‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue AtarGullChapitre 25 sur 27 · le Miaou «. — i'auderilfe · texte numérisé non relu

le Miaou «. — i'auderilfe

t'ne autre intention que non* pouvons tout aussi r livumabletnent JuppoMT au noble fondateur, c'cil celle de convertir ie* liotninea asw* malheureux pour ne pas croire i la vertu.

Diicomri di II. U baron Crntt.

Le 2o août ***, par un riant soleil qui inondait de clarté 1a belle coupole de la salle des réunions solcunelle* de l'Institut, l'élite de fa société de Taris sc pressait sur les banquettes , impatiente de voir face à face les immortels, cl d’ouïr quelque mcuue lecture de vers ullégori-

3 ucs, de poemes didactiques ou de contes politiques , qui devaient tout oucctlement conduire ta patiente et benoîte assemblée jusqu'au rapport de la commission chargée île décerner le prix de vertu fonde par M. de Montyon.

Et puis aussi on devait distribuer des palmes aux lauréats, aux favoris d'Apollon... aux Jnen-aimés des Muses...

Or, pour la ccut troisième fois, M. bien -aimé d’Apollou et favori

des Muses, vint saluer modestement la (ouïe endormie et baiser le président, qui lui mit sur les oreille» une couronne de chêne vert, en lui disant : MacU ou;mo.

Des larmes coulèrent de tous les yeux, et le lauréat se promit bien de ne pas rester en si beau chemin, de s’atteler ferme et fort, incessamment et toujours, au vermoulu char du dieu des vers, et de le influer bon gré, mal gré, friand qu'était le poète de sa botte de lauriers academiques et de sa ration de louangeuses et classiques mélopées.

Après quoi , un murmure sourd et prolougé circula dans fa salle ; chacun s'établit commodément pour entendre , le programme sur les enoui, les mains croisée* cl les yeux attentivement fixes sur te prévient qui se préparait à lire le rapport de 1a commission.

Bientôt le plus profond silence régna dans rassemblée , et le président commença ainsi d'une voix lente, sonore et accentuée :

« Messieurs,

« La commission chargée de l'examen des titres des concurrents qui se présentaient comme ayant droit au prix de vertu fondé par M. de Montyon, apres s'éirc occupée de ces recliercbes avec religion et scrupule , a décidé à l'unanimité que le prix de dix mille francs serait accordé celle anné: au sieur Bernard-Augustin Atar-Gull, nègre, né sur fa côte d'Afrique, âgé de trente ans cl quelques mois.

« Le résumé court cl rapide de sa vie tout entière, consacrée à son maître avec un dévouement sans bornes , constatera , je l'espère, l'impartialité de 1a commission.

« Victime île 1a traite îles noirs et de l'esclavage, Bcrnatd-Augiisliü Atar-GuH fut transporté il y a environ cinq suis, à la Jamaïque, et pourlaut sa conduite sage, soumise, laborieuse, attira bientôt I attention de son maître, qui lui donna toute sa confiance.

b Des malheurs imprévu* et cnids vinrent tout à coup fondre sur le colon Tom Wil, et peu à peu ce malheureux perdit sa femme, sa fille, son gendre, son immense fortune, et fut forcé de quitter la Jamaïque, où de trop douloureux souvenirs l'eussent mené au tombeau.

« En bien ! messieurs, au milieu de ces calamités, le colon cul i inesliniaNc bonheur de rencontrer un ami sûr, dévoué, infatigable; ce fut Atar-Gull, qui trouvait toujours de nouvelles forces dans feiccs même de son dévouement.

b Ah ! messieurs, combien d'autres esclaves, à sa place, auraient joui en secret des peines qui venaient accabler celui qui les avait achetés, enlevés indirectement à leurs affections, à leurs pays. — Non, non, messieurs ! Atar-Gull n'avait, lui, qu'une idée fixe... Tatlaeliemnil cl la rc-

ATAR-GULL

connaissance qu’il devait A *on maître, pour les bontés dont il l’avait

C°:d soit dit en passant, messieurs, de tels fait» valent des volumes pour réfuter la logique de ces froids et cruels sceptiques qui mettent encore en doute le développement de l lutcUigence de^ noirs, et qui, soi» de spécieux cl paradoxal* prétextes, osent soutenir b nécessité, la légitimité de la traite, de cet infime trafic.

- Mais revenons à Atar-Gull, messieurs.

« I) aurait du profiler de son acte d’affranchissement sollicite par son maître; il ne le lit pas, et suivit le colon en Europe, en Angleterre, en France, à Paris, avec la même abnégation, le mémo dévouement.

