vain l'air pur et embaumé, la douce solitude de la nuit venaient rafraîchir ses sens. Toujours courant, il arriva près d une savane déserte, que b lune couvrait d'une nappe de pâle lumière.

Au milieu s'élevait nn gibet. Après le gibet était accroché un noir, c'était le vieux Job.

Atar-Gull, sortant des allées sombres et obscures qui entouraient cet

tepacc nu et découvert, fut comme ébloui de celte clarté resplendissante qui argentait les longues licrbcs de b savane et le rideau de tamarin et de inangoticrs qui l'ombrageaient.

Mais bientôt il fut saisi d'un inexplicable sentiment de douleur en voyant ce gibet noir et ce corps noir, qui se dressaient et se découpaient si sombres sur les feuilles brilbnles et nacrées de la forêt.

Il s’approcha plus près... plus près encore... Ses jambes fléchirent... il tomba... b face contre terre...

Après être resté quelques minutes dans cette position, U se releva, et, ''élançant comme un tigre, sauta d'un bond sur la fourche du gibet.

Arrivé là, il poussa un cri... un cri dont vous comprendrez l’expression quand vous saurez que le malheureux venait de reconnaît ro - . . son pere . . . son père vendu comme lui, victime de b mite, et volé peutêtre par Brubrt à quelque autre Benoit.

Alar-Gull ne conserva plus aucun doute quand il eut vu une espèce de talisman on de fétiche que le vieillard portait an cou...

Couper b corde qui attachait le cadavre à la poteoce, le prendre sur ses épaules et fuir daus les bois avec ce précieux fardeau, ce fut l'afTaire d’un moment pour Alar- Gull.

Il est de ces douleurs qui ont besoin d'ombre et de profonde solitude.

Le lendemain, au premier coup de cloche Alar-Gull était déjà rendu à l’atelier , toujours avec sa bonne figure ouverte et franche , son éternel sourire qui bissait voir ses dents blanches et aiguës...

El voilà pourquoi M. Wil partageait avec Brubrt le privilège d’occuper incessamment l'imagination d'Alar-Guil, d'autant plus aue Clum, auquel Alar-Gull avait (ail sa confidence, nue Cham, auquel cinq ans de séjour daus la colonie et dans l’intérieur du colou avaient donné quelque habitude et quelque connaissance des spéculations des pbnteurs, mil clarilablcmein Alar-Gull au fait des causes et résultats de la mort de son père... Quant au cadavre du vieux Job, on ne le trouva plus, et on pensa sur l'habitation que les empoisonneurs s’en étaient emparés pour quelques-unes de leurs opérations magiques.

ATAK-Gl LL.

On conçoit maintenant, je crois., la haine du noir pour cet estimable colon, ci quelle dut être sa joie lorsqu'il put soupçonner que son service presque intime le mettrait à même de se venger : aussi, pendant duq mois qui servirent d’essai, d'épreuves, il étonna tellement M. NV il

Kur son télé, par son dévouement, son activité, que le colon le proclama ; modèle des bous serviteur», l'éleva à la dignité de valet de chambre et mit en lui sa plus entière coutiance. Cet engouement est d'ailleurs un des traits caractéristiques tles colon».

Ainsi Alar-Guli Ait chargé de surveiller 1rs préparatifs de la fête qui devait précéder les fiauc-'iUe* de la jolie Jenny et de Théodriek.

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