‹ Œuvres illustrees d'Eugene Sue La vigie de KoatVen roman maritime 17801830Chapitre 6 sur 70 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

en muta.

Juxqu'à ce que je soin éclairci «le celle incertitude, je ceux entretenir l’erreur qui n»'e»l ollcrlô.

— Ltt Mtpruti, .ict U,

Et l’on se mit à souper...

Et quel souper !... un souper clogaut, gourmet, fou, débauché, comme doit être tout souper sagement compris; carie souper est au chaste dîner ce que l'esprit e t au bon sens, l'amant au mari, In poésie à b prose...

Et puis, l'on dfnc à b lueur vulgaire du jour; mais pour souper... oh! pour souper, il Tant celle clarté vermeille «les bougies, qui seule pont lustrer, colorer, compléter la toilette d'une femme, qui seule vous inspire déjà je ne sais quelle entraînante et joyeuse ivresse.

Aristocratique cl adorable clarté, tu le brises en jets de lumière, lu éclates en aigrettes de feu, en gerbes d'élinccHe*, comme pour faire seulement valoir les objets que tu chéris, cl rendre plus épaisses les ombres qui le» entourent.

Au lieu do t'épauclicr pâle et morue sur tout et partout sans amour et sans choix, ainsi que celte banale lueur du jour, toi, lu aimeras à faire scintiller les facettes polies du crUbl, à te jouer avec complaisance sur b chatoyante opale, si précieuse aux blondes, ou à rayonner sur l'étoile de diamant qui tremble qu front des brunes... Tu reluiras bien encore sur l'arête dentelée d'une arabesque d'or... tu te rdlcleris doucement sur le pli moiré d'une étoffe; mais tout le reste sera plongé dans une amoureuse demi-teinte ou dans une obscurité profonde.

Ainsi t-st-ll dam b grande salle autrefois solitaire de la tour de Konl- Vêt».

Eclairée de celle façon, il était impossivle de voir quelque chose «le plus coquet, de plus libci lin que ces filles séduisantes, couvertes de pierreries qui s'enlaçaient aux plumes ondoyantes de leurs coiffures poudrées à blond, et couraient en guirlande* de rubis et d'émeraudes sur les

LA VIGIE DR K.OAT-VEN

plus jolis cous du monde, cous si potelés avec des veines si bleues!...

Rien qu'à les voir, on était, ma foi ! lente de serrer ces tailles longues et milices, dont l'ampleur des demi-paniers faisait encore valoir la finesse... On avait envie de baiser ces bras blancs et arrondis, qui sortaient si frais d'une touffe de riches dentelles dont les délicates broderies s'arrêtaient à un coude à fossette...

Vive Dieu ! il était temps de froisser ces larges robes d'épais satin, damassé de fleurs changeantes comme le plumage d’un ramier, ces fougues robes qui laissaient voir un bas de soie à coins d'or, et de pépites mules de velours noir à talons hauts, toutes semées de paillettes brillantes.

Il (allait en finir avec ces (fois iusoleuts de rubans d'azur ou d’écarlate qui entaillaient ces étroits corriges de gaze dargeut, et sentir frissonner le nu de ces belles épaules dont lalbàtre était rehaussé par de petites mouettes d’ébène potées de la façon la plus assassine.

Voyez donc ! quelle ardente volupté aaus ces yeui demi-clos, rendus si luisants par le coulraste du vermillon des joues... et si agaçants par les esprits du vin. Voyez I car ces bonnes filles ne dédaignent pas de cacher souvent le rose vif de leurs lèvres sous la mousse de sa blanche écume.

De la gaieté, de l'ivresse !... Allons, une orgie entraînante... et vive, et folle!... mes genliUhommes.

Oli! non, voyez-vous... les orgies folles, entraînantes et vives, ces bouues et chères orgies, dont le joyeux et lointain souvenir éclaire encore quelquefois notre jeunesse blasée... ces orgies- là se commettent de quinze à dix-huit ans... au sortir de page ou d'académie, comme on disait au vieux temps. Uli ! alors, oui, dans ces orgies tout est gaieté franche, délire, prétexte à bonheur. Qu’importent les mets? ou jette les plats par la feuétre... Qu’importe le vin? on casse les bouteilles... Qu’importe le cabaret, pourvu que le guet vous y prenne ?..,Quaul aux femmes, je ne sais qui l'a dit : « Il o’eu est pas de laides pour les moines et pour les écoliers. •

Enfin, l'orgie d’alors, c’est une bonne fille réjouie, insouciante, débraillée, qui brise les réverbères, bat la garde, coucbe en prison, et rit comme une folle en attendant l'heure de recommencer.

