BAUCE
yUFnngwi. qui leur débiiait d iiimr etifès distractions en carottes , chique* ou cigares.
*P.ir un Immii soir d' juillet. Pair était ti«‘de, le ciel pur, et l'atmosphère se chargeait d'une poit-.sière épaisse qui lourbillOQDait sous le* pieds des chevaux; de brûlants cmiipages *e croisaient dans tous le* sens, et les plumes bigarrées oui ondoyaient sur les snakos étrangers se mêlaient aux voiles et aux écharpes blanches dont imites les femmes sc paraient alors : le* boule- VHrfS 8*1 iiiimII. lient pour ainsi dire d'une foule de cocarde* aux couleurs vives et variées, saus compter les riches dolmans des cosaques do la garde russe, le costume pittoresque .des chasseur* écossais, et le sombre aspect des hussards de la mort, qui faisait encore ressortir l’élégance de ces splendides uniformes, tous étincelants de broderies et de galons.
un ne désemplissait pas ; le comptoir la bonne ei
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Dmlns pur J. A. Dcircft.
IoojAiû figure do débitant A tonte» les questions qu’on lui faisait àcrt égard. sou commis François répondait d’un air mystérieux qui irritait encore la curiosité générale. (/était : — Si vous ne prises que le tabac que inoû nlattre vous vendra désormais, vous u’éternuercz guère A Où autre. iiiîlii.iire imberbe, qui demandait à haute voix des cigares, et des put' loris, François disait d'un air sarcastique — Si mou maître était ici,1 cW h main au chapeau que von# iappitn hei ici, au lte«t de frappef sur le comptoir avec votre grand sabre (qui ne ferait pas de mal a un Chiant}, de (rapper sur mon comptoir comme on foi geron sur son eu- ! El «eut autres propos pu relis Enfin iliacuu s étonnait de b dispaiiUoii de M. Fonnou, dont la julicnce <>1 la douceur étaient généra- IelM||t Connues et appréciées. l/abxence du débitant surprendra moins quand on saura L sccne bizarre oui se passait dans un petit appartement simplç et modeste placé ail oeasus du Inircati de tabac, et occupé par M. l orrtiou. Of ce digne homme allait, venait, s agitait au milieu de IN étroit lihr>. tantôt s'approchait de, la fenêtre pour y jeter un timide regard, tantôt revenait s asseoir et cousultait sa pendule avec inquiétude.
Mtm For mou pouvait avoir t impianle uns, était grand, maigre d'épais cheveux gais couvraient son bout lus c: déprimé; »e$ yeux d'un vert clair, moi menton rentré, >a bouche trèa-ékilgoée de sou ne» court et caMord, donnaient à sa figure une expression de simplicité remarquable.
— F.lisabelb, dit-il en s'arrêtant devant une Ici mue d'une quara n laine <d années. qui, courbée SUT une petite mite, éeriv ail avec rapidité, Lli- «ulmlh, que peusez-vous «le ce retard / presque huit heures et rien de igui'tvau .. Ou aura trompé mou cousin, cl j aime autant cela
i hsalM’th lit un violeut geste d'impatience, et jetant sa plume avec vivacité : ■
êj& — Trompé .. trompé. .. Vous le désirez, sans doute? — Attuns, niions, ‘ne va nas le lâcher : ça te lait plus de mal qu’à moi, tu le suis bien. — Mc fâcher ! s'écria-t-elle* et ses petits yeux fauves étincelaient sous les longue» dentelle* d'un bonnet a barbes. Me fâcher... n’en ai-je pas le droit ? YeM-cc M malgré votre répugnance que j’ai tenté de vous faire rendre une position décente? que j'ni tenté de vous arracher à votre ignoble comptoir où vous passeriez votre vie à vendre, sans rougir, du p Vi'ginie et ou makouba. — (ibère auiie, le makouUi est supérieur au «virginie. Dis doue ; à vendre, sans rougir, du makouba, etc. — (Joëlle turpitude! El vous n’avez pas honte de la bassesse de vos goûts? — Mats non, mai» non; Je me trouve bien comme cela ; je suis au fait de tout ce qui sc passe dans le quartier où Fou m'aime assez : car, il faut cire juste, je ne fais de mal à personne, et je rends service quand je le pus; j'ai mes petites habitudes bien doftees, bien tranquilles, mon café au lait le malin, le soir tua partie do dominos et ma bouteille de bien- ; jamais de soucis, mon débit me rapporte assez pour ne pas m’inquiéter de la venir. Ma loi ? si ce n’est pas là le bonheur, où diable bnil-il le chercher?.. El encor* j’oublie de parler de mou excellente, de ma parfaite compagne, ajouta le Ih>u débitant en faisant l'agréable.
