Oeuvres illustrees d'Eugene Sue La vigie de KoatVen roman maritime 17801830
rs la lin du mois de seprc 1780, une femme à «I. suivie d'un écuyer, ssant quitter le bord de an pour s'enfoncer dans Tris, gravissait la mou- : de Fal-Uoél, située de la petite ville de -Renan, assez proche de partie de la iule de gne oui, s'étendant eu des Iles d’Otiessanl, de KS, (J lieu .eues et Benifornie ce caual étroit lou appelle le passage tur.
•née au sommet de la ligue, cette femme arim instant sa monture, te pour jouir du maies-
spectacle qui solfrait
regards* En eflet, à il le soleil se couchait •re les rochers des lies déjà baignées ait do longs reflets rougeâtres sur les
Icmcut à la côte. Au nord, le château de Kcrvau élevait ses tourelles, dout les haute* fléchés plombées étincelaieui aux derniers feux du jour, et domiualcut les imposante* masses vertes, mais déjà soin bres, des bois d’Ar-Foel-Coul.
A l’est, c’étaient de longue* prairies coupées par ces riantes haies vives d'aubépine qui divisent tous le* champs brelons; et ces pelouses étoilées de mille fleurs avaient pour ceinture les montagnes d’Arrcs, avec leurs versants de bruyères semés d'ifs et de nins. Enfin, au midi, Saint-Réoan, avec sou aiguille gothique et sou clocher de pierre grise à arêtes dentelées, était déjà voilé par le crépuscule et le léger brouillard qui s’abaissait sur la petite rivière de Ilel-Arr.
dont les eaux froides et lim-
d es coulaient lentement au d de cette vallée.
La' femme dout uous parlons était vêtue d'une amazone noire à la mode anglaise, qui dessinait une taille elevée; et, au mouvement qu’elle fit en rejetant en arrière le voile qui entourait son chapeau de castor, on des chaudes vapeurs du soir, put voir une figure jeune, régulièrement belle, pile et brune. Otant un vagues qui se brisaient mol- | de ses gants de chamois, elle passa une main délicate et effilée sur ses
hile avança la Ute, et vit son portrait à elle — ract 3.
n«u par J. A. Butd.
Cravarca par A. Uvtuut.
LA VKilK DE KO AT- VEN.
cheveux noirs, quelle portail sans pondre, lissés surh? front, el la posa au-dc.-sus de ses grands sourcils, »aus doute pour affaiblir l'impression des rayons trop vifs ils soleil couchant.
Oii uc saurait croire combien celle dernière lueur dorée du soleil, en • épanouissant sur ce pile et beau visage, lui doonalt de vie et d'écbi; j combien les cbauds reflets de celle lumière ardente s'harmonisaient avec le caractère prononcé de celle figure ; on eût dit un de ce* nobles portraits de MtiriUo, dont l'effet puissant ne se révélé dans toute sa spleudenr qu’aux feux d'un soleil espagnol.
Apre* que l'amazone eut regarde quelques minoies avec attention vers le nord-ouest, une espèce de signal, un voile blanc flotta un moment au sommet d'une tour en ruine qui s'élevait sur des rochers fort prés du rivafe et disparut.
A celte vue, les veux de l'amazone brûlèrent, son front rougit, ses 1 ioues devinrent pourpre, «1 «#e appuya avec force 6ea mains sur ses lèvres comme pour envoyer quelque pari un baiser d'amour ; pub, fronçant ses noirs sourcils, rabaissant sou voile, elle donna un coup de ho u saine à sa monture, cl descendit au galop le versant de Fal-Goét avec une rapidité effrayante.
— Madame b duchesse n’y pense pas, s’écria l’écuyer tout en suivant sa inaflre** et en s'approchant de plus près qu'il ne l’avait lait jusqu’alors-. la Corunrib a de bouues jambes... mais ce chemin est affreux.
Ceci foi dit cm pur ctstflbn, avec le ton de respectueuse remontrance * que prend quelquefois un ancien et fidèle serviteur.
— Tiisn-roia. Ferez, retondit b duchesse dans la même langue, en kntant encore, s’il était possible, le train de sa jument.
Le vieil écuyer SC lut. et il était facile de juger de tout l'Intérêt nu’il pu Mail à «a Maîtresse par l'attention inquiète el pénible avec laquelle il suivait chaîne Mouvement do la Coronella, sans s’occuper presque de son cheval à lui.
