‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue La marquise d' AlfiChapitre 18 sur 28 · JULIEN · texte numérisé non relu

JULIEN

Je m’étais dit : « Mon père me croit mort... Il n'aura plus A rougir de moi; je demanderai mon pain au travail de mes mains. » Apres avoir quitté les environs de Genève, j’ai passé par le village de Chavoire, cherchant A m'occuper : j'ai été employé A tirer des pierres d'uue carrière; j'ai connu Fanchelte, je l’ai aimée. Je lui ai proposé de ttous ouïr. Elle vous a dit le reste, mou père.

rmnETTi.

Lorsque, ce matin, à t’arrivée de Julien, je lui ai montré la bague que vous m'aviez donnée comme anueaii de mariage, Julien a reconnu qu elle vous apparicuuit, monsieur Robert. Jugez de ma surprise ! Ensuite nous avons ouvert le petit paquet que vous m’aviez remis: il contenait de l'or et 110 billet où vous m’écriviez que cci or serait ma dot. et que I on trouverai voire corps sur b Tournelle. Noire premier cri, A Ions deux, a été qu’il fallait aller à la inoniaguc. où il devait neiger, parce que le temps était très-mauvais dans la plaiuc. Nous nous sommes dépêchés de partir avec Joson, mou purent, qui est déjà verni plusieurs fois à la Tournelle. En pass.mt a Veyrier, il y avait rumeur dans le village. Les domestiques de cette dame, aussi iuquiels d’elle que nous l'étions de vous, monsieur Robert, ont assemblé des guides. Nous avons fait eu bAiv roule ensemble, et, grâce à Dieu, nous sommes arrivés A temps.

ROBERT, dont la pâleur et la défaillance augmentent, et qui sezit arriver sa dernière heure, attire dans M bras son fils el Fanchelte.

0 mon Julien ! hier, je le dirais A celle douce enfant : « Faucheur, ai j’avais uu flls, je voudrais, pour sou bonheur, qu’il eût une compagne comme vous... • Mes vœux sont exaucés... Veuez, veuez tous deux sur mou cœur...

Julien et Fancbetle se jettent avec effusion dans les bras de Robert, toujours assis et adoaaé k un quartier de roche. Madame d’Alfi, grice aux aoms de Pietro, ■ depuis peu recouvré complètement aea caprila; elle a reconnu Julien, elle a entendu ton n'cil et l’aveu de son amour pour Finch die, qu'il doit épouser hientftt. A chacun .- de «en découvertes, qui la frappent de stupeur, Cornelia s'est redressée peu à p- u sur son séant, muette, livide, effrayante; elle a d un geste évarté Pietro, qui, agenouillé près d’elle, avait

LA MARQUISE D'ALFI.'

jo«im*-lâ tlrfié de lui dérober U présence de Julien. Soudain cl nu moment où Robert étreint arec ivresse son fils et Kanebette, la marqui-s.-, malgré les sopplkaliuna muettes de son serviteur, qui tend vers elle ai-» mains jointe*, la mnniui<e *c lève deliout, romme si elle obénsnil à un choc électrique Klte rcssemMe à un spectre; les tresses de ae* cheveux noirs se déroulent sur In couvcttiirc de U inc Mendie qui l enveloppe à demi, et dont les largos plis tminenl derrière rite caninie un suaire. Scs trail s, empreint a dune douleur terrible, désespérée, sont d'une pâleur cadavérique; scs y« u». dont l'agonie « déjà creusé profondément l'orbite, semblent encore agrandi* «*1 brillent d'un fiévreux éclat. Kn la voyant s'approcher lentement do groupe de Robert, de Julien et de FiurholUs confondus d-ms un mémo embrassement, les guides reculent effrayés.

ma d au k d alii, d'une voix navrante.

Julien! Julien!...

A cet appel, Robert, son fils cl Fanclielte, se dégageant de leur commune étreinte, se retournent brusquement.

PARcaim, se rapprochant de son firme/ avec un mouvement de frayeur.

0 Julien! j’ai peur... Voyez donc celle dame : ou croirait qu’elle sort de son tombeau...

rosert, sans être entendu de son fils.

Je me sens mourir... Merci, mon Dieu! Je Lisserai mon OU lieu* rens...

■ADAMt d’ al ri, suppliante.

