EXÉCUTION DE MARIA FAITEAU
• Nous avons assisté ce malin à une scène iude-eripliblc. et sous l'émotion de laquelle nous sommes eu écrivant ce» ligues...
« Alin d'accomplir jusqu’au bout la lâche que nous nous é.ions imposée, celle de faire pour ainri dire assister nos lecteurs à t mîtes les péripéties cl au dcimihncut du terrible drame qui vient d - se dérouler devant la cour d'assises de h Seine. lions avons eu le courage de nous rendre ce matin, avant huit heures, â la batricre Saint-Jacques, afin d assister a l’expiation du crime dont Maria Fauvean avait été accusée M convaincue.
u Nous avons auuoticé à uos lecteurs que. la condamnée ayant refusé de se pourvoir en cassation, l’arrêt devait être exécuté" aujourd'hui.
r Le malin donc, à sept heures cl demie du nntin, lions nous trouvions à la barrière &>ml-J*rqnc!t. la* temps érait froid et humide; une pluie fine tombait ih-pui- le point du jour, et pourtant une
futile c nsidérable. attirée par le relrntis-emmi du procès, envahissait déjà les abords dg h fatale machine. Ifisous-lo avec regret, des daines, malgré I heure matinale, étaient déjà établies à qui lquea fenêtres voisines de la place, et, munies de lorgnettes, al tendaient l’arrivée de lu condamnée.
• Apres de» peines infinies, nous sommes parvenu à arriver jusqu’au premier rang des sprclaleurs rangés à peu de distant ■ de l'échafaud. Nous avons remarqué que l'énormité de l’attentai excitait parmi I » assistants nue vive indignation, et nous craignions que des urté' S ou des cris menaçants de la foule ne vinssent ajouter encore à la terril le expiation que la condamnée allait subir.
« L’heure avançait ; bientôt huit heures sonnèrent à une église volsiue, et |NMirtant le rinis're cortège n’arrivait pas.
u La justice est ordinairement si ponctue Ile. «pie ce retard commençait à devenir le texte de mille commentaire*; cl, nous le di-o-rs avec chagrin, parmi les personne» dont nous étions entouré, beaucoup *e montraient pre (pu* courra u ces à la pensée que ce qu'ils regardaient comme un spectacle légiiinicnn ut attendu allait leur manquer.
« Liifin, à huit heures un qmrt, uue grande rumeur se lit d’un côte de la place, cl ces mots cimilcreul de bouche eu bouche :
■ La voilà ! la voilà !
« Lu effet, nue voilure ci-l’iibire arrivait au grand trot, esrorrén d’u.i piquet dr- gendarmerie à cheval. N mis vîmes la voi'ure s'arrêter à quelque . pas de nous mais, avant qu-* la condamnée en dest endît, l'exécuteur et ses aides, «or;. ml d’un liane qui les avait amener, moulèrent sur la plale-furnic de l’ërh f;ti:d. afin de s'occuper dn- derniers préparatifs, après quoi l'un des aides alla pari r au pr 'lier, rcslé auprès de la portière de la voiture de la condamnée. Le v. nérablc abbé Sirntcan descendit le premier, et lendit sa main à .Maria Fanveau; celle-ci mit pied à terre d'un pas assez ferme; tuais, comme elle avait les mains liées derrière le do», le prêtre et l'exécuteur durent offrir leur soutien à la condamn e pour l’aider à gravir lc> marches de l'échafaud et arriver &tir la plateforme.
• .Matin Fanveau portail une robe brune et tm petit c-bâlc Lien: elle était nt’-tè'e et d'une pâleur extrême; son regard errait r'i et là comme si elle « fit été prhee de raison on de conuni-stiuv. Life «t titillait ne plie» obéir qu'à un mouvement automatique. Scs lèvres sa* gildent parfois, cl à deux r. j ri- stèle baisa le crucifix que lut présentait vénérable abbé Sitôt' au en lui disant ce» parvlrt que nous avoua entendues : « Ma sa*ur, baisez l'image du Sauveur de» In.m- < met, cria vous donnera du courage. »
• Lor-quc la condamnée eut mmilc âuf la phtc-form *, l'exécuteur fui enleva son j rtit cible, mil son cou bien à nu, * I b lit approcher de la fatale nlaimha dressée devant elle; puis les aide» y attachèrent Maria F .orcao e» hombmi les courroie» qui fixent le supplicié -or celle pbnclMt, de sorte qu'il s'jr trouve lté à plat ventre lorsqu'elle a basculé.
• lie notre place, dmdonreux spectacle ! nous voy» ns alors. anémus de • clic pli tube muge. à ce moment perpendiculairement drmcc, nous voyions la léte H ride, mai* encore charmante de Maria I .kivpjmi, encadrée dans réc h o w cra re demi-cirt nlairo qui terminait la planche. Soudain celle planche bmcnl.i; iléjà l'exécuteur portai» la niab» an cordeau qui matrnicHl fe lourd (oujterr: dans la rainure de l échaf od, hir-qm; la fonlc r llna pour lais-cr place à un garde iiutn ap.il accourant .m galop, et qni criait en agitant une dépêcha JMwles*-ns de son ca que :
« — Arrêtez ! arrêt- z ! sii*pçndex f exécution !
« — Anssfeô: le greffier s’etonç* sur la plate-forme et dit à l'cxécu- Icnr, qui semblait indécis et Muait toujours à la uiain le cordeau du coupen t :
« — An nom de la loi ! momdeiir. «n«pcndcz l’cséculicn; je vois l'ib. » une voilure arrivant i toute bible.