■ Mais c’est à Paris surtout qu’il faut suivre tous les développement»

de cet attachement énergique dans son expression et si profond dans ses racines. ,

« Les modiques ressources du colon étaient épuisées ; le nègre passait des jours, des nuits à travailler, et de ce modique labeur il soutenait un vieillard infirme, que ses nombreux malheurs avaient amené à un état continuel d’irritation et de colère, bien excusable sans doute, mais enfin dont le pauvre noir supportait h-s effets sans se plaindre, sans le moindre murmure. . ,

■ Que vous dirai -je, messieurs ? le malkureux colon, privé de la pa-

role, perdit bientôt l’usage de ses facultés, sa raison s’égara ; et, sauf quelques moments lucides, il vécut encore un an dans un état de démence complet. . ,

« Enfin le colon succomba à tant de tourments et de chagrins amers.

« C’est ici, messieurs, qu'il faut voir jusqu’à quel poiut peuvent aller la reconnaissance ci l'affection chez de tels hommes.

« A peine le bon cl digne médecin qui prodiguait au mourant les soins les pli» désintéresses eut-il annoncé au fidèle serviteur la prochaine mort de son maître, que celui-ci, dans un emportement, un délire que les motifs feront pardonner cl admirer peut-être, s'écria ; — Je ne veux pas qu’il meure, moi... Je ne liens a l’existence que par sa vie... et s’il meurt, je te tue...

« Et ces paroles, ces regrets énergiques et profond», empreints de toute l’exaltation fougueuse d'un Africain, retentiront, j’espère, dans le cœur des gens qui, nous le répétons, s'obstinent à regarder les noirs comme une classe à part. ... ”,

n Mais bientôt, messieurs, toute espérance fut détruite, et bientôt le ministre de bien vint apporter scs saintes consolations au malheureux... disons plutôt à l'heureux colon, car c’est encore du bonheur, même au milieu des plus cruelles infortunes, que de trouver un ami, un frère, un fils tel qu’Atar-Cull.

« Mais voyez, messieurs, combien une âme noble et élevée, soi» quelque enveloppe qu’elle soit, a de secrète» affinités avec une religion dont la portée est si haute et si puissante, c’est au nom de notre religion à nous, de la religion du Christ, que ce noir, abjurant son idolâtrie, demande b vie de son maître!!!

« Ah ! messieurs, laissez conler mes brmes, elles «ont bien douces, je vous assure... et n’y a-t-il pas un plus touchant, un plus noble tableau que celui-ci... un pauvre nègre, devinant comme par l’instinct d'une âme aimante tout ce qu’il y a de consohtion et d'espérance dans une religion qu'il ignore pourtant, mais dont l'idée confuse vient apparaître à sou esprit comme ces saintes et mystiques visions qui venaient soudain éclairer nos pères de l'Eglise.

b F.nlin , messieurs, comme pour compléter, pour clore dignement celle vie tout entière consacrée au dévouement pour son semblable, Alar-Gull, instruit dans notre religion, s’est fait baptiser, et nous comptons nu chrétien de plus.

u Ce qui a décidé, messieurs, b commission à attirer sur cet homme estimable les regards cl la reconnaissance de la société, c’est celte grandeur d'Amc, celle élévation de caractère qui ont été assez puissantes chez Alar-Gull pour faire surmonter toute haine primitive.

« Oui, messieurs, car chez on de nos concitoyens, élevé dans nos mœurs, dans nos habitudes, dans nos lois, une pareille condniic serait déjà digne des plus grands éloges, digne des plus hautes récompenses.

« A qui lle hauteur sera-t-elle doue élevée, celle action, n**ssicur$, quand vous songerez que ccl homme à demi sauvage, livré à toute I impétuosité de scs passions, sans Instruction, sans croyance, sans frein, a oublie l'affreuse distance que le fouet et la cruauté des colons avaient mise entre lui et un blanc, pour sc vouer corps cl àme au service de ce blanc, et lui prouver une affection toute filiale !

a Alors, messieurs, je le crois, vous ne pouvez que ratifier le jugement de la commission, et vous écrier avec nous : Si lame généreuse de ,M. de Moulyon prend encore quelque connaissance de ce qui ac bit mi ta terre,* die doit être heureuse et satisfaite, car nous avons eu le

bonheur de concilier les deux idées qui l'occupèrent pondant toute sa vie, cl auxquelles en mourant il a cousacré tonte sa fortune .