Julien... vivant, je t’ai poussé au suicide... Je l’ai cm mort, et je l’ai adoré!., fiel amour onire-ioinhe le prouve mon rc peu tir... Me pardonnes- lu !

julie.v, avec terreur.

Oui... je vous pardonne...

madame d'alfi, à Fanchette.

Jeune fille, celui que In aimes a cruellement souffert... Que, grâce à toi. sa vie soit aussi douce que par noi clic a été torturée... Julien. une dernière fois, attache les yent sur les miens... (Le jeune homme reste agenouillé, son visage caché dans ses mains.) Julieu. une dernicre fois, je t’eo supplie, regarde-moi...

jouer lève vers la marquise ses yeux remplis de larmes.

Je vous l'ai dit. je vous pardonne!...

Madame d’Alfi couve dei yeux Julien avec une expression passionnée; ses trait* expriment tour à tour le désespoir, l'amour, le remords. Puis, défaillante et se soutenant à peine, elle te recule en contemplant toujours Julien, et se rajtprochc ainsi du rebord de l'étroite plalc-lormc du Fauteuil. Le précipice n'est plus qu'à deux pas derrière elle. Le* guides, terrifiés, n'onl pas remarqué nue Çomriia est volontairement arrivée jusqu’à celte limite extrême au delà oc laquelle est l’aldme.

madame d'alfi, avec un élan de passion délirante.

Julien... sans loi... je ne saurais vivrai... Je meurs en le regardant!... «

1a marquise, rn prononçant ccs derniers roo< s, ae renverse brusquement en arrière cl dwporait dans lu vide. Les assistants, d'abord paralysés d épouvante, jettent on m terrible Pielru court au rebord de la plate-forme et » y n un lie à platventre, pour tàcber de souder, sans péril, les profondeurs 'des précipices; mais il ne distingue rien. rien., que le brouillard des nuées dont U cime de

la Tournelle est toujours enveloppée. Le serviteur de la marquise, ne pou vant plus dotilrr de U mort de sa roallresre, éclair C i sanglots et m gém*^ tncnU: les guiites, Julien et Fanclielte sont sai»i> d horreur Robert ne résider au dernier coup que lui porte U mort affreuse de madame «t‘A lli dont il ne regard.- comme le meurtrier; a* pâleur devient li ville, sa rue ms ( rouble, ses paupières ae ferment à demi. Julien, resté agenouillé pré* ,|,. lui s'aperçoit de ce* funestes symptûmea, se jette au cou de Robert, cl a ‘écrié d’une voix tremblante :

Mou père! mou père! qu’avez-vous?

fa* luette, non moins alarmée.

0 mon Dieu! Julien... les mains de votre père deviennent gla* cécs!

rorsit, d'une voir de plus en plus affaiblie.

Je suis... un meurtrier... Celte malheureuse femme se repentait... Je l’ai conduite ici... j'ai causé sa mort...

métro, furieux, mais contenu par Us guides.

Assassin ! lu réponds de b mort de ma maîtresse !

rorert, agonisant.

Je vais en répondre devant Dieu... Fasse que ma mort expie celle de cette femme!... Julieu! Faucbetle! venez, veuez... je tue scus mourir...

jclie a, avec des sanglots de désespoir.

Vous retrouver pour vous perdre... Non... non... mon père!... vous vivrez !

rouit, mourant.

Soyez heureux, mes enfants!... Oh! je... (Il expire )

Julien, presque fou de douleur, ae jette sur le corpn inanimé de son pire ; Fanchclle, agenouillée, fond en larmes; Fidrn témoigne la joie farouche que lui cause U mort de Rol>crt ; les guides émus g -n dent un religieux silence. Le brouillard des nuée», déjà sombre, devient plus sombre encore. Le jour va bictilél finir, et U neige recommence de tomber lentement sur la cime de U Tournelle.

!.o corps de madame d'Alfi fut, après des peines incroyables, re* trouvé le lendemain au fond dut» précipice... ce corps, broyé par sa choie, était une chose sans nom...

Ces tristes débris furent ensevelis dans le cimetière de Veyrier □on loin de b tombe de Robert.

Julien, longtemps inconsolable de b mon de son père, épousa Fanchette ; il put, grâce à sou modeste héritage, acheter une m lai rie d m» les environs de Veyrier. Les deux époux, tcmlrem ut unis, allèrent souvent visiter, avec uu pieux recueillejneut la maison de Housseau.

LA MARQUISE D'ALFL

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