CHAPITRE II
iT 4 S-COU.
Ah! si voua iaîci vu comme j'en Q$ rencontre, Voua sur ici pris pour lui l'amitié que je montre. Chaque jour & lï j lise il venait d'un air doux Tout vis-à-vis de moi se mettre A deux genoux. Or-joii. — Tjmtrrc, «etc I, *c vi.
— Tu n'as pat reçu miction de faire ce que tu m'as fait. . donc que le* pleur* et le sang retombent sur la tète.
Aux. Douas. — Sapote on Bonaparte.
Il tremblait de mourir;
Mourir! c’est un incUnt de supplice... mais vivre. . Fniodaïc SocuÉ. — Christine.
C'était le soir... le jour baissait... le colon venait de terminer sou modeste repas: et, comme il était dans I impossibilité de marcher cl même de se servir de scs mains, étant paralysé, son noir, l'avaut bien et dûment posé et encaissé dans son grand fauteuil, l'avait roule toul près de la fenêtre, d’où M. Wil aimaità voireuroreles dernières lueurs au soleil dorer les fleurs pourpres de ses capucines, et étinceler sur ses épais carreaux...
Cette atmosphère enflammée des feux d’un soleil à son déclin, ce* fleurs pâles et froides qui brilla icul pour quelques minutes d'un vif el brillant éclat, rappelaient au pauvre colon son beau ciel de b Jamaïque, bcs palmiers si verdoyants, se» ftloès parfumés, ses camélias fleuris, toute celte végétation si puissante et si forte. .. et puis aussi peu à peu venaient se grouper sous scs arbres gigantesques sa bonne cl tendre femme... sa douce Jenny... son loyal et franc Tncodrick... c'est alors qu'il pensait avec amertume à leurs longues promenades du soir après b prière, a leur joie luuocenle, à ces têtes tumultueuses, bruyantes, qu’il donnait pour sa fille . . . à ses naïves caresses, à sa gaieté si folio.. . et euliu à tout cet avenir de bouheur, de richesses et d'amour, déni, tué eu deux mots par une si inconcevable fatalité... Car il se voyait, lui, uu des plus riches ! planteurs de b Jamaïque, réduit à vivre des aumônes d'un esclave, qui . partageait avec lui, loin WÜ, une misérable chambre, triste et obscure, avec lui, doul les magnifiques cl vastes habitations étaient autrefois couvertes d'hommes qui treinbbient à sa voix...
Quels souvenirs!
Aussi, sa pâle ligure s assombrissait do plus en plus, et le» rayon» oblique» du soleil, qui Tédairaicnt fortement, en faiUient ressortir encore l'expression mélancolique, et lui dunuaieut un aspect de tristesse indéfinissable, de chagrin profond, de regret amer, qui eusseut attendri Taine b plus atroce...
Bientôt des latines eoulereut de se» yeux, cl U laissa tomber sa tète chauve et vénérable dans se» ntaius tremblante», puis s'ensevelit dan» une «ombre méditation. La nuit était tout à bit venue.
Atar-Gull alla soigneusement fermer la porte qui donnait sur T escalier, poussa le» verrous et prit b même précaution pour celle qui ouvrait sur la chambre où était sou maître... il alluma une lampe qui uu jetait u’unc clarté bible cl douteuse, s'approcha du colon, toujouis absorbé ans scs pensées et le cuntempb uu instant. l’uis. lui frappant avec force sur I épaulé, de sa large cWonuidable main, il l'éveilla en sursaut, car l'honuéte \N il avait Gui par sommeiller un peu.
Tour b première fois le maître tressaillit à b vue de son esclave...
C'est qu'au&si b scène avait quelque chose dTITruyaiil et d é I range. Au milieu tic celle chambre vaste et bas-e, à peine éebirée par b lumière vacillante et rougeâtre de la lampe... se dressait, de toute la hauteur de sa taille athlétique, Alar-GuJ... le regard flamboyant, les bras croisés, et un alTreux sourire sur scs lèvre» contractées qui bissaient entendre le sourd claquement de ses dents qui s’eulrc-choquaieut comme celle» d'un tigre qui màclx; à vide. ..
Un ne voyait de ce colosse noir que deux yeux bLmcs fixes et arrêtes, cl au milieu de ce blanc uu point lumineux qui brillait comme du phosphore dans Toinbrc.