l.’impaüence de sa pat faite couqiague ne connut plus de bornes Se levaut de sa chaise avec vivacité, elle saisit son mari par le bras et le truilia presque jusqu’au fond du salon. Là, tirant un léger voile de gaze, die découvrit le portrait d'un officier de marine dont le costume paraissait appartenir au siècle dernier. Aontessusdu portrait. Incrusté dans le cadre, brillait un riche écusson, fond de gueules avec uua étoile d'azur, supporté par deux lion» à queue recourbée, et surmonté d'une couronne de marquis.
— Tenez ! s'écria-t-elle en poussant si rudement le malheureux For mon qu'il tomba agenouillé sur le sofa ; tenez, regardes... et mourez de honte eti songeant à ce que vous fûtes et à ce que vous devriez être.
I e débitant soupira en jetant les yeux sur cet antique portrait, secoua tristement b tète, essuya une larme et reprit u'uti ton de rc proche : .
— Allons, encore ce portrait. Mou Dieu ! Elisabeth, quelle cruauté de réveiller sans cesse de tels souvenirs ! Tout ceci est Uni et ne peut revenir, pas plus que l’espérance de revoir notre terre de Longetour, où
Ïài passé une si heureuse euneue. Pauvre vieux château mi j'ai «erré a main mourante de mdn père ! Où j'ai baisé les cheveux blancs de ma bonne mère qui s’éteignit eu médisant; — Albert, lu seras heureux , «or In es un bon lils. Pauvre more, si charitable, si clicre aux infortunés... Ils ont jeté tes cendres au vent, détruit ta chapelle, et uotre ancien château m plein de souvenirs douieallques... Ah !
Ici le bonhomme lit une pause, resta un liit-lanl absoibé, et reprit, en passant rapidement b main sur tou front: — Bah!., hall. ..Tout ceci est passé, oublié ; ain-i n’en parlons pli», ta t'en supplie. J’ai pris , tu le sais, Elisabeth, d’autres goûts, d'autres habitudes; maintenant l'obscurité convient mieux à mon âge et à mon caractère. Je li ai jamais eu d'ambition, laisse-moi mourir Ici, tranquille, en paix. Ahaiitfoiiuo les démarches que tu a* tenues : lu sais mieux nue personne dans quelle pénible position tu me placer , si l'on m’accoroc ce que lu as demandé en mou nom et bien malgré moi.
— Mais je vous trouve encore singulier! reprit sa femme avec un accent de colère concentrée. Est-ce donc pour vous seul que j’ai tut*. en jeu tant de puissantes protections que la restaura lion nous a rendues ? mm vraiment : vous n'en valez pas la peine; c’est pour notre nom. — Notre nom, notre nom! dit le débitant avec une légère nuance d impatience; notre nom! Tu peux biernftre^non nom. Et si je renonce volontairement à mon titre, tu peux bien y Dénoncer aussi , car enfin... toi qui es
fit Itère... — Eli bien ! achevez donc, monsieur, achevez. — Eh bien! je ne lé dis pas cela pour te lâcher, puisque tu es l'épouse de mon cœur... dé (Bon choix ; mais enfin , ton pure était... (rangier, drapier, rue aux
dttf».
Quoique cette dernière Mftflie de sa phrase fût prononcée presque iniah Bifiiblemeni par le débitant, je ne sais pourtant ce qui fût arrivé, à voir le» éclair* que lançaient les yeux d'Elisabeth, si François n'eût interrompu ce dangereux dialogue.
— Madame.. , madame ,., OH-iî en entrant, voici un paquet qu’un gendarme vient d'apporter- U il présenta à sa maîtresse une volumineuse dépêche iiilnMêrtelte «reliée de tro*» cachets.
