‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue La salamandreChapitre 31 sur 36 · CHAPITRE XLV1I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV1I

USCA-CA1U.

Adorer Dieu dini ti créature Rr* A*»m, poêle penun.

C’est un bien beau lac que le lac T>ad, aux eaux si limpides et si vertes qu'on «oit briller sur !«• sable qui tapisse son lit de riches et chatoyantes coquilles 11a ci ées et de nombreuses branches de coraux rouges **t écL'tauts.

Quelquefois le fr.ûh aux éraillés d'azur et aux nageoires dorées vient mordre une d«-> longues racines jaunes «le- lotos qui (luttent sur l'oude. et, entraînant avec lui les corolles bleues «le «.'«'lie jolie ll«*ur, il disparaît sous les rameaux pourpres du banc de corail.

Ou bien c'est le héron blanc à têt»- noire qui, dre* sur scs pattes

roses, le cou ployé, aUimi.ml sa proie, rôle immonde au bord de 1 eau, comme lies ligures symboliques du culte des Hindous.

Situé dans le creux du bassin formé par les montagnes inaccessibles «le Dournou. bien loin de Tripoli et de la cùtc d'Afrique, ce lac apparaît là, frais, pur, ignoré, comme une goutte de rosée nu fond d'une touffe d'herbes.

Entouré d'acacias, de cocotiers, de palmiers, de bananiers qui réfléchirent km m ile nuances de verdure dans scs en» transparente*, c’est à peine si'l reste une place au milieu pour y voir trembler le bleu du ciel, tant ces arbres sont elevés et touffu* J

Alors b faible brise qui caressait la «ni face dis eaux s’engouffra dans ces feuilles de roses, rugit dans les étamines de ces lits vermeils et entraîna le navire sur l’ilot ou s'éniieul réfugiés les oiseaux.

Triste et terrible naufrage dont les débris epar* s'attachèrent à des brins d'herbes ou à de petit* coquillages de toutes couleurs qui stintil* bient connue des pierreries.

Lcila parut pourtant peinée de ce naufrage, car ce fut avec une expression de chagrin qu'elle prit l'œuf renfermé dans la feuille, et, pensive, elle s'arrêta plus d'une fois avant d'atteindre le temple de Lan.

Aussi le soleil se coucha comme elle y arrivait.

I e temple de La ri formait à l'intérieur un long parallélogramme construit en bambous odorants, liés entre eux par des câbles de coton aux couleurs vives et tranchées que Lcila distinguait à peine : car plusieurs nids de taméos, remplis de vers luisants dont ces oiseaux garnissent leurs retraites, jetaient seuls quelque clarté au milieu «les ténèbres. Ht, à voir ces nids entourés d'une auréole bleuâtre, qui rayonuaieut çà et là suspendus dans l'ombre, on eût dit de nombreuses girandoles de saphir, reflétant les lueurs changeantes et prismatiques de l'opale.

Peut-être cet aspect lugubre, eût augmenté le chagrin de Lcila, si les citants du taméos, qui s'exhalaient eu murmures harmonieux et plaintifs, n'étaient venus, par leur ravissante cl naivc mélodie, changer b tristesse de Li jeune Arabe en mélancolie douce et rêveuse. Leila sai vança vers le sanctuaire.

Alice

Kt puis, b grève est si égale, si blanche . la prairie qui la-cerne est d'un gazon si frais, si émaillé, que c’est un lieu de délices pour les fouas aux plumes violettes, les sarcelles, les pélicans, les grues qui viennent > jouer en sortant de l'eau, et faire étinceler au soleil les diamants qui tombent de leurs ailes humides.

Mais, mou Dieu! miels cris, quelle peur! Voilà que la troupe aquatique tournoie, s'envole, et va s'abattre sur un petit ilôt, couvert de jeu- , nos mélèzes, de thuyas et de tuliércuscs.

Pauvres oiseaux, pourquoi fuir? Ce n'est pourtant pas une image bien clfrayautc que celle de Leila, jeune Indienne jolie, svelte, accortc et brune, qui s'avance pensive, vêtue d'qji bouaLau de colon ponceau , attaché autour de sa taille avec une ceinture de soie hLinche.

Leila tenait à la main une petite corbeille île joncs, qu’elle remplit de fleurs choisies avec soin. Arrivée prés d'un magnolia ronge , elle s'apprêtait à le dépouiller de sa brillante couronne, lorsqu’elle poussa un petit cri de surprise et s'arrêta .

Allongeant alors en cône une feuille de bananier épaisse et luisante, elle y fit rouler, en le poussant avec une branche d'acacia Heure, un gros œuf d'un blanc mat et rosé, puis posa la feuille sur la cime d'un lilas de herse.