Plus tard, quand on est saturé d'orgies, ou en lait bien eucore, mais on est calme, dédaigneux, difficile; on bail le bruit, on est gourmet, causeur, on analyse la débauche, on b commente. C’est le vice à froid, sans entrainement, tel qu’il sied à des gens qui raisonneul et ue sont plus des enfants. Un a des filles à souper, parce que c’est reçu, et quelquefois d’une bêtise amusante ou d un cynisme drôle ; mais on leur parle peu : on a ça comme luxe, comme un surtout... un riche plateau.

Or, toute cette longue digression nous amène à dire que peut-être ce souper sera d’une gaieté fort calme, même quelquefois d'uu esprit triste, rêveur et politique ; car pour les grils seules, l’avenir devenait sombre, et l’écbl de l’iudépcudauce américaine était le premier éclair qui sillonnait ce ciel déjà menaçant.

Les convives du souper étaient donc : le comte de Vaudrey, le chevalier de Lépine, capitaines de vaisseau; le marquis de Hullecourt, un des coloiu-ls du royal-dragons; le duc de Saint-Oucn, capitaine des chevaulégers avant que M. de Saint-Cermaiu n'eût si imprudemment réformé la maison rouge; le vicomte de Moubar, colonel aux gardes; enfin le baron de Mallebranche, major d’artillerie.

Les six femmes étaient tes coryphées des impures de l’Opéra alors à b mode.

— C’est que mon gain est cbarmaut au moins, dit Uenri à Rullecourt en montrant Léfla, cl voilà comme nous sommes sols : nous nous tuons en rouerie, en soins, en calculs, pour être trompés eu prenant des maîtresses dans le raoude quand uous avons d’aussi jolies femmes qui nous trompent sans aucuns frais; nous méritons bien ce qui nous arrive.

— Il n’y a pas de doute à cela, s'écria le chevalier de Lépine ; les femmes du monde ue nous trompent que pour venger la morale.

— Voilà de la rancune contre la dudtcsse, dit Saint- Oucn.

— Parbleu... ne dois- je pas en avoir... après m'être damné durant uu mois (Lins la lanterne de celte tour?... Est-ce qu’il u'a pas fallu faire arriver des fourgous par des cbemius épouvantables pour mettre celle salle en étal de vous recevoir ce matin à votre arrivée de Saint-Réuan... Ali ! si mes prétentions n'avaient pas été autrefois si durement repoussées par la duchesse!...

— Et nous autres donc... u'est-ce pas aussi le pbisir d’assister à b défaite de notre enuemie qui uous amène ici ?... dirent les hommes.

— C’est donc pour moi seul qu'il n’y aura pas de pitié? s'écria Henri, pour moi qui vous venge ( pour moi qui perds ici uu mois sur deux peut-être que j’ai à passer en France ! Ali ! si je n’avais pas eu uu caprice aussi vif puur cette coquine de LêJia, si je n’avais pus eu besoin d’uu coup d’éclat pour préparer mes succès du us le monde... si je u’avais pas dû semer pour recueillir, comme dit le sage...

— Je doute fort, reprit Mallebranche, que Ion équipée fasse éclore chez les femmes bien des Heurs de myrte au soleil de l'admiration, ainsi que dirait ce fat de Dorai.

— Quelle erreur, bon Mallebranche ! les femmes nous aiment toujours en raison du chagrin que nous leur causons ; et ça par coquetterie. Les larmes leur vont si bien ! donnent tant d'éclat à leurs yeux ! et puis une belle gorge est si irritante quand elle bondit sous les sanglots !... vrai... b douleur est leur parure et leur force ; aussi, une jolie femme qui com-

prend sa mission sait que rien n’est moins à son air que le bonheur. .. Il faut laisser cet éternel sourire aux laides qui u'nnl que de belles dents... les tout à fait laides ont b vertu.

— Il a raison, dit Lélia ; tenez, en petit... il y a des femmes qui aiment à être battues; j'ai une de mes amies qui goûte fort ce témoignage d'attachement ; et quand elle a son bonnet arrache, ses cheveux défaits, et qu'elle est toute débraillée, elle a, je vous le jure, beaucoup de montant.