• Lever nletir obéit àcci ordre; la planche d'horizontale redevint perpendiculaire, ei non» revîmes alor» la figure de Maria Fanveau , s. s yeux étaient à demi clos , elle semblait morte.
» — Mais débcltcz-la donc, monsieur ! s'écria l'abbé Siroteau eu s'adressant à l'exécuteur; vous voyez bien qu'elle se meurt!
- — Jo ne reçois de commandement quo de M. le greffier, répondit réellement lYxëcnleur.
« Bientôt, grâce à l'intervention dn magistrat, la condamnée lut détachée de la fatale machine et transportée sans coanaisraucc dans la voiture qui l'avait animée.
« Ace mon»' nt la foidc reflua de nnnvenn devant une voiture dont les chevaux étaient blancs d’écume ; à côté du cocher se trouvait un homme nu-tête, d'une pâleur extrême, et dont le» ‘rails exprimaient une violente nnxi' lé. A peine la voiture fut clic ariêtéc près de b p ale-forme, qnc d’un bond cet homme sauta du siège, et s’écria, parlant rauidt me de la condamnée :
« — Où C ‘•t-dle ! uù est-elle?
« — On l’a transportée dans la voilure, monsieur, dit le greffier;
die est tans connaissance.
a Le personnage assis sur le siège de la voilure, et que nous avons
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su plu* lard être l'illustre docteur Bniaqiffl.. courut à 1 1 voilure où se trouvait la condamnée. Pendant ce leinjis là, nous avons vu SI. le secrétaire général duininiste.c de la justice descendre du coupé qui venait d'arriver, et s'approcher du gidUcr eu lui disant :
• Pjr ordre de M. le procureur général. I exécution de l'arrêt c»l suspendue; lu coud. minée sera reconduite dans sa prison.
• Eu effet, la voiture qui avait nuieué Maria Fauvcaii repartit avec sou escorte, et bientôt la foule se relira en se livrant à mille conjectures sur la cause de la suspension de l'arrêt.
« S'agit-il de révélations tardives ou d un 'iippléniciit d'iuslruriiou? Nous l'ignorons; mais, âpre-- la se eue à laquelle nous avons assisté, nous espérons, au nom du l'huuiauil que, quels que soient lus motifs du la suspension
de l'exécution, la jg-
coupable aura suffisamment expié sou crime par son horrible agouie.
« Post-scriptum.
— Voici ce que uouj avons appris dans la journée sur l'arrêt de surséaucc relatif à I exécution du Maria Fauvcau.
M. le docteur Donaqnet, après uu long entretien avec la cond miuée, peu do temps avant qu'elle partit pour !u lieu du supplice, avait acquis 1» conviction qu'e'le était iiiuoconte; ruais le magistral chargé de recevoir les révélations de la comlamuec, un vaut pu tirer d'elle uu sr-ul mol à l'appui des assertions du docteur Ooiiaquel, car l'infortunée semblait paralysée par les approches de la mort, eu magistrat crut devoir faire passer outre à l'exécution. et lu condamnée fut conduite au l.eu du supplice.
Le docteur Runaquel, désespéré, courut au iiiiui-ieru de la justice, su rendit auprès du • ce rétaire général; et telle lit l'autorité de la conv iction de nilnstic docteur mi sujet de rinuocciice de Maria Fauteuil, que M. le secrétaire encrai prit sur lui c dépêcher à I instant une estafette à toute bride, aliu de faire surseoir à l'exécution, s’il en était temps encore. • Il accourut lui-même, accompagné du docteur bou.npiet, sur le lieu du supplice. On sait le reste.
4 Apres avoir rempli ce premier devoir, M. lo secrétaire général, le docteur Ronaquet et un commissaire de police, assistés de plusieurs agents, se rcndircut à F hôtel de Morseuuu. chez M. le duc de Bi-aupermis, pour s’y livrer à une nouvelle instruction de celle iciriblc affaire. Nous n'osons eucorc reproduire les bruits étranges qui courent en ce moment sur le résultat de cette démarche.
• Onu heures du soir. — Nous apprenons, de source certaine, une nouvelle qui uous frappe de stupeur cm d épouvante. ». le duc de Bcaupertuis a été arrête • ujourd'bui à son domicile. Il est accusé d'être le seul auteur de l'empoisonnement auquel sa femme a succombé. On dit qu'il a fait de» aveux complets; on parle de details hor-
ribles et des révélations les plus douloureusement scandaleuses- <i Ainsi Maria Fauveau était innocente.
« Ab! l'on reste épouvanté quand uii>ong<: aux égarements possibles de la justice des hommes.
« A demain de nouveaux détails.
« Minuit un quart. — Au moimul de mettre sous presse, nous apprenons que ». le duc de Beaupurtuis s’est pendu dans sa prison : tous les moyens employés pour le rappeler à la vie oui été impuissants. »
Le pn-.t-serip'nni de VObsereateur des Tribunaux, lu parle colon I Butler, a été écoule avec nue surprise, inexprimable et un profond saiahseincut qui rêgue encore paimi les auditeurs quelques instants après que le colonel Bull, r eut terminé sa lecture.
lï PRIBCE BOVAL,
Maria Fauveau...
innocente!... Ab!
ce journal a raison ; c'est à frémir d'épouvante quand on songe aux erreurs possibles de la justice huinaiue!
m occiicsse oc set-