— D.mrtcz, et sortez, dit BJtaabetli duue voix impérieuse; puis çlle rompit précipitamment l'enveloppe, tandis que son mari la regardait avec autant d'anxiété qu'un patient qui attend son arrêt. — llrefo! s’écrirtt— «Ile avec trausporl, apres avoir lu. On ne m’avait pas trompé»*, on m'a tenu parole. Ets'avançant ver» soti mari : --Monsieur Foi mon. marquis de Longetour. nous imuvons enfin reprendra notre titre. — Notre litre ! dit le marquis cuire m* dents. — Grâce à la ouïssante protection de notre faulle. — Noire famille ! soupira encore le débitant. — Grâce à notre famille, le grade «le capitaine ae frégate vous est accordé ; car te temps que vous avez passé eu émigration et dans votre ignoble comptoir, ce temps vous Compte comice service effectif. De plus on vous nomme au commandement d une corvette «te guerre, et vous êtes chargé d’une mis. sion importante ! Lisez...
Le marquis demeurait Mupide et ébahi. Enfin il s’écria :
— Alloua donc, Elisabeth! unecurvouc ! une corvette de guerre à moi qui n'ai pas navigué députe vingt ans, â moi qui, avant la révolution, n’ai fait qu’une traversée de Roehcfort à Bayoune... Mai» c'oat absurde ! Que te diable vous emporte..., car vous êtes la femme, te plu» folle que je connaisse, dit enfin le marquis désespéré. — Je refuse te comm.i internent, aj. uu-t-iJ *en jetant b dépêche sur U table. — S ou» le rc-fn-sez, articub s unlemeol la marquise* en faisant sentir à sou mari ia pointu de ses ongles aigus. — Vous le re-fu-sex..., répéta-t-elle, non, non, je uc crois pas ' Et, tenant toujours le tiras de ton mari serré daus *.1 main serbe et osseuse, elle sourit d’un air vraiment diabolique.
Et le pauvre Fonnou , vaincu par son habitude de soumission, par b peur que lui inspirait sa femme, murmura à voix basse :
— Allons, allons! j'accepte, Elisabeth... — C’est bien. Maintenant, signes celte lettre de remerciments, écrite d’avance au ministre. — Ainsi, Elisabeth, tu le veux décidément. Songe bien que... — Signez.— Je suis perdu! s’écria-t-il avee douleur en jetant la plume. — Eufin, dit l.i marquise , uous allons reprendre un rang que tu rus n’aurions jamais dû quitter. Suive/, moi, marquis. — Atlictl! adieu le temps ie plus heureux de ma vie ! dit tristement l’ex-débilant eu suivant les pas de sa femme.
Un mois aprèB, le marquis de Longetour partit pour Toulon, afin de prendre sou commandement. El voilà comment M. rormon oc veudit plus ni t biques ni cigares.
Tu veux voler, et mini le vertige. Fut-ce nou» |Q> nom ■oiiuuei jeté* à U tête, ou toi à la nôtre i Giktuk. — foiilt. —
l ève-lol. lève-toi, beau soleil de Provence; lève-toi. Déjà l’Elbe se découpe eu bleu sur celte nappe rexplendis-ante de clarté dont tu inondes I horizon... l<èvr-ioi. Viens couvrir d’un voile de p»jurpre et de lunilcrc te^ I. mi. s iiinnUtgncs de la Lorse, et doter les eaux paresseuse» qui liaiguciii te golfe de Fréjus. -Kj**
Mais les rayons ont déjà dissipé tes tremblantes et fraiebes vapeurs qui cottraieul sttr Et mer pour s'élancer vers toi...
Ver* loi, doux soleil, qui nou» apporte» d'Italie la chaleur et la volupté! Aussi la Provence vaut 1'ltatio. Voyez là-bas ces masses verdoyantes, couvertes d’une neige de fleurs à corolle* d’or, <|ui répondent de «i doux parfum» ; ces maisons blanches à toits rouges, ces terrains calciué», Ne dirait-on pas une villa de Toscane ? Et pourtant c'est Ifyères, b fertile» llvms, «rui aime a voir ses beaux orangers et ses ravissante* bastide* se réfléchir dans les eaux bleues de la Méditcrraïute*
Ub ! nos l'roveuçaleB, qui serrent leurs épais cheveux sous les mailles , soyeuse» d'une résille verte * qui cachent leurs gorge» brunes cl "dorées i diins un étroit corset noir à feston» rouges..., nos Provençales votent
bastide» se rélléchir dans les eaux bteucs de la Méditcrraïute*
| Ub ! nos Provençales, qui serrent leurs épais cheveux sous les mailles , soyeuse» d'une résille verte* qui cachent leurs gorge» brunes cl dorées ; diiti» ntt étroit corset noir à festons rouges..., nos Provençales votent i bien les italiennes de l’Arno.