— Et lu n'as pas de remords, scélérat? demanda Coraly, jolie blonde pour laquelle M. de Bouillon avait, disait-on, dépensé 501), (KM) livres.

— Ab! oui, et les remords? cria-t-on tout d'une voix.

— Pourquoi diable aurais-je des remords? ne me suis-je pas sacrifié, moi, Vaudrey ?... pour elle, n'ai-je pas joué b comédie mieux que ne l'aurait fait ce polisson de Molé? ... Peste!.... comptez-vous cela pour rien?

— Maïs si elle t'aimait?

— Si elle m'aimait!... Eh bien ! de deux choses l’une : ou elle m'aime eucore. et c’est indigne après ma conduite; or, cette immorale faiblesse ne mérite aucune pitié ; ou elle me hait et pense à se venger. Dr, comme elle le peut, nos rôles sont égaux ; puis d'ailleurs, pour en finir, je prends le parti de me convaincre que c’est une coquette fausse et rusée, qui s’est moquée de vingt pauvres diables comme je me suis moqué d’elle : alors ma scélératesse n’est plus que justice.

— Mais si elle n’est pas coquette?

— Ah ! mais, mais... Eh bien ! je vous répondrai mon grand mot, mon moi personnifié : qu'est-ce que cela me fait? Que peut-die tenter? de m’assassiner? Bb! pardieu, j'ai bleu souvent bravé une mort qui ne venait ni de si bon lieu, ni d’une aussi jolie main. Ainsi parlous d’autre chose... parions de l'Opera: que devient la Uuimard?

— Cherchez cela sur la feuille des bénéfices, dit Saint-Oucn.

— Comment! die est encore à M. de Jareule? El de figure, esl-eUe changée ?

— Toujours maigre comme un ver à soie, s’écria Virginie ; et pourtant elle devrait s’engraisser sur une aussi bonne fouille.

— Diable ! dit Henri, Sophie Arnoult l’envierait ce mot-là, ma fille. A propos de Sophie... et les italiens... que font-ils?...

— Ils jouent trois fois la semaine, mais toute b troupe est d’une pureté atroce... ça vit entre soi, comédiens et comédiennes, tout ça est marié : pourtant le maréchal de Lorges vient d’eolever Colombe à celle belle colonie matrimoniale et indécente, dit Lélia.

— El la Dulhé?. .

— Toujours à b mode ; mais b Quiucy, sa femme de chambre, rivalise avec elle... Elle avait au dernier Loügchamp un attelage de quatre magnifiques anglais, garnis de harnais de maroquin rouge, brodés d’argent, et semés de cailloux du Rhin ; mais il faut dire que lu lieutenant de police a mis ordre à cela.

— El Rosalie?...

— Eu Allemagne, dit Lélia.

— Comment? reprit ileuri; elle a quitté sa délicieuse petite maison des Thermes, dans laquelle j’avais dépensé deux mille louis?

— Non, unn, j’entends, par en Allemagne, que c’est l'ambassadeur, le comte de Mercy ü’Arffcnleau, qui la lieul... Il en est fou...

— Et la Granville? demanda Ileuri, qui n’était pas au bout de ses souveuirs.

— Ob ! Granville, répuudit Lélia, il lui est arrivé une bonne aventure avec uu financier et le beau Lauzuu.

— Lauzuu... allons donc... il est moine, dit Virginie, il a des aventures de cœur... il se perd...

— C’était avant sa dépravation, reprit Lélia. Granville, comme vous savez tous, était belle comme un ange, et entretenue par Mouron. Le Turcaret délestait Lauzuu. ci avait cent fois demandé à Granville le sacrifice du beau duc ; aussi y tenait-elle de toutes ses forces. Si bien qu’un jour le finaucier, averti que Lauzun était chez son adorable, moule, et trouble le tête-à-tête. Lauzun se fâche, traite le Mouron de rustre, d’impertinent, de croquant, le pousse dans un cabinet, referme sur lui b porto qui était vitrée, met la clef dans sa poche, rend le financier témoiti d une scèue pour laquelle on n'en prend ordinairement pas ; et puis après on vous étrille le dos du Mouron, et on vous le jette à la rue. Aussi depuis nous n’appelons plus nos enlrelencurs(ou nos utilités, c’est b même chose) que des Mourons.

— C’est parfait ! dit-on tout d’une voix.

