CHAPITRE LU
VIHTK.
Quel ennui! — beau.
Profitant de révauouissemeut de Paul, Gratien l'avait conduit chez son logeur, place du port, au Chatse-Marêr.
Ou le sait, c’était La veille du jour où l’on devait fusiller Pierre. Sou > véeulion avait été fixée au leudemaiu matin. Le signal était le deruier coup de onze heures à l'horloge du port. La petite chambre, piovisoirei ncnl habitée par Paul, était ordinairement destinée aux matelots qui t tendaient un embarquement avantageux sur uu navire de commerce.
Des murs couverts d'un papier jaune à fleurs, tombant en lambeaux, quelques gravures coloriées représentant des épisodes des guerres de Bonaparte, une chaise, une table boiteuse et lui lit de saugle, voici l'auieiiblemcut.
Située au quatrième éloge, l'unique lenétre de celle mansarde donnait sur une ruelle inlècle, cl le jour n arrivait que péniblement à travers des carreaux verdâtres au milieu desquels s'élevaient des fonds de bon-, teilles.
C'était le soir, — sur les quatre heures.
Le ciel, brumeux et chargé «le brouillard-, de u «vetnbre, se voilait de plus en plus, cl bientôt l'obscurité commença d’envahir co misérable réduit. Paul, assis sur le bord du lit, lie s’en aperçut pas. Le pauvre enfant, la tête baissée, les mains croisées sur ses genoux, les jambes pendantes, paraissait être dans tin étal d'insensibilité profonde. Ses yeux s'ouvraient, secs cl ardents.
Quatre heures sonnèrent, et la cloche de l'arsenal faisant entendre ses tintements prolonges, Paul fut tiré de son inertie.
— Quatre heure» ! dit-il après avoir compté chaque coup. A présent que fait mou père ?... Encore dix-neuf heures à compter. C’est bien long ! J'aime cale horloge car elle un* dira le moment de la mort de mon père. Elle me dira ; Paul, es-tu prêt ? Il t'attend. Elle ne. me trompera pas Demain, pour lui et jnitir moi, le dernier c up d’onze heures sera le.rigij.ri d une grande joie, car c’est un signal qui nous réunira pour toujours. .Mais que faire jusque là? Je m'ennuie tant ! Pourvu que ■ elle nuit, que demain, une de mes faiblesses ne me prenne pas. Oit ! uou, le ciel e«l trop juste pour me refuser ce botthcur-là ! dit-il amèrement.
Qui m'aurait dit cela, pourtant, il y a six mois ? C'est une existence bien fatale que la mienne ! Qu’ai-je donc fait à Dieu pour être aussi malheureux? Et il nu* semblait avoir tant d’avenir, et de riant avenir devant moi! J'avais un père qui me chérissait; j’étais brave, j'étais jeune ; ma profession me plaisait, et j'aimais, oh ! j'aunai» uu ange !
Puis, après un moment de silence :
— Mai» voilà quelque chose de bien affreux ! ajouta-t-il. Je ne sais si la douleur, le chagrin ou la maladie ont usé toutes les libre» de mou cœur !... Mais je ne le sens plus... je pense à Alice, à mon père qui sera
Eu entendant la voix de cct homme qui venait lui rappeler scs malheur» les plus cuisapis, qui venait presque les résumer dan» son odieuse personne. Paul sentit un faible mouv émeut au fond de son cœur flétri, le misérable pensa que la haine au moins allait vibrer dans son àme. Mais noOt non. tous les ressorts de cette âme avaient été brisés à jamais Cette émotion passagère ne fut nue de la surprise ; à peine durat-elle uu instant, cl pui» Paul retomba dans son insensibilité inorale.
Gratien parut avec une lampe.
— baisse-nous, lui dit Paul.
Gratien sortit.
Szaffic, amaigri jstr les privations qu’il avait aussi partagées, paraissait plus pâle que de coutume ; mais c'était le même calme, le même sang-h oui, la même expression hau'aiue et railleuse.
