‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue La bonne aventureChapitre 37 sur 57 · LE MÈTRE · texte numérisé non relu

LE MÈTRE

Allons, ma sœur, du courage... Pensez au Rédempteur du monde, qui aussi a porté sa croix... Baisez son im.ige, ma tille.

(Maria fait un mouvement de tête machinal pour approcher ses lèvres du crucifix.)

l'exécuteur.

Madame, prenez garde, ne bougez pas. de grâce. Mon Dieu ! mon Dieu! j’ai failli vous couper. (Au prêtre, d’un ton piqué.) Permettezmoi, mousieur l'abbé, d'achever mes fonctions. A chat un son devoir. le prètss se pince les lèvres, mais ne répoud pas, cl s'adresse à Maria.

Ma sœur, recommaudrz votre âme à l'inépuisable miséricorde du Seigneur: votre ciime est grand, mais sa miséricorde est plus grande encore. Baisez son image, ma sœur.

(A ce moment entrait précipitamment le docteur Bonaqucl, le directeur de la prisou. le greffier et le magistrat chaîné de recevoir les révélations, s'il y a lieu, sinon d'assister it l'exécution. A la vue de Maria ayant d'un côté le prêtre, de l'autre le bourreau, le docteur Bou.tquct pâlit, chancelle, un sanglot déchirant s'échappe do sa poitrine, cl il met ses deux mains sur sa ligure.)

le direct* cr. au prêtre.

Monsieur l'abbé, veuillez vous retirer un inslam, l'accusée a de» révélations à faire. (A l’exécuteur. ) Laissez- uous, monsieur. Que tout le monde sorte!

(Tout le monde sort, sauf Banaquct, le magistrat, le greffier et te directeur delà prisou; Maria reste assise sur sa chaise, hs mains liées cl les cheveux coupes; se» levres s’agitent convulsivement ; elle parait complètement étr, ingère à ce qui se passe autour d’elle. Le docteur Buuaquct s'approche vivement.)

LE DOCTEUR DONAQUET , à Maria.

Mon enfant, courage; me voilà, vou> êtes sauvée! La vérité va être connue ; M. le magistrat va recevoir vos révélations cl faire surseoir à l'arrêt.

(Maria tressaille à la vue de Bonaqucl, lève sur lui un regard fixe, put» clic tâche de lui sourire, et, d'uue voix éteinte, elle murmure : Adieu!)

bouquet, épou vanté.

Maria ! mon enfant! reven -z à vous, reprenez courage : vous êtes sauvée ! entendez-vous? sauvée ! sauvée I

lf. magistrat, bai au ducteur.

Monsieur le docteur, prenez garde! ne donnez pas une value espéraucc à celle infortunée.

bojuouet, se incitant à genoux devant Maria dont le regard erre çà et là.

Maria! mais, mon Dieu! vous lie me voyez donc pas? vous no m'entende/ donc pas? C'est moi, votre ami: je viens vous sauver! Répétez sculcmculau magistrat ce que vous m'avez dit à moi tout à l’heure.

le magistrat , bas au directeur.

Elle est dans un étal déplorable; la peur de la inori la paralyse. .. on ne tirera pas un mot a elle.

le directeur.

Je le crains.

ix docteur noxAQUET, à Maria, en sanglotant.

Maria! Maria!... Ri«-a !.. . La tête u’y est plus, mou Dieu! mon Dieu ... Maria! repoudez-moi donc! c*e»t le salut, c'est la vie que je vous apporte !

maria, d'uu air égaré et d'une voix éteinte.

Que ma destinée s'accomplisse... I.’écbafaud, c’est mon sort!

LE MAGISTRAT, à BoOiqUCt,

Monsieur le docteur, je suis navré de ce qui arrive; mais, vous le voyez, la pensée n’y est plus. La condamnée m'aurait fait des révélations graves, précises, que j’aurais pu prendre sur moi de faire surseoir a l'arrêt; mais, vous le voyez, cette infortunée a moralement cessé de vivre.

noruQun, avec force.

Et c’est pour cela, monsieur, qu’il faut la faire revivre, briser scs liens, la reporter dans sa cellule, lui donner des cordiaux! Rappelons d'abord dans ce pauvre être défaillant la pensée qui lui échappe, et alors, monsieur, alors vous l'entendrez ; vous arriverez à la connaissance de la vérité, vous découvrirez le coupable. Vile' vile, messieurs (tâtant le pouls de Maria); son pouls est à peine sensible, il n’y a pas un moment à perdre... Vile! il doit y avoir ici une pharmacie... Donnez-moi de l'éther... A pprochons-la de celle fenêtre... De l'air! de I air!

le RiRErrciiR, l'arrêtant.

Croyez-moi, monsieur, laissons celte pauvre femme dans cet étal d’anéaulissemeut : c'est un bienfait pour elle.

horaquet, avec stupeur.

Comment!

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