CHAPITRE n
u Hrt.n.
Héla»! chaque ht*ure dan» la société ouvre un tombeau et (ait couler uue larme.
Chateionuir». — JU* i.
Cette icbae avait quelque chose
d’étrange, qui étonnerait Pline la plu» iMurée.
Oiurlo Moiura — Jloi de tohtme.
C'eut une étrange sensation que produit sur l’oreille le bruit qu'on fait en armant un pistolet, quand tous savez que le moment d'après votre sein vs être visé i douze toocs de distance ou i peu près; — cent, n'esl're pas une distance honorable?
Uttos. — bon Juan, cb. IV, su.
Plus Benoit approchait de la goélette, plus il concevait de défiance r« de soupçons, surtout lorsque, arrivé tout près, il put distinguer les étranges compagnons qui, appuyés sur les bastingages, suivaient curieusement les manunivres de sou |h lit canot.
Ce lut aussi avec uu impôt ceptible ballenieiH de coeur que le capilaiue de ta Catherin' remarqua deux petits nuage» dune fumée bleuâtre qui, tourbillniioaut au-dessus des carouades, atUslaieut des dtjKisiliüu» eucore hostiles do ce singulier navire.
Lutin, Cbude-Borromée-Hartial accosta la goélette.
( Ce lut, je crois, un vendredi du mois de juillet 18... à sept heures vingt-neuf minutes du matin. >
Au moment où Benoit se disposait à monter à bord, un coup de sifflet aigu, modulé, retentit fortement; celle marque de déférence, (pii, dans la civilité nautique, signale toujours l'arrivcc d uu pcrsouuage de distinction, rassura un peu nulle bon capitaine.
a Ils ne sont pas encore si sauvages qu'ils en ont l'air, » dit-il en se hissant au moyen de tire-veilles qu ou lui avait jetées avec gabnterie.
Il arriva sur h- pont de la Hyène ( b goélette s'appelait ia Hyène >. Là, ma foi, n’eût été b grâce toute courtoise avec laquelle ou avait silllé pendant qu'il grimpait à bord, b Benoit eût senti uue bien poiguuule inquiétude, croyez-moi. Car il put cousidétcr à loisir ce hàicux équipage.
Quelles figures, bon Dieu !
Certes, l'équipage de la Catherine u'élait pas tout composé de timides adolescents qui venaient de se séparer pour la première fois d'une bonne vieille mère, en emportant ta sainte bénédiction, qui s'essuyaient les yeux au seul souvenir de ses cheveux blancs, si vénérables, qu'ils baisaient chaque matin avec respect et joie en disant : « Bonjour, mère! »
Avant le départ, tous n’avalent pas été murmurer noe humble prière à la bonne Vierge qui protège les marins, et puis olïrir naïvement sur mm autel une modiste couronne de pâquerettes des bois. Et lorsque le soleil. di>p?r»issaot le soir sous un inmicuse dais de pourpr< cl d'or, semblait changer la mer en un océan de feu, et inondait encore le brick d'une clarté flamboyauie, certes, bien peu allaient d'habitude se prosterner sur le pont et unir leurs voix recoin misantes en un religieux cantique, dont les touchantes paroles se mébieat aux majestueuses et sublimes harmonies de b nature. Le n élaieut pas non plus de chastes et d‘iionnélcs pensées qui veoaieut sourire à leur ardente imagination, ci tlnul iL> sc berçaient le soir eu s'endormant balancés dans un hamac.
Certes, ils n avaient pas de ces visages frais, roses et candides, de ces fronts blancs et purs qui se colorent d'une si voluptueuse rougeur au •rentier regard d'une femme : ils ne soulevaient pas timidement de ces taux yeux voiles de longs cils de soie, de rts yeux qui disent à seize ans : « Oh !... comme j’aimerais une femme qui voudrait de moi... mais, mon Dieu, quelle femme voudra de moi?... — Vous, peut-être, madame ? » Pauvre enfant ! s'il le savait!
Devenons aux marins de Benoit : nou, certes, ils u’él neul pas ainsi ; je l’avouerai meute, ils se molliraient uo peu blasphéma leurs. — un peu
buveurs, — un peu querelleurs, — un peu tueurs, — un peu joueurs, — uu peu voleurs, — un peu adonnés aux négresses, aux Espagnoles, aux Indiennes, aux Japonaises, aux Américaines, aux Haïtiennes, même aux Namaqunises, grandes ou petites, ceb dépendait de b route qu'ils suivaient.
Mais, grand Dieu ! quelle différence avec l’équipage de la Hyène, qurls hommes ! ou plutôt quels démons !
Laids, sales, déchires, couverts de* méchants haillons, uoirs de poudre et de fange, basanés, cuivrés, bronzés, cicatrisés: les cheveux et Li barbe longs, malpropres, les yeux larouches et creux, les ongles crochus, et des jurement*, des plaisanteries ! ah!
L'était à donner la chair de pi ode â l'honnête Benoit, qui, après tout, bisait, si vous voulez, un petit trafic que quelques personnes réprouvent, mai» au moins le faisait-il houuèlemoiit, eu conscience, et, apres tout, comme il le disait avec beaucoup de justesse d’esprit : « Pour soutenir les colonies ; car, sans colonies, adieu sucre, adieu café, adieu indigo, etc. a
Les réflexions, je voua le dis, vinrent en foule assaillir le capitaine Benoit lorsqu'il fut sur le («oui de la Hyène . Et ce pont avait aussi, comme tous ces atroces visages, une expression, une physionomie particulière. C'étaient des (uauu-uvres mêlées et confondues, des armes jetées çà et Li, pour qu'on pût les trouver toujours prêtes, un plancher humide (‘1 boueux, « ouvert, eu quelque» endroit», de larges taenesd’iiu rouge noir, des canota en étal ae faire feu, mais remplis de crasse et de rouille ; nuis, sur quelque* affûts, encore des laclus de ce même rouge noir, mêlées de certains débris membraneux sërhés cl racornis au soleil, que Benoit reconnut en frissonnant pour être des lambeaux de chair humaine !