— Eli bien, Paul ’»— Eh bien! monsieur, quand vous êtes entré, j’ai cru sentir eu moi un sentiment de haine et de colère : je nie trompais... Oh ! que vous devez me mépriser, me trouver bien infâme ! dit l'enfant avec uu rire auier, car je vous vois là, près de moi, et je n'ai ni le pouvoir, ni la force, ni la vahiné de vous tuer ; comprenez-vous cela ? — Oui, Paul, ceci devait arriva'. Après les grandes joies, les grandes souffrances ; après les grandes souffrances, le néant. U mort morale... Aussi l'on peut appliquer à lame ce que les joueurs disent du jeu ; Il y a deux plaisirs dans le jeu, d'abord le plaisir de gagner; après celui de gagner, le plaisir de perdre ; car Cent foi» mieux vaut perdre que de ne pas jouer. Aussi cent fois mieux vaut souffrir que d’être plonge dans l'engourdissemeut oti vous êtes, Paul. — Oh! ceci estune grande vérité, Szaltic; car si je souffrais, je pourrais vous haïr; et si je pouvais vous haïr, je vous tuerai» : mais je ne le puis.— Ecoulez-moi. Il y a bientôt huit an», comme volts, Paul, j'étais à la veille de me tuer; comme vous, j'avai» le cœur mort et froid : la seule différence, c'est que la satiété «lu bonhemy m'amenait «ni la satiété du malheur vous conduit... — au suicide — peu Importe, le résultat est le même... Or, je viens vous proposer d'employer le moyen qui m'a sauvé, car vous m intéressez, Paul. — Que voulez- vi ns dire ? — line fois votre père mort, en supposant que vous puissiez sortir de l'état de torpeur qui vous accable, quel serait, croyez- vous, fr premier sentiment qui s’éveillerait «Lins voire âme?
Paul réfléchit un instant, puis il reprit ; — La haine des hommes, e le besoin de me venger sur vous!
— La haine des honunes, bien ; quant au besoin de vous venger sur moi, niaiserie et injustice. Car, après tout, eufaut, est-ce moi qui al fait le» événements, est-ce moi qui ai dit à ion père : Séide d'une discipline imaginaire, sacrifie à ton idole ton honneur, tou ambition, tou fil» et la vie?
E«t-cc moi oui ni dit à Alice : Méprise et torture le c œur si naïf cl si candide de Paul, et aime-moi? Non: j’ai dit à Alice : Il y a une âme pure et chaste comme la tienne, cherche celte âme, «. omprends-te, aimc-la; car mon âme, jeune tille, est sombre, vide et desséchée. Eh bien ! malgré « cia, à cause de cela, Paul, elle est venue à moi et s’est éloignée de toi, parce que c'était dans sa ualurc de femme ; — à cause de cela Alice, élevée au couvent, ayant toutes les vertus et toutes les uobles convictions, m'a préféré à loi, et c’c»l à cause de toutes ce» vertus quelle m’a préféré . Une femme corrompue n'aurait pas hésité une ni iuule ; elle ('eût choisi, enfant.
LA SALAMAMMtR
Tu parles de me lucr, Paul ! Esl-re moi ou la faim qui ai changé la Sj'umUïiim eu lémlte, I amour eu haine, b pudeur eu frénésie amou- ' mise? N’ai-je lias partagé vo* privation-., moi ! t omme vous, u'ai-je pas j-ué ma vie'/ Mou seul avantage, à moi, fut de voir de sang-froid : car, je te I ai dit, rieu ne m'étonne, parce que je ui'attrmJ> à tout. — l nlin, que roulez-vous de moi ? dit reiifanl avec insouciance. — Ecoute. Paul. Tu as seize ans, tu es beau, courageux . pour haïr le momie, lu as les mollis les plus leriildes que jamais la fatal té ail aCCXMUttlés 'tu la tête d uo homme. Tou besoin de vengeance doit ëlie impl.icalde et ;u éré, car les hommes fmil ravi père, inailrcssc. illusions et avenir !
N ieus avec mot, Paul. Je suis riche, mou expérience te servira ; tous deux unissoiis-umis par eue conformité de haine, Viens, |l‘aul : tu es la seule créature humaine à laquelle je puisse ui’iutéresscr, parce que loi seul tu peux servir mes projets et les rendre plus complets. Mens ! l’uè femme l’a trompé : eh bien ! si jeune, si beau, si uesabusé. si flétri, c'est inaiutenaul que les réunîtes seront à toi, à tes pi**ds alors, Paul, alors aussi tu leur feras verser des larmes atroces : elles . usai sentiront leur rœur se briser. songes-y bien: ttmies les souf rances que, tu as souffertes, lu les iiii|M>st-r.i& â I humanité! Parce que tou coeur a été ulcéré, toutes les feu unes supporteront la réaction de tou dév-siwir : innomiles ou coupables, peu importe : tu as pleuré do sang. elles plotiieront du sang. \ ieus, viens, Paul! cl ce ii’ist rien encore : si l'amour te don e T pouvoir d écraser ee -exe, l'.mihitioit te domiera celui de te venger des (omîmes. \ ieus, Paul ! Je puis l’ouvrir une large et vaste carrière dans les places, dans les honneurs, nous trouverons encore là un puissant moyen d'action sur Tbumaidié, nous dominer -lis les hommes d’uue effroyable hauteur: ton esprit s'agrandira, enfant ! cl qui sait? arriverons-nous peut-être â compter non plus par douleur d'homme, ruais par dmdeur de nations ! Comprend'. -lu. Paul? de nations? Faire de la veogi ai ire sur tint* telle échelle, pousser mi cri île vengeance qui retentisse dans la p slé iié! Viens, Viiiil; et si le cadre le parait encore trop étroit, eh bien! il existe a (tome uu plus puissant levier; et tu u’es pas marié, ni moi mm plus!...