— Mais le mieux, dit Lélia, c'est qu’un mois après, le Mouron prêta deux mille louis à Lauzuu pour faire son voyage ou Hongrie

— C'est fort simple, ma fille, dit Hullecourt; il fallait bien que ce drôle dédommageât M. le duc de Lauzuu d’avoir daigné se rencontrer de goût avec uu Mouron.

— A propos de Lauzun, et la duebesse de S... ?

— Je vous dirai, comte, pour b duchesse, répondit Saiul-Ouen, ce que Lélia vous disait pour Granville : à b Comédic-Frauçaisc.

— Comment?...

— C’est ce polisson de Clairval qui n remplacé Lauzun.

— Ah ! dit Henri, les femmes en viennent à ces espèces!... à des acteurs?

— Beaucoup, beaucoup; et comme Lauzun bavait seul le secret du Cbirva) et de madame de 5..., le duc de C... et la duchesse de G..., sa

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fl

sœur, firent tout au monde auprès de Lauzuu pour avoir des preuves de leur liaison : il refusa, mais M. de C... força son cabinet, on y trouva I le» lettres du Clairval, et la duchesse fut mise au couvent.

— Voilà la différence, mes filles, dit Henri aux impures ; ou ne vous ; ©élira jamais au couvent pour de telles misères : plaignez-vous donc de votre condition !

— Nous ne nous plaignons pas... nous ne nous plaignons que de b rivalité ; les femmes honnêtes gâtent le métier, comme dit la maîtresse de Richelieu...

— Ab! Richelieu!... sais-tu ce qui lui mrive? demanda Rullecourt à Henri; il va se marier!

— Pour qui donc?...

— Je né sais pas, mais il faut alors que ce soit une cruelle vengeance, car sa femme est bien laide.

— Mais ce qui est peut-être encore plus plaisant que la figure de sa femme, c’est la manière touchante dont il accueillit le legs universel que lui faisait une de ses anciennes maîtresses, qui pour lui déshéritait toute ta Camille.

— Ah ! pardieu ! s’écria le vieux maréchal, si toutes les femmes avec qui j’ai couché en fabaicnl autant, je serais plus riche que le roi...

— Et la façon dont il annonça son mariage à son fik, reprit Huilecourt : ■ Monsieur le duc de Fronsac, lui dit Richelieu, je suis plus boonéte que vous; vous ne m'avez pas annoncé votre mariage, cl je vous annonce le mien : vous n’avez pas d’enfant, et. malgré mes quatrevirgis ans, je compte bien en avoir un qui sera meilleur sujet que vous ; mais qu i! ne vous inquiète point, monsieur le duc, nous en ferons un abbé. — Parbleu ! monsieur le maréchal, lui répondit Fronsac, vous feriez mieux d’en faire un cardinal, Us n’ont pas nui à la famille. »

— Ah ! Richelieu ! Richelieu ’... dit vivement Mallcbranche, qui était resté sobre, Richelieu ! cardinal démocrate, où lions as-tu menés!

— Où?... Parbleu ! il notre ruine, à celle de la monarchie, à celle de b France... dit Rullecourt en remplissant lentement sou verre.

— C’est pourtant vrai, ce qu’il dit U, reprit Saim-Ouen, il a tué la féodalité, et les courtisans ont succédé aux seigneurs terriers ; et puis aux courtisans a succédé... ma foi, je pesais quoi... quelque chose de khi ci d’atroce, qui tiendrait du tigre et du singe..- comme qui dirait les philosophes...

— Ab ! les philosophes! Le bit est qu’ils ont rempli leur tâche, rien de mieux, dit jfonbar en buvant à petits coups; ils ont dévoré la raouarebie ou peu s’en faut, c’est parfait ; mais maintenant que le monstre est gorgé, qu’il ne vagisse plus : quand le boa est plein, if dort... Qu’ils cuvent leur monarchie, mais qu’ifs nous fassent grâce de leurs livres...

— Allons doue ! s'écria Mailebrauchc. Les philosophes tuer la monarchie !... Vive Dieu ! messieurs, c’est leur faire trop d houneur ! L’Eueyclopéilie renverser le trône de Charlemagne! ce serait trop plaisant. Celte monarchie n'étail-clle pas défaillante depuis le coup que porta Luther à l’église de Rome? N'est-clfe pas morte arec Louis XIV ? et par la faute du grand roi? Eb quoi! parce que le lion, emporté dans sa course, tombera brisé au fond d'un précipice, vous le direz tué par ie croassement des corbeaux qui tournoient sur son cadavre !... Les philosophes tuer la royauté de France! Non, non, ne dites pas cela, diable! fis le croiraient, et ces cuistres s’arrangeraient fort du rôle de destructeurs d’empires. Le ver immonde qui croupit dans la tombe serait tout gonflé de joie, en pensant avoir tué le soldat robuste qu’on jette au cercueil dans son armure de fer.