Reprenant alors u corbeille émaillée, parfumée, de mille Heurs, elle la livra aux Ilots du lac, et, inquiète, suivit du regard cette nacelle em- Paumdc

L'élu du gniul setaeii de» VjIIoiu Vert».

Au fond du temple, le coupant dans toute sa largeur, s’étendait un vaste rideau pourpre de damas de Perse, à Heurs d argent. Son étoffe soyeuse et transparente paraissait cacher un foyer de lumière. Car dis reflet* d'un rouge vif éclataient d'abord sur l'arête des colonnades de bambous le plus rapprochées du sanctuaire : puis, s'affublissant, se dégradant, cette teinte, d’abord foncée, allait s'éteindre et mourir décolorée dans l« s ténèbres qui enveloppaieul le reste de cet asile sacré.

Tout près du rideau, richement empourprée par les tons qui s’en échappaient, une légère balustrade de roseaux peints semblait défendre l'cuirée du sanctuaire. Cette élégante galerie était ornée de merveil-

Puis, prenant une sorte de psaliémm a deux cordes suspendu à un bambou, elle en lira un son qui vibra et retentit un instant au-dessus du murmure des oiseaux, lit, ayant replacé l'instrument. Leila s'éloigna du sanctuaire à reculons, les mains croisées sur son sein, en chantant une hymne maldive. La jeune tille, à mesure quelle s'éloignait du lieu sacré, diminuait, selon I u»age, la sonorité de sa voix. Aussi, lorsqu'elle fut arrivée près de la porte du temple, la voix de Leila, qui n'était plus qu'un murmure, prononça le dentier mot de l'hymne.

Quand le silence annonça que l’adorateur de Lari avait disparu, le grand-prêtre Barca-Gana sortit d'un des côtés du temple où était située sa case, s'avança près du rideau, vit l’œuf et se prosterna.

Barca-Gana était un grand-prêtre de soixante ans, d'tme couleur fortement olivâtre. décharné, et son œil étincelait sous de longues panières blanches. Dernier sectaire d'une tribu errante ^jui, venue du gnLe er ique, s était établie dan* les montagnes inaccessibles de Bournou, Barcu-Gana avait apporté les superstitions de sa terre natale ; cl, comme plusieurs sectes des I gyplicns, des Hindous et des Persans, il adorait Dieu dans la créature : la Grue était l'oiseau sacré de ces idolâtres.

Barca-Gana, vêtu d'un bouakan vert qui l'entourait entièrement, avait la tète couverte d'un voile de crêpe orange à Heurs d'or, attaché sur son front avec des bandelettes de pierreries. Il s'approcha du petit coussin où était déposé l'œuf divin, l'œul de grue : et apres plusieurs | génuilcxions se mit à chanter sur un rhythme monotone et cadencé paroles suivantes en langue maldive :

« Ouvre le sanctuaire ; c’est un rayon de la Ranime céleste, un atome w sa lumière, une étincelle de sou feu.

Le dernier coup «le onze heure* k l’bwrioge du port

pourpre vif et éclatant, rehaussés par des anneaux d’or qui simulaient les hases et les chapiteaux de ees colonues élégantes.

Du milieu du dôme, où allaient se joindre les roseaux verts qui surmontaient la colonnade rouge, p.uddt une vaste lampe d'argile, aussi

Graticn.

Km ües arabesques laites de plume» de paon, de colibris, de vcrlas ; et les mille nuances de ces beaux plumages se confondaient axer tant d'art sur un loud obscur, ou'on eût dit du velours noir brodé d’or, d’aztir. de rubis cl d'émeraude» Au milieu de ce mirifiqu,* grillade s'élevait, soutenue par un roseau curieusement ciselé, une petite plaque d'or assez large, et recouverte d'une couche de coton blanc, moelleux, et parfume de feuilles de rn-es. (> hit sur ce lit éblouissant, au milieu de ces Heurs, que Leila déposa l'œuf sacré.

« Lire choisi par le grand seheik des valions verts, toi qui fécondes le germe de ton souflle,

«* Ouvre le sinctuaire.

« Pour toi seront les lézards sacrés, a écailles bleues, et lu les mangera. Pour léi seront les dattes remplies de lait et de miel, d lu les mangeras ; pour loi seront les couches moelleuses de colon, pour toi choisi par le grand seheik des vallons verts pour fécouder le germe divin de ta chaleur.

« Ouvre le sanctuaire.

a Ma tête est ceinte du «ailek, et mes épaules du bouakan : ouvre le sanctuaire. C'est une étincelle du fou divin que tu vas aviver de ton souffîc. toi choisi par le grand seheik des vallons verts. »

Une main invisible tira le rideau qui glissa sur un bambou, et une nappe de clarté resplendissante inonda l'iiitérienr du temple.

Barca-Gana fut litr-mémc comme ébloui du spectacle qui s'oiTrait à sa vue.

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