Viens, te di>-je. Et d ailleurs c'est beau dut loi la vengeance, parce qui* lu venges ou père el une maîtresse. Songe donc, l nul !... — l’buni.iiii é. — quelle immeme Iténlvmltc à leurs mânes ! N ieos. quittons cette ville; siiis-imd â Paris. .. viens, vieil»? — Non, mm, je dois mourir, mourir ici avec mou père! — Mais, misérable enfant, â oui ta mort unirat-elle'? Mais c’est l'action d'un fou que de se venger de l'IiuriMiiiié sur soimême. — Voyez- vous. Szaflie, je vous ai écoule avec aitention, avec attention j'ai épié si aucune de vue paroi) s ë* cillerait quelque chose en mol, haine, espoir ou désespoir; mon cœur est resté muet, — muet. Tu en es sir? — J 'en suis sûr. — Pauvre Paul, je le plains alors, parce que j'avais compté sur toi. J’aurais dit m'y attendre, oh! il faut une âme foi te et puissante pour résister aux coups du bonheur complet on du malheur complet : mais ton ame était faillie et débile. Encore une fois, relia bis, interroge tou cœur: rieu? rien? — Non, répondit Paul pensif, rieu Je ne comprends pas qu’on puisse vivre quand le monde est désert.— Mais la vengeance, misérable? — Mais puisque je n on ressens pas | besoin à voire vue, c’est que mon cœur est mort, bien mort. — Adieu donc, Paul... adieu.
bt pour la première fois peut-être, une larme de pitié ou île regret mouilla les yeux de Szaf >e.
C est qu’au-, si il v avait quelque chose d'affreux à voir eel enfant, si jeune, >i beau, pale, flétri, umuraiit, déjà mort; car b mort physique néiaii plus qu'un fait sans importance; à voir ce pauvre cniàni tout seul, dans «-elle chaïuhre délabré)', sans ami, sans un pareut, isolé au milieu du monde, c'ayani appioché ses lèvres de la coupe de la vie que pour eu sentir toute I amertume, et s’ëlcigiiaul la sans se plaindre, sans uii regret, sans un murmurr, sans pouvoir même verser une larme.
— encore adieu ! «.il .naflie ; cl il disparut. — Adieu! dit Paul. Puis, V< gardant sa luoulre : Au moins, c'est une heure de passée avec insouciance.
El l'on entendit résonner les louais des postillons, et les vitres de la chétive a n beige vibrèrent au bruit sonore et retentissant d’uoe voiture qui s’éloignait avec rapidité
CHAPITKE LIV.
Mann.
— AU und! licJas ! — A la tienne .. — Trinque.., Sciiillbn . — Lti Brigandt
le lendemain malin à huit heures, Paul appela Gralieu.
Le matelot eulra.
