‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue La bonne aventureChapitre 42 sur 57 · LE VAI-ET DE PIED · texte numérisé non relu

LE VAI-ET DE PIED

On nous avait tous consignés à l'antichambre; mais j’ai pris le petit escalier de service, et j'ai accouru prévenir M. le duc... Mais les voilà! les voilà!

(La porte s'onvre. le docteur Ronaquct entre accompagné d'un commissaire de police cl du secrétaire général du ministère de la justice. Deux agents de police gardent 1 issue des deux portes qui donnent dans le cabinet du duc de rteaupertuis.)

le docteur BoxAQt'LT, allant droit au doc.

Assassin ! (M. de Beaunertuis devient livide ) Vous avez empoisonné votre femme!... (M. de (tenuperluis parait foudroyé.)

(Stupeur générale : la princesse tombe à demi évanouie dans un f.Hitcml; le chevalier la soutient et jette un regard soupçonneux »ur M. de Ucaupertuis. dont la lividité devient effrayante; scs jambes flageolent. et malgré lui il est obligé de s'asseoir sur le rebord de la table auprès de laquelle il était debout.)

bonaqcet, au secrétaire général.

Mon ami, me croyez-vous maintenant?

le «iKiiÉTAiRE céxém, bas au docteur.

Celte pâleur, cel accablement, cette épouvante ! (Avec une profonde anxiété.) Ah! la justice des hommes trappe souvent en aveugle!

LA HO.YNK AVENTURE

le Dre, réprimant de l'assurance, mai» parlant comme s'il avait le go* sit-r desséché, cl avalant, comme ou dit vulgairement, sa salive, presque à iliaque parole : de temps à autre, il tousse, pour dissimuler l'altération ue sa voix.

Hum! que me veut-on? Quels sont ces gcns-là? De quel droit vienton ici, Itumï lient! violer tnou domicile et m'outrager? Hum! Oui, qu'est-ee quec-la vêtit dire d'oser m'appeler assassin, moi ? hum! hum ! Voilà qui est. pardieu, plaisant: (Avec un rire effrayant, les traits décompose? et les lèvres violettes. I ait! ah' ali! très* plaisant ! très-plaisant! hum! hum! (A la princesse.) Vous entendes, ma chère belie-uiere? vous entendez , mou cher chevalier? le cuBTALiER n'a j«as quitté le duc du regard, il court à lui, le prend par les deux poignets, et le couvrant d'uu œil terrible.

Oui, j'entends! (Secouant M. de Beaupcrluis avec fureur. Kl moi aussi, eu voyant ton épouvante cl la pâleur livide, je dis : Assassin! assassin (

lc ace, balbutiant cl baissant la tête comme pour dérober sa ligure aux regards.

Ce n’est... ce n'est pas vrai! je ne suis pas pâle! ix cuevalieb, le saisissant avec rage par les cheveux, lui relève la tôle cl le pousse devant la glace de la cheminée.

Mais, regarde-toi doue, moustre!

(31. de Beaupertuis jette malgré lui les yeux sur la glace, et, terrifié lui-môme de l'expression de ses traits et de leur lividité, il recule d'uu pas, puis il tombe auéauli dans un fauteuil.)

u rmcetsi, presque égarée.

Monsieur de Salnl-Mcrry, j’en deviendrai folle! C’est trop horrible! Ma tclesc perd! Cniuieuez-moi d'ici! emmenez * 0101 ! (Elle veut se lever, mais les forces lui manquent et elle retombe assise.)

le chevalier, à la princesse.

Je vous cncoujurc, restez. Il faut confondre l'assassin. i.e secrétaire gé.xéral, au duc, qui, peu à peu rcmis,*u lâché de . reprendre sou sang- froid.

Monsieur, votre trouble évident fait naître daus mou esprit des soupçons de la plus haute gravité. Il est «lu devoir de la justice de procéder ici, à l'instant, eu votre présence, à une minutieuse perquisition.

le duc, d'une voix saccadée.

Une perquisition! pourquoi faire? Tour trouver ici du poison, probablement' Pardieu! la belle affaire! Certainement que Ion eu trouvera «lu poison: 1 e-l-cc que je n'emploie pas de Parseuic pour la conservation de tues iuscctes?

LE SECRÉTAIRE GÉRÉRAL.

Nous tiendrons acte de celle déclaration, monsieur; nous allons néanmoins procéder à la perquisition.

le pic, simulant l'indifférence.

A votre aise, monsieur! à votre aise! et pour vous épargner ta peinede chercher longtemps, il y a uue fiole d'arsenic dans ce tiroir... li-bas, le troisième de ce casier.

le secrétaire cé.véral, nu commissaire.

Monsieur le commissaire, veuillez inventorier d'abord ce tiroir, et mettre les scellés.

(Le commissaire trouve en effet dans le tiroir un flacon d'arsenic à demi rempli. Le docteur Ronaqurt suit attentivement l'investigation judiciaire. 31. de Üeaupcriois n prend peu à peu «le l'assurance. Le chevalier de Sainl-Merry échange à voix basse quelques paroles avec la princesse. Plusieurs tiroirs ont été visités, lorsque le commissaire. eu fouillant un carton, trouve d> rricrc plusieurs rouleaux ch? papier un flacon plat, aux deux tiers plein d une substance grisâtre. A peine le docteur Bonaquct a-t-il aperçu ce flacou, qu’il fait un niuMveuiciii.)

le Docicvn iktfAQCET. uu commissaire.

Veuillez, monsieur, demander à M. de Beaimerluis ce que contient ce 11 . 1 cou. (Le commis>aire prend le flacon et le moût c au duc.) le Dt>c, profondément troublé.

Ça? Eb bien... ça doit être... ça doit être... Alterniez donc... c'cst de l'arsenic.

LE DOCTEUR BOSAQUET.

C'i st de l'acétate de morphine, monsieur! je m'y connais. le dcc, d'utte voix slranguiéc.

Ce u'csl pas vrai!

LE SECRÉTAIRE GÉRERAI.

Les experts décideront, monsieur.

u: duc.

Décideront quoi? Est-Ce «jue cela me regarde, moi! Savez-vous ce qui sera arrive? C'est que le droguiste se sera trompé et aura donné une chose pour uue autre. Voiià-l-il pas une belle affaire!

le coHii'SAtRr. à M . de Bcaupertuis. après avoir attentivement regardé le flacon.

Monsieur, je «lois à la vérilé une déclaration; c'est moi qui, sur votre. réquisition. ai procédé dans cet hôtel à l’arrestation de la malheureuse Maria Fauve.ui. Or j’affirinc ici que le flacon saisi dans sa commode sur votre indication «il est encore au greffei était d'une forme absolument pareille à celui-ci, de cette forme plate et allongée. le duc, «le plus eu plus troublé.

C'est faux.

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