C’était aussi b prenne ic foi» que le nègre s'était permis de frapper si (amUieraauil sur lepaule de son maître : aussi ce dernier le regardat-il avec un étounemcnl stupide.
« Ecoute, blanc... — dit Atar-Gull d'une voix caverneuse... — écoule bieu... une singulière histoire... »
Ce tutoiement, cette phrase, ce Ion dur et presque «oleuncl, bouleversèrent les idées du colon qui attachait des yeux inquiets sur le nègre, qui continua ainsi ;
« Le premier blanc que j’ai haï a été cet homme que Ton a pendu à bord de la frégate anglais»'.
« Il m'avait acheté, battu et vendu. — Justice a clé faite.
« Le second blanc que j'ai bai, mais d une haine aussi brûlante que le feu... aussi aigu»1 que ta pointe d'un couteau, ainsi vivace que Tapms qui fleurit chaque jour...
■ C'est toi... loi, Tom Wil, colon, pbuteur de la Jamaïque... a
Le colon voulut se lever, et, faible qu'l était, retomba sur son fauteuil en faisant entendre uu gémissement sourd...
Le lègue continua :
« Garde tns gémissements pour plus lard... ce n’est pas encore l'heure; Tom Wil, nbnteur de b Jamaïque... Tom Wil, qui fus riche à millions... 'lom Wil, qui fus tendre pere, heureux mari... plus lard, tu gémiras... tu pleurera» du sang...
« >’i| avait lailu, vois-tu, comparer b haine que je portais au négrier qu'on a pendu à celle que je portais à toi, Tom \VU, j'aurais dit que je 1 aimai», lui, comme un Irere...
s Et pourtant mon cœur a bondi de Joie en voyant son supplice...
« Enfin, sais-tu ce que tu m'a» fait, Tom Wil ! le sais-tu?
« Pour de for, tu as vendu mon sang... un pauvre vieillard qui ne demandait qu’un peu de mais et de soleil pour vivre quelques jours encore, et puis mourir :... pour de l'or... tu Tas fait supplicier du supplfre d'uu voleur et d'un assassin...
« C'était mon pere... Tom W| ! le vieux Job! c'était mon père! comprends-tu maintenant T »
Et le colon... haletant., comme fasciné par le regard d'Atar-Gull... le contemplait en silence...
« Alors, vois-tu, — reprit le noir, — il m'a fallu dévorer ma haine, qui me tordait le cœur ; le jour, le rire sur lec lèvres, te servir et baiser la main qui me frappait, eu pleurant de joie...
« ht c’est de joie aussi que je pleurais, Tom Wi... car chaqoecoup...
S chaque humiliation que j'endurais avançaient ma vengeance d on pas... j « Et j’ai eu la coufiauce! ton alb» tiement ! enfin ! a ' hurla le noir avec un affreux écbl de rire...
ATAR-GULL
« Et e’eot moi qui l'ai traduit au tribunal de* empoisonneurs, qui ai fait empoboimer les bestiau*, tes noirs, et même k* premier-né que j'eus de Narina, pour éloigner tout soupçon de moi... bon et Adèle serviteur. »
Atar-Gull fit une pause, un silence, comme pour donner à chacune de ses atroces révélations le temps d'entrer bien douloureusement au cœur du colon qui croyait réver.
Puis il reprit :
« Et c’est moi, Tom Wil, qui ai incendié tes propriétés en incendiant aussi la case que tu m'avais donnée, et qui ai couru au milieu i du feu. pour qu’on nepiMidt pas à m'accuser... moi, bon et fidèle serviteur...»)
Ici une nouvelle pause...
■ El c’cst moi, Tom Wil, qui ai presque guidé par mon adresse le serpent qui a étranglé ta fille, et qui l’ai poursuivi après, moi bon et fidèle j serviteur... •
Par un effort surnaturel, le colon se leva debout, les yeux menaçants, et s'avança sur Atar-Gull ; mais à peine eut-il fait deux pas qu’il tomba par terre.
Atar-Gull resta debout, regardant de toute sa hauteur son maître qui, 1 étendu à ses pieds, se roulait, en poussant d'afTreux sanglots.
Il continua...