— Ecoule, mou vieux Gratien, dit Paul eu ouvrant un tiroir de la table. Voila, je crois, cinq mille et quelques cenls francs ; c’est tout ce que nous avons mon pere et moi : je te les donne. — Merci, monsieur Paul. — Parce que tu conçois bien que quand ou est mort on u a plus besoin de rien — Oui. monsieur Paul. — Ou fusille mon père aujour-
d’hui à onze heures. — Oui, monsieur Paul. — Alors je me tuerai â onze heures. — Mais lu ne me réponds pas: je compte pourtant sur toi pour m’avoir des armes. — Monsieur Paul... — Eh bien! alors? Tu comprends que si tu m’en empè< lies aujourd'hui, d* main. A|»rcs*dciiiaiu, je trouverai toujours le moment cl le moyeu: ainsi... — Hui. monsieur Paul. — Eiilin, Gratien. lu m'as vu naître, u’esl-i c pas? — iMii. mousieur Paul ; el h* pauvre homme -entait son cœur se gonfler. — Oui. monsieur Paul, que meme c’était moi qui vous promenais, qui vous berçais el qui vous niellais à • lierai sur ma jambe de Imi- quand vous étiez plus grand. — Ni bien, mou bon vieux lira tien, lu m'aimais. dors, dis* — Alla ! oui, monsieur Paul. — Eh bien, ne me refuse doue pas ce que je te demande; -erais-tu coulent, toi, si on le le refusait ? I.nliii, si au lieu de u Avoir eu qu'uue jambe emportée tu eu avais eu deux, si tu avais été bien sûr de mourir, aurais-tu élé content que ton matelot le refusai de te casser la tête pour t'empêcbvr de souffrir davantage? — Ub ' non, mon-ieiir Paul, ça, c’est uu devoir dacré qu'ou séduit cuire matelot* rquaud ou peut éjwigiuT une soolTrauceà un ami, l'aul le faite: celai qui ue le fera t pas serait un misérableet uu larhe... — Eli bi«*n! Gml-cu. jesuistou ami ans i, moi. et lu refuscraisati lits de tou lieutenant, â l'enfant que lu as bercé. < e que lu ne refuserais pas a un camarade ! lu nie refuses c« la .. quand tu s is que mon pere va être fusillé... Enfin une fois mort, lui, tu conçois bien que je no pourrais pas lui survivre, que je souffrirais trop... — Et tu n e refuses ! lu aimes nié'iix me voir mourir de chagrin que d’où coup de fou, comme tout soldat doit mourir... Tu me refuses., dis... mou bon, mon vieux Gralieu? — Eli bien ! tenez... Nou, monsieur Paul, puisque vous le voulez. Et nuis, je conçois qu'apres votre père mort, comme ça .. ça sciait une douleur qui ne hnirail pas... oli ! oui, une licre douleur... mie douleur de toute la vie, mou pauvre monsieur Paul. — Tu vois bien, mon bon vieux Gralien, que jai raison? aiVi. achète-moi deux pistolets, et charge- les toi-même à deux halles, toi-même, enlends-iu ? — Soyez tranquille, num icur Paul, dit Gratleu en essuyant une larme. — Va, et sois ici avant la «ternie «le dix heures. Ah Çà , je compte sur vous. Gr.ilicn. foi de marin? — Foi de marin, monsieur l'aul, dit Gralieu apres avoir lié-ilé uu iii laut. Il sortit.
Neuf heures somiereul, tieiil heun-s et demie, «lix heures.
A dit heures uu quart, Paul entendit plusieurs pas â la porte de sa C hainbre.
Il fronça le sourcil, craignant quelque supercherie de Gralieu ; tuais ce dernier eut m, ayant les deux pi tolels sous sa veste, seulement il paraissait tout houleux et embarrassé.
— Monsieur Paul, dit-il en retournant ces armes de tous les côtés, les yeux baissé*. Vous m'avez dit d«: n'en rieu dire â personne. — GcrtaiueiiH'iit : eh bien! qu'avez- vous fait? — Monsieur Paul, c’est que j’ai rencontré maître la Joie et maître Bouquin dans la rue, deux anciens du radeau, qui m oui dit qu'ils voudraient bien vous voir avant. — Fais- les entrer, Gralieu.
ha Joie el Hoiiqum s’avancèrent timidement.
— Eh bien! mes vieux îlainbarLs, dit Paul, vous venez me dire adieu?
— CM» ! monsieur l’aul. répondit la Joie, ou u oublie pas, voyez-vous, ceux qu'on aime bien. G est moi, monsieur l'aol, qui vous ai appris i f ‘ire votre premier nœud d'agui. G 'est moi qui vous ai reçu dans mes br»-. quand vous avez été blessé, et vous vous eu êtes souvenu, car jamais vous n'avez brutalisé le vieux la Joie, comme loul tant de jeunes officiers. Et puis c’est triste, allez, monsieur Paul , de penser qu'apr.-s vous el le lieutenant, il ue restera que nous deux Bouquin, des ffambarts de ta SalumitNiir- . Car (indien m’a (oui dit, mousieur Paul; c’est beau à vous ça! c’est d'un bon lils el d nu brave marin ce que vous faites là ; n'y a que les femmes el les curés qui «li> ont que vous avez eu tort. Scidemciit. monsieur Paul, moi et Bouquin, nous voudrions bien... mais je n’use pas. — demande, mon vieux la Joie — Eh bien, monsieur Paul, uutis voudrions avoir quelque chose de vous, un boulon d'uniforme, la moindre chose; pardon, excuse, monsieur l'aul. c'csl que ça serait uotre relique à nous deux Bouquin... — Je le le promet*, la Joie.
bit heure* el demie sonnèrent.