Uh ! c'est alors qu il regretta le pont de sou brick, si blanc, si propre, si uel ! son promeut lisse et peigné, les] jalousies vertes de sa petite chambra*, ses jolis rideaux de toile perse, bigarrés et émaillés de fleurs connue uii parterre... et sa moustiquaire diaphane... et son lit où il dormait si bien... et son verre de pyn, humé lentement en compagnie de ce pauvre Simon, tout en causant de Lathcriiir et de Thomas de ses ri-iuts projets pour l'avenir, de sa modeste ambition et de son espoir de finir ses jours par uue Mie soirée d automne, â I ombre des acacias qu’il avait plantés, entouré de deux ou trois générations de petits Benoit».
Oh ! mon Dieu, Montaigne a bien raison ! Comme la fatalité nous matehe!
« Tu as b renâclé pour venir au lof, vieux marsouin, » lui dit un
Immun* à figure repoussante, et qui u 'avait qu'un «cil ; rei lu tr»g.mt était â peine vêtu d’un panlalou déchiré, d'une vieille, vieille chemise de bine rouge. m|0 et grasse, et ceint d'une corde, au travers de laquelle passait b lame d'un grand couteau â manche de bois.
ki Benoit rassembla sn dignité, son courage, et répondit sans émotion ;
« Vous aviez seize canons et je n'eu avais pas un... c'est pas cher d'amariner les gens à ce prix-là, bigre!— C’est pour ceb, mon gros souflleur, qu'il faut gouverner droit, parce que la raison est toujours du ( ùté des canons... «4 tu vois si nous somme* raisonnables...» dit le gentilhomme en lui faisant observer que les gaillards étaient parfaitement garnis.
« Enfin, — reprit Benoit avec impatience, — vou» m’avez hélé, que voulez-vous de mol ? Je perds b brise ; est-ce que vous allez m'embêter encore longtemps comme ça? — N'y a que k* commandant qui puisse le répondre ; eu attembut, sois calmé et ronge ton cable, ça tVmpêehera de grincer des genc ives... — Le commandant ! ah ! vous avez un commandant ici? ça doit être du propre, — dit imprudemment Benoît avec une sorte de moue dédaigneuse. — Mords b» langue, vieilli* carogn*', ou je te l'arrache pour b jeter aux requins ! — Mai», bigre d’enfer... — s'écria le malheureux capitaine... — enfin, que me voulez-vous?.., est-ce de l’eau ou des vivres? — De l'eau et d » vivres, toujours de l'eau et des vivres, même du rhum, ça ne peut jamais nuire. — Dîtes doue cela tout de suite... Ohé !... toi, Jean-Louis, — cria Benoit à un des cuuotiers, — rallie le bord et apporte dans b vole.. — Toi, — dit l'in terlocuteur de Benoit en s'adressant au matelot précité. — toi, Jeau-l.oHis, je 1 ’infute deux balles daus le torse si tu fais mine de pousser au brge.
— Oh ! quelle bigre, bigre de scie ! vous ne voulez doue ni eau ni vivre»? — Nou* irons nous-mêmes en chercher à tou bord, vieilli* bête.
— t omme je danse, lit Benoit. — Tu verras, que je te dis... et sans toi, encore. »
Ici le capitaine de la Catherine, au lieu de ré|xmdre, clignota des yeux, cnllu sa joue gauche en b soulevant avec sa bugne, et lapa légè*r«iucnt sur celte proe i.inencc du bout de sou index.
C«*U«! [tautoiuime, bien iuollènsm*. vous le loves, parut pourtant insultante au gentilhomme, car. d uu revers de sa largo main, noire et vo lue, il étendit le pauvre Benoit sur le |iout, en lui disant :
* Est-ce que lu prends le Borgne pour un mousse, dis donc? Atlachcz-moi cet animal-là pur le* p-itics, vous autres... »
Ce qui fut bit malgré tous les btgrei réitérés de Benoit. Les matelots de son embarcation étaient tenus en respect par le Borgne et ses honnêtes amis.
Due grosse tète, ludeuM* et crépue, soi lit du panneau en criant : « Le Borgne... le Borgne, le commandant demande ce qu'ou dérulingne sur 1e pont. — C'est le vieux caïman qui gouverne le brick, que l'on fait «e taire.. «
ATAR GU1A
l-a pros.se tète disparut. Puis elle reparut.
« Eh ! — dit le vilain mousse, — eh ! h* Borgne, le commandant ordonne qu'on lui apporte le monsieur. •
Et, bon gré, mal gré, l'bonnéle Benoit fut afblé par le panneau, et se trouva auprès d'une petite porte qui donnait dans la cabine du seigneur et maître de la Hyène.
Là, le misérable entendit une voix, ob ! une voix de tounerre qui hurlait :
« Mais qu’ou le coupe en deux comme une pastèque, ce vieux gueuxlà... s'il sc rebiffe... Ah! on l'a apporté !... eli bien ! qu'il entre... et
nous allons nous voir le blanc des jeux !»
Ici, ( budc-Marlial-Rorrumée pensa à Cathciiuc et à Thomas, boulonna su veste, passa la main «Lins ses cheveux gris, toussa doux Cols... se moucha... et entra...