ÉPILOGUE
L« ®omroei du Fauteuil, où Robert et madame d'Alfl viennent de parvenir offre une longueur d’environ trente pied», rouverte do fragmenta et du délritua de roche*, successivement bri-écu, minée*, depuis de* rii-elcs, par la foudre .par l’a dion de la pluie, de ta neige ou de h jlace; tm sont lünc ça Ici ire d'une ânes grande dimension s’élève au-dessus de ce* débris, cl on lit. gravèa «or retie pierre, les nom* de plusieurs tonnâtes montés jusqu'au Fauteuil Rien ne peut rendre lunect sinelrede celle cime élroile et d/*solée que l'abîme entoure de loua côtés. La marquise, voynnt aon guide lancer dan* iVapace l'échelle de corde, seul moyen de dcsceulc qui lui restât, est d'abord muette d’olonocuicnt, puis elle a cerie :
LA MARQUISI.
Mais celte échelle devait nous servir à redescendra?
rouet, d'une voix grave.
Hou* ne redesccndroos pas !
madame D’un, reculant devant le regard de non guide.
Que dit cet homme 1 (Cherchant à se rouvrit, elle ajoute avec hauteur : )Qoe signifie cela? Est-ce une insolente plaisanterie/
BoatsT, impassible, désignant dtt geste immense horizon que domine le Fauteuil.
Femme, il faot renonce* à oe monde, Ce Fauteuil sera pour nous un lieu de repos éternel !
MADAME d’aî.VI.
Misère de moi! J'ai pris pour guide uu fou! Java» déjà remarqué quelque chose de hagard d-mt les yeux de cet homme.
aoiBtiT saisit le bras de la marquis, paralysée par la stupeur et lu fraueur, lui fait faire quelques pas sur la plate- forme du Fauteuil, et dirige vers l'ouest son doigt indicateur.
Voyez-vous là-bas. là-bas, à l'horizon, aussi loin que la vue petit attendre, ce point noir ou aboutit celte ligne brillante qui serpente en sortant de ce lac? * r
madame d'alu, presque machinalement.
Oui. je vois.
ROUIT
Ce lac. c’est le lac de Genève; cette ligne brillante, c'est le Rhône: ce point noir, cYs4 Lyon.
madame a* Ain, avec une imjHttienre mêlée de frayeur.
C'est bien J’ai vu ce que je voulais voir; maintenant, parlons. Je le veux. . obéisse/.!
rouât, avec un sinistre sourire.
Ab W]J» a 'cz cru que je vous conduisais ici ponr satisfaire votre curiosité frivole! Ah! vous croyez que c’est assez pour vous d’avoir ielé un coup d’œil distrait sur ces lieux lointains : 1o lac de Geoève, le Rhône et Lyon! (Avec une fureur sourde et prête à éclater.) Mais vous ne savez donc pas...
madame D’Ain, frappée d’une idée stibile et rassurante, interrompt son guide.
Je comprends : non. vous n'êtes pas fou ! Votre présence d'esprit dans cette excursion, vos paroles, tout me h* prouve. Donc, voici le vrai vous me savez riche : vous voulez spéculer -nr ma frayeur, cl mettre un prix exorbitant à vos services, parce que maintenant II m'est impossible de descendre d'ici sans votre aide Soit... (F.llr Mi de ses doigts plusieurs bagues de diamants et les remet à Itoheri .) Pldlôt que de me séparer pour toujours à-. ces bijoux qui valent sept à huit mille francs, je donnerais le double de celte somme; gardez ces bagues. En arrivant chez moi, vous me les rendrez, et en échange vous recevrez vingt raille fraucs... Est-ce assez?
Robert reçoit dans le creux de ta main les jovuix, nui
de U corniche du Fauteuil, UUûmc tomber lé* bagues
en regardant fixement la marquise.
madame d’alu, pâlissant .
Je nie crompaist PI», de doule... c'est un foo ! Je suis perdue!...
t. s'approchant lentement une à une d*ns l'abîme...
U MARQUISE D’ALFI.