— Allons, adiiii, mes amis, dit Paul; laissez- moi... C’est pour onze heures; pas un mol à persoune. — Comptez sur uotts, monsieur Paul.
— Allons ! embrassez-moi.
Et Bouquin el la Joie embrassèrent Paul en phmrant.
— Adieu, mou vieux Gralieu; adieu et merci. — Mon pauxTe monsieur Paul! disait celui-ci
El tous les trois descendirent l'escalier à pas lents.
Paul écrivit ce qui suit, des que l'horloge du port sonna onzeTieures moins un quart :
« Je me tue, ne pouvant survivre à la mort de mou père. Je donne et lègue à Gralieu, Jacques, matelot invalide, tout largcut qui sç trouve dans ce tiroir.. Je désire qu'ou donue à la Joie, maiire d équipage, ni n poiguurd d uniforme «pie l’on trouvera à bord du vaisseau amiral, d *u* la chambre d«? mou père. Je itôsire aussi qu'ou donne à Bouquin, maître canonnier, mon aiguillette, que I on trouvera au même endroit, comme témoignage d amitié et de reconnaissance envers ces deux braves marias. Je dê'irc. eiiGn. être eutèiré avec mou |>ère.
« Fait ce 13 novembre, a onze beuns moins dix iiiiuul«;s du matin,
> inq minute* avant que mon pere n’ait été fusillé.
An premier roitp <f onze heures, Paul arma les pistolets.
Se* deniers mois fun ut .
— l 'ard- iime-moi ! oh! umu Dieu! si c’est un crime. — Attends-moi, (K’rr! Je Ur suis. — Ma mer-e... A.ke !...
\d dernier coup d'onze heures, Pierre Huet tombait fusillé sur le
poutou.
Au ilrmirr coup d’on/e heures, Paul Huet tombait sur le parquet de a jn'tile chambre de I autieige du CltaSoe- Marée.
i aminl u outilla pas la promesse qu il avait faite à son compagnon i armes.
|Vne et son fila ne furent pas séparés.
I. amiral, lirai eu. Hooquui et la Joie furent les seuls qui suivirent le muni du pere t' du lils.
i e *»oi; . les Iros ma 'dots, qui avaient été s'étourdir dans une taverne, tairai un |m*ii ivres et parla eut d incendier le port de Lhei bourg, pour enger Pierte et sou eutiut.
l e projet n eut heureusement pas de suite.
(iratieii jouit d'une honnête aisance jusqu'à la fin de ses jours.
La Joie (oud):i à la mer. dans une tminueule, cl se noya.
Sou luaUlot Bouquin iuouiuI de la lièvre jaune à lu Martinique.
GDAnTRB LV.
m SALOS
U ici-no se passe k I hôtel de Saint- ôrc. un mm» après lu mort rtc l'aul et «le suit père.
Test un de ccs anciens cl admi aides salons du faubourg Sainl-Gerahi, qui datent du dix-scplieme siècle. I.es mille moulures et arabesh - de> portes, des | laiu licis et des panneaux . oui été nouvellement >rées, 1 1 se détachent bridantes sur le fond blanc des boiseries. De Modes fenê Ires voilées de larges cl lourds i idéaux de soie pourpre donut sur un jardin d autres portes, parallèles à et» croisées, s'ouvrent i une serre chaude . délient»?. toute parfumée, emhauiuée de fleurs hiver : des lapis épais et ni'ielleux garnissent relie serre, et de hau-
- volières, remplies de bengalis, douueul un charme de plus à celle •I e et vigoureuse végétation
Il est nuit. De riches candélabre*, placés dans les coins de cet imeii-u salon, se reflètent au milieu des glaces, et jettent une pâle lueur n- la serre, seulement éclairée par celle douce clarté.
I hi-ieurs portraits de famille annoncent que cet bôtd est habité par
- g iis d antique et glorieuse origine.
Six heures soutient.
Un valet «le chambre ouvre les deux battants de U porte du uloa.
Iront : h dut lie* *£ d«- Saint-Arc. Ciuqunnle an*, taille im|M>*Ju>ii\ l’air spirituel et bon. mise avec un goût et une simplicité extrême*, ri'inti—sc d'tlerniilly. Ij» * - n«*uf uns. une figure ravissante, le* plu* beaux p n\ «lu momie; l«-« pie N et le* main» dune distinction rare; brune, pèle et t peau très- bl juche; Imlcttc exquise. Mariée depuis un «u au comte d’Ilcr- »"lj. ,
es entrent en se donnant le hn*. et vont s’asseoir sur une des causeuses placée* de chaque côté d'une immense- cheminée.
