‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue La bonne aventureChapitre 22 sur 57 · ANATOLE D (.'CORMIER · texte numérisé non relu

ANATOLE D (.'CORMIER

Qui ne la partagerait pas, madame la princesse !

LE PRINCE ROYAL

S'il faut vous l'avouer, madame la duchesse, je ne serai pas aussi absolu que vous dans mon jugement sur la fille Duval.

LA DÜCIIE55E DE STINOU.

Comment ! monseigneur, une malheureuse qui assassine son en- • fant!

LE PRINCE ROYAL

Oh! je lésais, madame, c’est là un crime. Mais, tenez, dans presque toutes les causes d'infanticide soumises à la loi française, le criminel le plus lâche, le plus infâme, et, il faut bien le dire, le plus coupable, n’est jamais sur le banc des accusés. (A Ducormicr, qui a tressailli.) N’cst-cc pas, mon cher comte, votre cœur sc révolte comme le mien de cette indigne partialité de votre législation ? Comment ! une jeune fille candide est abusée, séduite; pour cacher sa honte, elle lue son enfant et va expier son crime sur l’échafaud ou dans une maison de force, et, selon les lois de votre pays, le séducteur. celui dont la corruption a seule causé ces maux, est mis hors de cause! Ainsi, par exemple, Clémence Duval, fille d'un officier distingué, douée d'une brillante éducation, vivant dans l'aisance, a aimé sans doute quelque misérable hypocrite, puisque le seul crime qu'elle sc reproche, dit b pauvre créature dans un moment suprême, est d'avoir cru à b sainteté d'uu serment juré au chevet de sa mère mourante. Cette mère mourante crovait donc confier l'avenir de sa fille à un honnête homme Qu'arrive-t-ii?La malheureuse enfant, sc croyant dès lors, comme clic le dit, à jamais unie à celui qu'elle aimait, écoute plus son coeur que sa raison, cède à un entrainemeul coupable; oui, bien coupable... Et quelque temps après son amant l'abandonne à sa honte, à ses remords, à une misère atroce, à des maux si affreux, qu'elle tente d’y échapper en se tuant avec son enfant! Et le séducteur de cette infortunée ! cet iufàrnc hypocrite! ce lâche parjure! ce double assassin! ta justice de voire pays lui demande-t-elle compte de ce déshonneur, de ce meurtre? Non! elle ne fait seulement pas mention de lui, et peut-être à cette heure le bruit public 'ui apprend le crime de sa maîtresse, la monde son enfant ; cl, comme un pareil homme doit être impitoyable, il se rit sans doute de tant de maux. Ali! je vous l’avoue, mon cher comte, mon coeur bondit, tout mon sang sc soulève contre cette odieuse impunité, contre cet outrage à la justice humaiueet divine; oui, je déplore que la France, placée à b tête de la civilisation, laisse subsister dans sa loi une énormité pareille.

(Le prince royal, qui a parlé avec une extrême émotion, s'interrompt un inslaul au milieu d'uu murmure approbateur.)

u comtesse dixormier, tout bas à son mari.

Vous n’avez pas l’air d’être à b conversation ! Soutenez donc la même thèse que le prince développe là t il vousen saura gré : c'est un très-beau thème.

dicûrmier, avec trouble.

Il est consolant, monseigneur, d’entendre un prince qui doit être appelé un jour à gouverner les hommes développer des idées qui fout tant d'honneur à son esprit et à son cœur.

la comtesse di conaiER, Ij.is à Eon mari.

Vous dites cela du bout des lèvres et sans entrainement; mais allez donc !

le i rince royal, un peu surpris de la froideur de Ducormicr, et s'adressant à celui-ci.

Est-ce que vous ne partagez pas mes idées, monsieur lu comte ? Est-ce que vous ne trouvez pas que votre législation consacre une horrible impunité?

la comtesse dit cormier, bas à son mari, le poussant du coudo U vous trouve froid ; mais allez donc !

lût

MJOMUOSB.

je suis, au contraire, complètement d'accord avec Votre Altesse Royale à ce sujet; il me semble, comme à vous, monseigneur, que dans bien des circonstances l'homme qui abuse de la caudeur et de la confiance d'une jeune fille, et qui l'abandoune ensuite, est uu misérable digne de mépris; sous ce rapport, il existe malheureusement uiyj lacune dans noire législation.

u contesse docorjher, bas à son mari.

C’est mieux... mais dit trop froidement.

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