Robert. «i>m avoir jeté loa bijoux dons le précipice, semble examiner l'horizon du côte de l'ouest, où sc trouve Lyon ; il lève u uuia su-Ji-vmi* de h tête, afin de mieux sentir U direction de la brise qui eomnicnce à s’élever et dit :
aoazar.
Le vent change; du uonl il tourne ver» le couchant déjà chargé de nuages; avant peu ils nous envelopperont et U neige tombera sur celte cime où nous sommes. Femme, celle neige sera notre liuceul..
u MiAut d'alu, brisée par la fatigue rl la terreur, se laisse tomber sur nn quartier de roche.
Ici, senlc... à U merci de ce misérable foui Oh! je suis per* due... perdue!...
aosuT s'assoit auprès de la marquise.
Vous l'avez dit : perdue!... C’est dommage, u’esl-ce pus? mourir à ▼ingl-six atts... riche et belle, aussi belle que féroce et corrompue!.. Jugez ! Eu ces termes, Vénus auprès de vous serait laide, et Messakoe sainte! Et puis vous aviez toute honte hue, et. fort à l'aise dans le crime, votre front d'airain u«; rougissait plu»; mais vos valets rougissaient pour vous. (Je vou- parle ainsi au passé et comme si vous étiez morte, parce qu’à cette heure vous êtes morte...) C'est vraiment dommage... Vous auriez vieilli daus cette vie infâme... vous y trou* viez le bonheur! Les larmes, le sang des hommes morts pour vous... ou par vous... le cimt-uLaieot, ce bouln-ur ! Qu'importe! vice, audace, impunité, ces trois mots, jusqu'à ce jour, résumaient votre vie. Muette est la loi devant ces meurtres élégants où le bourreau, un bouquet à la main, torture d'un regard et tue d'un éclat de rire... Mais, je vous le dis, le jour de l'expiation est venu... Nous sommes tou» deux seuls ici, à sept ou huit mille pieds au-dc>*us du séjour des hommes. Tout à l'heure nous serous perdu» dans les nuages. Voyez : déjà l'occident se couvre de vapeurs ; elles approchent avec la npidite de l'ouragan; la bise détient glaciale. Avant peu la neige uous servira de linceul.
Madame d’AIfi, loi» d'interrompre ton guide, est restée suspendue à tes lèvres avec une curiosité luU-nnU*. tâchant de pressentir quel pouvait être le but , ou l'issue de ce redoutable cutrelien déjà de grands nuage* sombres, chassés par un vent violent, envahissent peu » u«u, vert le nord-ouest, l’horiton naguère encore ai pur. rt semblent devoir bientôt se briser co«nm<* des values, su pied du Fauteuil, car, aunlo*ni« de cctle cime élevée, le ciel est toujours bleu, te soleil radivuv La marquise, après un as* ci long silence, sent renaître son courage un instant abattu ; son orfpieil se révolte à la pensée de paraître céder à la peur; elle se lève, et, le front haut, le aouriie sardonique, elle dit i Hubert qui reste astis, son coode sur soit genou, son front dans sa main :
LA MANQCiM.
Monsieur, vous êtes sa us doute extrêmement insolent , mais, convenez -eu, vous êtes aussi tres-làch-- ! Le hasard me donue pour guide je no sais quel ennemi inconnu; je me lie à cet homme, je suis à sa merci, je suis femme ; il me jette l'outrage à la face, et il n'ose pas seulement me dire ce qu'il est, ce qu'il veut, ce qu'il tne reproche.
aoBxrr, loMjour* assis cl accoudé, levant les yeux vers la marquise. Vous nie demandez qui je suit?
N ADAM s'Al.fl.
Oui
XOBtftT.
Vous me demandez ce que je vous reproche?
MADAMI b'AUI.
Oui
NONStT .
Vous me demandez ce que je veux faire de vous?
mad a nk d'alu, à part.
.Malgré moi, cet homme m'épouvaute!
«car r«T se lève, saisit la marquise d'une main convulsive, et, lui i/uiiquant tour à tour du geste les points qu'il lui désigné à thorium .*
Regardez là-bas ce point noir qnc la nuée n’a pas encore envahi, c’est Lyon. Dans cette ville, j'habitais avec mon fils... Il vous a con
nue... Six semaines après, il se rendait à Genève. Regardez là-bas, c'est Genève. Ce (lcuve qui sort du lac, c'est le Rhône, où mo t (ils s'est noyé de désespoir... (Avec une explosion terrible.) Je suis le père de Julien!