(a DirciiESSB. — (Jnc vous êtes donc bonne, ma chère Marie, d’étre me sitôt, et de m'avoir épargné tous les ennuis de ma toilette, en me mutant vos folies!
:s comtesse. — Vous appelez cela des folies, bon Dieu ! Que M. d’Her- Ov u « st— si pas là, lui qui me reproche toujours mon sérient, ui DtTiitssE. — Lt il a raison, Marie. Vous n’éli» pas de votre âge.
,a comtesse. - C'est plutôt lui qui u'est pas du sien.
.a dit. messe. — l.c fait est qu’a treille ans. Il a le tort de se croire ne, le défaut d être charmant, cl de su trouver le plus heureux des mues. Je vous le répété. Marie, vous êtes une folle. et s'il était là .«ms gronder.d» devant lui. Préféreriez-vous qu'il fût cimtiue M. de deux, sans cesse triste, préoccu[té, d'un pessimisme à luire désirer lin du iiu-nde?
.a comtesse. — Est-ce que vous l’avez ce soir, ce bon M. de Servieux, vieil ami de ma mère?
.a Dite messe. — Oui; mais ce n’est pas tout. J'ai une célébrité, oh!
■ grande célébrité, arrivée tout récemment b Paris.
.a comtesse (avec curiosité j. — Ah! inou Dieu ! Qui donc cela?
.a dcchesse . Le marquis de Longctour. un parent de M. do Saint- . un marin, un véritable Jean Hart. C’est tout un roman ! a comtesse. — Con'Cï-moi donc cette belle histoire.
.a dcchesse. — Ma chère enfant, ce serait lieauroup trop long. Seuleut, on dit que, pris par des pirates, emmené dans l'inténour de Trique, il u vu les choses du monde les plus curieuses, et a fait de nbreuseg découvertes eu htslnîro uatui elle ; car l'Académie-des scienveut le recevoir comme correspondant. Mais ce qu'il y a de plus tu, c'est qu il n'a clé fait prisonnier, dit-on encore, que parce qu’il
n'a pas voulu quitter son bâtiment, perdu sans ressource. Son équipge l'aband mna. et il eut le courage d’y rester seul. Ces marins oui un siuguiiiT «hmmt poui leurs vaisseaux. '
la comtesse. — Voilà de la lidélilécl de la constance, j'espère. Est-il
m.uié'/ *
la duchesse. — Fh-aiiroup. — Avec cela c'est tm vieillard f»rt simple, fort Itou, f ri iloii\, mais un de ces Car irlcres entiers, mi d« ces eourage» indomptable'» qui ne se réveillent qu'au inilit-u des grand.-» périls. Luiiii <ie ers gt:n» que les oltslac L-s sa nh gr.mdi-.M-ni.
u comtesse. — Je serai bien curieuse «le voir votre marin. la d en esse. — Je lui suis lôrt attachée, vr.iiiiH-nt ; aussi, aurai-je le plus grand plaisir à lui apprendre aujourd'hui qu'on va, j’espère, lui a«*cunh-r un g;»de mi|téiii'iir, eoumu- rémmiM-iis«‘ de sa helle t l noble conduite, ‘la d'ailleurs été fort ai pnyé par le passager qu’il devait mener a Smvrue, m'a-l-il dit, et qui a r.-mlu de lui les meilleurs lémuigii -gcs: mai, c’est citron? un autre roman que celui ci. i la comtesse. — El de «leux. Uaiae't-sl la tournée des brancards.
| la dcv.iiesse. — M. de liiugd'Mtr m'a pré-enté son passager, cl je
j vous avoue, Marie, que c'e»l iiu des houimc..' les plus aiiigul.ers que j aie remontrés.
I la comtesse. — C’est encore un vieux marin, bien brusque, bien laid, j avec de g .unies balafres sur h* visage.
i la duchesse. — C’est un hoioioc de trente ans au plus, de la meil* i lettre rninpaguie, d'une heaulé pleine de disliuetiun, d'un esprit fort | origin.d et tort extraordinaire ; peignant eomiue uu auge et excellent 1 uiusieit-n.
la comtesse. — Mais c'est en vérité un héros de roman. la o pch esse. — Sut tout si vous ajoutez a cela un nom de fort bonne maison, une g ande fortune, di s équipages du meilleur goût, les plus beaux chevaux de l'aria; et encore avez-vous une idée incomplète de M. de SzaDie.
la i:omtes»e. — Mats j’en ai beaucoup entendu parler. Vous le re-
cens?
u duchesse t souriant). — Je sais que les envieux ou les méchants racontent un eiilcvciiiesil accompagné de circonstances épouvantables, l'accusent d’avoir fait iimurir de chagrin cette pauvre baronne de Pavv, et de cent autre?» forfaits pareils.
la comtes**. — El tout cela est faux. Vous croyez, madame ? la dc« Hesse . — La preuve que je considère la source de ces bruits comme fort douteuse et fort impure , ma chere Mario, c'est que M. de Szaflie est revu dans mon salon.
cw valet de chambre (amionçattl). — K. le chevalier de Servieux.
