LA MARQUISE D'A I.FI
MADAME b* AUI.
J'ai été indiscrète... pardon... Il est donc entendu que re Fauteuil sera notre tombeau; cependant-.. permet! ez-moi une objection. Supposons que mes sens, ne me voyant pas revenir, et inquiets de cet orage que I on doit apercevoir de la plaine, rasscmb'enl de-> guides et viennent a mou secours...
ROUIT
«le ncipe tourbillonner à travers la bruine épii»»c. Ilobert a écouté la tn.inpiiie eu silence ; il reprend :
ROUIT
En vous disant : Je suis le père de Julien... j'ai tout dit... vous avez compris, vous avez pâli, vous savez maiuteuaut le sort qui vous attend... recommandez voire âme à Dieu... n'espérez pas m'aiteudrir.
MADAME D'ALri.
SI quelqu'un monte ici. je vous prends dans mes bras... et voyez, nous n’aurons que le choix cotre ces précipices qui entourent de tous côtés le Fauteuil.
madame d’aiti continue de fumer sa cigarette.
Vous étp$ un homme positif, vous réduisez les objections à... néant, c'est le mol, soit. Je préféré au doute la certitude, moi; j'aime les positions nettes, la mienne l’est de tous points; je ne saurais descendre d'ici sans votre aide ; l’échelle est perdue ; la fatigue contre laquelle longtemps ma volonté a lutté, la fatigue me brise, heureusement mon intelligence ue sc ressent eu rien de l'aucautissemeut de jucs forces, aussi notre dernier eulrcticu sera curieux ; doue , mon cher mousieur , pour venger la mort de votre (ils, vous me forcez de mourir avec vous sur ce roc, où vous vous précipitez avec moi dans quelque précipice ? c’est dit. Chose bizarre, hier encore je me demandais de quelle façon et à quel âge je mourrais... combien j'étais loin de prévoir celte tin originale et prochaine! Ali çà ' parlons doue un peu de Julien , le moment est solennel, vous jouez le rôle de la providence vengeresse , la foudre éclate autour de L?
nous en manière de basso-cantanle,' for- •
initial île accompagnement arrivant là fort à point pour renforcer vos anathèmes. Tenez, quel beau coup de tonnerre! le F.uiicuilf-na tremblé. et ma cigarette s’en est, je crois, éteinte de frayeur Oh! le magnifique éclair... tout feu et tout flamme. j'en suis éblouie ' la tempête maintenant nous enveloppe, les nuages, naguère à nos pieds, moulent au-dessus de nos tètes... tenez, ils vont voiler ce radieux soleil que j’ailne tant... c’en est fait ., adieu, soleil... beau soleil, pour toujours, adieu!... Nous voici donc perdus dans l'obscurité delà nue; je vous le répète, vous ne trouverez jamais un moment plus terriblement opportun pour me parler de Jnlien.
Uienl&t Robert et Coinelia tout entourés d'un brouilhnl impénétrable, è peine s'il» peuvent distinguer à dis pis d eux les rend le < de la plate-forme du Fauteuil; les coup* du tonnerre cl les éclairs deviennent moins fréquents, tuais une bise glaciale commence de soufller ; l'on voit quelques légers flocon»
Moi ! chercher à vous attendrir? moi! trembler devant vous? regardez-moi doue eu face! lisez- vous sur mes traits une lâche
frayeur? Est-ce que Julien ne vous aurait doue pas dit, monsieur . quelle femme jetais?
EOSEKT.
Vous êtes un monstre de dépravaliou et de cruauté !
MAD «MK D ALH.
Je 11e r aurais, par modestie , disputer !â- dessus. . . mais mon caractère, votez-vous, est si lieremem trempé .
l'ai un si su|>erhe dédain du danger, je mr plais Icllt-nicui a braver la menace et l'épouvante , que, mr fût-il possible, eu disant un mot, un seul mot, de désarmer â ! instant votre haine cl de b changer en comaàst-raiion , ce mol je ne le dirais pas...
non ! parce qu'eu celle circonstance ce serait une lâcheté. (La iiiarifuiu' allume une nuire cigarette ) Voilà, mon cher monsieur, quelle femme je suis.
Le hrouill.ird redouble d int-iiHté . Robert et nielanie d'Alli, envcloiipé* «le loto»
côté» du * leu nues, ne peuvent plu* nié me «percevoir le»
contour* de l'étroite p|.ile-iuriiie où base trouvent la;» rafales de veut diminuent de violence, l'atmosphère devient elaeisle, une neige épaisae commence i tomber
Quoi que vous disiez, aussi loin que
vous poussiez l'orgueil du vice, la forfanterie du crime, vous ne serez jamais à mes yeux qu'une moi liante créature de la plus vulgaire, de la plus lâche espèce!
MADAME D’aIFI.
Alt! monsieur, vos regrets paternels vous rendent, permettez moi de vous le dire, peut-être injuste à mou égard...
Non, l'on ne trouve pas même, dans votre dépravation, cette horrible grandeur qui place certains criminels en dehors de riiumntiiit- ; vous u'avez pas même 1 'aflreux courage de l'assassin, qui, le Iroul haut, aborde sa victinu cl la frappe au cœur. Vous enivrez d'abord ceux que vous égorgez ensuite impunément .. Quels sont vos risques?
LA MARQDISE D'ALFI.
Vous élw riche, vous 11e connaisses ni pudeur, ni honte, ui remords, ni repentir...
■ ADAMS DAl.FI.
Oh.' oh! le remords! le repentir!...
MOBKT.
Oseriez-vous dire que vous regrettez d'avoir poussé mon fil* au suicide?
madams d Atri, i.vtc un rire amer.
jusqu'à notre cheville. J'ai les pieds glaces; je ne les sens plus... Ce uVsl poiut. vous le pensez bien, une plainte que j'exprime, mon cher monsieur : c'est uuc simple remarque... atmosphérique. Il u*i de Tait assez bizarre de voir tant de ucige au milieu du mois de septembre. • ,