‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue AtarGullChapitre 19 sur 27 · I. autre porte donnait citez sa mère · texte numérisé non relu

I. autre porte donnait citez sa mère

Et suspcudanl leur respiration, serrant le bouton de la serrure, échaneant de joyeux regards, ils attendirent. . . Alar-Cull sourit phis que d'hailude ea se rendant à son service.

C'était un ravhsaitf réduit que b petite chambre de Jenny ! Ou voyait bien que b tendresse maternelle avait passé par là. — L'amour, l'idolâtrie que cette belle et douce tille inspirait à son père et à sa mère étaient signes partout, dans les moindres details, dans les plus minutieux arrangements de cet asile élégant et complet d'un véritable enfant gâté, comme ou dit.

Suivant l'usage, aucune tapisserie ne cachait les murailles nues, mais l'enduit nui les couvrait était d'un stuc si pur, si poli, si luisant, qu ou l’eût dit du plus beau marbre de i’aros...

Dans le fond se dressait un petit lit de bois de citronnier, blanc, virgi- ! nal, entouré d'une gaze transparente, soutenu par quatre rolonneltes île | cuivre ciselé.

Et puis, tout autour de l'appartement, on avait disposé des caisses j d'acajou, assez profondes, supportées sur deux pieds de bronze et remplies d’une foule de ces beaux camélias sans odeur que l'ôn peut conserver pris de soi pendant la nuit ..

Enfin, de jolies chaises, tissées d'une précieuse écorce d’arbres, repo- | saient sur une natte faite des joncs les plus fins cl les plus variés dans leurs couleurs vives et brillantes qui Démaillaient comme un parterre. Le jour u'arrivait que faible et douteux au travers des jalousies, des poraienscs cl des stores de soie. , . seulement b fenêtre était entr’ouverlc à cause de b chaleur. Il régnait dans celte jolie pièce je ne sais quelle suave et douce senteur, quel parfum de jeune fille, quel aspect candide, qui réjouissaient rime.

Ce petit lit si frais, si blanc, ces murs polis et ces fleurs étincelantes, cette douce obscurité, celte harpe silencieuse, ces vêlements de fêle jetés çâ et lit, ce polit miroir et cette croix sainte, res rubans et ce rameau bénit, ces simples bijoux, en un mot tous ces rien» qui sont si précieux : pour une jeuue fille, tout cela disait une vie «le bonheur, d'iunooencc et ! d'amour. . La porte s'ouvrit, et Jenny entra,

Sa mère, qui l'accompagnait, avait tendrement lié son bras à la souple et gracieuse taille de sa fille, qui, tout en marchant, appuyait sa tête sur le sein maternel...

« Allons, recouclio-toi, dit madame Wil, nous avons prié: il est encore de bonne heore, et les yeux sont un peu battus. . je suis sûre que tu as mal dormi... »

Et elle fit asseoir sa fille sur le lit, et se mit près d'elle...

« C'est vrai, maman, j’ai peu dormi... car le bonheur, vois-tu. empêche de dormir... je l'aime tant... il est si bon pour toi, pour mon père... mon Théodrick... — dit b jeune fille d'une voix argentine et pure, en baisant les cheveux gris de sa mère qu'elle mêlait en souriant aux grosses boucles de sa belle clievclurc blonde. — Finis doue, JeQuy, tu me décoiffes toute... — Tiens, maman, je voudrais avoir tes cheveux et que tu eusses les miens ... — Oh! b folle... je vais la battre... — disait b bonne mère en tapant légèrement les jolies épaules blanches de Jenny à moitié découverte-... — Mais oui, maman, car alors tu serais jeune... moi, je serais vieille... et ainsi je mourrais avant toi... »

Et scs deux bras caressants attiraient sa mère, qui détournait b tête pour que sa fille ne vit pas les larmes de tendresse qui roulaient dans ses yeux...

• Ab! maman... lu pleures... mon Dieu, t’aurais-je bit de b peine?...

Et Jenny, les yeux suppliants, les mains tendues, regardait sa mère

avec anxiété.

« Chère, obère enfant adorée... » murmura madame Wil en rouvrant sa fille de ces baisers maternels qu'on payerait par des années de souffrance ... quand ou n’a plus de mère!...

Celte expansion un peu calmée, madame Wil se retira en ordonnant à sa fille de dormir encore un peu...

• Je dors, maman, » répondit-elle en s'étendant sur son lit et en fermant tout à coup ses beaux yeux ; niais un malin sourire qui errait sur sa bouclio dévoilait son vibin mensonge.

La porte de b chambre de sa mère se referma...

Alors Jenny ouvrit un mil attentif, puis l’autre, dressa sa jolie lêlc... son corps... écouta... les yeux grands, grands ouverts, comme une jeune biche aux aguets, et, n'entendant rien, fut d’un bond auprès d’un |>elil meuble surmonté d’une glace. — Fuis clic prit dans ce meuble di*s rubans, des (leurs, de b gaze... et, chantant à demi-voix b chanson que Théodrick aimait tant, elle essayait b coiffure qui plaisait aussi à Théodritk.

« Voyons. disaU-otle, il faut qu’aujourd'hui je me fasse belle; nuis demain... oh ! demain... Quel beau jour... quel bonheur... et pourtant le cœur me bal bien fort quand j'v pense, mais ce n'est pas de frayeur... non... je ne crois pas... 6 mon Théodrick! serai-je bien comme cela, dis?...»