Madame d’AlU trraaille. et, jetant un profond regard sur Robert, elle reste muette cl pensive ,, L'horizon est presque entièrement assombri, un violent once s'approche et (basse devant lui d'épais nuages, mais tehe est l'élévation du Fauteuil, qu'ils roulent et flottent à ses pied* comme une mer do noires vapc urs çi rt U sillonnée jur dc< éclaira. Ou entend au loin les sourds roulements do la foudre... mai* au-dessus >tu Faub-uil bnlle «trw ail milieu d'un ciel d’aiur, b- soleil. La marquise, à cor mots de tou guide : « Je aum le père de Julien! > * tressailli, et bientôt, rrdresoont son front hanli, elle rc-pardc fixement Robert, te rapproche de lui; et, s'asseyant sur le quartier de roc d'où elle venait de se lever... elle dit i sou guide, avec un sourire sardonique et un flegme glacial :
.LA MASQnm.
Ab ! vous êtes le père de Julien ! Eh bien, mon cher monsieur, causons.
soient, effrayant, s'élance les deux poings levés sur ta tnarqafu Monstre!
madame d'aln, toujours assise et le rego niant fixement.
Bon... Emotite?
sositT, hors de lui, saisit de ses deu/x mains crispées la marquise par les épaules.
Tu vas mourir!
madami d'alu
Je le sais... El puis après?
Robert, pétrifié par Unt d'audace, reate immobile et contemple madame d’Alfi avec horreur Les nuigcs, amoncelé» jusqu'alors su-iIrMou* de la plateforme de la Tournctte, cnuiuienceal de I envahir peu à peu comme une nurér moulant.', lea noires vapi-ura baignent déjà La Imsi- du Fauteuil, Ira rugissements de ta tmirmimt* qui approche s>- mêlent aux fracas delà foudrv, la clarté fulgurante des éclaira illumine parfois d'uu r>.Ujs«> de leu U nis*»e da nuées qui Toile de toutes parts l'horizon; mais elles n'uni (joint encore enveloppé le faite du Fauteud, au-drswi* duquel le ciel continue U'êlrr serein, le soM éblouissant, tandis que. aux pieds de Robert cl de Cornelin. l'omije éclate avec furie an milieu du tonnerre, de la stèle, de la pluie, des éclair», des «ifllcmcnta de l' ouragan . Msu. impassibledcvsnt Ici éléments déchaînés, triomphante de I horreur qu’elle inspire à Robert, jetant un dernier défi à la foudre, à la mort, la marquise prend dans la poche de ton paletot de soie un étui d'or r frotte sur son couvercle un brin de matière incandescente, allume une cigarette, et, le coude sur son genou, lance la légère fumée du Ul'sc au vent de U tempête en disant i Robert :
Le superbe orage couronne dignement notre ascension ! Oui, jusqu'ici j'avais vu des hommes, tuais non la foudre gronder à mes ! pitds... le spectacle est curieux.
soitiT, retenant prés de la marquise.
I Votre audace infernale m'avait mis tout à l'heure hors de moi... heureusement je n’ai pas cédé à ce mouvement de fureur tant do par mol dans l'ablme, vous seriez morte sans agonie.
MADAMI d'aln.
t Ainsi donc, sachant que je ne peux de? -cendre d'ici «ans voire aille, i vous m'abandonnerez sur ce roc pour y mourir tic loin et «le froid ?
aoaisr.
Je resterai avec vous.
MADAMI D'ALN.
i Jusqu’à la Ou ?
a OMIT.
Jusqu'à la Ou, votre sort sera le mien; nous mourrons ici .. tous deux.
MADAMI D'ALN.
Ma mort, je la conçois... vous vengez voire fils, mou cher monsieur; mais vous, pourquoi mourir?
NOICBT.
Cad me regarde, j'ai me» raison- pour mourir aussi.