Ëtilr't le chevalier de Servieux. Il baise la main «le la duchesse de Saint-Arc, et s'incline devant la comtease d'tlerniilly
la duciiesxe. — Que vous êtes aimable de venir un peu tôt, monsieur de ervii-ux! Vous allez lions rendre bien tristes, nous faire bien peur «le l’avenir, n'fet-tc pas ? Voilà d'abord une de vos séides admirablement disposée à voit, entendre.
m. de servieux 'Souriant ). — • est une guerre à mort, madame la ditcht^s**. Mais avouez au moite» que la tristesse chez un vieillard est quelquefois de la consciciuM- ou de l'abnégation. Pourtant, par e prit de Contradiction, je serai gai aujourd'hui; c'est d'ailleurs moins le he-niu de eoulrariété qui opérera celle graude révolution dans mon esprit, que la certi uile que jai de vous être agré.ble eu vous apprenant une bouue nouvelle, u DOci'E'St. — Que voulez-vous dire? *
m. de servieux. — Oh ! je ne veux vous parler ni de nouveaux bienfaits a répandre, ni de vos viriles dti malin, dont les pauvres savent seuls le secret, ni «le la recOttO «issance de ces veuves d ofliciers morts à "àlerlo «. que vous secourez si généreuM-tiu-ni, ni du... la dcchesse (avec impatience ). — Monsieur de Servieux! m. de se b vie ni. — h y voici, madame. C'est tout simplement d'une note «le la main du ministre, rédigée à la hâte. Je l'ai vu à la Chambre, et il m'a remis ces t.iols écrits au crayon.
la duchesse (ttsaut). — « La proniotioti de M. le marquis de Umgetour an grade de capitaine de vai-seau, et sa nomination de commandeur de la Légiou d'honneur, ont été siguées aujourd'hui. »
C'est parC.it!. Mille grâces, mou cher moiirieur de Servieux. u. de servieux. — Pas d«? gra< es, madame, car c’est une justice. Ce digne oflicior lutte de tout son pouvoirjeontre le danger, et, quand il n'y a plus de rcusource, par uu Etuaii'mc admirable, il se refu*e à quitter le batiment que le roi lui a confié, y reste, et expie ce dévouement sublime par nne captivité alTreuse dans les déserts de l’Afrique, où 0 s’occupe encore de rrudre des services à la science...- — Vous m'avoue- ! re/ que c'est admirable, madame! — Voilà ce qu'on m’a raconté, et on ! le lient de bonne source. Et ce u’est pas tout. Car ce brave marin avait, en oulrt1, pour lieutenant un homme fort dangereux, qui a voulu l’assassiuer à la vue de tout son équipage, révolté sans doute de la fermeté 1 qu'il ne s'attendait pas à trouver chez notre loyal capitaine. Il pat ait même, d'apres le procès, que c'est ce misérable «|ui a causé la perte du batiment, que M. de Longctour avait déjà sauvé une fois. Heureusement justice a été faite! et notre marine n'a pas à regretter un officier dont die doit être si fière !
la duchesse. — Et puis M. de Longctour avait émigré, et un émigré
ne peu» iiéi.v>»airenient être qu'un imbécile et un lâche. Ilécllemeut il est pénible d’être aussi mal compris, et de ne recueillir que de la haine et île la calomnie, pour le peu de hien qu’on essaye de faire.
m. de servie ex. — On nous prend pour des croqucmilaincs, et notre otiose est jugée en dernier ressort quand on a parlé de donjons et d’aile» de pigeons. Mais ces plaisanteries disent autant que les proscriptions de 93. La querelle u’esl pas finie, madame la duchesse; la France nous hait, car on uc relève pas des croyances détruites comme on releve un trône.
la dcche'se. — Allons, vous êtes un songe-creux, b* Cazoltc de la Bctauraiiou
Entre un valet de chambre qui remet une lettre & la duchesse. la dcchesse (décachetant b lettre.) — Vous permettez, monsieur de Servi eux?