— Mais voyez donc, dit Saiut-Oueu, comme il aljaque la philosophaille... Ne dirait-on pas qu’il a lu leur dernier pamphlet sur notre armée de mer ?

— Ceci est une honte de plus, messieurs, dît Rullecourt; et ce serait à rosser de tels pleutres, s'ils valaient le bâton qu’ou leur casserait sur les reins.

— Mais ce qu’il y a d infâme, dit Mallcbranche, c’est que c'est au nom de b France qu'ils flétrissent de nobles courages; les misérables! au nom de b France, entendez-vous bien? de la France!... de sorte qu’un Anglais peut vous montrer écrit en français, dans un livre français, imprimé, vendu, répandu en France : Les Français ont été lâches tel jour (1) >

— Et cela n'était pas vrai, reprit Rullecourt ; on n’avait pas été lâche, mais ceux qui avaient été braves étaient d’uue classe qu’il fallait dépopuiariser A tout prix ; alors le chef de parti a fait un signe, cl toute b meute a donné de la voix sur le ton voulu. Oui, et pendant que de hardis et généreux gentilshommes offraient leurs poitrines à la mitraille de l'Anglais, un ramassis de poltrons bavards, d’avocats piteux, accroupis sur la paille de leurs greniers, insultaient impunément â autant d'audace et de bravoure...

— Les philosophes, dit Lélia, c’est ça qui mange!... J’en nourris cinq, et ils m’appellent Vénus...

— ünc entrée de plus, et Us l’appelleront Minerve, mon enfant, reprit le duc de Saint-Ouen. M. de Voltaire, qui était pardieu bien un philosophe, en a dit bien d’autres â la Pompadour et à la Dubarry, pour avoir uu de et une charge de gentilhomme de la chambre.

— lies philosophes ! il y en » trois qui se disputent pour épouser ma

(1) Voir Ica livres et pamphlets, lors du combat d'Ouessant. de la prise de la lui Unique, etc-, etc.

mère, s'écria Virpniej mais elle n'en veut pas.... elle tient son rang ... Ecoutez donc, mon père était premier cocher du prince de Lambesc... — Ta mère a l'âme bien placée, Virginie, et des ce jour je lui assure

cinquante pistolet de pension, dit Rullecourt — l es philosophes, ah ! quels monstres! dit Coraly. Est-ce qu'un jour uu d’eux ne me disait pas qu'un tempe viendrait ou il n’y aurait (dus

d'Opéra? Plus d'Opéra ! lui dis-je, plus d'Opéra ! Mais alors, monsieur, s’il n'y avait plus d'Opéra... i quoi cela servirait-l-il donc d'être jolie fille?

— Elle a pardieu raison, dît Henri ; supprimez l'Opéra, et voilà b nature qui reste avec ses jolies filles sur les bras... il y a encombrement . pas de débouché... Mais c’est de l'économie sociale toute pure, ça, mon enfant.

— Cela nous mène tout bonnement à un cataclysme de jolies filles, dit Sainl-Oueu.

— Un philosophe... ah ! je sais, dit Virginie ; c'csi quelqu'un qui n'a rien et qui envie les autres; car je me rappelle qu’un rat de cave qui sortait de Saint-Lazare me disait un jour : « La preuve que je suis philosophe, c'est que je barbote dans la boue et que j’ai des trous à mes culottes, pendant que vous allez en carrosse et que vous lia des broderies du haut en bas de votre robe... ce qui est une infamie car les

broderies et les carrosses sont faits pour tout le monde. » Du tout, lui dis-je, c'est plutôt ta boue et la misère qui sont faites pour tout le monde. Vous avez voir* part, taisez- vous donc.

— Pour ça, il avait bien raison, reprit Lélia; ces bêles de broderies qu'on met au bas des robes, ça ne sert qu'à vous ccorchcr le menton.

A cette naïveté, un fou rire s’empare des convives, la gaieté se communique, on boil, on s’enivre, ou se rapproche, on se serre; les têtes se montent, et l’on finit par parler anglais, ce qui signifiait alors, en argot de débauche de bonne compagnie, le langage le plus obscène et le plus positif.

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