« Et cette mort, Tom Wil, l’a rendu muet : le ciel devait bien cela à ma vengeance... et c'est moi qui ai conduit Théodrick au Morne aux Loups... va, va demander aux profondeurs de ces gouffres... quel est le corps poignardé et mutilé qu’ils ont reçu...
« Et la mort de ta Tomme, et la ruine, c’est moi seul oui ai (oui fait... tout fait, Tom Wil... et ce n’est rien encore... c’est maintenant que ton supplice commence et que mou père savoure b vengeance là-haut !
« Ecoute, Tom Wil, depuis que nous sommes ici, j'ai éloigné tout le monde de toi ; je passe pour le serviteur le plus dévoué qu’il y ait sur la terre... tu l’as d’ailleurs écrit là... » -
Et il montra la cassette où était renfermé le testament du colon.
a Tu es muet... tu ne pourras me démentir.
« Tu u*érriras pas... car je serai sans cesse auprès de loi, cl tu es perclus de tes maius...
« Et chaque jour, à chaque heure, vois-tu... tu auras devant loi le bourreau de la famille., l’auteur de ta ruine...
■ Et b nuit.. .je t’éveillerai, et, à la lueur de cette bmpe, tu verras encore le iMiurrean de ta famille ri l'auteur de la ruine !
« Au dehors, je serai loué, montré, fêlé, comme le modèle des serviteurs, et je te soignerai, et je soutieudrai la vie, car elle m’est précieuse la vie... plus que la mienne, vois-ftu ; il faut que tu vives longtemps pour moi, pour ma vengeance... oh! bien longtemps... — l’éternité, si je pouvais... — Et si un étranger entrait ici... ce serait pour te dire mes louanges, te vanter mon dévouement à moi, qui ai tué... tué ta famille... qui t’ai rendu muet et misérable... car c'est moi... c’est moi... enteudstu, Tom Wil... c’est moi seul qui ai tout fait... moi seul... > hurbit le nègre eu rugissant comme un tigre, et bondissant dans cette chambre en poussant des cris qui n’avaient rien d'humain.
Quand cet accès frénétique fut passé, il s'occupa du colon que cette effravante secousse avait bit évanouir...
Il te ramassa et le pbça avec soin sur son lit en lui faisant respirer un peu de vinaigre. Tom Wil ouvrit les yeux d'un air étonné, inquiet; le pauvre homme croyait avoir fait un mauvais rêve; aussi, eu se retrouvant au milieu des soins empressés de son esclave, il sourit à Atar-Gull avec une admirable expression de reconnaissance. Mais celui-ci avait suivi sur les traits du colon toutes ses pensées, et. pour ne lui pas bisser cette consolante illusion, il reprit en lui serrant b main violemment ;
« C'est moi seul, Tom Wil, qui ai tué ta femme et b fille... tu n’as pas rêvé, Toin Wil, c'est moi... »
Il est plus facile d imaginer que d’écrire tout ce mtr dut souffrir le malheureux colon, aussi depuis celte époque sa santé s'affaiblit : mais, grâce aux horribles soins d'Alar-GulI, elle se soutint chancelante. Une lois le colon refusa de rien prendre, voulant terminer cette vie d angoisse et de torture. Alors, aidé de deux locataires, Atar-Gull lui fit avaler de force quelques cuillerées de bouillon, ci le pauvre colon entendit un des voisins s'écrier : • Quelle vertu ce pauvre nègre doit-il avoir pour servir un vieux maniaque de cette trenipc-li... »
Enfin, au bout de six mois de celte horrible existence, la santé du colon s’altéraut sensiblement, sa raison commença de s'égarer; alors son esclave fit demander un médecin. Or, c’est après une de ces visites que madame Bouguol venait de l’arrêter curieusement comme nous l'avons dit, afiu de savoir des nouvelles du vieux muet.
Usb h raison du colon sc perdit bientôt tout à fait; et, sauf quelques moments lucides pendant lesquels son affreuse position sc représentait à lu: dans tout sou jour... il était dans un étal de démence complète et furieux parfois... Alors Atar-Gull avait recours à la camisole de force...
Ordinairement, après ce s transports frénétiques succédaient quelques uiomcuts de calme ; au*>i le docteur sortait-il comme un des accès du malheureux Wil venait de finir.