‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue La vigie de KoatVen roman maritime 17801830Chapitre 2 sur 70 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

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Lv tour de Koat-Vcn, qui la veiHe avait excité si rivement Tatteati.m de b duchesse d’Alméda, s’élevait, on l'a dit, sur le* hauts rochers de la eùtc ouest de b Bretagne.

Cet édifice, d'abord destiné à servir de vigie, avait été abandonné, puis concédé par i intendant de Bretagne à Joseph Rumphrus. savant astronome, afin de faciliter les exj-ériences et le* observations météorologiques et hydrographiques dont il s'occupait depots longtemps ; et, comme Roat-Vèn était fort peu éloignée de la ville de ini-H nan, ou Romphius faisait sa résidence, il trouvait une merveüienae commodité dans cet observatoire. Aussi les diverses pièces circulaires qui b corn

Î osaient étaient-elles ordinairement encombrées de quarts de cercle* astrolabes, de montres, de globes, de télescopes, et autre» instrntncois jetés b sans aucun ordre.

Mais alors Rumphius n’babitait plus b tour de Koat-Yéu; aussi tou» les engins de science de l'astronome avaient-ils été relégués dans une espèce de lanterne située au faite du bâtiment, el les meubles utiles qui remplaçaient tout ce docte attirail prouvaient assez que la destination de la tour était momentanément changée, cl que son nouveau maître, s’occupant plus de b terre que de l'empiréc, avait essayé de rendre ce bâtimeut logeable.

Les quatre fenêtres longues et étroites, percées au sud, au nord, à Test et a l'ouest, qui éclairaient b vaste el unique salle dont se composait Je premier étage, closent garnies de longs rideaux ; puis quelques siège* et nn brge cl excellent fauteuil â oreillettes el à dossier fort élevé entouraient une grande table couverte de papiers et de livres de tliéobgie.

C’était b lendemain du jour où la duchesse s'était si imprudemment aventurée sur b côte du Fal-Goël ; le soleil sc mirait dans b mer, qu'une folle brise soulevait en se jouant, et b ceinture d’Iles et de rochers dont le* crêtes brunes découpaient l’horizon s’étendait au mdicu de l’écume nacrée qui venait eare^ser leur base.

U y avait pourtant je uc sais quelle mélancolie profonde dans l’aspect de ce cicJ si pur, si uniforme ; cela faisait naître un sentiment de tristesse insurmontable, et I on eûl désiré voir sc dérouler les flocons blanc* de quelque image sur ce bleu si mouolone, comme si l’on avait compté snr b vue de ce nuage, sur sa forme, sur ses contrastes, pour distraire l ime de celle poignante rêverie.

Oui, car un ciel bleu partout, un ciel sans aucun de ces imposants et larges accidents de lumière et d’ombre, de soleil et de ténèbres, ob! qu’un pareil ciel est triste! triste! C’est une vie sans joie et sans larmes

sans amour et sans haine.

Il était deux heures, et à cette heure tout se Misait snr b grève, tout était muet à Koat-Yën. Quelquefois seulement le cri plaintif «a tarai se mébiiau murmure sourd et régulier des hautes laines qui s'abattaient pesamment snr b cèle... Quelquefois les ailes humides d'un toèhud venaient frémir aux vitraux étroits el plombés des fenêtres de cette tour, on bien l'alcyon en effleura il le talc diaphane alors qu’il apportait dans le creux des murs les brins de mousse et de varech qu’il amasse pour l'hiver.

On voyait aussi à de longs ioterrallcs, à travers les bizarre* dentelures des roches noires, une voile blanche et dorée par le soleil poindre. passer, puis di> paraître, comme ces souvenirs d’amottr et de jeunesse qui luttent parfois dans «ne âme flétrie et vieille avant l*henre.

Mai» ce morne silence est interrompu tout â coup ; des pas précipités résonnent dans l’cscaïîer tournant qui communique aux étages supérieurs; b porte de b grande salle s’ouvre violemment, un homme entre eu disant : — C'est elle ! et va se jeter dans le grand fauteuil.

Cet homme paraissait avoir au plus vingt-cina ans; se* cheveux sam poudre, longs el châtains, au lieu d'étre assujetti» par derrière, selon b mode d’alors, flottaient sur ses épaules.

Son front était blanc, élevé, ses yeux grands et spirituels, son nez fin

LA VIC.IP, DR KOAT-VEN

et droit, scs lèvres minces; cl son menton arroodi était si frais et si rosé, son leiot si délicat, que bien des femmes eussent envié ce joli vi-ogr.

Quelques légers plis à l'angle de l'oeil auraient peut-être annoncé un caractère riant et ouvert, si les rides profondes qui creusèrent tout à coup le front de ce jeune homme n'eussent donné un aspect souffrant et chagrin à cette charmante figure.

Son co»tunic simple, d'une couleur ioncéc, faisait voir l'élégance de sa taille; mais par sa coupe sévère il se rapprochait de l'habit ecclésiastique.

Il appuya sa tête dans une de ses mains, sa figure devint de plus en plus pâle ; il se prit à feuilleter et à lire avec recueillement et attention uu énorme in-quarto à fermoirs de cuivre, ouvert sur la table.

Il fallait que la préoccupation dans laquelle il était plongé fût bien grande, car la porte de la chambre s’ouvnl sans qu'il panU y faire la moindre attention. El la duchesse d’Alméda parut à cette porte.

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