Nos filles de Provence ont au»si le soir leurs danses au bord dé la aie r, leurs danses vives, animées et bscivea.To» soir aussi, quand te lune argente les bois de myrtes, b brise embaumée se lait quelquefois “pour lai vi r bruire d'ardents baisers, de tendre* frissonnement» entrecoupé* de silences... qui font rêver et tressaillir.
Mais déjà le soleil, tombant d’aplomb sur les toits bruns de Saint-
Trope*, découpe de larges ombres sur tes rochers de quartz, de granit et de porphyre qui encadrent le golfe de Ciitnaud, à h pointe d «p I est creuse ce petit port. Toutes les hcctttt brilbn'C' de ces roches de mille moteurs s'éclairent tour à tour. Les cassures «■!» tallisée des granaecites, des slaurides, scintillent, llainhloicnt, étincellent ou rdicts roses. Meus, verts, nacrés, chatoyants... El puis le sable est tellement mêlé de quartz et de mica, que la chie parait semée d’une poussière d'argent, et sert de franges aux lames transparentes et dorées qui s’y déroulent.
Tranquille et vieux port de Saint-Tropez ! pairie d’un brave amiral, du noble Suflieii, il no te reste plus de ton ancieuuc splendeur que ces { deux tours rougi es par un soleil ardent, crevassées, ruinées, mais parées de vertes couronnes de lierre et de guirlandes de coiivolviilus à j (leurs bleues...
Que de fois tes Sarrasins maudits, bravant la protection des comtes j de Provence, ont fait échouer leurs sacolcves au pied de ton mêle, leurs sacnlèves qu'ils venaient cliarger de ces jeunes Provençales toujours si recherchées aux bazars de Srayrne et de Tunis ! Pauvres jeunes tilles de Saint-Trouez ! pour vous plus d’est oir d'être arrachées à vos familles en pleurs, enlevées par quelque maudit pirate, et déposées palpitantes, mais curieuses, sous les ru lies portique* du palais d'un émir. Plus d'espoir de quitter vos chaumières de In iques, vos nattes de joncs, l’eau salée de h mer, pour les bains parfumé» sous les sycomores, les tapis de Cachemire, et les coupoles élégantes aux peintures moresques ! Donnes HUM, que je conçois vos naïfs regrets!... Au moins autrefois on attendait avec espoir la saison de l'cnlevemcnt ; car entiu, c'était un avenir que celte venue de pirates.
Et toi aussi, l’on peut te plaindre, pauvre port de Saint-Tropez ! car ce ne sont plus de ces fringants navires aux banderoles écarlates qui mouillent dau* les eaux désertes; non, c’est quelquefois un lourd bateau marchand, un maigre mystik : et si, par hasard, une mince goélette, au corsage étroit et serré comme une abeille, vient s’abattre à l’abri de ton mêle, tout le bourg est eu émoi.
Et , par ta sainte couronne de la Vierge ! H était cil émoi, je vous 1e jure, le 17 juiu 1815, car le navire qui se balançait dans la raoc n’était;
Ni une Tartane aux voiles latines, ni un Roth avec ses deux focs léger» el Huilants comme 1e fichu d une femme, ni un Dogre avec son hunier immense, ni une Mutetlu aux sept voiles triangulaires, ni tmc («ondoie vénitienne blanche et or, avec des i idéaux de pourpre, ni un lieu qui déploie ses deux vastes antenne» comme le» ailes du Léviathan, ni un Padouan fier de sa voilure étagée en damier.
Ce n’ét ait enfin :
Ni un l’rahaii-plary de Macassar, ni un Balour des tics de la Sonde, ni un Piuhap du .Magellan, ni un Cros-bois des Antilles, ni un Yacht anglais, ni un Catimarou, ni une llonrque, ni une Palme, ni une 1'rame, ni une Risca^enuc, ni une Bécasse , ni un Mulet, ni une Dibmdlc, ni une Chclittguc, ni uu r.hampan, ni un Uouari, ui un Dinga, ui une Prague, ui une Cagoc, ni une Yole, ni... Enfin, c'était... c'était... la Salamandre ! . * *