M. de Servieu* t'incline et s'entretient avee U comtesse d’Uernnlly. la tu (.Hesse. — Quel contre-temps! c’est désolant ! (Souriant. ) Mais, apr» tout, je reverrai ce bon M. de Loiigctour, nuis je ne reverrai jamais uue pareille épitre; ainsi, tout est pour le mieux (Niant aux éclats). f'i*>t qu'aussi u s marins sont si singuliers ' M.ii» on dit que tous ces gens de haut courage ou d’esprit supérieur sont toujours menés de la sorte par leurs femmes. User doue cela tout haut, monsieur de Servions, et je vous délie de nous attrister apres. Et cela vous égayera aussi. Marie; car, je ne sais, mais depuis uu moment vous paraissez révoue.
la comtesse. — Mais pas du tout.
m. ns sERvntux (lisant ). — « Ma chère parente, comme on peut bien parler franchement entre amis et parents, je vous avoue que je ne puis , avoir le plaisir d'aller dîner avec vous aujourd'hui, non par ma volonté, mais par celle de ma diable d'Elisabeth, île nui maudite lemme que vous connaissez bien. J'ai prié, menacé, je u’ai pu rien obtenir, je ne sais par quel caprice elle m'a refusé, mais elle n'a pas voulu, ht routine je pariais d'aller chez vous malgré tout, car enliu a mou bord c'était autrement, eh bien î madame et chère parente, elle m'a eulèrmé, enfermé à double tour, et c’est de ma pritton que je vous écris cette lettre, que j’ai jetée par la fenêtre à un commissionnaire, eu lui disant de la porter tout de suite à l'hôtel Saint-Arc. Ne m'en veuillez doue pas, ma chère parente, car je serais désolé que vous me crussiez ingrat, après toutes les iiontés dont vous m'avez comblé depuis mon retour de Tripoli. J'étais bieu sûr de vous avoir écrit de Toulon à mon arrivée en France, huit jours avant mou départ pour Paris. Je retrouve ma lettre dans le secrétaire d'Elisabeth, qui l’aura oubliée. Ne m'en veuillez donc pa«,
ma chère parente, et plaignez un prisonnier. SI j'avais été à mon bord, cela ne se serait pas passé ainsi. Surtout qu'Elisahclh nesacheirien. jcvouen supplie. J’ai appris, en arrivant, que mon licutcuaul avait été fusille C'est un grand malheur, car c'était un brave ; j'aurais tout donné au monde pour le sauver; ainsi, mad mie, les démarches que je vous avais riée de tenter à ce sujet deviennent inutiles, cl j’en suis au désespoir, ieu au désespoir. Agréez, etc. »
M. de Servieux remet la lettre à In duchesse. la nrc cesse. — L'excellent homme! Il plaint son lieutenant encore m. de servie ex. — C’est pourtant une chose bizarre, cl prouvée, que ces courages de fer, que ces humilies indomptables au milieu du danger, sont d’une faiblesse inouïe, une fois rentrés dans la vie privée.
la duchesse (souriant). — C'est toujours Hercule aux pied' d'Qntph.de, monsieur de Servieux. — Mais il faut lui répondre à ce pauvre marquis.
Sonnant et parlant. à un valet de chambre Qu'on m'apporte rc qu’il faut pour écrire.
(Ecrivant.) — «Mou cher parent, je prends un bieu vif intérêt a votre captivité: pour en adoucir les ennuis, je vous envoie une note du ministre: apres tout. ce qui me console un peu, c’est de voir une femme (et votre femme) nous faire expier tout le despotisme que vous faisiez, dit-on. A voire bord.
« A bientôt, i'espère, car madame de Lougetour ne saurait être toujours impitoyable. — Mille regrets et amitiés, mou rher purent.
« DrciiEssE de Sauit-Arc. . »
la duchesse de saist-aec ( ployant la lettre, la cachetant et la donnant ail valet ). — Portez cette lettre.
a de servie ex. — Ah! Je malheureux, que je le plains ! si Elisabeth intercepte la correspondance, il est mis au secret.
la Dvr.iiEssE. — Et au pain et à l'eau, peut-être. Gardé à vue, qui sait...
le valet de chambre ( annonçant ). — Monsieur le duc Le Hue de Saint-Arc baise la main de la comtesse, la conversation >'eng-*ec et n'est interrompue que par le valet, qui nomme successivement les convives, enfin il annonce :
Monsieur de Szaffic
u comtesse d'iiermiliv tournant vivement la tête). — C’est lui ! Qu’il est bien !
I)ix minutes après, un maître d hôlel ouvrant le» deux battants dr la poilu ; Madame la duchesse r&t servie!
F1> DE LA -SALAMAMiHE.