Uab, ainsi que l'avait dit le vieillard, b Coronella avait de bannes jambes, car die était fille d’un cheval arabe croisé avec une de ces juments de b Sierra dont b race est maintenant si estimée et si rare. Aussi, malgré les inégalités. les fondrières et h* ravins qui sMIonoent toc* les chemins de b Basse-Bretagne, b Coronella ne fit pas une seule faute.
Pourtant Pcres ne respira librement que lorsqu’il cal vu sa maîtresse, arrivée au bas de b montagne, suivre une profonde avenue qui conduisait au château de Kcrvan.
Pcrez paraissait avoir cinquante ans, était sec, maigre, basané comme un Espagnol du midi ; son chapeau à cornes, plat et évasé, à cocarde rouge, laissait voir ses cheveux poudrés et roulés ; il était vêtu d ut» habit et d’une veste de drap noir, d une paire de culottes du peau blanche, et scs hautes bottes souples lui collaient au genou. Le seul signe de domesticité au il portât sur lui était une plaque armoriée qui fermait Je ceinturon nu partie vert cl rouge, à galons d’or, auquel était suspendu sou couteau de chasse; les mémos armoiries était ul répétées sur les bosselle* du mors et sur la housse noire de b scHe.
Son cheval était suivi d'un énorme lévrier gris à longs poils.
Lorsque la duchesse fut assez proche de U grille, Perez rendit b mais à sa monture, êta son chapeau en passant à côté de sa maîtresse, et fol prévenir ses gens de son arrivée.
Aussi, quand elle s'arrêta devant le château, et que. s’appuyant sur Tépaule de son écuyer, elle saula légèrement à terre, ses valets de chambre el ses valets de pied l'aUetubieiM respectueusement rangés sur le perron el dans b galerie, qu elle traversa pour gagner scs appartements.
Ces laquais étaient vêtus de deuil, et des abniileUe* de larges rubans verts et rouges, à franges d’or, flottaient sur leur* épaules gauches.
Le vieil écuyer remit le* chevaux aux mains des palefreniers, et aUa aux écuries pour veiller lui-même à ce que b Coronella fût traitée avec les soins les plu* minutieux.
Quand il fut certain que rien no manquait à celle jument favorite, il revint, el s’arrêta près du pont qui séparait b cour d’honneur de Pavant conr du château.
— Que Dieu vous garde, duna Juana, dit l’écuyer à une femme aussi âgée que loi, cl vêtue tout â fait â l’espagnole, litanie, jupe et momlln noirs.
— Bonjour, Pcrct... Qu’y a-t-il de nouveau?
— Rien...
— Toujours à ce rocher? demanda Juasa en étendant b main vers l'ouest.
— Toujours. Madame la duebesse descend de son cheval derrière un gros moi ne ; elle suit un sentier à travers le* rochers, di-parait, et j’attends .. une heure... quelquefois deux...; mais, par Saint-Jacques, jamais au>ii lougicmps qu'aujourd'hui.
— Dieu me sauve! Perez, je le crois: aussi é ta is d edans une mortelle inquiétude. Ibis 1 auoi bou ce* pruuieaad» «ur le bord de b mer? Madame b duchesse n’avait nas ce goût avant le jour où...
— Vous savez. Juana, dit le vieillard en Interrompant sa fournie avec un mouvement d'impatience, que je n’ai rien de radié pour vous ■. mais le secret de ma maîtresse uc m'appartient pas. D'ailleurs je ne le possède pas, et je n'aurais qu'a tourner b tête pour le savoir, que ye ne le ferais nas.
— Sainte Vierge! je le crois; depuis que nous sommes marié*, Ferez,
jamais vous ne m'avez bit une confidence, pas plus sur feu M. le duc...
— Que vous ue m’en avez fait sur madame b durinsse, n est-ce pas, Juana? ajouta le vieillard : ainsi, unis oik maintenant nos deux silences pour garder les secrets de b maison d’Alméda... si b maison d'Ahnédaa des secrets, ajouta-t-il brusquement après une pause.
Et, donuanl le bras à doua Juana, ils regaguerent le château ; car 1a nuit était trot à fait sombre
— Je von* rejoindrai unit à l’heure, Pmi, dit Juana en quittant son mari pour traverser b plerie; il faut que j’aille tout préparer pour le coucher de madame b dochrme.