« Faire du bien aux infortunés cl exciter à leur en faire tous ceux qui en ont la possibilité. \Applnuditt*menlt prolongé».)

« Il nous reste, messieurs, à faire connaître les pièces justificative», qui seront déposées au secrétariat de l' Institut :

« 1* Le testament olographe de M. WH, qui, par les clause» le* plus flatteuses, institue Alar-Gull légataire universel du peu qu il possédait ;

■ L'acte d’affranchissement du nègre, apostillé longuement par le gouverneur de la Jamaïque, qui rend un éclatant hommage aux excellen» les et noble» qualités d'Atar-Gull, et cite les faits honorables qui lui ont mérité celte faveur; , , . . ..

« 3° Un certificat du commandant de la frégate anglaise le Lamorum, qui a ramène en Europe le colon et son fidèle esclave; lequel certificat, signé de tout l'état-major, contient les plus grands éloges sur 1 admira • ble conduite du nègre pour le colon ; . .

« 4* Une demande signée par les locataires qui habitent la maison ou était logé M. \Yj| cl appuyée des attestations des principaux habitants du quartier, qui affirment que ta conduite d'Atar-Gull a été parfaite et dévoilée, et qui s’intéressent tous à ce qu’elle ne reste pas sans récom-

« 3° Des notes particulières remises par le médecin qui a soigné M. Wil dans sa dernière maladie, et qui le premier a appelé les regards de l'autorité sur ces faits si honorables pour l'espccc humaine ; .

o 0° Une lettre de M. Duval, prêtre à Sainte-Geneviève, qui a suivi Alar-Gull dans tous les exercices religieux, cl a été édifié de sa conduite admirable et de scs regrets sincères et touchants.

• Voici, messieurs, les litres sur lesquels b commission a basé son jugement. Nous osons croire quelle trouvera des approbateurs, et que l'imposante el sainte mission qui nous a été confiée aura été religieusement el consciencieusement remplie aux yeux de tous.

« D’après ce, le prix de vertu de dix mille francs, fondé par feu M. de Moulyon, est décerné à Atar-Gull Bernard- Augustin. »

Il est impossible de décrire les transports et l'ivresse que ce long rapport excita dans l'assemblée.

C’était comme un nouveau triomphe que b civilisation remportait sur la barbarie.

Une quête spontanément bile au profit du bon noir produisit près de deux mille francs, qui furent remis au président, el le soir, dan» tout Paris, on ne parlait que d'Atar-Gull ou le bon nègre.

Pendant toute celle séance, au fond d’une obscure travée, masquée par un rideau rouge... un |tersonnage sombre et silencieux avait prêté une oreille attentive... C'était Atar-Gull.

« Oh ! — pcnsait-il parfois, — au moins, »t ma victime m'a échappe... si je n’al pu me venger en détail... que je me venge bien sur celte société tout entière !...

« Oh! que c est pillé... pitié de voir ce» savante, ces philanthrope», celte élite de Paris, de leur Paris... du monde... être joué» par un iniscrable esclave, un pauvre nègre, qui a encore le dos tout meurtri des coups de fouet du commandeur...

« .... Oh ! quel rire... pour moi, si je me levais tout à coup... m je faisa:s tourner vers moi ce» yeux qui pleurent, ce» cœur» qui battent, ce» bouches qui me louent et m'exaltent...

« Et si je disais à cette foule attendrie... ce que j’ai dit au pLmtcor Ton» Wil...

« Ce serait, sur leur Dieu! un singulier spectacle...

« J'en ai bien envie...

« Beaux résultats, sur ma parole... — leur dirais-je. -- L’assassinat, l’hypocrisie et le blasphème sacrés par la religion et b vertu...

« Mais nop, fou, fou que je suis... je in’abaissc et je devrais m’élever; c’est avec orgueil, c’est dressé de toute ma hauteur, le front haut el fier, que je devrais crier à cette foule :

« Après avoir acheté mon père comme une bêle de somme, on a pendu mon père comme voleur, parce qu’il était vieux, qu’H ne pouvait plus payer son pain par son travail...

c j'avais à venger sa vie et s» mort.

« Pour un bon fil»,

« ViaatAKCi *ST rt&Ttr.

« Or, creusez le mobile de mes actions, pesez ma vie d’esclave, comptez mes tortures, et vous verrez que le prix est bien gagné el bw» donné.

« Je le prends...

« Père... es-tu satisfait ? Attends... je le rejoins...»

En effet, Atar-Gull mourut bientôt nostalgique et chrétien.

FIA d’àtaa-coil

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