El elle s’approchait si près, si près du petit miroir, pour juger de

l'effet de la fleur, de b gaze qui devait tant plaire à son amant, que sa pure et fraîche haleine ternit (finie légère vapeur b surface brillante de la glace.

Alors, elle, promenant son joli doigt blanc sur cette humide rosée .. y traçait, rêveuse et souriante, le nom de son Théodrirk ... U u léger frôlement quelle entendit du eôlé de la fenêtre b lit tressaillir.. . elfe tourna vivement b tête... les joues colorées, toute honteuse de se voir peutêtre surprise dans ses secrets les plus chers...

Mais tout à coup ses lèvres pâlirent... elle jeta violemment ses main» en avant... essaya de se lever... mais ne le put... Elle retomba sur sa chaise, agitée d'un affreux tremblement... La malheureuse enfant venait de voir b tète hideuse d'un monstrueux serpent qui sc glissait à travers la jalousie et les pcrsicimcs, soulevait le store cl s'avançait en rampant... Il sc cacha un moment dans b caisse de fleurs qui cucadrail b

La disparition momentanée de cet affreux reptile sembbit donner des forces à Jenny, elle se précipita vers b porte de b galerie, s’y cramponna. lâcha de l’ouvrir en criant : ■ Au secours! ma mère., au secours!... un serpent... »

Impossible...

Son père, sa mère, son amant tenaieut cette porte en dehors, et Jenny entendit b joyeuse voix du bonhomme Wil qui disait :

« Oui, oui, crie bien, crie bien, ça t'apprendra à avoir peur... petite folle.., il ne te mangera pas... sois donc raisonnable... mon Dieu ! que tu es enfant ! — Prend* rela sur toi, ma Jenny, dit sa bonne mère... une fois guérie de b peur, c'est pour toujours../ Allons, sois gentille...»

Jusqu'à son Théodrick qui ajouta : « C'est moi, ma Jenny, c est moi qui ai tout fait, et (u me donneras pourtant un beau baiser pour ma peine, car c'est pour ton bieu, ange de toute ina vie... »

U» croyaient, eux autres, qu'il s'agissait du serpent mort qu'ils avaient mis là pour habituer 1a pauvre cnbut, comme ils disaient...

Jenny poussa un horrible cri et tomba au pied de b porte... Le serpent venait de déborder b caisse, et sa queue était encore au milieu des fleurs, que sa gueule cntr’ouverle, qui bavait l'écume, l>éail sur Jenny. Il s'approcha... vit sa femelle morte... écrasée sous b petite table, et poussa uu long sifllenient sourd et caverneux. Il entoura avec une inconcevable rapidité les jambes, le corps, les épaules de Jennv , qui s'était évanouie.

Le col visqueux et froid du reptile se collait sur le sein de la jeuue fille. Et là, se repliant sur loi-même, il b mordit à la gorge. La malheureuse, rappelée a «die par cette atroce blessure, ouvrit les yeux cl ne vit que b tète grise, sanglante du serpent et scs yeux, gonflés de rage .. qui flamboyaient.

a Ma mère, ô ma mère!... » cria-l-elle d’une voix éteinte et mourante...

A ce cri de mort, convulsif, râlant, saccadé, un éebt de rire, bible et strident répondit.

El I on put voir l’affreuse figure d'Alar-fîull qui soulevait un coin du store comme ayit bit le serpent.

Il riait, le noir!!!

Jenny ne criait plus... elle était morte...

« Ouvrons-lui... car la peur, trop prolongée, pourrait devenir dangereuse... » dit le bonhomme Wil, cédant aux sollicitations du Théodru k et de sa femme... Il voulut ouvrir... Il ne pouvait., le corps de sa fille gênait... Il donna une violente secousse, et le comit lui manquait... lorsqu'il sc précipita daus b chambre, suivi de sa femme et de Théodrick, tous deux dans un effroyable état d'agitation... ils virent leur fille... morte...

El, comme ils entraient, le serpent disparaissait par b fenêtre.

A’. H. Il reste à expliquer ce bit, historique d’ailleurs, et U part qu’Atar-fj'ull eut à cet événement tragique.

Connaissant, comme tous les nègres, les habitude des animaux de b contrée, il cul un rayon d'espoir quand il proposa à Théodrick de pur telle serpent mort dans la chambre de Jenny.

Il savait que ces animaux s'accouplaient toujours, et que le mâle, rentrant dans son trou et no trouvant plus sa femelle, b chercherait et suivrait peut-être sa piste.

Aussi eut-il le soin, commme on l’a dit, de prendre la femelle par b queue, à cette fin que la partie saignante, écrasée, Iruliiée par terre, laissât une trace, un fumet, capables de guider le mâle...

Ce qui arriva...

Le mâle, en entrant dans son trou, et ne trouvant pas sa femelle, suivit la piste, arriva au pied de In fenêtre du rez-de-chaussée, où le nègre, par un excès d’infernale prévision, avait encore écrasé une pat lie du corps, grimpa, souleva b jalousie... entra dans la chambre, étraugb Jenny et regagna son autre.

Alâr-Gull avait calculé juste : la haine se trompe rarement.

ATAR-GULL

Page 1